‹ Traité pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 140 sur 160 · LÉSIONS TKAUMATIQUES DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

LÉSIONS TKAUMATIQUES DES PAUPIÈRES

Les plaies par incision ou déchirure des sourcils et des paupières varient dans leur siège et leur étendue, qui déterminent leur gravité. Une plaie horizontale, par instrument tranchant, qui n'a pas pénétré jusqu'à la conjonctive, guérit généralement avec facilité et sans déllgurer le malade, à moins que le muscle releveur de la paupière supérieure n'ait été détaché, ce qui amènerait la chute de celte paupière.^

Les plaies superficielles en sens vertical, lorsqu'elles n'ont pas intéressé le bord palpébral, ne présentent pas de dangers. Lorsque la blessure atteint la paupière dans son épaisseur, il faut craindre la blessure simultanée du globe oculaire ou la formation ultérieure du symblépharon.

Les déchirures des paujiières peuvent, d'ailleurs, suppurer; et amener, par une cicalrisatHon irrégulière, la déformation (le la paupière. Lorsque la lésionaallcint lenerf sus-orbilan-e, un en a vu résulter la cécité de l'œil correspondant (vov. p. 336).

Le traUemciit de toutes ces blessures exige souvent une grande précaution. Une lésion simple par un inslrumcni

.\N"OM\Lli;S CONGÉ NITAIJÙS DES PAUfJ LlŒS.

iianchant peut èti'C réunie par une suture. Après une déi liirure, il faut nettoyer la plaie, exciser le tissu lacéré et i éuiiir les lo.vres de la plaie aussi exaclemeiit que possiijlc (lar une ou plusieurs sutures. Dans tous les cas, le haiideau • ■oaipressif est le meilleur pansement.

Les piqûres des paupières par des guêpes, des abeilles et d'autres insectes, produisent parfois un gonflement et une irriiation considérables. Si le dard de l'insecte est resté dans la [daie, il faut cbercbcr à l'extraire, frotter la région enflammée avec de l'huile d'olive, et la couvrir d'une compresse trempée

[ dans une solution d'hydrochlorate d'ammoniaque.

' ^{ous avons déjà parlé plus haut (p. 616) de la jnistule ma-

' ligne des paupières.

Les brûlures profondes sont souvent dangereuses par la rétraction cicatricielle, qui devient souvent la source d'eclrol>io-ns graves. Le meilleur moyen de l'éviter est l'occlusioii immédiate despaupières par les sutures de. MiniiiH {\oy. p. 667) l't l'emploi de la greffe dermique {Reverclin), pour amener la icatrisation en bonnes conditions (1).

ARTICLE XI.X

•.\0MALIES CONGENITALES ilES PAUPUlHES. ÉPICANTHUS CT OiLdIIUMA.

1° Le colobomn consiste dans une fissure des paupières que l'on a observée tantôt sur une seulement, (ant(it sur les deux à la fois. Cette fente est souvent combinée avec d'autres .monialies du même genre, connue la fente congénitale de*r lèvres, de "la voûte palatine, etc. Pour guérir le coloboma des paupières, on en avive les bords et on les réunit avec le plus -irnud soin par des sutures, dont une au miii)is doit ti'av(M'ser 11' cartilage.

2" l.'éivinnilluis, anonialie congénitale (pii ((insiste dans l'existence d'un pli cutané recouvrant l'angle interne dos lentes palpéi)rales, est souvent conq)liqné d'un a])latisscmcnt des os propres du nez et de l'élargissemeid de j'espace qui

(1) Voy. (le Weckcr, Annnlcs d'ocidistiquc, août 1872.

MALAIIIES DES P.U PIÈREP.

sépare les grands angles des yeux. En même temps que l'épicanthus, on renconti'e souvent la microphthalmie (pai-fois seulement apparente et causée par le rétrécissement delà l'ente palpébrale), la chute de la paupière supérieure, le strabisme convergent, et, plus tard, la tumeur lacrymale.

L'opération de l'épicanthus a pour but de raccourcir la partie du tégument situé entre lesangles internes des yeux. Il n'est pas nécessaire de pratiquer cette opération dans les premières années de l'enfance, parce qu'il arrive que le raccourcissement se fait spontanément, et que' le repli disparaît à mesure que le nez de l'enfant devient plus proéminent. Cependant, si ceci n'a. pas lieu, que la difformité soit très-prononcée, et qu'il en résulte une gêne véritable pour le malade, il faut pratiquer l'opération, qui consiste à exciser un lambeau ovalaire et vertical de la peau du dos du nez (rhinorrhaphie A' Amman). Ce procédé doit être employé lorsque l'épicanthus existedes deiixyeux; on l'exécute de la manière suivante :

Pour déterminer la grandeur du lambeau cutané à enlever, on saisit entre les doigts ou entre les l)ranches d'une pince à entropion (fig. 1h%) un pli de la peau assez grand pour faire (lis|iaraîfrc l'épicanthus, et l'on circonscrit d'un trait à l'encre la basQ de ce pli. Cola fait, on peut placer immédiatement les aiguilles nuniies de lils de soie, qui ï^oront nécessaires pour réunir les lèvres de la plaie après l'excision du lambeau cutané. Dans celle excision, faite au moyen d'un bistouri pointu, il faut disséquer soigneusement les angles de la plaie, pour (lue le rapprochement de ses bords se fasse sans difficulté. ' . ,

Lorsque l'épicanthus n'existe que d'un côté, on excise ic

Fio. 248. — Pinces à onlropioii.

lambeau cutané latéralement et plus ou moins près de l'œil afTecté.

HAI^ADIEjSi »£§> VOIES ACR YiU AI.EjS.

ARTICLE PREMIER

ANOMALIES DES POINTS ET DES CONPLilTS LACRYMAUX.

Les anomalies que nous rencontrons ici sont surtout le déplacement, le rétrécissement et l'oblitération. Ces anomalies empêchent le fonctionnement de ces organes, et il en résulte comme premier symptôme le larmoiement de l'œil, à un degré plus ou moins prononcé.

L'orifice du point lacrymal peut sul)ir un déplacement dans un double sens. Nous pouvons le voir dirigé en haut ou même en avant, comme dans les cas d'éversion du bord palpébral, où nous le li'ouvons refoulé à une distance plus ou moins grande du globe oculaii'e. Les causes d'éversion sont les mêmes que ceuxquiproduisent l'ectropiou; celles du refoulement sont le gonflement delà caroncule ou l'épaisissement de la paupière et de la conjonctive palpébrale.

L'oblitération des points lacrymaux résulte de leur déviation,-de l'action des brûlures, des ulcérations ou des lésions traumaliques qui frappent ces points ou leur voisinage immédiat. Elle peut survenir aussi à la suite de conjonctivites granulaii'es ou de ])léphai'ites.

Le rétrécissement ou l'oblitération des conduits lacrymaux, iloivent être attribués à la propagation des uiajadies iullamniatoires de la conjonctive, à des brûlures et à des déchirures du voisinage, enfin à des corps étrangers (cils, concrétions cah;aires ou liaci'yoliliies, champignons filifoi'mes), qu'on reli'onve dans ces conduits.

TraUi:mr.nt. — Lorsijue les anomalies (|iie nous v(Mions de (h'ci'ire devieimentla source d'un larnuiienuMit pénihle pour b' malade, il faut, coinnu; .M. liuiomdii. (I) l'a enseigné le

(!) yoy.Mf'/irfi-. li.'rn.rgira/Troiisadiotif, 1851, L XXXIV, p. 337.

68^1 MALADIES l)i;S VOIKS J-ACUÏMALIlS.

prciiiiei'. roiiclic le point et le conduit lacrymal. En effet, le contact des lannes qui ne peuvent s'écouler par les voies - ( idinaire;-, entretient la maladie et empèciie rcfficacité des autres moyens que nous pourrions employer.

L'opération par laquelle on fend les conduits est des plus f.imples; M. Boivman l'exécute avec une petite soivle cannelée et un Listouri étroit et pointu. Voici la manière dont il he sert de ces instruments : appliquant un doigt de la main gauche au-dessous de l'angle externe de l'œil, il tend la paupière inférieure en l'attirant vers la tempe ; de celte façon, le JiOrd palpébral pi'end une direction entièrement liorizonlale. Un autre doigt de la même main étant placé dans l'angle interne, au-dessous du conduit lacrymal, il renverse ce dernier légèrement en dehors. Alors la sonde cannelée introduite, à l'aide de la main droite, pénètre facilement dans Kconduit et peut être poussée en avant jusqu'au niveau de la caroncule lacrymale. Ceci fait, la sonde est placée entre l indcx el le pouce de la main gauche, qui la maintiennent dans une (losition horizontale, pour redresser et tencke le canal. On puusse alors la pointe du bistouri le long de la cannelure, el le conduit est fendu. î

L'opération ainsi exécutée n'est cependant pas exempte (le difficultés, surtout lorsqu'on a affaire à un malade craintif qui contracte l'orbiculaire, et que l'on est dépourvu d'aides. 11 peut arriver alors qu'au moment où l'on passe la .-onde d'une main à l'autre, un mouvement quelconiiue du malade chasse la sonde et tout est à reconnnencer. l'our cotte laison, il était déjà bien avantageux de se' servir du petit dad'votome (lig. 'i/i9), où l'on trouve réunis la sonde et le hisluùri. On l 'mtroduit daus le conduit inférieur en procédant de la même manière que pour la sonde dont j'ai parle plu? haut; puis, en pressant sur l-extrémité {c) de l'instrument, on fait glisser en avant le petit couteau (h) qu'il renferme, te ^ i,ctit' instrument, d'un nianienu>nt très-conunode, me scfl i encore aujourd'hui pour les malades qui sont effraves par |l'aspeci de lont inslrunu'iit Iranclianl. ,

ilabiluelloinent j'emploie une paire de ciseaux (fig. Lien tranchants, dont les pointes, saut arronda-s a leur ex- In'Mnilé, pour .[u'elles n'aillent pas s'enfoncer dans la niu- ..ueuse qu elles déchireraient. L ue des branches, que j ai a» faire très-ctroile. est introduite da-ns le canal en sunani i» in'ni- diivfli^) ) que <i l'-'u iiiiroduisail la sonde. .Mtn"^. P»-'' "

ANOMALIES DES POINTS tT DES CONDUITS LACRYMAUX.

liant que la paupière est tendue à l'aide de la main gauche, lin rapproche vivement les deux branches et l'on incise le canal d'un seul coup. On peut employer dans le même but un petit couteau boutonné (1), (couteau (le Weber, tig. 251). On en fait glisser l'extrémité arrondie dans le canal, et l'on sectionne ce dernier, on relevant le manche du couteau. Pour obtenir an bon résultat dans cette manœuvre, il faut opérer une légère traction du conduit en bas, c'est-à-dire dans le sens' opposé à celui dans lequel agit le couteau. Il peut arriver facilement, si le malade s'agite, que le couteau glisse hors du canal; pour éviter cet inconvénient, il faut pousser le couteau jusque dans le sac lacrymal et

FiG. 250.

appuyer l'extrémité boutonnée contre la paroi interne. Cette manœuvre m'a paru toujours plus douloureuse pour les malades que la section à l'aide des ciseaux.

Si l'on éprouvait quelques difficultés à introduire la pointe mousse des ciseaux, du couteau ou de la .sonde cannelée dans l'orifice du conduit, qui est parfois très-rétréci, on dilaterait préalablement cet orifice au moyen d'un petit stylet conique que l'on

FiG. 251. ir.c. 219.

pousserait dans le conduit jusqu'à une corlaino distance, et (l) Arduo fucr Ophthalmologii:, 18Gi, Vlil, 1, p. 107.

MliYEll.

ggg MALADIES DES VOIES LACRYMALES.

aue l'on ferait' rouler plusieurs fois entre le pouce et l'index.

Quel que soit, d'ailleurs, le procédé que l'on emploie pour sectionner le conduit lacrymal, il importe beaucoup de n inciser la muqueuse que dans l'étendue où l'on coupe toute l'épaisseur du canal. Sans cela, on pourrait produire un rétrécissement traumatique qui obstruerait pour toujours e passage 11 faut aussi sectionner le canal de manière que la fente artificielle soit dirigée, autant que possible, ^n dedans, c'est-à-dire vers le globe de l'œil, ce à quoi on réussi facilement en renversant, comme nous l'avons dit plus haut, le bord palpébral en dehors.

Si malgré cette précaution, l'épaississemen de la pau- Dière'et le gonflement de la muqueuse refoulaient tellement les parties, que, même après avoir ete fendu, le canal restât renversé en dehors, et que les larmes qm ne courraient arriver jusqu'à lui ^^c^^^^'^ . la ioue, il faudrait suivre le conseil de M. Cntchctt (1). Ce chirurgien saisit, en pareil cas, une portion de la pai-oi postérieure du canal et la retranche d'uiv coup de ciseaux Ceci permet d'atteindre le triple but, d altu-er le canal plus en dedans vers la caroncule, de former un réservoir dans lequel se rendent les larmes, et d'empêcher lareunion des parties. 1

Lorsque le point lacrymal est fermé et le canal rétréci, le\ traUement es plus compliqué. 11 est alors quelqueiois b eu diSe de découvrir l'orifice, qu'il faut cependant rechercher soigneusement, même avec une loupe, et s. on le re rome, on peù généralement y pénétrer à l'aide d une sonde fine SnCn> réussit pas, on doit, suivant M. Juengkcn crûe^cv d'un couV de ciseaux la portion de la conjonctive qui îe ourie conduit lacrymal et chercher dans ^^^^^^^ vcrture pour y pénétrer avec une sonde. I) api es M. ^onman^ on courrait n o ns de riscjucs de voir se fermer 1 orifice, c J SsanTce te incision oldiquement. Après avoir pratique amsi^ îrïouvllîc ouverture, il devient facile de fendre le conduit

"r:im;"-mentducon.l,u.laci;ynua

,Mve franchi, si l'on se sert d'un stylet conique assez, fin. ï,oi>

(1) Voy. Leçons sur les »ialadies de l'appareil lacrymal {Annales fl'omlisdquc, l. UI, p. 79).

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