DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE LUNETTES
Nous avons déjà souvent eu à parler, et nous parlerons encore souvent de limettes et de verres. Avant de poursuivre l'étude de l'amétropic et des anomalies de l'accommodation, nous voulons donner quelques indications sur les diverses espèces de lunettes usitées en oculistique.
1" Les lunettes destinées à préserver l'œil des corps éfran» gcrs ou de la trop forte lumière sont appelées conserves. Elles sont faites de verre plan ordinaire, dit neutre. Le plus souvent, elles sont teintées de ikii, ou de la nuance appelée fiiméei Ces lunettes ont simplement pour but de faire voir les objctf moins éclairés. Les verres doivent être aussi grands (|uepos-^ sible poui' empêcher la lumière de pénétrer périphérique^ ment autour du veVi-e. A cet eiVel, on emploie des verres d&
(1) Nous supposons ici que l'observateur a hii-mcmc un (ril not mul, ni myope, ni iij pcrmétropo, ou qu'il, l'a rendu toi par l'usai des verres appropriés.
PKti niFFIÏIlENTRS F.SPÈCRS THÎ LUNETTES.
la forme d'un verve de montre (verres, coquilles), ou bien l'on pi'éserve les parties lalf raies par des morceaux de taffetas.
Ces lunettes ne doivent être employées qu'au dehors, au grand jour, ou à la lumière. artificielle. Les verres trop fbncés rendent les yeux très-sensibles à la lumière lorsqu'on ne s'en sert plus, et peuvent en outre devenir dangereux par la plus grande quantité de chaleur qu'ils absorbent.
2° Èes lunettes appelées sténopéiques (de çztvoç, étroit, etorrïs, fente) ont diverses formes. Les lunettes d'essai (qui servent pour le diagnostic de l'astigmatisme (voy. plus loin) et qui
ï'iC -IVi- ot 145. — Appareils slùiiopéiijues.
nous rendent '(ic grauds services pour améliorer la vision des yeuj: atteints d'opacités indélébiles de la cornée (voy. p. 141). consistent en un distjne nuMallique porté sur un manche. Ce disque est'|)ercé d'une fente cpie l'ou peut agrandir ou rapetisser à volonté (fig. ; de plus, la lunette est mobile dans sa mouture, de sorte qu'on peut tourner la fente daiis toutes ' les directions. D'autres lunettes sont percées, au lieu d'une
.\\nM\IJKS OF. I.A UKrilACTION CT llF. I.'Ar.CdMMODATKlN.
lonto, do Irons do diverses dimensions (jiie l'on peut ouvrir on cacher à volonté (fig. 1^5).
8° On se sert anssi en oculistitiue de verres jmsmatiques. Un prisme dévie vers sa base les rayons lumineux qui le traversent (fig. 146). Lors donc qu'on place un prisme devant un œil, les
Fig. 140. — Rayons limiineiix déviés par le prisme.
rayons lumineux iront se réunir sur un point de la rétine situé davantage du côté de la base du prisme. Comme la réline projette ses impressions au dehors dans la dù'cclion des i-avons lumineux qui l'abordent> l'objet semble reporté dans
Fin. U7. — Posilion appareille iU> VnWjel pour rœil armé d'un prisme.
le sens du prolongement des rayons limiineux déviés, c'est-;i- (iire du cùlé de l'arèle (ki prisnu^ (fig. U7). Si donc un des yeux est armé d'un prisme, il on résulte une diplopio binoculaire, l'œil libre voit l'objet à la place oii il est réollcmonl situé, l'œil armé du i)risnio le voit situé du côté de Tarotc du prisme.
Par consé(|uonl, lorsque lo iirisme est tourné hi hase en dehors devant l'œil gauche, cet œil verra l'objet plus;, droite, la (liplapic sera croisée (fig. l/»8). Au contraire, lorsque le
DKS OIFFKHF.NTKS FSPlîCF.S m LUNETTE. U&l
prisme devant l'œil gauche a sa base en dedans, l'image double se fei-a à gauche de l'objet, la diplopie sera homonyme (flg. 1Z|9). Si l'on tourne la base du prisme en haut ou en bas, les deux images seront superposées.
On observe qiie lorsque 1^; prisme est d'un degré moven et
FiG. H8. — Action d'un prisme à base on ilohnrs : Vobjel L ost vu nii 1/ |i^ir l'fmil Ejaurhe. Il y a donc Jiplopio, et, puisque l'iniago ili'nili; vii'nl ili; IVr^il tçauclie cl l'ininge çfauclie (le rmil droit, la dljitnjn'e es/ rmhrr,
tourné avec sa base endehors, la diplopie ne dure «m'im moment ; on voit la seconde image marcher vers l'objet et se fusionner avec ce dernier. Si l'on regarde l'œil qui se trouve derrière le prisme, on voit alors qu'il louche, (ju'il est dévié en dedans. Que s'est- il passé? Quelques mots suffiront pour
UQ2 ANOMAI.IRS IIK l.A nÉI'liACTION KT DR l' ACCOMMODATION.
l'expliquer . Nous avons une antipalhie naturelle contre les images doubles, et autant que faire se peut, nous cherchons instinctivement aies fusionner. Pour cette fusion et pour que l'objet soit vu simple, il faut que dans les deux yeux son
FiG. dlO. — Arlion d'un prisnio à b.iso cii dedans : rolijct L est \ni on L' p.ir TomI G. Il V ,1 diinc- diphipii!, cl, |iMisi|im l'imago panclic vient do l'œil gauche et l'image driiilo lie l'œil droit, la <lijili>iiw csl limnoni/mc,
intagc se trouve sur la fovea centmlis, ou du moins sur des points iilentir/acs ou correspondants des deux réiinos. Dans i'd'il .irmé du iirismc, l'imaire se forme e« rfe/ior.'; de la tache jaune, |)uis(|nc le prisme a sa hase en dehors; pour ramener la lâche jaune à l'endroit où se fait l'image, il faut
DES niFf'KHENTES ESPÈCES DE LUNETTES. ^63
que le pôle postérieur de l'œil soit tourné en dehors, par conséquent le pôle antérieur tourné en dedans, ce qui se fait par une contraction isolée du muscle droit interne. Il est éyident que la contraction du muscle doit être d'autant plus forte que le prisme placé devant l'œil a été choisi lui-même plus fort.
La môme chose a lieu pour le muscle droit externe, lorsque le prisme a sa base en dedans. Seulement, tandis que le nmscle droit interne par la force des 'contractions peut surmonter un prisme de plus de 30 degrés, c'est k peine si, dans des conditions normales, le droit externe peut vaincre un prisme de 8 degrés. Pour produire une diplopie superposée permanente, il suffit d'employer un prisme de 2 ou 3 degréB, avec sa base en haut et en bas.
h" 11 nous reste à parler des verres de lunettes proprement dits,- c'est-à-dire des lentilles convexes et concaves. Nous devons
jl'lG. 150. — '. V, foyci' iirini'.i;ial do la IcnliUo.
rappeler iciles lois optiques qui nous enseignent queues rayons parallèles qui pénètrent dans une lentille biconvexe en sortent convergents et viennent former une image réelle et renversée de l'objet lumineux en un point situé sur l'axe de la lentille, i\ la diistance de son centre de courbure, point nommé /oyer principal de la lentille (fig. 150). Réciproquement les rayons venant du foyer sortent de la lentille pai'allèles.
Les rayons parallèles qui traversent une lentille biconcave en sortent divergents, et le>n-s prolongements dans le sens des rayons incidents se l'éunissent également au foyer principal (fig. 151). Ici ce foyer est virtuel, et l'image formée est aussi
kf)U ANOMAUKS niî LA ni-'FRAfrrinN F.T nie l.'Ar.f:OMMOnATir)N.
virtuelle cl droite. Réciproquement les rayons venant du foyer (ou plutôt les rayons convei'gents dont les prolongements s'entrecroiseraient au foyer ■ :-.. ntde la lentille parallèles.
l'ifi. 151. — Lnilille Iticoiiciivt. faisnni tlivc>'p;ftr les rayons p.nrallôle? et i>ciini?s.inl Ipiirs prolons'niieiils Pli fnyrrvirliicl r..
Outre ces lentilles, nn a" aussi des verres plans corirexes et! plans concaves (fig. 1.52); mais on les emploie peu parce que'
I ir,. iri2 — ViTiv* plniis-convcxcs cl plnns-cnncivcs. Fir.. \'>^- — Mérii>qiiPS
leur aberration est trop forte. On emploie aussi des verresappelés jnÀHîsçMcs (voy. fig. 153) ou verres pcmcopi<iues (àa ' irtpc, autour, et axoTrt'i'v, regarder), parce qu'ils offrent l'avantage de réfrncter les rayons qui passent à une certaine •
In
fn
PKS TITKFI'.RF.NTES F.SPl-.Cf.S DF, T.I'NETTES.
dislance du cenire de la même l'açon que ceux qui passent à leur centre même, ce qui permet aux yeux qui fout usage de ces lunettes de regarder obliquement à ti'avers ces verres, et d'éviter ainsi les mouvements de la tète lorsqu'ils veulent voir de côte. On se sert encore de verres Franklin (fig 15^i) : ce sont des verres composes de deux moitiés de verres, l'un concave et l'autre convexe; ce dernier se trouve eu bas. Franklin en effet était myope 1/20 etpresbyte 1/20 : lorsqu'il l'egardait de loin il voyait à travers la partie supérieure de ses verres et sa myopie était corrigée : quand il lisait ou écrivait il regardait à travers la portion intérieure, convexe, de ses lunettes.
Ces verres sont très-utiles et l'on peut en faire usage pour mesurer rapidement l'accommodation relative (voyez p. ^52);
Fin, 154. — Vnvrn Frnnlilin. Fio. ISS. — Verre à doubln fnynr.
le verre convexe indique la quantité d'accommodation déjà dépensée, le verre concave celle que nous avons encore en réserve : on examine le malade en le faisant lire attentivement par la partie supérieure et la partie inférieure du verre.
Dans le même ordre d'idées, on a construit des verres à double fojjer (fig. 155), ayant par exemple à leur partie supérieure une force de réfraction -|- 1/12, à leur parlie*inférieure -|- 1/6; ou bien en baut — 1/20, en bas -j- 1/20; ces verres sont taillés sur une seule pièce et non plus sur deux pièces distinctes comme les verres Franklin.
406 ANOMALIES DR LA HÉFIUCTION ET DE l' ACCOMMODATION,
Lorsque nous nous occuperons de V astigmatisme, nous par-lei'ous des verres cylindriques.
■ A pi'opos de chaque anomalie en particulier, nous verrongii que le choix des verres est une des parties des plus importantes et aussi des plus difficiles de la thérapeutique oculaire.' Kous ne pouvons ici donner de règles même très-générales.. Disons seulement en quelques mots quelle influence ont suri la vision les verres sphériques ordinaires.
Les verres convexes déplacent les points le plus rapproché
Fie. |15G. 5 Point P rcporic en P' pnr la Imiillc convcrg-enle.
(P) et le plus éloigné (R) de la vision distincte en les rapprochant de l'œil (ng."lô6).
Les verres conciives fonirinverse, ils rendent les rayons plus divergents et écai-lcnt de l'œil le point R (fig. 157).
Fio. 157. — Point H roiioiio en K' par la lonliUc divorgenle
Les changements de distance que P et R subissent par l'eni.' ploi des verres amènent naturellement un changement radical dans le parcours de raccgnimodalion (les verres convexes diminuent, les verres concaves augmentent son étendue); tandis que l'ampliludc absolue de l'accommodation est peu altérée pur les lunelies.
Ile plus les verres modifient la grandeur des images. Celleci (h'-pend de la grandeur de l'arc sous-tendu sur la rétine
PRESBYOPIE.
par l'image : cet arc sera d'autant plus grand que le point d'entrecroisement des rayons lumineux {point nodaï) est plus éloigné de la rétine. Or, nous avons vu antérieurement que les verres convexes en rendant les rayons plus convergents les font s'entrecroiser plus en avant; pai' conséquent le point
FîG. 158. — Le point K étant plus en avant, l'image ah rétinienne de l'objet AB est plus grande.
nodal (K dans les fig. 158 et 159) s'éloigne de la rétine, les images sont plus grandes. Les verres concaves au contraire
PiG. 159. — Le point K étant plus en arrière, l'image ah est plus petite.
déplacent le point nodal en arrière puisque la convergence des rayons lumineux est diminuée ; par consécpieiit, le ''point nodal doit se rapprocher de la rétine et les objets paraissent plus petits.
INFLUENCE DE l'aGE SUR LA VISIOM. PHESBVOPIE.
L'âge amène une diminution de la force visuelle oX une perte ■pi'ogressive de la faculté d'accommudMion.
Les changemeuls anatomiques qui amènent ces Iroiihlos fonctionnels sont les suivants : La cornée et la coiijonclivo
^lOB ANU.MALlIiS liK LA liliKIlACÏlU.N liT UlC l'aCCUSIMOIjATIUN.
perdent de leui' brillant; la chambre antérieure devient plus étroite, la pupille se rétrécit, l'iris perd sa nuance, et devient plus clair. Les membranes hyalines du globe oculaires'épaississent par l'adjonction de nouvelles couches de substance hyaline, ce qui leur fait perdre de leur transparence normale; il s'y forme même quelquefois des excroissances condyloraateuses qui empiètent surles tissus adjacents (Dondcrs) .Ldi sclé- . rotique perd de son élasticité. Le fond de l'œil se voit moins >| distinctement à l'ophthalmoscope, parce que les milieux sont moins transparents. Le corps vitré réfléchit plusde lumière. Le cristallin surtout s'altère peu à peu, en devenant plus deuse du centre à la périphérie ; il jaunit et réfléchit de jdus en i plus la lumière, la pupille change alors de nuance et pré sente un reflet gris jaunâtre; il arrive même que l'on dis-tingue la séparation du cristallin en trois parties et que l'oni diagnostique à tort un commencement de cataracte.
Tous ces changements influent naturellement sur la force visuelle (S). A 50 ans on .a perdu 1/5 de sa force visuelle, S = a/5; à 60 ans, S = 3/Zi; à 70 ans, S = 2/3 ; à 90 ans, S— 1/2. C'est donc un aftaibirssement naturel qui accompagne l'insénescence générale.
De plus V accommodation s'affaiblit. — Le point le plus rapproché de la vision distincte, l\ s'éloigne de l'œil: l'étendue du champ d'accommodation diminue. A 10 ans on pouvait 1 lire même à 3 pouces ; à 20 ans, on ne lit plus qu'à U pouces; puis P s'écarte de plus en pins : klii) ans, il est à 8 pouces ; à i 50 ans, à 15 pouces; à 60 ans, à 2k pouces, et ainsi de suite. Ces chiffres ont été obtenus par de nombreuses séries d'obser-}vations faites surtout par M. Doiidevs.
La cause de cette diminution graduelle de la force d'afr commodalion réside-t-elle dans le muscle seul ou bien aussi danslccristalliu ? Le muscle de Briické ne diminue guère de force à l'âge où l'individu ressent les premières atteintes • de l'atVaiblissementde son accommodation ; niais le cristallin, dès le début de la vie, devient de plus en plus dense ci moins apte à ciianger de courbure, .\ussi voyons-nous raîPaiblissement de l'accommodation marcher de pair avec la f sclérose du crislalliii. La réfraction Unit elle-même par eft êti-e atteinte, de soi'te (jue vers 80 ans, le point R s'éloigne de l'œil; il se produit alors dans l'œil normal une légère hyi)ermélropie ; la force de réfraction du cristallin a donc diminué à mesure que cet organe devenait plus résistant.
PHESBYOPJK. tiQ^
Cependant, dans l'énumération des causes physiologiques de l'affaiblissement de l'accommodation, il faut, en second lieu, ajouter à la diminution dans l'élasticité du cristallin, l'alfaiblissement du muscle de l'accommodation. Cet affaiblissement, qui ne survient qu'à une époque plus avancée de la vie, et accompagne le déclin de nos forces musculaires générales, joue alors un rôle d'autant plus important, que la sclérose du cristallin exige une force plus grande pour y opérer les changements de courbure nécessaire à l'acte de l'accommodation.
Lorsque l'affaiblissement de l'accommodation a atteint un degré déterminé, et que par suite de cet afiaiblissement P (le point le plus rapproché de la vision) s'est écarté jusqu'à 8" .de l'œil et au delà,- nous disons que l'individu est atteint de
lireslnjopie.
L'individu arrivé à ce degré de faiblesse accommodative commence ordinairement à ne plus lire aussi facilement à la distance ordinaire (surtout le soir, quand l'œil est déjà fatigué ou le livre moins éclairé), et il est obligé d'éloigner son livre de 1 œil, en même temps qu'il cherche à l'éclairer autant que possible. Le plus grand éloignement du livre diminue la lacihté de reconnaître les lettres, et la lecture devient pénible d abord a l'éclairage artificiel, et un peu plus tard aussi au jour ordinaire. C'est à ])artir de ce moment que l'on diagnostique la presbyopie. Celle-ci débute chez l'emmétrope entre quarante et cinquante ans, avec des différences individuelles.
Le deijrc de la presl)yopie ne se mesure pas d'une manière mathématique comme celui de la myopie et de-l'hvpermétropie. On l'énonce en indiquant le numéro du verre convexe qui ramène à peu près à 8 pouces les rayons partant du point le plus rapproché de la vision du malade. Soit ce point à 12 pouces, SI nous voulons trouver le verre convexe capable de |)ei-mcttrc la lecture à 8", il faut faire le calcul suivant • un verre convexe n" 8 (+ 1/8) feniit voir comme venant dé H pouces des rayons parallèles; mais les ravons viennent de 12 -pouces et non de l'infini; il làut donc enlever au verre i- 1/8 une force de réfraction ca|)ai)le de faire converger à 12 pouces des rayons parallèles, c'est-à-dire un verre -1- 1/19 • e verre à employer se,:a donc 1/8 - 1/12 ^ l/2/i (îiniex'é n Ih), et la presbytie aura le même degré
Voyons maintenant l'induence de la [.reshyopie sur les yeux myopes et hypermétropes. .
MF.VKI!.
;i70 ANOMALIES DE LA UÉERACTION ET DE l' ACCOMMODATION.
L'hypermétrope dévient presbyte plus lot que l'emmétrope. 11 a besoin déjà de son accomniodalion pour voir de loin; c'est pourquoi elle lui fait de bonne lieurc défaut pour la vue de près. La presbyopic se mesurera chez l'hypermétrope après correction préalable de l'hypermétropie.
Il y a des myopes qui ne deviennent jamais presbytes : ce sont ceux chez lesquels le point R, le plus éloigné de la vision distincte, nedépasse pas S pouces. Un myope 1/fJ ne lira jamais sans verres au delà de 8 pouces. Mais un myope plus faible deviendra presbyte avec l'âge, et c'esfce quia fait dire que la myopie diminuait. En réalité, elle ne diminue pas puisque le point le plus éloigné de la vision distincte, R reste à la même place, le point le plus rapproché, P, seulement, s'éloigne de l'œil. 1-e degré de presbyopic se mesure -pour l'œil myopecomme pour un œil emmétrope.
Traitement de la presbyopic. — Lorsqu'on a reconnu les premiers symptômes de la presbyopic, que l'on apprend par le malade que ses yeux se fatiguent, surtout le soir à la lecture, que les lettres lui paraissent moins noires, que les petits objets ne sont plus vus dislinctement parce qu'on doit trop les éloigner, il faut prescrire l'usage des verres convexes qui permettent l'exercice de la vision rapprochée plus longtemps et sans fatigue.
11 ne faut pas dans ce cas permettre au malade de se priver de l'usage des lunettes et de fatiguer ses yeux sous le vain prétexte de les forcer ou de les exercer : l'expérience nous apprend que ces exercices, loin de les fortifier, ne font (lue les aifaildir. ' ,
Au début, le presbyope emploiera un verre convexe trcs-^ faible, ii" 60, par exemple, et s'en servira surtout le soir;' par la raison (jue lorsciu'oii peut travailler sans fatigue pendant le jour, il est préférable de s'abstenir alors de lunettes et de les réserver pour les travaux à la lampe. A mesure que l'âge augmente et (lue la force accommodative des yeux diminue, le presbyte a besoin de \xM-res convexes de plus en plus forts, et l'on se demande naturellement commcni on délerniiiu-ra, dans cluuiue cas siiécial, les verres de lunettes nécessaires pour corriger le degré de. presbyopic. Ces verres l)euvent être trouvés par l'essai successif de la série des verres convexes, en commençant par les plus faibles. On arrêtera son ciioix sur le premier qui permellra la lecture tacilcnient
PRESBYOtlE. f 471
à 8 pouces de distance, car il est évident qu'avec ce même verre le presbyte travaillera encore plus facilement à 10 ou 12 pouces, distance que nous préférons ordinairement, pour lire et pour éci'ire.
• Comme la diminution de la force accommodative dans les yeux emmétropes, toutes choses égales d'ailleurs, est en rapport direct avec les progrès de l'âge, il a été possible d'établir un tableau qui indique approximativement d'après l'âge le verre convexe exigé par le degré de la presbyopie.
Ages.
Numéro- d
es vei'res.
Distances (le la vision
distincte.
mis.
De 00
pouces
pouces
ans.
De /lO
ans.
De 30
ans.
De 18
ans.
De 13
ans.
De 10
ans.
De 9
ans.
Do 7
Si les numéros des verres convexes indiqués dans ce tableau peuvent servir, pour les yeux emmétropes, de point de départ des essais, il est cependant naturel que dans chaque cas spécial, le choix définitif des verres doit tenir compte des circonstances particulières qui accompagnent la presbyopie." Lorsqu'un presbyte, par la nature de ses occupations, est obligé d'appliquer ses yeux à de très-petits objets et par conséquent à de très-courtes distances, on aura naturellement cà lui choisir des verres convexes plus forts ([ue ceux désignés par .son âge; des verres plus faibles suffiront au contraire pour les personnes qui doivent travailler à une plus grande distance que celle de la lecture ordinaire (par exemple, les peintres, les musiciens). On trouvera ces verres facilement d'après les principes indiqués plus haut et par l'essai direct des verres convexes.
Nous n'avons que peu de choses à dire sui- la forme des hindtes dont le presbyte doit se servir. Les lunettes à verres ronds ou ovales .sont le plus généi'alcmcnt employées et à bon droit. Pour les personnes qui, tout en travaillant, veulent regarder par moments de Joiu sans ôtcrleiirs lunettes, on peut faire donner aux verres et à leur montui'e une foi'mc spéciale (aplatie par en haut) telle, que les yeux puissent regarder
/|72 ANKMAIJES DE LA KKl' K ACTlUiN liT KK I.' Al.CO.M.MUDATION.
au-dessus. En ce cas,' lorsque les personnes sont hypermétropes ou myopes, ou i)eut aussi prescrire des verres à double foyer.
Lorsqu'on prescrit des vei'res convexes forts, les deux verres de la lunette doivent' être plus rapproches l'un de l'autre que pour des verres faibles; il faut, eu etTet, ({ue le presbyte regarde, lorsqu'il se sert de verres forts, autant que possible à travers la moitié externe de ses verres, par la raison suivante : Les verres convexes, par leur propriété particulière de faire converger les rayons incidents, font paraître l'image de l'objet plus éloignée que ce dernier ne l'est réellement. Cette différence produirait une diplopie croisée, si les deux yeux convergeaient sur le lieu réel occupé par l'objet.
L'individu portant des lunettes à verres convexes corrige celle diplopie au moyen d'un mouvement de convergence exercé par les deux yeux, et que l'on peut observer facilement eu relevant subitement les lunettes. C'est aussi celte convergence qui, lorsqu'elle dépasse nue certaine limite, devient la cause de la fatigue indiquée par toutes les personnes qui commencent à porter des verres convexes ou qui ont changé de verres, ou enfin qui se servent de verres trop forts. Pom- suppléer à ce mouvement de convergence, on peut employer des verres prismatiques, à base tournée en dedans, qui dévient eu dedans les rayons venant de l'objet, et dévient par conséquent eu dehors la ligne suivant laquelle l'œil voit l'image. Si maintenant on regarde une lentille biconvexe, on voit qu'on peut la considérer comme composée de deux prismes dont les bases se seraient opposées; le sommet de l'un est en dehors, et c'est à travers celte partie externe du verre biconvexe, (vei'res décentrés) que le presbyte doit i-egarder pour éviter aux nmscles de son œil un mouvemenlde convergcucc exagéré.
llYPEllMÉTUOrif:.
( )n appelle hypermétrope lout œil dans lequel les rayons lumineux venant de l'infini, an lieu de se réunir s»r la réline, se réunissent derrière cette membrane (lig. 160); au lieu do fairî /"oycrsurla rétine, ilsyproduisentdes cercles d'irradiation. Pour
IlYPEHMKTROPir.
êire réunis sur la rétine, d'un loi œil, les rayons lumineux devraient l'aboi'der étant déjà convergents. En réalité, dans la nature, il n'existe pas de raydns convergents : toutelumière 'qui émane d'un point lumineux frappe notre œil par des rayons parallèles ou divergents selon la distance du point lumineux. Ce qui fait que les yeux hypermétropes, ne pou-
vant réunir sur la rétine les rayons lumineuv existant dans la nature, ne peuvent non plus, avec leur force de réfraction seule, apercevoir dislinctenu^nt les objets, quelle que soit leur distance. .
Mais les rayons parallèles ou même divergents peuvent être rendus convergents par nue lentille biconvexe : si donc
Fin. m. . Foyer F M'un œ!l liypormcli'opc! r.inioné on F', surin ri'linc, panin vi'rrp
on veut procurei' à l'œil hypermétrope des rayons convergents qu'il puisse l'éunir sur sa l'étine, il faut pla'cer devant lui un veiTc convexe dont la distance focale (le numéro du verre) indiquera le degré de l'hypermétropie (tig. iGl) Si c'est un verre convexe n" 10 ([ui fait lire au malade le n"'xx de l'échelle typographique à ^0 pieds de distance, son hvpermélropie sera de 1/10; si c'est le n" 15, l'hvpermélropie 'ora
kl h ANOMALIES Olî r.A RÉFRACTrON ET DE l/ ACCOMMODATION'.
de 1/15. Lo verre convexe a donc poui' ciïet de reporter le foyer de derrière la rétine sur la rétine, et la distance des deux foyers, mesurée par la force du verre employé, exprime justement le degré de l'hypermétropie.
Une distinction bien importante existe entre deux manières d'être de l'hypermétropie, l'hypermétropie latente {H\) et 1'%permétropie manifeste (Rm) . L'œil hypermétrope, comme nous l'avons vu, ne peut pas, par sa seule réfraction, réunir sur sa rétine les rayons parallèles. Mais si cet œil fait un effort d'accommodation qui rende son cristallin plus convexe, il augmente sa réfraction; et lorsqu'il a ainsi ajouté à son cristallin une force réfringente égale à celle du verre convexe qui mesure le degré de son hypermétropie, celle-ci est cor-
FfO. 102. — OEil liyperniélrope ayant reporté lo foyer ilos rayons parallèles sur la roliiie par un cITorI craccommoclalion.
rigée, les rayons parallèles font foyer sur la rétine (voy. fig. 162).
Au premier abord, il nous semble qu un tel œil, dont 1 accommodation cache le vice de réfi'action, soit normal; tout au moins, lorsque l'accommodation ne sufQt pas pour corriger entièrement l'hypermétropie, celle-ci apparaît à notre examen beaucoup moins forte qu'elle ne l'est en réalité. Cette hypermétropie, dont le malade se plaint et que nous i-econ naissons, mesurons même de la manière indi(iu(>e, est VhypcrnuHropie manifeste. Ainsi on aura examiné un œil et constaté une hypermétropie 1/16 ; puis, sil'onparalyse l'accommodation à l'aide de l'atropine, on constate que le même œ'il a besoin d'un verre n° 6 pour réunir sur sa réline les rayons parallèles. L'augmentation de l'hyperméti-opie <|ue l'on constate ainsi après l'action de Talropine, est Y liljpi-nnrtropie latente.
L'liyp(>rmétropie en général comporte trois variétés qui, connue imus allons h' voir, n'en sont i]ne dos dcijrcs diffc-
HYPERMÉTROPIE.
rcnls : Ce sonl : l'hypermétropie absolue, V hypermétropie relative et Y hypermétropie facultative.
V hjpermétropie absolue est le degré le plus fort : c est 1 état "d'un œil qui, avec le plus grand effort d'accommodation possible, ne parvient pas à neutraliser le vice de sa réfraction, c'est-à-dire à réunir sur la rétine des rayons parallèles. Il a toujours besoin de verres convexes pour voir distinctement. . . •
Dans l'hypermétropie relative, le défaut de réfraction est moindre. L'hvpermétrope peut arriver, par un grand effort d'accommodation, à ramener sur la rétine le foyer des rayons parallèles. Mais pour obtenir cet effort d'accommodation il est obligé, en vertu des rapports physiologiques qui existent entre les muscles droits internes et le muscle de l'accommodation, de faire un mouvement de convergence comme s'i voulait regarder de très-près.
Presque toujours le malade n'a pas conscience ni de son effort d'accommodation, ni du mouvement de convergence, et l'œil fait instinctivement ce qu'il faut pour y voir le plus distinctement possible.
Enfin, il y a encore un degré d'hypermétropie, le plus faible des trois, Y li.ypermétropie facultative, qui consiste en ce que l'œil peut ramener sur la rétine le foyer des rayons parallèles, grâce à un simple effort qui n'épuise pas toute sa force accommodatrice. Lorsqu'on donne un verre convexe à ,un sujet atteint de ce degré d'hypermétropie, son- accommodation se relâche, et il voit aussi l)ien avec le verre que sans verre, ce qui n'est pas le cas d'un œil normal (emmétrope).
Lorsqu'on examiiu^ tous les malades au point de vue de la réfraction oculaire selon la manière indiquée plus haut (voy. page Zi56), le diagnostic de l'hypermétropie ne peut pas nous échapper, mais d'antres symptômes nous mettent déjà sur la voie de ce diagnostic. Ces symptômes seront plus facilement compris loi'sque nous aui'ons exposé les causes de l'hypermétropie. Elle est le plus souvent congénitale, mais elle peni être aussi acquise, comme dans les cas d'absence du crislallin ou bien par des cicatrices delà cornéeayant aplati celte membrane, à la suite de processus ulcératifs : la cornée ainsi aplatie réfracte en effet moins fortement les rayons lumineux. De i)iiis, l'âge amène un certain degré d'In pei'méiropie par l'aplatissement du crislallin, dont il diminue ainsi la force
Z|76 ANO.MALIRS DP. LA M liKIi ACTION KY UE i/aCCOMMOIUTION.
de réfraction. Enfin, on trouve une certaine disposition à l'hypermétropie dans les cas d'affections glaucomateuscs, où l'augmentation de la pression inti-a-oculaii'e, en agissant sur le ligament suspenseur du cristallin ou sur les procès ciliaires, amène également un aplatissement de la lentille.
Cependant l'hypermétropie coiujénikile est de i)eaucoup la plus fréquente, et trouve sa cause dans la forme anatomique du globe oculaire. Les yeux hypermétropes sont plus petits, plus arrondis, ont un diamètre antéro-postérieur plus court que les yeux normaux. En faisant tourner les yeux follement hypermétropes en dedans, on constate en effet que le globe oculaire est relativement aplati d'avant en arrière. Ces yeux paraissent avoir subi un retard dans leur développement; cet arrêt de développement se remarque aussi dans les | orbites qui paraissent plus étroites, quelquefois même dans la face entière.
Les hypermétropes ont en général la figure plus aplatie, \ les yeux paraissent plus écartés, surtout dans les cas d'hypermétropie très-prononcée.
De plus, par la forme du globe oculaire, la fovea centralis est plus éloignée du nerf optique, et l'axe visuel, par conséquent, passe beaucoup plus en dedans du centre de la cornée qu'à l'état normal. Il en l'ésulte que les yeux sont ■ obligés de se tourner en dehors, de diverger un peu, lors- ' qu'ils veulent se placer en face de l'objet qu'ils fixent, et voilà pourquoi les personnes atteintes d'hypermétropie forte paraissent même atteintes de strabisme, ce qui, dans ces cas, nous n'avons pas besoin de le dire, n'est qu'un 1 s tr ab i s m e app ar e n t .
C'est ainsi que, par l'inspection seule et sans avoir recours ' à l'examen au moyen des verres, nous pouvons souvent prévoir une hypermétropie prononcée, d'autant plus facilement que les plaintes des malades cori-oborenl les données de l'examen objectif. Eu effet, ils ne manquent guère de nous dire qu'ils voient nu)ins bien de près (jue de loin, et que leurs yeux se làliguont très-facilement lorsque leurs occupations exigent une application prolongée. Cette fatigue dans les yeux f | se coinl)iiu' alors avec des douleurs dans la région péri-orbilaire et même avec des maux de tète. Ceci est un symptôme qui n(uis met de suite sur la voie du diagnostic : les hyper- j niélropes, surtout lorsqu'ils travaillent de près, et que leur liypcrmi'lropie est Irès-lurle ou leur force d'acconunodaliiui
IIYPEIIMÉTUOPIE.
afl'iiiblio, no peuvent être assidus à Icuv travail; ils sont obligés de l'iiiteiTonipre de temps à autre pour se reposer.
Lorsqu'on met un verre convexe l'aible devant un œil hypcM'inetrope, il voit au moins aussi bien de loin qu'auparavant, parce qu'il relâche alors la partie de son accommodation qui lui servait pour voir de loin. 11 voit même mieux avec le verre convexe, lorsqu'il est atteint d'une hypermétropie très-forte que son accommodation seule ne peut pas neuti'aliser. Ce seul fait que la vision éloignée est encore aussi bonne ou même améliorée par un verre convexe assure le diagnostic do l'hypermétropie.
C'est ici l'endroit pour traiter d'un état particulier de la vue qui a été mentionné par les différents auteurs sous les nomf de hehetudo visas, kopiopie, umbluopie preshijtii/ae, et pour lequel on a adopté en dernier lien la désignation d'astliénopie. Arrêtons-nous un moment sur co symptôme important qui accompagne si fréquemment l'hypermétropie. Mous avons vu plus haut que ce qui distingue l'hyperméti'ope de l'emmétrope, c'est qu'il se sert de son acconunodation déjà pour la vue à distance. L'œil emméli-ope a ordinairement à sa disposition une grande force accommodative qui lui permet de voir distinctement de très-loin jusqu'à L\ ou 5 pouces de distance de l'œil (Acc = i/U ou 1/5). Comme il ne se seil pour les occupations habituelles que d'une certaine portiiui de cette force (peut-être de la moitié), il en garde en l'éscrvc une ([uantité suffisante pour permettre une durée prolongée de ce travail musculaire. L'hypermétrope, au contraire, a déjà employé une partie de son accommodation à regarder de loin, et lorsqu'il veut regarder de près, il n'en a plus beaucoup à sa disposition. Aussi, après un certain temps, l'œil hypermétrope devient-il incapable de continuer son travail malgré tous ses cllbrls. 11 se manifeste alors un ensemble de symptômes que l'on a réuni sous le nom iVastliéiuypie (a, pi'ivatif, îQevo;, force, œil). Les malades atteints de celte faiblesse nous disent : « Loi'sque je conmience à lire ou écrire, » je vois d'abord très-bien; nuiis an bout d'un certain temps » d'application de mes yeux, je ressens do la pesanteur dans » l'œil et une pression au-dessus; les lettres du livre que je » lis se brouiUenl, et jo suis obligé d'interrompre malecture. » Au bout d'un moment de l'opos, après m'èlre IVotlé les yeux, )> je la |)uis reprendre |)our me seutii- bienlôt de nouveau fa-
^|78 ANOMALIES DU LA IIÉI'RACTION ET DE u' ACCOMMODATION.
» tiguc, et après avoir lutté ainsi pendant quelque temps, je » me sens tout à fait incapable de continuer mon travail. Le » matin, je me fatigue moins facilement; il en est de même )) le lundi, après le repos du dimanche (1). »
Tôt ou tard, l'hypermétropie se complique d'asthénopie. En effet, dans un grand nombre de cas d'hypermétropie facultative, tant que l'individu est jeune et sa force accommodative très-grande, il n'y a pas d'asthénopie: mais quand il devient plus âgé, la presbyopie survient et la quantité de force d'accommodation qui est en réserve diminue. C'est alors que l'asthénopie se manifeste.
L'âge auquel apparaît l'asthénopie dans les cas d'hypermétropie facultative est en rapport avec le degré de l'hypermétropie : ainsi un hypermétrope 1/2^ deviendra asthénope vers vingt-quati'e ans, l/Sfi vers trente-six, 1 15 vers quinze ans. L'asthénopie d'ailleurs se rencontre d'autant plus volontiers que le malade est affaibli par des pertes de sang, des maladies graves, etc., et de préférence chez les individus hypermétropes qui ont besoin de voir de près, comme par exemple chez les ouvrières qui exécutent le soir des travau)c fins à l'aiguille.
Puisque nous devons rattacher cette asthénopie accommodative à l'existence de. l'hypermétropie, nous devons naturellement aussi la combattre par le même moyen qui neutralise l'hypermétropie même, c'est-à-dire par les verres convexes. Lorsque les premiers symptômes d'asthénopie se montrent, il faut donner des verres convexes, avant l'apparition de symtômes nerveux qui sont très-pénibles (névralgie susorbilaire,. hypei'esthésie rétinienne avec photophobie et larmoiement). Les malades doivent être prévenus cju'ils ont à garder constamment leurs lunettes pendant le travail, sous peine d'être repris des mêmes symptômes. La thérapeutique de l'asthénopie accommodalive se conibnd donc avec le traifeniont de l'hypermétropie.
Trailemenl de rin/permétropic. — 11 peut arriver que l'iiypermétropie diminue spontanément, lors(iu"il se forme un
(1) L'iisUiL'iiopio, que nous ne considérons ici que sous ses rapports ftvee l'iiyperniélropic et rnccotnniodiilion {ost/iénopie accom))wd(il»'e), peul avoir en oulic sa cause dans une faiblesse des nnisclcs droits internes (asUicnopie niuscnlaire, voy. plus loin), ou dans l'h^peresllicsie de la rétine (aslliénopie rétinienne).
HYPERMÉTROPIE. ^'^^
slaphylùme postérieur ou un staphylôme pellucide de la cornée. Cette membrane devient alors plus convexe et augmente par conséfiuent la force de réiraclion de l'œil, de sorte que ces staphylômcs peuvent même changer l'iiypei-métropie en mvopie.
Le seul moyen, non pas de guérir, mais de neutraliser l'hypermétropie, c'efilVemploi des verres convexes qui ajoutent à l'appareil dioptriquc oculaire la force de réfraction qui lui manque. Doit-on employer les verres convexes toujours et comment doit-on les employer? Dans les cas d'hypermétropie facultative simple, il n'est pas besoin d'employer des verres, l'accommodation suffit; employer des verres sous prétexte de ménager l'accommodation pour plus tard est irrationnel, puisqu'un muscle est loin des'affaililir par l'usage. D'ailleurs, avec l'âge, l'asthénopie se montrera, et alorsil sera temps de •faire usage des- lunettes. Le besoin des lunettes se fera naturellement sentir plus tôt que chez l'emmétrope.
Il faut choisir alors un verre convexe avec lequel le malade lise sans peine à la distance ordinaire, puis le faire lire avec ce verre pendant un certain temps ; s' il se fatigue encore, c'est que le verre est trop faible. Puisque l'on est dans ces cas toujours exposé à donner des verres trop faibles, à cause de l'hypermétropie latente, on donne d'abord le numéro du verre qui correspond au degré d'hypermétropie manifeste; puis on donne-des verres plus forts si le malade se plaint encore d'asthénopie. En somme, c'est donc le sentiment du malade qui . décide en dernier lieu.
Doit-on dès l'abord donner aussi des verres pour la vue de loin? On a d'abord répondu affiiMiialivement à celte question, dans la pensée ([ue par le verre convexe on rendrait l'œil à l'état normaL Mais le malade ne ressent pas le besoin de verres, puisqu'il l'aide de son accommodalion il voit [bien de loin; il s'oppose même à porter des lunettes autrement que pour son ti'iivail. iMus lard, lors(]ue la faiblesse d'accommn- (lalioii sera arrivée à un tel degré que l'hypermétropie devient totalement manifeste ou presque totalement, il faudra des veri'cs à l'hypermétrope, même pour regarder de loin.
Ainsi, et pour résumer ce que nous venons d'exposer, dans Vhi/penmHroirki furaltative, il faut des verres pour la vue de près dès que le malade devient asthénope, des verres pour voii' de loin dès (|ue le malade se fatigue ou ne distingue plus bien les objets lorsqu'il regarde à distance.
/l80 AXOMALIF.S m; I.A lUÏKIlACTJON KT W. 1.' Aa:0.\IMOIuril).\.
Pour riiypemiétropio absolue ou relative, c'est autre chose. Nous avons vu que dans rhypeïmétropic relative le malade ne peut voir tlistincteuieiit, môme do loin, h moins qu'il ne sacrifie la vision binoculaire. Ces personiu's ne peuvent se passer de l'emploi des verres. On choisira le verre convexe le plus fort avec lequel le malade voit le mieux de loin, c'est celui qui neutralise l'hypermétropie manifeste : il restera au malade une grande partie de sa force accommodative, il pourra donc travailler de près avec les mêmes vei res qui lui servent pour la vue de loin. Plus tai'd, ces hyperméli-opes ont besoin, comme tout le monde, de verres, convexes plus foris pour travailler de près, puisqu'à leur hypermétropie vient s'ajouter la presbyopie.
Dans les cas d'hypermétropie absolue, oh l'accommodation ne peut arriver à neutraliser entièrement le défaut de réfraclion, il faut également employer le verre le plus fort avec lequel le malade voit le mieux de loin, et si l'accommodation ne lui suffit paspourtravailler.de près sans fatigue, il faut lui donner des verres plus forts pour voir de près. 11 ne faut pas craindre de donner des verres convexes un peu forts, ■puisque derrière l'hypermétropie manifeste est encoi-e l'hypermétropie latente qui se démasquera pour ainsi dire,'à mesure que le sujet deviendra presbyte. Ainsi on sera obligé à partir de quarante-cinq ans de donner, même pour voir de loin, des verres de plus en plus forts.
Les rapports de l'hypermétropie avec le strabisme coimrf/ent sci'ont expliqués dans le chapitre des affections musculaires des yeux.
ISy|ieriiiô<ro|ii<> |iiii> iilisoiico «lu pri.slalliii (<i|iliiikio).
11 y a une espèce d'Iiyperméfropie que l'on produit arlificiellemenl, en éloigiiaiil lecrislaliin du champ pupiliairedans les opéralions de la cataracte, (lelle ai)sence du crislaliin {apli(ikic) peut aussi être le résullal d'une luxation de la lentille cristallinienne (voy. |). /l'iO).
'J'-ielle que soit d'ailleurs la cause de la jierie du cristallin, son absence (li'Ieriniiiera loujoiirs un degré d'hyperniélropie des plus prononcés. Comment pourrait-il en être aulremeul, puisque la force réfringente de l'œil privé du cristallin réunit
IIVPICIIMKTIK.IPII': PAU AliSlCNCi; nu ClilPTALLlN'.
(d'après un calcul approximatif) les rayons parallèles à 30 millimètres en arrière delà cornée; orl'axe antéro-poslérieurde l'œil étant de 20 à 22 millimètres, les rayons parallèles forment alors leur foyer à 8 ou 10 millimètres en arrièi'e de la rétine : il y a donc hypermétropie. Celte hypermétropie est excessiveet demande, pour être neutralisée, desYerresconvexes ti'ès-lbrts, dits verres à cataracte. Quels sont les verres dont a besoin un opéré de cataracte ? D'ai)ord des verres convexes d'une certaine force pour voir de loin; de plus, comme l'accommodation n'existe plus, des verres différents suivant les distances auxquelles il a besoin de voir distinctement. Il faudrait donc donner à l'opéré de cataracte autant de verres que les distances auxquelles on veut le faire voir le rendent nécessaire. Cependant, on ne lui donne pas un nombre indéfini de verres. L'opéré peut suppléer à sa privation d'accommodation : ir le fait en éloignant plus ou moins ses lunettes de l'oeil. Voilà pourquoi on se contente de donner deux ou trois paires de veri'es : une pour la vue à grande distance, une pourvoir à 15 on 20 pieds, une dernière pour lire et écrii'e (10 ponces). La vision à des distances intermédiaires se fait en écartant les verres de l'œil. Naturellement les défauts de réfraction qui existaient avant l'opération doiveiit entrer en ligne de compte dans le choix des verres. Ainsi un hypermétrope, une fois privé de cristallin, aura besoin d'un verre plus fort qu'an emmétrope dans les mèmesconditions; les myopes, au contraire, demanderont des verres plus faibles. Pour ces derniers, cela va mèmesi loin que, dans certains cas, ils n'ont pas besoin de verres et voient mieux que dans leur Jeunesse une fois qu'ils sont opéi'és de catai-acte ; on pai'le même do myopes qui aui'aient eu besoin de verres concaves a|U'ès ro|)ération : ce seraient des cas de myopie excessive (|ui ne se l'enconti'ent pas fri'quemment.
Pour détei'minei' les verres dont la personne opérée de la cataracte aura besoin, il y a deux manièresd'agir. D'après la première, on peut |)ar des essais successifs oJioisir les trois vei-res avec lesquels l'oj)éré voit le mieux: 1' de très-loin; 2" à 20pieds;.3"de près. i)'ailleui.>, dès(|uei'(.n auradélermiiu'' par fies essais, le verre avec lequeU'opéré voit ie mieux (leloiii,on peut, par le calcul, déduire de ce verre les autres d(Mit il a besom pour les distances doniuies. l'ar exemple, un opéi'é voit de loin à l'aide d'un veire convexe n° 3 ; avec quel verre verra-l-il à 9 pouces ? Il faut ajouter au verre -|- 3, un verre qui
^|82 ANOMALIES DE LA nÉFnACTION ET HE l' ACCOMMODATION.
remplace la force d'accommodation nécessaire poui- porleif la vision distincte de l'infini à 9 pouces. D'après ce que nou; en avons dit en parlant de l'accommodation, nous savons qui. c'est un verre convexe 1/9 ; comme 1/3 -\- 1/9 = ù/9, c'esr un verre n» 2 1/4 qu'il faut donner. De même pour toutei. les distances voulues: l'opéré voit bien de loin avec + 5; î
10 pouces il verra avec un verre de force de réfraction iji -f- 1/10 = 3/10, c'est-à-dire un verre convexe 3 1/3.
La seconde manière de déterminer les verres dont aura i se servir un opéré de cataracte est d'essayer la distance à la« quelle l'opéré lit distinctement avec un verre convexe n'î par exemple ; par le calcul on trouve alors le verre avec lequel *1 verra àl'infmi. Si avec-f 2 l'opéré lit à U pouces-
11 verra à l'infini avec un verre 1/2 — liU = i;h ; le chiffrci 1/4 que l'on retranche exprime la modification dans la foret de réfraction de l'œil lorsqu'il doit passer d'une vision adaptée il l'infini à une vision adaptée pour 4 pouces de distance* De même lorsque avec -j- 2 le malade voit à 6 pouces,^ 1( verre qui le fera voir de loin doit avoir la force de véfractior 1/2 — 1/6 = 1/3.
Souvent la plus grande force visuelle que nous pouvoni obtenir à l'aide des verres convexes reste encore assez élui gnée de la normale. Cela tient souvent à la présence d'ut astigmatisme que iious corrigerons alors par des verres cylim driques choisis d'après les principes que nous exposerons plua loin, en traitant de l'astigmatisme.