TUMEURS T>E L ORBITE
6° Les tumeurs vasculaires de l'orbite se i.résenteiit sous forme de tumeurs caverneuses ou variqueuses, ou sous forme d'anévrvsmes. • . , ,
Les titmcws cavcrneusct; comme les tummrf< vanqncuses débutent presque toujours dans les paupières, d'où elles se propagent dans l'orbite. -Cependant, on a aussi rencontre des tumeurs caverneuses ayant leur point de départ dans 1 orbite même. Dans ce cas, elles étaient pour ainsi dire enkystées par une couche de tissu cellulaire condensé.
Les tumeurs vasculaires ont pour symptôme caractéristique de gonfler et d'augmenter de volume en toute circonstance qui occasionne une hypérémie mécanique ou une gêne de circulation en général, par exemple lorsque le malade crie, ou fait des efforts musculaires, ou baisse la tête.
L'anévrysmc vrai a été observe' dans l'orbite dans quelques cas rares, comme anévrysme des artères ophthalmiques et de l'artère centrale de la rétine. Ces anévrysmes sont toujours excessivement petits et ont peu d'influence sur 1 état de la vision et sur la position du globe oculaire.
L'anévrysme faux ou diffun est bien plus fréquent que le précédent. 11 résulte d'une lésion d'une artère de l'orbite, soit que cette artère ait été auparavant le siège d'un anévrysme vrai qui vient à se rompre, ou que ses parois soient atteintes de dégénérescence athéromateuse (anévrysme consécutif on ipar anastomose), soit que la lésion porte sur une artèi'C I jusque-là saine (anévrysme diffus primitif).
L'anévrysme consécutif survient brusquement après un effort, une fatigue ou sans cause connue. Le malade perçoit à ce moment une sensation de craquement, éprouve des • douleurs très-vives, et son œil est chassé plus ou moins de l'orbite. Bientôt survient l'œdème des paupières, etl'on voit I apparaitre une tumeur bosselée, mollasse, élastique, animée ide pulsations très-évidentes qui disparaissent lorsqu'on com- I prime la carotide du même çôté. Lorsque le malade baisse la tête, les pulsations do\iennent encore plus \isil)les et la i coloration de la tumeur plus foncée. A l'aide du stéthoscope . appliqué sur l'œil ou à côté, on entend distinctement un bruit de souffle d'intensité variable.
L'anévrysme primitif parait plus fréquent; une contusion del'orbitc oude son voisinage, unechule sur lalcle, ])rndnisent dans ces cas une rupture sui)ite d'une artère, le sang s'épanche dans le tissu cellulaire de l'orbite, et il survient de
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l'exophthalmie. L'œdème des paupières, des douleurs vives, suivent immédiatement. Des pulsations sensibles au touclier et à l'œil animent les parties tuméfiées, en même temps que l'oreille perçoit des bruits particuliers de sifflement, ou de battements qui gênent considérablement le malade luimême, et qui sont quelquefois si forts qu'on peut les entendre encore à une certaine distance.
Tous ces symptômes peuvent survenir immédiatement après le traumatisme, ou quelque temps après, en augmentant lentement et progressivement. La compression de là carotide du côté malade produit une diminution sensible ou même la disparition des symptômes indiqués.
Traitement des tumeurs orbitaires. — L'opération des tumeiu^ orbitaires est indiquée lorsque ces tumeurs gênent déjà les fonctions de l'organe visuel, ou lorsque l'augmentation rapide de leur volume menace l'existence de l'œil, ou nous fait prévoir des difficultés plus grandes dans leur opération ultérieure .
Le procédé opératoire est déterminé en général par la nature, le siège et l'étendue du néoplasme. On préfère habituellement pratiquer l'opération à travers la paupière, parce que l'opération à travers la conjonctive est plus pénible, et que l'on a à redouter des cicatrices vicieuses. l)ans bien des cas cependant, il a paru nécessaire de séitarer la paupière supérieure par deux incisions verticales montant de l'extrémité de chaque commissure vers l'arcade sourciliaire, et de la renverser ensuite sur le front.
D'habitude, on pratique, à l'endroit de la plus forte proéminence de la tumeur, une incision parallèle au bord orbitaire, qui doit pénétrer jusqu'à la surface de la tumeur que l'on met ainsi à nu. Lorscjne la tumeur a une grande étendue, il peut devenir nécessaire de faire une incision en forme de T. En tout cas, on sépare soigneusomeni la fununir dos parties envii-omiantes, on l'attire à l'aide de pinces ou du ténaculum de Muscux, et l'on finit par la détacher de toutes ses adhérences à l'aide du l)istouri ou des ciseaux.
La règle est d'enlever la tumeur aussi complètement que possii)Ie, si l'on veut prévenir les récidives; en cas de rapports intimes entre la tumeur et le périoste, de gratter ce dernier avec une rugine. Celte précaution devient même inévitable,
TUMEURS DE l' ORBITE.
lorsqu'on est à se demander si l'on n'a pas affaire à une tumeur arcinomateuse.
Dans les cas de kystes, il importe moins de laisser une portion de l'enveloppe, car la suppuration consécutive détruit ce qui reste. "
D'ailleurs, le traitement opératoire des kystes de l'orbite dépend absolument de la consistance de leur contenu, lequel jieut être liquide, semi-liquide ou dense. Pour fixer définitivement ce diagnostic, on sera obligé dans bien des cas, lorsque l'auscultation, la palpation et les commémoratifs ont démontré qu'il ne s'agit pas d'une tumeur anévrysmale, de proéder cà une ponction exploratrice. Ce moyen ne donne une certitude absolue que lorsqu'il s'écoule par la canule un liquide plus ou moins fluide. En ce cas, une simple ponction, suivie ou ndh d'injections irritantes, ou une incision de plus l'étendue suffisent pour la guérison, qui est déterminée alors ;iar une inflammation adhésive.
Lorsque ces kystes à contenu fluide sont^très-considérables et s'étendent dans la profondeur de l'orbite, il serait dangereux de provoquer la suppuration, car on en a vu qui étaient en contact direct avec les enveloppes du cerveau. Dans ces cas, les injections irritantes ou l'introduction de charpie dans le kyste ne doivent pas être mises en usage ; et il est plus prudent de répéter les incisions et les ponctions, et d'employer le bandage compressif.
Quand les kystes ont un contenu dense et sont de dimension médiocre, il faut en pratiquer l'extirpation, en ayant soin, lorsqu'on est arrivé, dans la dissection, près de la membrane d'tinveloppe, de se servir plutôt du doigt et du manche du scalpel que du tranchant, pour ne pas ouvrir la membrane d'enveloppe, ce (jui rendrait très-difficile et même impossible Ténucléation complète du kyste.
Pendant toutes ces opérations, il faut préserver avec soin le gloljc oculaire de tout tiraillement et même de toute secousse iimtile. Ce n'est que lorsqu'une extirpation com|)lèt« du néoplasme ne serait pas possible sans extirpation sinniltanée de l'œil, et que ce dei'nier aurait subi déjà des altérations matérielles, que l'enlèvement du globe est indiqué Mais, dans la plupart des cas des tumeurs, et toujours lorsque la tumeur est située en dehors dos muscles oculaires le globe doit rester intact, lors même (pie l'on s(-rail obligé'de
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le. mettre à lui dans une grande étendue. L'expérience a, en i eflet, démontré que, même dans ces circonstances, le globe oculaire peut être conservé et reprendre ses fonctions.
Les tumeurs vasculaires de l'orbite ont été soumises à dif- ■ férents traitements. Dans les cas rares, où la tunteur était ca- • verneuse,on a pratiqué avec succès l'excision. Les tumeurs ané- vrysmales ont été soumises tantôt à la compression, tantôt à la . ligature, tantôt enfin à la coagulation du sang par des ■ moyens directs. Parmi ces derniers, il faut nommer l'injection du perchlorure de fer {Monteggia, Desormeaux, Bourguet) (1), du lactate de fer {Brainard) (2), l'acupuncture et ï'électropuncture. . , . i
La compression a été exercée tantôt directement sur ranér \ vrysme', tantôt sur le tronc carotidien. La ligature paraît avoir eu le plus de succès : car, sur trente-deux cas rapportés par MM. Bemarquay (3), lancier et Geissler {k), il y a eu vingt-deux succès, huit guérisons incomplètes et deux cas de mort. Les deux derniers engagent à réserver l'intervention chirurgicale pour les cas oi:i elle parait mdispensable.
Une mention particulière doit être faite pour les tumeui-s osseuses qui opposent à l'extirpation les plus grands obstacles, puisque leur dureté les rend presque inattaquables pai- les instruments chirurgicaux. Leur extirpation n'(?st possible que lorsqu'on réussit à détacher la tumeur en masse (5); car la dureté de ces tumeurs él)urnées s'est toujours opposée aui tentatives d'extirpation partielle. Nous avons à penic besoui de dire qu'il iaut rendncer à toute opération, lorsque la tumeur, largement implantée dans les i)arois de l'orbite, ne pourrait être extirpée qu'en courant le risque d'ouvrir la cavité crânienne. C'est dans des cas pareils que l'on a même vu surla mort après les tentatives d'opération. |l
venir
(1) Dcniarqiiiiy, Traité îles tumeurs de l'orbite, 1860, p. 3i8
(2) Voy. The Laneet, 1853, et Union médicale, ii» 104.
(3) Traité des tumeurs de l'orbite, Paris, in-8, p. 547.
(4) Zander u Geissler : Die Verlctzungen des Aitges, Leipzig et
^^%f\0Y! ill^-ttneave, Gazette des hôpitaux, 1853, no95 ; He>,^e^ Wallon, Opornlive OpMhalmie surgery, Lon(lon, 1853, p. àn^- Texlor, Wiirzhurger Medic. Zcitschrifl, l. p. o.
EXTIRPATION DU GLOBE OCtlLAlRE ET DU TISSU ORDITAIRE. 72l
Lorsque l'enucléation d'une tumeur orbitaire est faite et l'écoulement sanguin arrête, on ferme la plaie des téguments par des sutures, en laissant cependant ouvert un coin de la plaie pour l'inti-oduclion d'une mèclie ([ui assure l'écoulement libre du pus. La cavité où siégeait la tumeur se remplit de granulations qui amènent rapidement la cicatrisation. Mais il n'est pas rare aussi qu'il resie un trajet fistuleux dont l'occlusion définitive exige l'emploi de pommades irritantes ou des cautérisations.
AIATICLE V.