ANOMALIES DE LA CHAMBRE ANTERIEURE
sig-né sous le nom d'hyphéma. Lorsque la chambre antérieure en est entièrement remplie, nous en recevons un reflet uniformément rouge plus ou moins foncé et qui nous cache l'iris. Si l'épanchement n'occupe qu'une partie de la chambre, on peut en déplacer le niveau, généralement horizontal, par des mouvements de la tête, aussi longtemps que le sang est liquide. Audessus du sang, nous voyons une couche d'humeur aqueuse d'une teinte rose. La partie de l'iris qui reste visible paraît au début sous sa couleur normale, plus tard décolorée comme dans l'hyperhémie. La pupille est plutôt dilatée par la pression que le sang exerce sur l'iris.
Les troubles visuels, toujours très considérables lorsque la chambre antérieure est remplie de sang, dépendent dans les épanchements partiels de la difficulté plus ou moins grande avec laquelle la lumière pénètre encore dans l'œil, et des causes auxquelles il faut attribuer l'épanchement.
Il est dû le plus souvent à une cause traumatique, contusion de l'œil, déchirement de l'iris, par des traumatismes ou après des opérations. Il se résorbe en général assez vite et sans autre traitement que l'emploi du bandeau compressif. Mais on observe aussi des hémorrhagies persistantes, ou qui se renouvellent quelquefois pendant une quinzaine, le caillot qui ferme le vaisseau déchiré de l'iris se détachant toujours de nouveau par l'action de l'humeur aqueuse. On reconnaît alors les nouveaux épanchements par l'aspect frais du sang, tandis que la résorption progressive laisse sur Tiris des dépôts de plaques rouges très foncées.
Lorsque la quantité du sang épanché est très considérable^ et agit sur l'iris comme corps étranger, produisant des symptô-^ mes d'irritation (injection périkératique, douleurs ciliaires, etc.)^ on sera obligé d'en débarrasser la chambre antérieure par une paracentèse pratiquée au bord iriféi^iéur de la cornée. Mais cette petite opération exige dans ce cas une grande précaution, car elle peut devenir la cause d'hémorrhagies nouvelles ex vacuo^ émanant des vaisseaux déchirés par la lésion primitive. Il faut faire sortir le contenu de la chambre antérieure très lentement, et exercer en même temps à travers la paupière supérieure une légère compression du globe de l'œil, à l'aide des doigts.
Cette compression doit être continuée par un bandage compressif serré, appliqué immédiatement après l'évacuation de la
chambre antérieure. Au bout d'un quart d'heure, on peut le desserrer progressivement et continuer l'application d'un bandeau ordinaire pendant plusieurs jours.
Une seconde cause d'hyphéma résulte de certaines inflammations internes de l'œil, telles que les irido-choroïdites chroniques, avec occlusion de la pupille et commencement d'atrophie du globe. Dans ces cas, les hémorrhagies peuvent se renouveler, et sont difficilement résorbées. La paracentèse est alors inutile, un bandeau compressif active la résorption ; mais le traitement doit être dirigé surtout contre l'afîection profonde de l'œil.
Il faut encore signaler des cas isolés d'hyphéma spontané à la suite de troubles de la circulation générale, en rapport avec la dysménorrhée, le purpura hemorrhagica, etc., et enfin des observations curieuses de malades pouvant à volonté produire un épanchement de sang dans la chambre antérieure [Weher^ Mooren) .
U épanchement de lymphe plastique ou àepus dans la chambre antérieure, désigné sous le nom à'hypopyon^ est lié le plus souvent à des affections de la cornée (trois fois sur quatre), de l'iris, ou du corps ciliaire.
Nous en avons déjà exposé les symptômes et les particularités, à l'occasion de la kératite suppurative et de l'iritis. Il ne constitue toujours qu'un symptôme ; par conséquent, le traitement est intimement lié aux affections qui le produisent (paracentèse, iridectomie, injections antiseptiques dans la chambre antérieure, compresses chaudes, bandeau compressif).
Des masses cristalliniennes peuvent tomber dans la chambre antérieure, à la suite d'une déchirure de la capsule du cristallin par une opération ou par un traumatisme. On a aussi observé des cas où le cristallin tout entier, chassé de sa position après déchirure du ligament suspenseur, au moment où la pupille était dilatée, est tombé dans la chambre antérieure (voy. plus loin Luxation du cristallin). Dans la plupart des cas, les masses cristalliniennes ne donnent lieu à aucun accident et sont résorbées rapidement. Il suffit de maintenir la pupille dilatée par de l'atropine. Le cristallin tout entier, tombé dans la chambre antérieure, exige parfois l'extraction à travers une plaie périphérique de la cornée.
DES OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR l'iRIS. 225
Des corps étrangers peuvent pénétrer dans la chambre antérieure après avoir traversé la cornée ; leur influence sur l'iris et la manière de les extraire ont déjà été traitées à propos de la cornée et de l'iris.
Des cysticerques ont été observés dans la chambre antérieure et plus de vingt cas de ce g'enre ont été publiés. On voit généralement apparaître des symptômes d'iritis circonscrite, puis un point blanchâtre qui s'accroît de plus en plus, enfin ï'entozoaire perfore la membrane, et flotte dans l'humeur aqueuse ou s'attache à une partie de l'iris.
La chambre antérieure renferme alors une petite vésicule semi-transparente, jaunâtre, douée de mouvements onduleux, et faisant saillir de temps en temps un petit filament dont l'extrémité porte un renflement qui représente le cou et la tête
Fig. 49. — Cysticerque dans la chambre antérieure.
du cysticerque (fig. 49). La présence de ce parasite produit souvent un trouble de l'humeur aqueuse et des symptômes d'iritis qui nécessitent son extraction à travers une plaie linéaire et périphérique de la cornée. Si la sortie du cysticerque est suivie d'un prolapsus de l'iris que les manœuvres ordinaires ne réussissent pas à réduire, il est préférable d'en pratiquer l'excision.
ARTICLE VIII Des opérations qui se pratiquent sur l'iris.