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CORPS VITRÉ

Anatomie. — Le corps vitré remplit dans la cavité du globe oculaire tout l'espace compris entre la face postérieure du cristallin et la rétine. Ayant exactement la forme de cette cavité, sa surface est convexe en arrière et sur les côtés, tandis qu'en avant il présente une légère dépression dans laquelle se loge le cristallin.

L'humeur vitrée est une substance muciforme, blanche et complètement transparente. Elle est enfermée dans une membrane vitreuse extrêmement fine et qui porte le nom de membrane hyaloïde. Celle-ci ne s'unit intimement avec les parties voisines qu'à deux endroits : dans le voisinage de la papille optique et vers l'ora serrata, près de la zonule de Zinn.

La sfrucfiire histologique du corps vitré n'est pas parfaitement connue ; d'après les uns sa substance serait complètement homogène et ne renfermerait pas d'éléments formés. Cependant le fait d'enkystement des corps étrangers dans le corps vitré et la transformation de l'humeur vitrée lorsqu'elle est mise à nu (après l'ablation des staphylômes de la cornée par exemple) paraissent démontrer la présence d'un stroma cellulaire. Brùcke a cru devoir reconnaître l'existence de diverses membranes concentriques, Hannover des cloisons multiples qui diviseraient la substance vitrée comme les cloisons d'une orange. Toutes ces formations, ainsi que les cellules étoilées du corps vitré, indiquées par plusieurs anatomistes, sont considérées par d'autres comme des formations artificielles résultant de la façon de faire les préparations histologiques.

D'après Ritier, la surface de la membrane hyaloïde qui regarde le corps vitré serait tapissée d'un épithélium très délicat.

Enfin Siilling ^ a reconnu la présence d'un canal central d'un

1. Voy. Étude sur la structure du corps vitré, dans Arch. f. Ophthalm.^ 1869, XV, 3, p. 299.

diamètre de 2 millimètres. Ce canal s'élargit vers la papille optique, où il présente une ouverture qui dépasse de 2 millimètres le diamètre de la papille. Stilling a pu distinguer aussi une substance corticale, occupant à peu près le tiers périphérique du corps vitré (en couches concentriques) et un noyau qui présente une figure étoilée à trois rayons, analogue à celle du cristallin.

Le corps vitré n'a ni vaisseaux ni nerfs propres. Il emprunte ses matériaux de nutrition et de reconstitution au trac tus uvéal.

ARTICLE PREMIER Inflammation du corps vitré. Hyalite.

L'inflammation idiopathique du corps vitré a été longtemps contestée ; elle n'est admise que depuis que l'on a eu l'occasion d'observer à l'ophtalmoscope les changements produits par l'introduction d'un corps étranger dans l'humeur vitrée. Autour de ce corps, on observe d'abord une légère opacité qui s'épaissit et finit par soustraire le corps étranger à notre examen. En même temps, on voit se former sur d'autres points du corps vitré des opacités filamenteuses ou floconneuses. Si les circonstances permettent de suivre l'évolution des phénomènes ultérieurs, on voit l'opacité grisâtre autour du corps étranger prendre une teinte jaunâtre qui se communique au voisinage et peut modifier l'aspect de la pupille, si elle siège directement derrière le cristallin.

D'autres fois, on a pu observer l'inflammation suppurative du corps vitré après les ablations de staphylômes de la cornée ou après des extractions de la cataracte à lambeau. Dans ces cas l'infiltration purulente de l'humeur vitrée se fait avec une très grande rapidité.

La marche de ces altérations est très variable. Tantôt, il survient un développement abondant de tissu cellulaire qui se vascularise et dont les vaisseaux communiquent avec ceux des membranes profondes de l'œil. Plus tard, ce tissu se rétracte, et en se rétractant peut produire un décollement de la rétine.

D'autres fois, comme par exemple dans les cas d'eiikystement d'un corps étranger, la formation du tissu cellulaire reste limitée à un endroit circonscrit.

Cependant, c'est surtout à la suite des affections de la choroïde et du corps ciliaire que nous avons l'occasion d'observer Taltération du corps vitré, et la symptomatolog-ie de son inflammation suppurative est exactement celle de la choroïdite et cyclite suppurative (voyez pages 245 et 267). C'est aussi au chapitre traitant de ces affections que nous renvoyons pour le traitement de l'inflammation du corps vitré.

ARTICLE II Opacités du corps vitré.

La forme de ces opacités est très variable. 1° Tantôt, on voit au milieu du corps vitré, d'ailleurs tout à fait transparent, des opacités nettement limitées avec des prolongements très fins, et qui restent à peu près immobiles. On n'en voit généralement qu'un petit nombre qui siègent presque toujours dans le voisinage de la papille du nerf optique. Elles se présentent à la suite de rétinites, ou dans des cas de staphylôme postérieur, ou même sans autres altérations de l'œil, chez des vieillards [Schioeic/(/er).

2° D'autres fois, l'opacité du corps vitré a la forme d'un voile léger très fin ou pointillé qui s'étend devant le fond de l'œil. Celui-ci présente alors à Tophtalmoscope un aspect dilTus qui peut être confondu avec celui d'un œdème rétinien. On rencontre cette opacité surtout dans les affections syphilitiques (rétinites et choroïdites).

3" La forme la plus fréquente est celle des opacités mobiles, filamenteuses, floconneuses ou membraneuses. Elles sont faciles à reconnaître à Tophtalmoscope, lorsqu'on fait exécuter à Tœil du malade des mouvements rapides. La rapidité avec laquelle ces opacités se déplacent et l'étendue de leurs excursions peuvent nous renseigner sur le degré de liquéfaction de l'humeur vitrée. On observe ces opacités surtout à la suite d'hémorrhagies ou de maladies des membranes profondes de l'œil (cyclites et choroïdites). Cependant, il n'y a pas de raison

pour que ces opacités ne puissent aussi se former à la suite d'altérations idiopathiques de l'humeur vitrée.

Les troubles visuels sont le résultat de l'ombre que toutes ces opacités projettent sur la rétine.

Lorsque cette membrane est très sensible (hyperesthésie de la rétine), et surtout lorsque le regard est dirig-é vers un fond très éclairé, l'œil aperçoit facilement, même à l'état normal, de petits corps opaques de toute espèce (globules isolés ou réunis en chapelet, filaments perlés, parcelles de cercles flexueux) qui ont reçu le nom de scotomes mobiles ou mouches volantes (myodésopsie). L'apparition de ces phénomènes tourmente beaucoup les malades. Les mouches volantes n'ont cependant aucune importance, lorsque la force visuelle est normale et que Tophtalmoscope ne démontre pas la présence d'opacités réelles du corps vitré.

Ces derniers influencent la vision d'une façon très différente. Les opacités diffuses voilent tout le champ visuel d'une façon plus ou moins prononcée ; les opacités floconneuses ou membraneuses, lorsqu'elles sont abondamment répandues dans le corps vitré, peuvent intercepter une si grande quantité de rayons lumineux qu'elles empêchent la vision des petits objets. Les malades s'habituent alors à imprimer à leur œil un mouvement brusque pour débarrasser momentanément la partie centrale du champ visuel ; mais bientôt les opacités s'y replacent de nouveau et le champ visuel est de nouveau obscurci. Les malades répètent souvent ces mouvements (par exemple lorsqu'ils veulent lire), et ce symptôme est tout à fait caractéristique pour raffection qui nous occupe.

Les malades peuvent nous renseigner facilement sur tous les détails de ces opacités du corps vitré, en faisant usage de l'examen entoptique. Dans ce but, le malade regarde au travers d'une carte percée d'une fine ouverture, sur une surface éclairée (mur blanc, ciel couvert). Pour faciliter la perception, on peut placer devant l'œil malade un verre convexe assez fort.

La cause de ces opacités doit être recherchée surtout dans les affections du corps vitré ou de la choroïde, qui produisent cette altération du corps vitré de différentes manières :

a. Par des troubles de nutrition ou par des irritations inflammatoires ;

h. Par des épanchements de nature diverse : séreux, purulents, mais surtout hémorrhagiques.

Les épanchements sanguins peuvent aussi résulter d'une lésion traumatique, d'un coup porté sur l'œil, d'un effort musculaire extraordinaire (quinte de toux, vomissements), ou enfin d'une congestion oculaire, à la suite de l'interruption subite d'un ilux hémorrhoïdal ou menstruel, ou dans des maladies du cœur et des vaisseaux. On les observe, en outre, chez des jeunes gens dont les yeux sont d'ailleurs sains, mais qui parfois sont aussi atteints d'hémorrhagies nasales, sans qu'on puisse en déterminer la cause ; ces hémorrhagies spontanées et souvent très copieuses, récidivent fréquemment et le sang épanché peut remplir une partie ou la totalité du corps vitré ; il descend au bout de quelque temps dans les parties déclives du corps vitré et disparaît par résorption. Longtemps on aperçoit encore à Tophtalmoscope des opacités floconneuses d'autant plus mobiles que le corps vitré s'est liquéfié davantage. Lorsque les hémorrhagies récidivent souvent, l'humeur vitrée ne s'éclaircit plus tout à fait, et on y voit se former des membranes, même vascularisées, qui, en se rétractant, peuvent donner lieu au décollement de la rétine.

Le pronostic varie avec la nature et l'origine des opacités. Elles peuvent disparaître par résorption, lorsqu'elles sont de cause hémorrhagique, sans maladie choroïdienne sérieuse et alors que le corps vitré paraît d'ailleurs sain. Mais le plus souvent les opacités du corps vitré persistent ou ne disparaissent pas complètement. Les troubles de la circulation générale donnent lieu à des récidives. Il faut aussi se rappeler que, dans les cas de myopie, les opacités du corps vitré précèdent souvent le décollement de la rétine, et que dans d'autres cas celui-ci survient à la suite de la rétraction du tissu cellulaire nouvellement formé dans le corps vitré. Les épanchements purulents (abcès du corps vitré) conduisent généralement à la perte de l'œil.

Traitement. — Très souvent le traitement sera celui de l'affection choroïdienne ou rétinienne, à la suite de laquelle ces opacités du corps vitré ont paru. En cas d'épanchement provenant de troubles circulatoires généraux ou d'un traumatisme

local, il peut être nécessaire d'appliquer la ventouse de Heurteloup à la tempe, des compresses fraîches sur Tœil, des pédiluves, et de recommander un repos absolu. Il faut naturellement tenir compte d'indications précises, comme le flux lîémorrhoïdal, les troubles menstruels, etc.

Pour favoriser la résorption des opacités, on emploie des transpirations à Taide d'injections de pilocarpine, des laxatifs, le sul3limé, l'iodure de potassium ; des compresses chaudes et le bandeau compressif paraissent souvent agir favorablement. J'ai vu d'excellents résultats, obtenus à l'aide de paracentèses répétées de la chambre antérieure avec écoulement lent de l'humeur aqueuse, surtout dans les cas fréquents d'opacités persistantes du corps vitré qui accompagnent le staphylôme postérieur. — Le courant constant a également été recommandé pour obtenir une résorption rapide de ces opacités [Giraud- Teulon^ Le fort).

Dans un cas, de Graefe a obtenu une amélioration considérable de la force visuelle, en dilacérantet en déplaçant avec une aiguille des opacités membraneuses du corps vitré.

ARTICLE III Liquéfaction du corps vitré, synchysis.

L'humeur vitrée peut perdre sa consistance gélatineuse normale, et devenir plus ou moins fluide [synchysis du corps vitre). Souvent, ce n'est qu'une portion (antérieure ou postérieure) du corps vitré qui est atteinte de cette altération. Le synchysis ne peut être reconnu avec certitude que lorsque le corps vitré renferme en même temps des opacités, dont la rapidité et l'étendue des mouvements peuvent nous indiquer le degré de liquéfaction du milieu qui les entoure.

C'est à tort que l'on a signalé le ramollissement du globe oculaire comme symptôme de cette affection. Il est vrai que les yeux ramollis renferment presque toujours un corps vitré liquéfié ; mais, d'autre part, celui-ci s'observe très souvent sur des yeux dont la pression interne a plutôt augmenté.

Le tremblotement ou vacillement de l'iris, surtout à sa périphérie, également admis comme symptôme de l'affection qui

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