‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 103 sur 149 · I. — Inflammation du (Issu cellulaire de l'orbite · texte numérisé non relu

I. — Inflammation du (Issu cellulaire de l'orbite

Les symptômes et le cours de cette maladie sont généralement d'un caractère inflammatoire très-grave et très-aigu. Les paupières deviennent rapidement rouges, chaudes et gonflées; les conjonctives palpébrales et oculaires sont très-injectées, et il y a un grand chémosis séreux qui en-toure la cornée sous la forme d'un monticule épais d'un rouge foncé dont les bords peuvent être recouverts et cachés en partie par la cornée. Le malade se plaint d'une douleur intense et intermittente dans l'oeil et autour de l'oeil, et cette douleur continue dans le côté correspondant du front. Il y a aussi en général une perturbation constitutionnelle très-marquée, un mouvement fébrile; et si l'inflammation s'étend de l'orbite au crâne, des symptômes cérébraux très-graves peuvent survenir. Le globe de l'oeil devient protubérant. Au début de la maladie, cette protubé-rance n'est pas très-marquée et peut ne devenir évidente que lorsqu'on compare les deux yeux. Cependant quand l'enflure inflammatoire du tissu cellulaire de l'orbite augmente, et encore plus quand le pus est formé, l'ftxophihalmos augmente rapidement, parfois même d'une telle façon que les paupières enflées ne peuvent plus se fermer sur le globe de l'oeil, et que ce dernier se projette plus ou moins en dehors entre elles. Si le pus se collecte surtout au fond de l'orbite, la protubérance est uniforme et droite dans l'axe du globe de l'oeil et non pas dans une direction particu-lière, comme c'est le cas dans les exophthalmos qui accompagnent la pé-riostite de l'orbite. Les mouvements du globe de l'oeil sont aussi diminués uniformément et non pas dans une direction donnée. Si le malade essaye de remuer l'oeil, si on le louche, et surtout si l'on repousse légèrement l'oeil en arrière, il se produit une douleur vive. Cependant si l'on passe lé-gèrement le petit doigt le long du bord de l'orbite, on ne produit pas celte douleur et l'on ne trouve pas de point douloureux spécial comme cela se produit dans l'exophtlialmos qui accompagne la périostite de l'orbite. La formation du pus est généralement accompagnée par une sensation bien marquée de froid.

Par suite de l'exposition du globe de l'oeil aux intempéries, les sécré-tions de la surface de la conjonctive et l'enflure du chémosis se dessèchent et deviennent des croûtes noires et dures. La surface de la cornée peut aussi devenir rugueuse et nuageuse par suite de la dessiccation de son épi-thélium et de son exposition aux irritants mécaniques. La vue est souvent très-affaiblie par suite du tiraillement ou de la pression exercée sur le globe. Le nerf optique et les veines rétiniennes sont généralement plus ou moins engorgés et tortueux, et il y a parfois en même temps une infiltration du disque et de la rétine dans le voisinage de celui-ci. Le champ de vision est rétréci, souvent même d'une façon considérable. Si l'exophtlialmos existe pendant longtemps, il peut survenir de la névrite optique par suite de congestion et d'engorgement du nerf optique suivi parfois d'atrophie consécutive de ce dernier.

Si le pus se forme en quantité suffisante, il chemine en avant du fond de l'orbite et peut causer une fluctuation distincte derrière la conjonctive ou les paupières. Dans ce cas, il y a perforation à travers les paupières ou à travers la conjonctive, et le pus paraît venir du fond de l'oeil. Cependant l'inflammation et la suppuration peuvent envahir le globe de l'oeil, et de la panophthalmie se produire. Le pus apparaît dans la chambre antérieure, la douleur devient de plus en plus forte et ne diminue que lorsque la cornée se rompt et que la lentille et les humeurs de l'oeil sont évacuées. Quelquefois l'enflure des paupières est si considé-rable, que toute sensation de flucluation est perdue.

Quoique la gravité des symptômes inflammatoires que l'on rencontre dans la cellulite orbitaire varie beaucoup d'intensité, la maladie suit géné-ralement un cours plus ou moins aigu. Cependant, suivant Mackenzie (1), elle peut, dans certains cas très-rares, être extrêmement chronique. Il peut s'écouler non-seulement un certain temps, mais des mois, avant que la matière ne s'accumule dans l'orbite ; alors l'oeil devient graduellement proéminent, les paupières rouges et enflées; le pus arrive jusqu'à la sur-face, la peau se tend et il peut rester un sinus dont le traitement est parfois très-difficile.

En établissant notre pronostic, nous ne devons pas oublier que cette maladie se complique souvent de périostite, qui amène plus tard de la carie ou de la nécrose. En outre, l'inflammation peut s'étendre en arrière, le long du périoste, jusqu'aux membranes du cerveau, et produire de la méningite ou des abcès du cerveau. S'il y a de la carie ou de la nécrose

(1) Diseases çf the eye, 299,

INFLAMMATION DU TISSU CELLULAIRE DE L'ORBITE. 663 des cloisons de l'orbite, e pus peut cheminer à travers les ouverlures dans le crâne, dans l'antre d'Higbmore, etc. De plus, la santé géné-rale du malade, peut-être déjà affaiblie par une maladie longue et sérieuse, peut céder sous l'influence des douleurs aiguës causées par la maladie, si on laisse celle-ci suivre son cours et si l'on n'a pas soin de l'arrêter par une évacuation opportune du pus.

Parmi les causes les plus fréquentes de l'inflammation cellulaire de l'orbite, il faut placer les plaies conluses ou incisées et les corps étrangers logés dans l'orbite. La maladie peut aussi être produite par des change-ments subits de température, par l'exposition au froid, à l'humidité, et elle peut être consécutive, secondaire, dans les maladies constitutionnelles graves, telles que la fièvre puerpérale, la pyohémie, etc. Elle peut être causée aussi par l'extension de l'inflammation des parties voisines, comme dans l'érysipèle de la tête et de la face, par l'inflammation du sac lacrymal ou les opérations pratiquées sur ce dernier, et particulière-ment sa destruction par l'appareil galvanocaustique ou par des caus-tiques très-forts ; ou bien encore elle peut arriver après la panophthalmie ou les opérations de l'oeil et des paupières.

Le traitement doit être surtout dirigé en vue de soumettre et de dimi-nuer les symptômes inflammatoires; Si la maladie est causée par dés lésions, on doit adopter un traitement suivant le caractère de cette lésion (voy. Lésions de l'orbite), et faire usage des sangsues et des com-presses froides. Cependant, si la suppuration a déjà eu lieu, on rem-placera ces applications par des fomentations chaudes de pavots ou des cataplasmes, et l'on fera avec le bistouri une large incision à une période peu avancée, afin d'amener l'évacuation du pus. S'il y a des doutes sur la véritable nature de la maladie on devra faire une petite incision explora-trice, et si le pus coule on devra élargir cette incision suffisamment pour lui permettre de s'échapper librement. Si c'est possible, on fera l'incision à travers la conjonctive et non pas à travers les paupières; cependant, si l'abcès se trouve directement derrière la paupière, l'inci-sion doit êlre faite à cette place. En faisant l'incision à travers la con-jonctive, la paupière supérieure doit être soulevée avec les doigts et un scalpel, on la pointe d'un couteau à cataracte passé à travers la conjonc-tive, au-dessus du bord supérieur du globe de l'oeil dans l'orbite. On doit avoir soin de ne pas blesser le globe de l'oeil et, dans ce but, la pointe du couteau sera dirigée un peu en haut ; des cataplasmes seront ensuite appliqués sur la plaie, que l'on maintiendra ouverte en y passant une sonde tous les jours. Si la trace de la plaie est longue et profonde et qu'on craigne de ne pas la voir se fermer jusqu'au fond, on insérera un petit bpurdonnet. fie charpie que l'on changera tous les jours, Le sinus 66/4 MALADIES DE L 0REITE.

devra aussi être injecté une ou deux fois par jour avec une lotion légè-rement astringente :

Of Sulfate de zinc 20 centigrammes.

Eau distillée ■ • • 60 grammes.

Si l'ouverture du sinus est obstruée et s'il reste une petite protu-bérance, un examen soigneux doit être fait afin de voir s'il n'y a pas de la nécrose ou de la carie dans l'os. Dans ce dernier cas, il faut un certain temps pour obtenir le relâchement ou le détachement de la partie de l'os, et l'incision doit être suffisamment élargie pour qu'on puisse enlever les fragments de l'os avec des pinces.

S'il y a en même temps de la panophthalmie et un abcès de l'orbite, et que le pus soit répandu dans la chambre antérieure, on devra pratiquer la paracentèse et faire évacuer le pus.

La santé du malade sera soutenue par des toniques et un régime géné-reux. On devra aussi faire en sorte que les intestins soient libres; les symptômes fébriles seront allégés si l'on a soin de surveiller l'action des reins et de la peau.

Quand le pus est évacué, la protubérance de l'oeil diminue graduelle-ment et le globe reprend bientôt sa position normale. Si l'oeil a, d'autre part, échappé à d'autres lésions et que l'affaiblissement de la vue n'ait été produit que par le tiraillement du nerf optique et la stase de la circu-lation, la vue reviendra bientôt à l'état normal. Quelquefois, cependant, il reste, après cette maladie, un mouvement de torsion de l'oeil dans de certaines directions.

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