‹ Traité pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 75 sur 160 · lléméi'uloitic · texte numérisé non relu

lléméi'uloitic

Le symptôme caractéristique de cette affection consiste dans l'inaptitude à voir en dehors d'un éclairage suftlsant. 11 s'observe naturellement quand le jour baisse, soit après le coucher du soleil, soit que l'on place le malade, ]iendanl la jouruée, dans un lieu sombre.

A un bon éclairage les malades voient toat à fait bien . A mesure que l'intensité de la lumière est diminuée, la vision centrale et l'étendue du champ visuel sont amoindries. Quelquefois la vision excentrique est plus forte que la vision directe. Au moment de l'amblyopie, la perception des couleurs est également défectueuse. En même temps, on a constaté la dilatation des pupilles, une faiblesse d'accommodation et des muscles oculo-moteurs en général {A.\de Gvacfe).

Tous ces phénomènes sont absolument indépendants du soleil ou de la lune ; on les produit à volonté, en plaçant le malade dans un lieu sombre.

L'affection atteint toujours les deux yeux, mais souvent à des degrés dillerents.

La sécheresse de la conjonctive {nabbcnct] et les plaques nacrées de cette membrane, près du ])ord de la cornée (B(7/u«), qui ont été signalées comme caractéi-istiques pour cette maladie, ne .sont'^ ou que des coïncidences, ou le résultat de la même cause qui produit l'héméralopie (anémie, elc.). A l oidithalmoscope, les casd'héméralopie survenue snl)itement ne présentent ordinairement rien d'anormal, tout au plu? une légèi'e h\pérémie de la papille optique. Le résultat de cet examen est naturellement bien difl'érent lorsque 1 honiérainpie exisie connue symptôme d'une affection des nu^nliranes prnfondes de l'œil"(voy. Uctinite pi;imcut<iirc).

Dans les cas rares on l'on a eu l'occasion de faire l'anlopsie .l'iiidivulns aU(>iiits (l lHMnrr.viopie. on a observi' une rougeUT

nÉMÉBALOPlE.

assez intense du ganglion ciliaire et un engorgement des vaisseaux du nerf optique.

Marche et terminaison. — La marche de l'héméralopie aiguë est Irès-caractéristique. Elle se déclare subitement, et chez un certain nombre d'individus exposés aux mômes influences nuisil)les (héméralopie endémique ou épidémique) ; elle augmente pendant les premiers jours et disparaît souvent dès qu'on soustrait le malade aux influences nuisibles, sinon, l'affection peut durer des semaines et même pendant quelques mois. Cette durée prolongée s'observe 'surtout chez les individus atteints d'une récidive. Ces rechutes sont assez fréquentes.

Dans tous ces cas, cependant, la maladie se termine par la guéri son.

Pronostic. — Le pronostic de l'héméralopie aiguë est absolument favorable; il est fort grave, au contraire, lorsque ce symptôme s'accompagne de troubles visuels permanents avec rétrécissement progressif du champ visuel, comme dans la rétinite pigmentaire.

Étiologic. — L'héméralopie épidémique survient surtout au printemps et chez les individus exposés d'une façon particulière à l'éclat du soleil et à la fraîcheur des nuits. De là, sa fréquence parmi les soldats, les marins, etc. Elle atteint alors de préférence les individus affaiblis ou mal nourris (chez les marins, l'héméralopie se déclare souvent en même temps que le scorbut); les officiers jouissent d'une immunité presque absolue.

C'est aussi sous l'influence d'un mauvais l'égime, accompagné de celle d'une lumière éclatante, que l'on a observé des éjudémies d'hcméralopie dans les prisons, les maisons d'éducation, et dans les provinces méridionales de la Russie, lors des jcinies prolongés du cai'êmc.

Tous ces faits tendent donc à démontrer que l'héméi'alopie épidémique doit êti'c attribuée à l'action prolongée d'une vive lumière sur la réline teniiiorairement alfaiblie, pour ainsi dire, par une dél)ilité générale.

Traitement. — Outre les moyens thérapeutiques qui s'adressent fi l'état généi-al (traitement de l'embarras gastro-

AMIiLYOl'IlîS lîT AMAIIIIOSES.

iiilesliiical, noiivntui'c foi-lifuinte, quinquina, fer, huile de foie de moi'ue), il importe surtout de soustraire le malade aux influenGes nuisibles spéciales.

Les résultats les plus j'apides sont obtenus par le séjour des héméralopes dans une pièce sombre {Foerster, cabinets ténébreux de Netter). Après ce séjour, pour empêcher les rechutes, il faut soustraire les malades pendant quelques jours à l'action d'une trop forte lumière, en leur prescrivant l'usage de verres teints en bleu ou fumée. On a môme vu cesser des épidémies d'hénjéralopie par le fait d'un temps pluvieux et nuageux de quelque durée.

Une médication populaire et très-ancienne consiste à diriger sur les yeux des fumigations du foie de bœuf.

U. Anci^Uiésic et hypercsthésic optique.

Vcmesthésie de la rétine est caractéi-isée par une diminution de la force visuelle centrale, généralement peu considérable, rarement très-prononcée; dans des cas tout à fait exceptionnels, on a observé une cécité presque complète. Le champ visuel est toujoui's anornicd, très-rétréci, d'une façon, concentrique, et irrégulier. Les phosphènes sont consenés [de Graefe).

A l'examen fonctionnel la rétine des malades se fatigue rapidement [Sclnveigger).

Il existe en même temps une certaine hypcresthésie de la rétine qui atteint souvent (chez les hystériques) une intensité considérable, ou qui ne se manifeste que par une phofoi)hohie modérée. Dans ce cas, les malades voient mieux à tra\ei"s des verres foncés ou à un éclairage moyen, et le champ, visuel paraît alors s'élargir.

La papille optique conserve son aspect normal, même après une longue durée de la maladie.

La maladie existe presque toujours dans les deux yeux, quoique à des degrés différents.

Marche et termiiinison. — Cette affeclion se développe suliilenuMit ou atteint son plus haut degré en (luehjues iunu-es ou en quelques jours. Parfois le nuil reste pendant quelque temps stationnaire ; le i»lus souvent il guérit complètement

AXEPTIIKSIK ET IIYl'Eni'STHKPIl' OPTIOUH- 333

au bout de quelques semaines. Ce n'est que dans des cas isoles que la guérison reste imparfaite, surtout lorsqu'on ne parvient pas à replacer la santé générale dans des conditions normales (chez les hystériques).

. Le pronostic est donc généralement très-favorahle.

Étiologie. — L'anesthésie rétinienne atteint presque exclusivement des enfants et des femmes. On l'observe en même temps que des anodynies cutanées ou des spasmes musculaires, chez des personnes atteintes d'une pi-édisposition d'irritabilité générale, et sous l'influence d'une excitation psychique. Elle frappe surtout des individus nerveux, anémiques, des convalescents de maladies graves (scarlatine, rougeole, fièvre typhoïde, etc.).

Traitement. — D'après de Graefe il faut placer les malades pendant quelques jours dans unethambre tout à fait obscure et augmenter la lumière graduellement, à partir du sixième jour. Lorsque les malades sortent, il faut prescrire des verres bleus de nuances différentes. On recommande l'usage interne des préparations de zinc h doses croissantes (lactate de zmc, 10 à 30 centigrammes par jour). Le repos absolu des yeux, un régime tonique, des bains' aromatiques etsalins, des affusions froides, complètent le traitement.

On a obtenu aussi de bons résultats par les injections souscutanées de strychnine.

L'hyperesthésie optique se présente avec les caractères suivants :

Dans les degrés peu prononcés, les malades sont tourmentés par la persistance'dcs inqiressions rétiniennes (images consécutives et couleurs complémentaires). Des éblouisscmenls et des mouches volantes, des apparitions lumineuses plus ou moins intenses, des chromopsies, des hallucinalions enrayantes, caractérisent les cas plu3 graves. Ces phénomènes existent, soit avec un étal noi'mal de la vision, soit avec un état amaurotique, et s'accompagnent parfois (riiypereslh('"sie cihaire, de larmoiement et de spasmes de l'orbiculaire.

On a attribué celte alVection à l'aclion d'une lumière intense très-irritante, par exemple la lumière réHéchie de grandes surfaces de neige éclairées par un soleil ardent, aux

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variations brusques de l'éclairage, à l'application prolongée des yeux sur des objets très-bi'illaats. D'autres Ibis, cette liyperesthésie paraît résulter d'une aileclioM cérébrale (i)rodromes de la démence) et de l'usage prolongé de certains narcotiques. Quelquefois elle fait partie des symptômes d'hystérie ou d'hypocliondrie.

Le traitement exige le repos absolu des yeux, le séjour dans des endroits obscurs, l'usage des verres foncés. Les états congestifs du cerveau exigent des purgations salines, des Ijoissons rafraîchissantes, et même des émissions sanguines locales. Dans un cas d'amaurose complète, accompagnée d'une hyperesthésie optique rebelle cà tous les autres moyens, de Gj-ae/e a pratiqué la section du nerf optique (voy. page 255), qui a été suivie d'une guérison complète.

5. Anililyopics pav des troubles de circulation et |>nr intoxication <Iu sang.

Les amblyopies que nous réunissons dans ce groupe sont celles que l'on attribue aux excès de boissons alcooliques c( de tabac, à la constipation habituelle, aux troubles menstruels, au froid des pieds, à la suppression de certaines sécrétions l)athologif[uès et physiologiques, aux excès vénériens, à l'irrégularité du sommeil et à l'excès du travail.

Elles sont caractérisées par une diminution plus ou moins considérable de la force visuelle centrale, tandis que le chanqi de vision conserve toute son intégi'il.é. Les malades déclarent souvent que leur vue devient plus nette lorsque le jour baisse. La perception des couleivrs est fréquemment troublée. ,

Au déimt de ces affections, l'ophthalmoscope ne roveie ordinairement aucune altération du fond de l'œil, sinon un certain degré d'iiypérémie de la papille opiiipie. Phis tard, il [leul survenir des svmptômos alroplnipu^s.

L'aflection atteint toujours les deux yeux et d une façon â peu près analogue. Elle progresse très-lenlonumt, reste stationnairc, el guérit si le malade est soustrait aux influences nuisildes à un moment où la maladie n'est pas encore tres-develoi.i)ée. Dans ces conditions el sous l'influence d'un Iraiteuieni approprié, le réialdissemeni de In vision pont être complcl.

AMBLYOPIES PAR DES TROUBLES DE CIIICILATION. . 335

D'aiUre part, les récidives sont fréquentes si les malades s'exposent de nouveau aux premières causes nuisibles. Ces récidives peuvent revêtir une forme plus grave d'amblyopie et conduire à l'atrophie progressive.

Le pronostic est donc absolument favorable, tant que les papilles optiques ne présentent pas d'altération^ et que nous pouvons soustraire le malade à ses mauvaises habitudes ou aux influences nuisibles. Les chances d'une guérison complète diminuent avec la duré^ prolongée du mal et avec l'apparition des symptômes ati'ophiques sur la papille optique.

Le traitement doit s'occuper avant tout des circonstances étiologiques. Des prescriptions sévères à propos de l'alcool et du tabac, la régularisation de la manière de vivre du malade, sous le rapport de la nourriture et du sommeil, suffisent parfois pour réduire le mal. Pour assurer et accélérer la guérison, on se sert efficacement, et selon la constitution générale du malade, tantôt de quelques émissions sanguines locales, tantôt de la médication diaphorétique (transpirations renouvelées tous les jours pendant quelques heures) ou apéritive. Il est souvent utile, une fois un changement favorable produit, d'interrompre le traitement médicamenteux et d'y revenir seulement si les progrès se ralentissent.

L'usage interne du bromure de potassium et des injcclions sous-cuLanées de strychnine ont paru d'un bon effet dans des cas de longue durée.

En rapport avec ces cas d'amblyopies par intoxication nous pouvons citer :

1" L'amblyopie saturnine. Elle atteint aussi les deux yeux en même temps et se développe souvent si rapidement que dans quelques ,jours l'amaurose est presque complète (les pupilles largement dilatées). Le pronostic paraît en général favorable el la force visuelle revient souvent aussi rapidement qu'elle a disparu, Dans le traitement de cette amblyopie, il faut suivre les indications générales conli'e l'inloxication saturnine.

2" ]:amaiirose urémique. En môme temps que d'autres plié-

AMBLYOPIES ET AMAUUOSIÎS.

iiomèiies urémiques (céphalalgie, chaleur, abattement, dyspnée, vomissements, syncopes, convulsions), il survient dans les deux yeux une diminution rapide de la force visuelle qui va jusqu'à la cécité complète, au bout d'un ou deux jours. Dans la plupart des cas, la vision revient vite, mais pas toujours d'une façon réguhèrc. A l'ophthalmoscope, on ne distingue aucune altération, sinon un léger œdème de la papille et delà rétine circonvoisine [Schmïdt).

Enfin, nous devons citer ici les affaiblissements de la vue survenus à la suite de circonstances amenant une débihté générale. Les épistaxis abondantes, des mélrorrhagies répétées, des suppurations prolongées, des sécrétions profuses, une lactation trop longue, doivent compter parmi ces causes. . Dans ces cas, il suffit souvent de faire cesser la cause et de relever les forces générales du malade pour obtenir l'arrêt de la maladie et une amélioration progressive. Si cependant l'examen ophthalmoscopique révèle des troubles de nutrition dans le nerf optique, il faut être plus réservé dans le pronostic.

C. Ainblyoples pnr coniiiiotlon cin slobP de l"œll et par action rôncxc.

Nous réunissons ces deux groupes d'affections parce que les troubles visuels qui les caractérisent ont paru^ jusqu'ici tout à tait inexplicables. Ainsi, on a observé qu'à la suite d'une commotion insignifiante de l'œil, par exemple le passage d'un projectile devant les yeux, une compression Instantanée mais assez forte du globe oculaire, etc. , la force visuelle s'est abaissée à un degré prononcé et môme jusqu'à la cécité complète. — Au début, l'examen ophthalmoscopique ne montre aucune altération; plus tard, le nerf optique peut présenter les symptômes de la dégénérescence alrophiquo. C'est surtout pour ces cas que l'on a vanté l'effet des injections sons-cutanées de strychnine.

Les amaui oses dites réflexes ont été observées à la suite de lésions nu d'irritations prolongées delà cinquième panv (nerfs sus-orhitaire. dentaires, etc.). Ainsi on a vu l'afleclum

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