GLAUCOME AIGU
d'un certain temps, il ne reste peut-être de cet accès qu'une lég'ère tension de l'œil, un peu de paresse de la pupille, une petite diminution de la force visuelle centrale, ou un léger rétrécissement du champ de vision.
Cet état de choses peut durer pendant quelque temps, lorsque soudainement il survient un second accès de glaucome aig-u, analogue à celui que nous venons de décrire, et suivi d'une nouvelle rémission de tous les symptômes. Puis les accès se suivent à des intervalles de plus en plus raccourcis.
Après chaque attaque, la perte de vision est plus considérable et envahit de plus en plus les parties du champ visuel laissées intactes par l'accès précédent. Le globe de l'œil devient de plus en plus dur, la cornée perd progressivement de sa transparence et de sa sensibilité, la chambre antérieure de sa profondeur. L'iris se décolore et se trouve, ainsi que le cristallin, refoulé en avant, vers la cornée. La pupille devient très large et immobile et présente un reflet grisâtre ou verdâtre.
Si Ton pratique l'examen ophtalmoscopique pendant une des périodes de rémission, on constate après quelques attaques un trouble diffus de la cornée et du corps vitré, les altérations caractéristiques de la papille du nerf optique (voy. plus haut, p. 293), les pulsations artérielles, exceptionnellement des ecchymoses sur la rétine et la choroïde.
Même après l'abolition complète de la vision {c/laucome absolu)^ le processus glaucomateux peut suivre sa marche et amener la désorganisation de toutes les parties qui constituent le globe de l'œil. La cornée perd de plus en plus sa transparence et devient le siège d'ulcérations, l'iris subit une atrophie progressive de son tissu et se trouve réduit à un anneau très étroit et décoloré. Le cristallin s'opacifie, se ramollit et gonfle. Il survient périodiquement des hémorrhagies dans la chambre antérieure, dans le corps vitré et dans le parenchyme des membranes profondes de l'œil; ces hémorrhagies augmentent encore la tension excessive de l'œil. La sclérotique, d'une couleur sale, grisâtre, peut â la fin céder et forme des ectasies (staphylomes) dans la région équatoriale et dans les parties antérieures du globe.
\j\v\\ peut rester longtemps dans cet état, dur comme une boule de marbre et la conjonctive sillonnée par de gros vais- seaux ciliaires veineux qui forment des anastomoses autour de
GLAUCOME
la cornée. D'aulres fois, il s'y produit des signes d'atrophie lente, ou celle-ci survient à la suite d'une choroïdite purulente ou après un décollement de la rétine [Arlt^ Schweigger).
Il ne faudrait cependant pas croire que tous les yeux atteints de glaucome aigu suivent exactement la marche que nous venons de décrire. Le glaucome aigu, perdant son caractère intermittent et même la plupart des symptômes inflammatoires, peut se transformer en glaucome chronique.
B. — Glaucome chronique.
Nous distinguons deux formes de glaucome chronique :
1° Glaucome chronique avec symptômes inflammatoires; 2° Glaucome chronique simple.
1" Glaucome chronique inflammatoire. — Il se distingue de la forme aiguë par la jore^-e^ce non interrompue des symptômes caractéristiques, qui s'exagèrent périodiquement par de faibles poussées inflammatoires. Mais la maladie même ne se présente pas sous forme d'accès aigu, comme la variété décrite plus haut. Elle débute par les symptômes prodromiques signalés pour la forme aiguë ; ces symptômes se prononcent de plus en plus, et flnissent par s'établir d'une manière permanente et progressive.
La cornée perd alors de son brillant et de sa sensibilité, la chambre antérieiu^e se rétrécit, l'humeur aqueuse se trouble légèrement, l'iris et le cristallin s'avancent vers la cornée, la sclérotique prend une teinte grisâtre, les veines sous-conjonctivales aiigmentent de volume et de nombre. L'œil devient de plus en plus dur et prend une consistance pierreuse. A l'ophtalmoscope, on constate l'excavation progressive de la papille optique et des pulsations artérielles. La vision diminue d'une façon continue ; les malades accusent l'apparition des cercles irisés autour des flammes, leur champ visuel se rétrécit en général de dedans en dehors, et il survient à la fln une perte absolue de la vue.
Au cours de cette marche lentement progressive et qui peut embrasser un espace de temps très variable, on voit survenir des poussées aiguës pendant lesquelles les symptômes inflam-