OPACITÉS, TAIES DE LA CORNÉE
Les opacités de la cornée doivent leur existence aux altéralions persistantes de tissu qui surviennent après les inflammations de cette membrane, ou après les pertes de substance ou les troubles nutritifs.
Ces altérations peuvent siéger dans la couche épithéliale, et elles consistent alors dans une augmentation du nombre et du volume des cellules de cette couche, entremêlées de masses graisseuses et de sels calcaires ; ou elles occupent les difTérentes couches du tissu propre de la cornée, et se composent d'accumulation de noyaux dans les cellules, d'amas de cellules graisseuses, de dépôt de sels calcaires ou des éléments cellulaires incomplètement développés et destinés à réparer une perte de substance. Dans les parties environnantes, on observe également des corpuscules cornéens incomplètement développés et des cellules fusiformes.
Les opacités présentent divers degrés d'étendue et de densité, variant depuis un nuage léger (nubecula), jusqu'aux taches cicatricielles entièrement opaques (leucomas). Celles d'opacité intermédiaire ont reçu le nom d'albugo. Les leucomas présentent souvent un reflet brillant comme de la soie, et ont à leur centre une coloration blanche comme de la craie, lorsqu'ils résultent d'une perforation, parce que l'opacité occupe alors toute l'épaisseur de la cornée.
Il n'est pas rare de voir les opacités compliquées par des dépôts de sels métalliques (acétate de plomb, nitrate d'ari;ent), qui sont souvent le résultat d'applications thérapeutiques faites mal à propos sur un ulcère de la cornée.
Une forme particulière d'opacité cornéenne résulte d'un défaut de conductibilité des nerfs, qui se rendent vers cette membrane. C'est ainsi que dans le glaucome ou dans les staphylômes de la sclérotique, où les nerfs ciliaires sont exposés à des tiiMillemcnts ou à une pression anormale, l'on voit se développer au bord de la cornée une opacité nuageuse qui s'étend vers le centre de la membrane, et au bout de quelque temps prend un as[)ect blanchâlre. Si cette opacité se forme à plusieurs endroits de la périphérie, elle ne laisse que la par-
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lie centrale de la coniée transparente. D'autres fois, elle se ibniie en même temps des côtés nasal et temporal et sépare alors comme un ruban blanchâtre le tiei's supérieur et le tiers inférieur de la cornée restée transparente.
On observe aussi des opacités passagères de la cornée, lorsque la pression interne de l'œil augmente ou s'abaisse subitement. Dans le premier cas, l'opacité paraît l'ésulter d'altérations dans l'arrangement des éléments qui composent la cornée, ceux-ci même étant restés normaux. Dans le second cas, elle se compose de sti-ies parallèles que l'on voit aisément h l'éclairage latéral et qui sont l'expression optique du plissement de la membrane de Descemet.
Enfin, on rencontre à la périphérie de la cornée des opacités partielles qui, par leur siège et leur aspect, semblent constituer une continuation directe de la sclérotique. Elles surviennent tantôt à la suite d'affections phlycténulaires, tantôt elles existent depuis la naissance et seront exposées plus en détail avec les affections congénitales de la cornée, ou bien elles sont le résultat de certaines formes de kératites parenchymateuses.
Le trouble visuel provoqué par les opacités de la cornée varie selon leur position, leur densité et l'état de leurs bords. De petites opacités, même au centre de la cornée, complètement opaques et nettement limitées, si elles ne couvrent la pupille qu'en partie, ne gênent presque pas la vision, parce qu'elles n'excluent qu'une partie des rayons lumineux. Par contre, des taches semi-transparentes toublent la vision considérablement, parce qu'elles provoquent la diffusion des rayons lumineux, diflusion qui altère la netteté des images rétiniennes. On se rend facilement compte de cette différence, si l'on pense que l'on voit parfaitement à travers un verre quand même il ne présenterait (lue quelques points parfaitement transparents, tandis qu'on ne distinguerait presque plus rien à travers un verre dépoli.
Une autre cause des troubles visuels (pii accompagnent les opacités de la cornée, résulte des altérations dans la courbure de cette membrane, survenue, à la suite du processus morbide dans le voisinage innuédial de ce dernier, ou même dans la membrane lout enlière.
Pour remédier à ces lrouf)les visuels, le malade, dans le but de se i)rocurer des images réiinieimes plus grandes, rapproche ses yeux le plus possible des ol)jels. Ces efibrls
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continuels de la vision, surtout lorsque celle-ci s'exerce sur de petits objets, peuvent amener chez ces malades un degré considëi'aLle de myopie, et provoquer des congestions dans les membranes profondes de l'œil (scléro-choroïdite), qui deviennent la cause d'une amblyopie plus ou moins intense.
Lorsqu'une opacité de la cornée n'existe que sur un œil, on voit survenir assez souvent une déviation de cet a^il (strabisme). Les malades, gênés par l'image difl'use qu'ils perçoivent de ce côté, renoncent à la vision binoculaire, se servent exclusivement de leur bon œil, et l'antre suit alors les tendances de ses muscles. Il se dévie en dedans, lorsque l'action du muscle droit interne prédomine, comme dans la grande majorité des cas, ou en dehors, si c'est le muscle droit externe qui prévaut.
Pronostic. — 11 dépend de l'âge et de la constitution des malades, de la durée, de l'extension, du siège et de la nature des opacités. Ainsi, chez les enfants et les jeunes gens de bonne constitution, des opacités même étendues, résultant de kératites profondes ou d\ilcères, peuvent s'éclaircir progressivement et disparaître entièrement. iNous avons déjà constaté la même chose en parlant des petites perforations centrales qui occasionnent la cataracte capsulaire. Quant aux opacités qui résultent d'altérations du tissu, accompagnées de vascularisation, elles disparaissent d'autant plus facilement et d'autant plus complètement, qu'elles sont plus superficielles, moins étendues et de date plus l'écente. Il n'y a aucun espoir de voir disparaître des leucomas formés par du tissu cellulaire, par des dépôts calcaires ou métalliques. Les fâches dues à une altération même considérable de la couche épithélialc, sont d'un pronostic bien plus favorable, parce que nous pouvons agir sur elles directement, par des médicaments ou par une intervention chirurgicale.
Etiolorjie. — Les opacités de la cornée, comme nous l'avons vu, surviennent à la suite d'infiltrations de la cornée, ou de perte de substance de cette membrane. Elles résultent encore d'altérations épithéliales, provenant de l'irritation directe et prolongée de la cornée par l'état rugueux de ta nuiqueusc conjonctivalc ou par des cils. (Eiitropion et trichiasis.) Enfin, ces opacités peuvent êircdues àla pénétration ae corps étrangers, à des défauts dans l'innervation de la
COHNÉE KT SCLÉROTIQUE.
coviiéc et i\ l'aiigiiiciitalion ou à la diminution subite et pro- -h longée de la pression inti'a-oculaire.
Traitement. — Le trailcinenl se pj-opose d'activer la circu- -y lation locale, d'accélérer les fonctions nutritives des parties et de donner ainsi une vive impulsion à la résorption des -i opacités. Voilà pourquoi la plupart des médicaments indi- qués contre les taches de la cornée sont des irritants. (Calô-Îmel, teinture d'opium, précipité rouge, sulfate de cuivre,', sulfate de soude, iodure de potassium, etc.)
Lorsqu'on se trouve en présence d'une opacité dont on « prévoit l'éclaircissement progressif, il est inutile d'intervenir; : ce n'est que lorsqu'elle devient stationnaire que l'on essaye î les insufflations de calomel ou la pommade à l'oxyde jaune^ de mercure, employées tous les trois ou quatre jours. Après? ces moyens, on peut employer les instillations beaucoup plus ; irritantes de teinture d'opium, coupée d'abord de dix fois son i poids d'eau, et augmenter progressivement la dose de teia-îure j usqu'cà parties égales. ^
S'il faut une irritation plus forte encore, on peut pratiquer» des attouchements légers avec le sulfate de cuivre. i
L'électricité si souvent vantée n'agit également quecommef irritant et ne mérite guère les éloges qu'on lui a pro-digués.
Le docteur Rothmund, de Munich, a eu à se louer des; bons résultats obtenus en cas d'opacités épaisses par des ia- jections d'eau salée(de 1/30 à l/1.0)cà une température tiède,^ pratiquées sous la conjonclive h. la distance de quelques mil-^ limètres du bord de la cornée. Il se produit un chemosis qui i disparaît sous un bandeau compressif.
Eu cas d'opacité provenant d'altérations de la couche épi- - Ihéliale ou de dé|)ôts de sels mélallitiues, on peut essayer, . après avoir épuisé les autres moyens, l'ablation dt Topacite à i l'aide d'un scarificateur ou d"un couteau à cataracte. Le ré- ■ suKat est peu siVr, car souvent le nouveau (issu donne lieu à . une nouvelle opacité.
Lorsqu'une opacité indélébile est entourée d'un cercle • semi-lranspareuL, il est d'une grande importance pour la vision de faire disparaître, s'il est possil)le, ce dernier (jui produit de si grands troubles visuels par la dispersion de la lu- ■ mière. On peut y réussir quelquefois, par des attouchements
ARC SÉNILE, GÉRONTOXON.
irudents, faits à l'aide d'un crayon mitigé pointu, sur le bord le la tache entièrement opaque.
Une autre indication thérapeutique se présente lorsque 30US nous trouvons en face d'opacités indélébiles ; il s'agit ilors, dans l'intérêt de la vision du malade, d'en atténuer auant que possible les effets optiques. Dans ce but, nous em- )loyons d'abord les lunettes sténopéiques, composées d'un liaphragme métallique ovale comme un verre à lunette, et nuni d'une petite ouverture ou d'une fente très-étroite. Ainsi, es rayons voisins de l'axe optique arrivent seuls à la rétine, ;t toute la lumière périphérique, dont la diffusion nuit si :onsidé]'ablement à la netteté des images rétiniennes, reste îxclue. Ces lunettes rendent de grands services pour la lec- :ure, l'écriture, etc.; mais le malade ne peut s'en servir pour iiarcher, à cause du rétrécissement notable du champ visuel, ^ui est inévitable lorsqu'on regarde à travers une petite ouiferture.
Un second moyen consiste dans l'étabhssement d'une pupille artificielle, derrière la partie transparente de la cornée, opération dont nous parlerons en détail dans le chapitre de l'iridectomie.
Les expériences souvent renouvelées de remplacer une :ornée opaque par la transplantation d'une autre cornée transparente ou par un morceau de verre (Nusbaum), sont restées jusqu'ici sans résultat.
Nous ne voulons pas terminer ce chapitre sans mentionner les opacités congénitales de la cornée, que nous décrivons parmi les anomalies congénitalesde la membrane, et une opaïification sénile physiologique, connue sous le nom d'arc sénile,
ARC SÉNILE, GÉRONTOXON.
Cette opacité se présente sous forme d'un arc d'abni-d à la périphérie supérieure de la cornée ; elle est de couleur grisâtre, large de 1 à 2 millimètres, et séparée de l'anneau conjonctival par une partie transparente de la cornée d'à peu près la même largeur. Elle prend plus tard une coloraion plus jaunâtre, apparaît h la partie inférieure de la cor-
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née, et s'étend peu à peu tout autour, sous forme d'un anneau dont les portions supérieures et inférieures restent toujours plus larges que les parties latéi-ales, qui parfois sont tl' à peine indiquées.
L'opacité est le produit d'une altération graisseuse dans ik' les cellules de la cornée, altération qui se pi'oduit dans un iP âge plus ou moins avancé, paraît être en rapport avec la (f dégénérescence atliéromateuse des vaisseaux, et ne se pré-sente qu'exceptionnellement chez les jeunes gens. Cette? affection ne devient jamais l'objet d'un tj-aitement : d'ail-'leurs elle altère si peu les propriétés du tissu de la cornée, , que les incisions pratiquées dans ces parties (pour l'extrac- tion delà cataracte, par exemple) guérissent parfaitemejit.