II. — Périostite de Torbite
Nous rencontrons deux formes de périostite de l'orbite, la forme aiguë et la forme chronique.
Dans la périostite aiguë, les symptômes inflammatoires sont souvent très-graves et très-prononcés. Le malade se plaint d'une grande douleur dans l'oeil et autour de l'oeil, et les symptômes constitutionnels sont aussi très-graves. Les paupières, et surtout la paupière supérieure, deviennent gonflées, rouges, chaudes, douloureuses; mais l'enflure et la rougeur ne sont pas, en général, aussi considérables que dans la cellulite orbitaire, et, de plus, elles se développent moins rapidement que dans les cellulites de l'orbite. En outre, dans la périostite, l'enflure des deux paupières n'est pas au même degré, mais l'une est généralement plus enflée que l'autre. Les tissus oculaires conjonctival et sous-conjonctival sont injectés, et il y,.a plus ou moins de chémosis séreux. Le globe de l'oeil.devient protubérant à tel point que, s'il y a beaucoup de pus de formé, le malade ne peut plus
PÉRIOSTITE DE L'OllMTE. 665 fermer les paupières. La protubérance, cependant, n'est pas droite et en avant, comme cela arrive généralement dans les abcès de l'orbite, mais inclinée sur un côté. Les mouvements du globe de l'oeil, par conséquent, ne sont pas altérés d'une manière égale dans toutes les directions, mais plus ou moins dans de certaines directions. Cela vient de ce que la périos-tite est surtout limitée à une des cloisons ou à un des côtés de l'orbite ; ainsi, si les cloisons supérieure et interne de l'orbite sont affectées, le globe de l'oeil sera protubérant en bas et en dehors, et le mouvement de torsion se produira surtout dans la direction en haut et en dedans. Si l'on passe l'extrémité du petit doigt le long du bord supérieur ou inférieur de l'orbite, et que l'on pousse un peu en arrière dans la cavité, on peut sou-vent découvrir un point sur lequel la pression exerce une douleur vive et où une enflure distincte indique le siège de la maladie. Quelquefois les malades peuvent eux-mêmes localiser exactement la périostite. Dans le cours de la périostite aiguë, le tissu cellulaire devient généralement très-enflammé; il peut se former une grande quantité de pus ; l'oeil devient très-gros, très-protubérant, et ses mouvements sont gênés ou même com-plètement empêchés. Arrivée à ce point, la maladie prend un type mixte entre la périostite et l'abcès de l'orbite. La périostite est généralement accompagnée, dès le début, d'un certain degré d'inflammation de l'os lui-même.
Dans la périostite chronique, les symptômes inflammatoires sont beau-coup moins prononcés et la maladie a un cours plus insidieux. L'enflure et la rougeur des paupières, l'injection de la conjonctive, le chémosis et la protubérance de l'oeil sont généralement beaucoup moins graves que dans la forme aiguë. Il y a de la douleur dans l'oeil et au-dessus de l'oeil, et celte douleur augmente beaucoup vers la nuit et aussi quand on presse sur le bord de l'orbite ou en arrière, dans certaine direction. Quelquefois on peut découvrir exactement sur un point l'enflure de l'orbite. Une assez abondante suppuration se produit généralement, et s'il y a beaucoup de pus, le globe de l'oeil sera très-protubérant. Comme règle, cependant, la suppuration est limitée et le pus s'accumule entre l'os et le périoste qu'il relève. Le périoste est souvent très-enflé et épaissi, ce qui produit parfois de petits nodules ou des tubérosités. Ces produits peuvent dimi-nuer de volume et laisser à la fin le périoste épaissi, ou bien encore ils peuvent s'ossifier et donner lieu à des exostoses. Si l'os est intéressé, la carie et souvent la nécrose se produisent, et l'inflammation ou le pus peuvent s'étendre dans l'orbite, à travers l'ouverture, jusque dans la cavité crânienne ou dans le sinus frontal. En réalité, le grand danger de cette maladie est de voir l'inflammation s'étendre depuis l'orbite jusqu'aux membranes du cerveau, où elle produit une méningite, ou bien encore de voir l'abcès se former dans le cerveau. 666 MALADIES DE L'ORRITE.
La périostite se rencontre quelquefois chez les enfants et est beaucoup plus commune chez les individus jeunes que chez les individus âgés. Les causes de Ja périostite aiguë sont : les plaies pénétrantes de l'orbite faites par des instruments tranchants; des contusions graves occasionnées par des coups ou par des instruments émoussés et la présence de corps étran-gers dans l'orbite. Elle peut aussi être secondaire, l'inflammation s'éten-dant du périoste à quelques-unes des cavilés voisines, telles que le sinus frontal, les espaces maxillaires, etc. L'exposition à l'humidité et au froid et les changements soudains de température sont aussi des causes de cette maladie. Comme je l'ai déjà dit, elle peut apparaître dans le cours d'une inflammation du tissu cellulaire de l'orbite. La périostite aiguë est très-souvent unie à la syphilis.
Le plan général de traitement ressemble beaucoup à celui qu'on recom-mande dans l'inflammation du tissu cellulaire de l'orbite, et si l'on suspecte la présence du pus, on doit l'évacuer le plus tôt possible. Quand la maladie est due à la syphilis, l'iodure et le bromure de potassium, combinés avec d'autres préparalions de mercure, doivent être administrés, ou les bains mercuriaux employés. On doit avoir soin de ne pas affaiblir la santé gêné- raie du malade, mais de la fortifier autant que possible par des toniques et un régime généreux.
IIB. — Carie et méorose de l'orbite.
Au début d'une affection des os de l'orbite, il y a généralement un cer-tain degré d'enflure oedémateuse des paupières, qui sont en même temps rouges et parfoisj douloureuses. Les tissus conjonctifs et sous-conjonctifs sont injectés, et l'oeil est irritable et larmoyant. L'oedème des paupières est souvent très-considérable, surtout chez les enfants atteints de diathèse scrofuleuse. Bientôt on aperçoit un point, dans lequel la paupière prend une teinte rouge plus foncée. L'abcès se produit là ; la peau cède, et à tra-vers cette petite perforation on voit suinter un écoulement muco-purulent faible, peu abondant et parfois fibreux. Si l'on passe une sonde à travers l'ouverture, on trouve qu'elle conduit à une partie d'os nu et rugueux, Les bords de l'ouverture sont généralement renversés, enflés, ulcérés et couverts parfois de granulations charnues. En général, une partie de l'-os est à l'état de nécrose et de petits fragments sont exfoliés. Après que cet état a duré pendant plus ou moins longtemps, le sinus se ferme, l'ouver-ture se bouche; mais, pendant la période de cicatrisation, les téguments deviennent adhérents au périoste, et il peut se produire un renverse-ment de la paupière qui laisse le globe de l'oeil exposé à toutes les in-fluences délétères (lagophthalmos).
Le cours de la maladie est très-jept, surtout chez. ]cf personnes d'une.
INFLAMMATION DE LA CAPSULE DE TENON. 667 santé délicate et d'un tempérament syphilitique ou scrofuleux, qui sont exposées à des rechutes très-fréquentes. Parfois l'état s'améliore, le sinus etfouverture extérieure paraissent se fermer. Mais une rechute arrive, de nouveaux symptômes inflammatoires se produisent, l'écoulement devient plus abondant, et de nouvelles fractions d'os sont exfoliées,
La carie et la nécrose peuvent se produire dans des parties différentes de l'orbite; ainsi, le fond de l'orbite peut être le siège de la maladie, comme cela arrive après la périostite de la cavité. Dans des cas plus rares, elle peut survenir après l'inflammation du tissu cellulaire de l'orbite accompagnée de périostile. Quelquefois la carie esl limitée à la marge de l'orbite, ou bien elle se produit juste dans la cavité, près du bord. En pareil cas. la paupière supérieure ou inférieure, suivant les cas, peut être enveloppée dans la cicatrice, ce qui produit un ectropion considérable. Ces cas de carie et de nécrose de la marge de l'orbite sont en général le résultat d'un coup ou d'une chute et se voient souvent chez les enfants, surtout chez ceux dont la diathèse est scrofuleuse. La syphilis est une cause fréquente de carie de l'orbite et la maladie de l'os peut, en certains cas, être due à l'extension de la maladie des fosses nasales.
Le traitement ressemble à celui de la périostite. Le pus devra être évacué le plus tôt possible, le sinus fistuleux lavé souvent avec de l'eau tiède ou des injections légèrement astringentes, et un petit bourrelet de charpie introduit afin de forcer le sinus à se fermer au fond. Si une partie d'os est détachée avec la sonde, l'ouverture extérieure devra être élargie et le fragment enlevé soigneusement avec des pinces. Le traite-ment du lagophthalmos et de l'ectropion consécutif à la carie des os est décrit dans les articles spéciaux sur ce sujet.
tl'. — Inflammation «le la capsule île Tenon
La capsule fibreuse qui enveloppe le globe de l'oeil (capsule de Tenon) est parfois sujette à de l'inflammation. Celte maladie se distingue surtout par l'apparition d'un chémosis plus ou moins marqué autour de la cornée; il y a en même temps une injection conjonclivale et sous-conjonclivale considérable. En examinant de plus près, on trouve qu'il n'y a pas de cause apparente de chémosis, car la cornée, l'iris et les tuniques pro-fondes de l'oeil sont saines, et la vue et le champ de vision excellents. Les paupières sont aussi un peu rouges et enflées, le globe de l'oeil est en outre légèrement protubérant, quoique ce symptôme soit souvent assez peu accusé pour échapper à l'attention, si l'on ne compare pas les deux yeux ensemble. Il y a en même temps un certain affaiblissement des mou-vements du globe c|e l'oeil qui devient apparent daiis les mouvements extrêmes des différentes directions qui amènent de la diplopie. La douleur dans l'oeil et autour de l'oeil peut être vive, mais elle n'atteint jamais le même degré que dans la périostite ou la cellulite de l'orbite. La marche de la maladie est généralement lenle. Il faut compter de deux mois a deux mois et demi pour la guérir.
Celle affection a généralement une origine rhumatismale elle peut être produite par du froid, un courant d'air comme on en éprouve dans les voyages, les chemins de fer, etc., ou bien par un changement brusque dans la température. On la voit aussi dans les cas d'irido-choroïdite consécutive à des opérations et surtout à l'opération de la cataracte. Suivant Wecker, elle peut suivre l'opération du strabisme si la sclérotique a été très-exposée ou la capsule de Tenon trop largement incisée.
Si les symptômes inflammatoires sont graves, quelques sangsues seront appliquées aux tempes et les fomentations chaudes de pavot seront pres-crites ainsi que des frictions avec un composé de belladone. Si la maladie a une origine traumatique, comme dans l'opération du strabisme, des compresses de glace seront appliquées.