Atoecs de la cornée
a. L'abcès inflammatoii'e s'accompagne, dès son début, de sensation de chaleur, de pholophobie, de larmoiement et de douleurs cilaires violentes. On constate une injection périkératique sous-conjonctivale partielle ou totale, et entourant dans ce dernier cas la cornée d'une zone rose quelquefois légèrement infiltrée. Il se forme alors dans la cornée, à son centre ou cà la périphérie, une petite infiltration circonscrite, qui s'étend peu à peu sans altérer le niveau de la cornée lorsqu'elle est située profondément, tandis qu'elle soulève les couches antérieures de la membrane si elle est située superflciellemenf.
Quelquefois, il existe plusieurs de ces infiltrations qui se confondent rapidement en une seule. Sa couleur, de grise qu'elle était d'abord, devient jaunâtre, et l'abcès s'entoure d'un nuage grisâtre. Quand il occupe le centre de la cornée, sa forme est généralement ronde; lorsqu'il est situé près du bord, il en suit le contour et s'arrondit vers le centre. L'cpiihélium au-dessus de l'nbcès ne devient ii-rcgulier ou rugueux, que loi'sque l'abcès siège superticiellement et exerce une pression plus ou moins grande sur la couche épithéliale ([u'il soulève au-dessus du niveau de la cornée.
L'abcès est formé par la destruction des éléments cellulaires de la cornée et de la substance intercellulnirc, en même temps
ABCÈS DK LA COKNÉE.
iP, les cellules environnantes sont gonflées et atteintes de segentation de leur noyau (anneau grisâtre). iLe contenu de l'abcès se compose de globules de pus, de goutlettes graisseuses et de détritus de tissu cornéen plus ou moins itéré. Selon la quantité relative de ces éléments, le contenu est Qtôt si épais, qu'il ne sort pas après la ponction de l'abcès, atôt il est plus ou moins liquide.
I Le pus renfermé dans l'abcès peut s'épancher entre les miellés de la cornée et pénétrer dans les parties déclives de
I membrane. Il s'y présente sous l'aspect d'un arc plus ou loins long, dont la concavité est tournée en haut et forme ovsV onyx ouV onguis [xo^. flg. 28, AjB,C).
! Le bord inférieur de cet épanchement reste toujours aune ■rtaine distance de la sclérotique, et le pus ne se'déplacepas aand on fait mouvoir la tête du malade (caractère qui le stingue de l'hvpopion). A l'éclairage latéral, on se rend cilement compte que l'épanchement est renfermé dans les mellesde la cornée, et quelquefois on distingue de petites ainées grisâtres ou laiteuses qui descendent de l'abcès vers i'nyx.
[Marche et terminaison. — L'abcès peut se développer trèspidement, en quelques jours et même en quelques heures, autres fois, il a un développement beaucoup plus lent, lorSl'il est peu étendu et siège superticiellement. Nous voyons quelquefois, au bout de peu de temps, l'épiélium s'excorier, la paroi antérieure de l'abcès se rompre, i nous nous trouvons alors en face d'un ulcère dont le |nd, d'abord jaunâtre, devient griscàtre, se recouvre d'épijéliumet guérit rapidement, en laissant une légère opacité, ■néralement, l'injection sous-conjonctivale augmente pennt la période de régénération, et l'on voit même quelques 'isseaux dépasser le bord de la cornée et se rapprochci' du Yer de la maladie.
II peut arriver aussi que le contenu de l'abcès se résorbe aducllemciit, sans que l'épithélium soit détruit. Sa teinte ine se change en gris, et nous reconnaissons sa place cure au bout de quelque temps par l'opacilé plus ou moins rsistante qui y siège.
iDans les cas plus graves, l'abcès s'étend, envahit les dilfé-
12"2 COHNÉK ET SCLÉROÏIQUIi.
ventes couches de la cornée et finit par se rapprocher de l'une des deux surfaces de la cornée ou même de toutes les
deux. '11 S'il parvient à rompre sa paroi antérieure, il en l'csulte la formation d'un ulcère avec toutes ses conséquences. Si c'est i
la memhrane de Descemet qui ccde, nous verrons le pus s'épancher dani^ la chamhre antérieure, gagner la partie la plus déclive de cet espace, et former un hrjpopyon (voy.fig.28, D).
L'ouverture de la memhrane de Uesccmet par laquelle le pus s' échappé, est quelquefois si petite, que nous ne pouvons la distinguer même . à l'éclairage latéral. D'autres fois, on voit parfaitement le trajet par lequel l'ahcès communique avec là, chambre antérieure, sous forme d'uflé hgne ou d'une traînée hlanchàtre grisâtre. L'ahcès peut ainsi se vider , se remplir à plusieurs reprises, jusqu^ ce que le travail de régénération com mence; l'ouverture de la membrane; de Descemet se ferme alors, le po" dans la chamhre antérieure est ré:
sorbé, et le processus morbide^ sej termine en laissant une opacité à place de l'abcès.
11 peut encore arriver que desab multiples forment par leur réunion un anneau plus ou mo complet vers la périphérie de la cornée, et ii;^"acent 1 parties centrales de la membrane du danger ' e mortdi(» lion, en les isolant de l'endroit d'où ils tn-cn leu'j ""^ . tion. De même, l'extension d'un abcès central ja geun .t en profondeur peut amener la destruction part.eUc ouj (otale de la cornée, et consécutivement la perte de 1 œil ou? au moins la production d'une opacité indélébile.
Nous devons encore mentionner la complication dt 1 . bce avec l'iritis qui, de son côté, peut prodmre un opanclit nu de pus dans la chamhre antérieure, sans que 1 ^i ;" i
ouvert. Enfin, lorsque la kératite suppurative dehu t a^ec^ une grande intensité, comme par exemple après un tidutna
KiG, 28. — Hypopyon el onyx.
Am;i'.s lu; la cuaiNÉi;. 123
lisme violent de la coi'nëe, l'inllammation peut se propager jusqu'à la choroïde et entraîner la suppuration générale de il'organe.
\ b. Abcès non inflammatoire [indolent). — Sans aucun symptôme inflammatoire, sans photophobie ni douleur, on voit ipparaitre généralement vers le centre de la cornée un •point jaunâtre qui s'étend rapidement en profondeur et en iai'geur, ayant toujours ses bords nettement séparés des parties saines et n'étant entouré d'aucun anneau grisâtre. Le siège de 3et abcès est tantôt profond, tantôt superficiel, et dans ce dernier cas, il proémine au-dessus du niveau de la membrane.
I Marche et terminaison. — Lorsque la maladie tend vers la '^uérison, son aspect change et prend les caractères d'un ibcès inflammatoire. L'al)cès s'entoure d'un anneau grisâtre, l'injection périkératique s'établit, l'œil devient très-sensible !t le malade accuse de la photophobie, des douleurs cihaires •t une sensation de violente chaleui-. L'abcès ne s'étend plus et le jaune devient grisâtre; la guérison a lieu ou par résorplion, ou, lorsque l'abcès s'est ouvert à l'extérieur et s'est îhangé en ulcère, celui-ci se recouvre d'une couche épithéiale, se vascularise et guérit en laissant plus ou moins l'opacité.
Malheureusement, dans le plus grand nombre de cas, celte naladie prend une tournure bien plus fâcheuse : l'abcès indoent s'étend en profondeur jusqu'à la membrane de Descemet, [ui participe à la maladie et propage Tinflammation à l'iris, le là iritis et hypopyon, ou l'épanchement du pus dans la i;hambre antérieure se produit par la perforation de la memjrane de Descemet. Enûn, si c'est la couche épithéliale et la laroi antérieure de l'abcès qui sont détruites par la suppuraion, il en résulte un ulcère étendu qui peut amener la peroration de la cornée, et la kératite peut se terminer pai' un taphylôme considérable ou par uu leucoma très-étendu.
Dans les cas les plus malheureux, l'inflammation gagne les •arties pi'ofondes de l'œil et détermine l'afi'opliie de l'organe.
Pronostic, — Dans la kératite suppurative, le retour coui-
124 f:oiiNÉt-. i;ï sclérotique.
plet à l'état antérieur ne s'observe que chez les jeunes individus ; chez les autres, ce que l'on peut espérer de mieux, c'est la conservation de la forme de la cornée et la formation d'une opacité cicatricielle. D'ailleurs, le pronostic dépend du siège de l'étendue et des caractères propres de l'abcès.
En général, nous considérons les abcès indolents comme plus dangereux, à cause de leur marche insidieuse et rapide qui envahit facilement une grande partie de la cornée. Une fois vascularisés, ils ne se distinguent plus des autres au point de vue du pronostic. Plus ils s'étendent, plus nous avons à craindre une terminaison funeste, soit par la perforation avec ses conséquences (prolapsus de l'iris, staphylôme, phthisiede la cornée, panophthalmite etphthisiedu globe de l'œil), soit par les complications du côté de l'iris.
Dans les cas de guérison même, l'étendue de l'abcès décide dans une certaine mesure de l'opacité et du trouble de la vision qui en résulte. Toutes choses égales d'ailleurs, unabcès central nous inspirera toujours plus d'appréhensions qu'un abcès périphérique. D'abord, àcause de l'emplacement devant la pupille d'une opacité qui pourra persisteraprès la guérison, et puis parce que la régénération même se fait d'autant plus difficilement que l'abcès est plus éloigné de la périphérie par laquelle se fait la nutrition de la cornée. Une exception à ce pronostic n'est constituée que par les abcès périphériques multiples, qui sont très-graves parce qu'ils entourent le centre de la cornée et l'exposent à la mortification de son tissu par défaut de nutrition.
Quant au pronostic des abcès, devenus ulcères, et des opacités de la cornée, il sera l'objet d'un chapitre à part.
Étiologie. — Les abcès sont liés tantôt aux affections graves de la conjonctive (ophthalmies pui-ulente, graimlaire, diph- Ihcritique) ou à la l)lennorhée du sac lacrymal; tantôt ils proviennent d'irritations ou de lésions directes delà cornée par violences exiéricures. On les observe aussi après la variole, à l'époque de la dessiccation ou après la cicatrisation des pustules. On a vu enfin survenir des alicès de la cornée après des refroidissements, ou à la suite des maladies générales très-dél)ilitantes telles que la fièvre typhoïde, la scarlatine, la fièvre puerpérale, le dialiète, etc.
De Graefe a signalé la suppuration de la cornée cliez des