CILIAIRE
L'innammation du boi'd palpébral se caractérise au début et dans sa forme la plus bénigne, par une rougeur du bord et surtout des angles palpébraux, accompagnée de sensations de chaleur, de brûlure, de picotements et de démangeaisons. Ces symptômes s'aggravent si les yeux sont exposés à la poussière ou à la fumée, et lorsque les malades s'appliquent à un travail assidu et minutieux. L'affection peut conserver cette forme, ou elle s'aggrave par l'hypersécrétion des glandes sébacées et par l'apparition de petites pustules d'acné.
La partie du derme qui supporte les cils est alors légèrement lumélléc, couverte de croùlos qui recouvrent des excoriations, et à côté des(juellcs on distingue encore les petits boulons d'acné remplis de pus et dont la dessiccation a produit les croûtes. Ces pustules se trouvent onire les cils ou à leur base. Le voisinage de ces parties présente une grande quanlilé de pellicules tines et molles qui enveloppent les cils et en forment des faisceaux plus ou moins larges. Le matin, au réveil, les i)i)rds des jjaupières sont collés ensemble ol empêchent les malades d'ouvrir leurs yeux. Lorsqu'ils arraciient les croùlos sans précautions ou qu'ils veulent nettoyer leurs
INFLAMMATION DU BOIÏD PAl.l'ÉBBAL.
paupières rapidement, les l)0['ds saiyiient, les cils lonibeiit, et au bout de peu de temps les bords palpébraux sont couverts de nouvelles croûtes.
Lorsque l'inflammation augmente encore, le ])urd palpôbral tout entier se tuméfie, s'ulcère, les cils tombent et ceux qui les remplacent deviennent de plus en plus faibles et fins; ceux-ci prennent une mauvaise direction et, h la longue, le bord palpébral peut se trouver tout à fait dépourvu de cils (Madarosis) ; ou l'on n'y trouve plus que quelques cils trèspàles, isolés, très-longs et recour])és dans un sens ou dans l'autre. Dans ces conditions, les ibllicules pileux sont atrophiés, le tissu cellulaire qui les entoure est hypertrophié, tout le bord palpébral est épaissi et induré par du tissu cicatriciel qui s'est formé à la place des ulcérations [Tylosis).
L'épaississement du bord palpébral éloigne celui-ci du globe oculaire et fait dévier les points lacrymaux qui cessent -de fonctionner; les larmes s'arrêtent alors sur la conjonctive qui d'ailleurs participe facilement à l'inflammation des bords palpébraux; les glandes de Meibomius s'oblitèrent, et dans ces formes extrêmes de la blépluirite on voit la paupière enlière s'eclropionner progressivement.
La marche de la blépharite est essentiellement chronique. Elle débute par des symptômes peu manifestes, s'aggrave plus ou moins vite, selon les conditions d'existence de la personne atteinte. On y observe des périodes de rémission et d'exacerbadon. Un traitement approprié peut arrêter la marche de la maladie et obtenir un résultat favorable, aussi longtemps que les glandes de Meibomius fonctionnent et que leurs orifices ne sont pas oblitérés. Ce moment passé, on peut encore soulager les malades, améliorer l'élat de leurs paupières: mais une restitution complète de l'état normal n'est |)lus à espérer.
Etioloiiic. — La blépharite est surtout fréquente chez les sujets lymphatiques, chez ceux dont la peau est très-irritable et déhcatc, chez ceux quimai\quent de propreté. Enfin, celle ■afiection survient à la suite de la conjonctivite clironique et surtout à la suite d'anomalies dans les voies lacrymales.
Tmitemrid. — La première condition de la guérison de la blépharite est la pi'oprelé la plus minutieuse. Il est indispen-
MALADIES DES PALTJÈREP.
sable, de faire laver les paupières fréquemment avec de l'eau chaude et, si cela ne suffit pas pour les débarrasser des pellicules et des croûtes adhérentes, il faut y faire appliquer, surtout le matin, des compresses trempées dans de l'eau chaude ou des cataplasmes chauds. Les croûtes enlevées, il est utile de débarrasser les paupières des cils qui sont prêts à tomber, en faisant glisser légèrement les cils entre les extrémités du pouce et de l'index. Enfin, on apphque sur les bords palpébraux, à Taide du pinceau, une solution astringente (sous-acétate de plomb, 10 gouttes pom- un verre d'eau). Au moment du coucher, les malades recouvrent les bords palpébraux d'une couche mince de la pommade suivante :
Précipité blanc 3 centigrammes.
Sous-acétate de plomb. ... 10 —
Huile d'amandes douces ... 50 —
Axonge 5 grammes.
On peut remplacer, dans cette pommade, le précipité blanc par l'oxyde de zinc ou par le précipité rouge.
Lorsque les bords des paupières sont déjà excoriés ou même le siège de petites ulcérations, les corps gras sont rarement suppoi-tés. 11 faut alors employer une solution de nitrate d'argent (50 centigrammes pour 50 grammes d'eau), ouvrir les pustules d'acné et cautériser leur emplacement ou le fond des ulcères avec un crayon de nitrate d'argent mitigé et trèspointu, en ayant soin de neutraliser l'excès du caustique par de l'eau salée. Aussitôt la couche épidei-mique rétabhe, ou peut tenter l'emploi des pommades indiquées.
11 faut naturellement se préoccuper des complications de la hlépharite et des soins exigés par l'état général des malades. Les conjonctivites sont à soigner d'après les principes élal)lis dans le cbapitre de ces affections, les maladies des voies lacrymales d'après les conseils que nous donnerons plus loin. La direction normale des points lacrymaux demande à èlre surveillée soigneusenuMit, et, en cas de dévialion, il faut fendre les conduits sans retard. Les malades atteints de Idépharite doivent séjom-ner autant que possible dans un air pur et frais; ils doivent se servir de lunellcs bleues, s'abstenir de tout travail excessif, ainsi que de tout excès dans leur régime général. Une diatlièse scrofulcuse ou lvnn)iiali<iuc est à combattre par les moyens appropries.
TUMEUHS DES PAUPIÈRES.
ARTICLE VIII
ORGELET (nORDEOLUiSi).
L'orgelet, qui consiste dans une inflammation furonculeuse du tissu cellulaire de la paupière, apparaît dans le voisinage des cils, sous forme d'un bouton dur, très-douloureux au toucher, et accompagné d'inflammation et de gonflement de la partie de la paupière dans laquelle l'orgelet siège, ou de la paupière tout entière. Quelquefois, les malades souffrent beaucoup et accusent même un mouvement fébrile. L'orgelet se développe dans l'espace de quelques jours, son sommet prend une coloration jaunâtre, s'ouvre et donne issue à un peu de pus el de tissu cellulaire mortifié.
Cette affection se reproduit souvent, de sorte que parfois les malades ont un orgelet après l'autre, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois même.
Tout au début de l'inflammation, on peut cssa-ycr d'obtenir la résolution par des compresses froides: cependant, poiu'peu que l'état se prolonge, il est bien préférable d'employer des cataplasmes chauds, émoUients, pour hâter la suppuration.
On peut abandonner la rupture de la petite tumeur à la nature ou pratiquer une petite incision à son sommet. Si la suppuration se prolonge, on peut cautériser légèrement la petite cavité avec le crayon de nitrate d'argent mitigé.
TUMEUIIS DES PAUPlEUES.
1° Le chalazion est une petite tumeur ferme et immobile qui se développe dans le tarse par l'altéralion d'une glande de Meibomius. En effet, son enveloppe est conslituée par les parois d'une de ces glandes, et son contenu par le produit de sécrétion de cette glande. Taiilôt, ce produit de sécrétion est changé en une matière liquide, purulente; tantôt, c'est une masse gélatineuse, graisseuse, sébacée et mélangée de tissu cellulaire de nouvelle formation.
TUMEURS DES PAUl'JÉRtS.
Ce pelit kysle, dont la grandeui- peut varier entre le volume d'une forte tête d'épingle ou d'une lentille et celui d'une fève ou même d'une noisette, proémine laulôt vers la conjonctive au point de laisser voir par transparence son contenu, tantôt vers la peau externe de la paupière. On en rencontre souvent plusieurs dans la même paupière ou dans les deux paupières du même côté et quelquefois des deux côtés. Leur consistance varie naturellement avec leur contenu.
Le chalazion se développe presque toujours très-lentement et peut s'arrêter à chaque degré de son développement. Rarement, la distension progj'essive du kyste amène la perforation spontanée de sa paroi interne. Cette perforation peut être suivie d'une guérison définitive ; ou le contenu se reproduit, et si l'ouverture du chalazion reste béante, elle s'entoure de bourgeons charnus, qui prennent parfois un assez grand développement et deviennent une source d'irritations pour l'œil.
Le traitement du chalazion consiste presque toujours dans une intervention chirurgicale, les frictions avec une pommade iodurée restant généralement sans résultat. On l'opère ou par excision (énucléation) ou par l'incision avec évacuation de son contenu, suivie ou non de la cautérisation de la poche. Cette dernière méthode sert de préférence pour les chalazions dont le contenu s'échappe sans peine, et dont les parois sont peu épaisses. On renverse alors la paupière et l'on incise dans toute sa largeur la petite tumeur qui fait saillie à la surface de la muqueuse. Pour faire sortir complètement le contenu du kyste, il faut exercer une certaine pression sur la paupière renvecsée, en arrière de la petite tumeur.
L'excision se pratique généralement à travers la conjonctive, la paupière étant renversée; rarement à travers une incision cutanée, lorsque la petite tumeur est située immédiatement au-dessous de la peau. On incise alors les tissus la l'ocouvrent transversalement et dans une étendue suflisanto pour exii-aire le kyste lacilement. 11 faut se garder d'ouvrir ce dernier même. Puis on détache soigneusement le kyste de ses adhérences avec les tissus environnants, et l'on [)ratique l'excision eu l'aisant allenlion de laisser intacte la peau, ou la muqueuse si l'on a opéré par une incision cutanée. Dans ce dernier cas, on peut réunir la plaie par une suture. Les pinces de jDfiWrovtvs, appliquées comme la