VI. — Orgelet (compère loriot
Cetle maladie n'est pas, comme on l'a quelquefois supposé, une affec-tion inflammatoire des glandes de Meibomius, mais une inflammation furonculaire du tissu connectif des paupières dont le siège est généra-lement dans le voisinage des follicules chevelus et près du bord de la paupière. Dans la plupart des cas il y a seulement un furoncle, dans d'autres il y en a plusieurs. Au début de la maladie on voit un petit bou-ton ou nodule circonscrit près du bord de la paupière, la peau restant au-dessus de lui. Dans les cas très-aigus, la paupière est souvent très-rouge, très-enflammée et oedémaliée ; quoique ces symptômes soient généralement limités au voisinage de l'orgelet, ils peuvent s'étendre cependant à la paupière tout entière. Si c'est la paupière supérieure, elle peut tomber en un pli massif et tout près de l'ouverture pal-pébrale-, il peut y avoir en outre de la photophobie, du larmoiement. Le malade se plaint d'une douleur considérable, et l'enflure dans le voi-sinage du nodule est exlrêmement tendre au loucher. Il y a aussi quel-quefois de la fièvre et une perturbation constitutionnelle. Les souf-frances du malade ne sont pas en rapport avec l'étendue de la maladie, celle-ci cependant peut avoir un cours chronique ou êlre moins aiguë. La proéminence produite par le nodule est très-apparente et a l'aspect d'une petite tumeur circonscrite du volume d'un pois, la peau de la paupière élant dans son voisinage d'un rouge vif et bronzé. Quelquefois plusieurs cils se projettent à travers le sommet de l'orgelet quand il est situé au bord de la paupière. S'il n'est pas visible, sa présence peut être
TUMEURS DES PAUPIÈRES. 7 j 7 aisément soupçonnée, si l'on passe l'extrémité du doigl sur la surface de la paupière. En renversant celle-ci on voit que la conjonclive esl molle et n'est pas altérée, mais si l'orgelet pointe en dedans, le nodule cir-conscrit apparaît sur la surface interne de la paupière, la conjonctive étant rouge et enflammée au-dessus et autour. Le sommet du bouton est d'un jaune grisâtre, si la suppuralion s'est établie et que la matière pro-duise de petites pointes; si la maladie est laissée à elle-même, elle peut quelquefois subir la résolution; mais, règle générale, la suppuration s'établit, la perforation a lieu, une matière purulente s'échappe, en même temps qu'une substance gélatineuse d'un blanc grisâtre formée par un tissu connectif mal développé. Cet écoulement est rendu par petites boules. La maladie a une grande tendance aux rechutes, de sorte qu'elle peut se prolonger pendant plusieurs mois, ce qui a conduit quelques auteurs à la considérer comme le résultat d'une dialhèse particulière. Elle se rencontre le plus souvent chez les individus jeunes, surtout s'ils sont d'une sanlé délicate, chez ceux qui ont des dispositions à l'acné ou qui sont adonnés à une vie de plaisir ou de dissipation. Si le cours de la maladie est long el surlout s'il y a des rechutes fréquentes, elle est assez souvent suivie de chalazion à cause des changements inflammatoires subis par les glandes de Meibomius, qui amènent la dégénérescence crayeuse ou graisseuse de leur contenu.
Au début de la maladie, s'il y a des symptômes inflammatoires considé-rables, il faut appliquer des compresses froides; cependant, en règle géné-rale, je préfère les cataplasmes chauds qu'on changera très-fréquemment, car en agissant ainsi on hâtera la formation du pus el la fin de la mala-die. Quand la suppuration est établie et que la peau est amincie et jaune sur un point, une petile incision peut êlre faite pour faciliter la sortie du pus auquel est généralement mélangé un peu de substance gélatineuse de tissu connectif. La douleur est considérablement et immédiatement diminuée par l'incision. Quand la cicatrisation est faite, et afin d'éviter une rechute, je me suis bien trouvé de l'emploi d'un onguent faible au nitrate d'argent (0sr,10 à 0gr,20 pour 32 grammes). Si le malade est faible et d'une mauvaise santé, on devra donner des toniques et régler les fonc-tions digestives.
VLI. — Tumeurs des paupières - Chalazion [tumeur tarsale, kyste tarsal.) — Celte affection est une tumeur due à des changements inflammatoires des glandes de Meibo-mius ou des conduits, changements qui produisent une altération et une rétention des sécrétions. Si l'inflammation a été aiguë ou s'il y a eu des exacerbalions inflammatoires, la suppuration s'établit et le pus se forme. Dans d'autres cas les contenus du kyste, au lieu d'être purulents ou muco-purulents, sont fluides, gélatineux, graisseux ou sébacés et caillés. La tumeur est généralement du volume d'un petit pois, mais elle peut aug-menter et arriver jusqu'à celui d'un petit haricot. Elle est située à une, certaine distance du bord libre de la paupière et est généralement plus visible sur la surface interne, se tenant tout près derrière la conjonctive qui est souvent considérablement amincie, et formant là une petite tumeur circonscrile bleuâtre ou d'un blanc jaunâtre qui surgit et est proéminente, surtout quand la paupière est bien retournée et que la conjonclive est bien tendue. Dans d'autres cas plus rares la tumeur pointe extérieurement et se tient tout près derrière la peau qui est souvent rougie, amincie au-dessus d'elle et tout autour. Ces tumeurs se trouvent plus fréquemment dans la paupière supérieure. Quelquefois elles exister t dans les deux paupières et dans les deux yeux.
Si la tumeur est petite et dure et que sa formation ait été très-lente, on peut essayer de favoriser son absorption à l'aide de l'onguent au précipité rouge ou à l'iodure de potassium. Cependant, en général, ce moyen n'est pas efficace et il faut avoir généralement recours à une opération. Si la tumeur se présente sur la surface conjonclivale, les pau-pières devront êlre retournées complètement et la conjonclive bien étalée. Une large incision cruciale sera faite ensuite avec un couteau à calaracle ou avec un scalpel, de façon que la tumeur soit bien ouverte. Si le contenu est fluide ou muco-purulent, il s'échappe alors ; s'il n'en est pas ainsi et que la tumeur soit remplie d'une subslance gélalineuse, on introduira une petite sonde que l'on tournera légèrement de façon à rompre et à retirer le contenu de la tumeur. S'il y a de petites parties de celle-ci qui adhèrent aux cloisons du kyste, on les excisera avec des ciseaux recourbés et posés à plat. Si la tumeur est située profondément et près de la surface exlérieure, les incisions devront êlre proportionnel-lement profondes et s'étendre à travers le cartilage tarse, car il vaut mieux généralement ouvrir la tumeur du dedans : on évite ainsi de for-mer une cicatrice dans la peau. On doit surtout faire allenlion à cette question de cicatrice si la tumeur est placée près du bord de la paupière et particulièrement près du point lacrymal. Mais si la tumeur se trouve à quelque distance du bord de la paupière et dans sa partie centrale exté-rieure, qu'elle soit très-près derrière ia peau, et surtout si elle est flasque, l'incision peut être pratiquée par le dehors, car les plis de la peau relâ-chée cacheront la cicatrice et empêcheront la paupière de se retourner. L'enlèvement du contenu est généralement accompagné d'un saignement assez considérable, et à cause de cela la tumeur peut paraître à peine réduite comme volume; cependanl, au bout de quelques jours, l'inflam-mation adhésive qui suit l'opération cause une contraction du kyste qui
TUMEURS DES PAUPIÈRES. 711> disparaît rapidement en même temps que les éléments épaissis qui l'en-tourent. Cette inflammalion adhésive peut êlre augmentée en louchant légèrement l'intérieur du kyste avec un crayon de nitrate d'argent à pointe très-fine.
Si la tumeur est dure et ferme, j'engage généralement le malade à employer des cataplasmes chauds pendant un ou deux jours avant l'inci-sion. Ces cataplasmes accélèrent la tendance à ha suppuration, adoucis-sent les contenus, en sorte qu'ils sont moins tenaces et s'enlèvent plus facilement. Comme les malades atteints de cette tumeur souffrent souvent d'irrégularités dans les fondions digestives, on doit les surveiller avec le plus grand soin.
Les follicules de Meibomius sont quelquefois obstrués sans qu'il y ait aucune enflure ou dilatation des glandes. Ces obstructions sont dues à une accumulation de sécrétion dans les conduits, accumulation qui pro-duit de petites concrétions d'un blanc jnunàlre qui sont semées irrégu-lièrement sur la surface conjonclivale molle, ou arrangées à la suite les unes des autres, semblables à de petites têtes d'épingles tout le long du conduit. Si ces concrétions sont très petites, peu nombreuses et qu'elles ne produisent ni inconvénient, ni irritation, on ne doit pas interve-nir; mais si elles sont nombreuses, que leur volume soit considérable et qu'elles produisent de l'irritation, il faudra les percer avec la pointe d'un couteau et extraire leur contenu durci. Celte opération peul être facile-ment faite à l'aide d'une sonde cannelée.
Milium. — Le miliumest une petite tumeur blanche ayant à peu près le volume d'un grain de millet, ainsi que l'indique son nom. Cette tumeur est située sur le bord libre de la paupière ou tout près de ce bord. Elle est généralement seule, parfois cependant on la voit en nombre consi-dérable, et dans ce cas les petites tumeurs sont réunies en masses. Les cils s'échappent entre ces petits nodules et souvent par leur centre. On peut percer ces pelils grains et exprimer leur contenu qui est mou, semblable à de la graisse.
Molluscum ou tumeur albuminoïde. — Cette tumeur est de la même nature que la précédente, mais elle atteint un volume plus considérable; elle esl généralement située à quelque distance du bord de la paupière et est presque indolore. La peau qui la recouvre est généralement amincie, en sorle que sa couleur d'un blanc jaunâtre et la surface no-dulée sont très-visibles. Au centre on aperçoit quelquefois une petite ou-verlure à travers laquelle s'échappe un peu de fluide, qui en séchant produit une petite croûte. Dans les cas nouveaux celle matière est con-tagieuse. Si la tumeur existe pendant longtemps, son aliacheà la peau peut être tirée et allongée de sorle qu'elle a un cou ou pédicule plus ou moins distinct qui la rend pendante. Cette tumeur n'est généralement pas limitée aux paupières, mais se voit en même temps sur la face et sur, d'autres parties du corps. La croûte qui est au sommet peut être déta-chée avec des pinces, le nodule percé ou légèrement incisé et le con-tenu vidé à l'aide de la pression des ongles. S'il n'est pas vidé tout de suite on devra répéter la pression. Quand il existe plusieurs tumeurs de même genre sur la figure et sur les paupières, il vaut mieux les opérer toutes en une seule fois.
Tumeurs sébacées. — Ces tumeurs se rencontrent le plus souvent chez des enfants el ressemblent par leur nature à celles que nous venons de décrire, seulement leur volume est encore plus considérable et arrive à celui d'une aveline ou même d'une petite noisette. On les voit le plus souvent au bord supérieur et extérieur de l'orbite près du sourcil. La peau qui recouvre la tumeur garde généralement son apparence normale ou bien elle rougit. Le contenu de la tumeur est renfermé dans une cloison de kyste dont la partie postérieure est épaissie et hypertrophiée. Les substances qui la composent, sont sébacées et graisseuses, consis-tant en cellules épithéliales brisées en molécules de graisses et en poils. Dans d'autres cas, la tumeur est plus douce et son contenu plus hui-leux. Si elle est très-petite et ne cause aucun ennui au malade, on peut la laisser, mais s'il en est autrement on devra l'enlever à une période peu avancée. Comme afin d'en empêcher le retour il est néces-saire de l'enlever complètement, il vaut mieux ne pas la percer pour la vider ensuite, mais la disséquer tout autour si c'est possible sans arracher ou percer la cloison du kyste. Par conséquent une large incision devra être pratiquée à travers la peau avec un petit scalpel ou un couteau à ca-taracte et parallèlement aux bords de l'orbite. Quand la tumeur a un volume considérable, on peut faire une incision cruciale-pour faciliter la dissection, mais généralement l'incision longitudinale devra suffire. La tumeur sera alors lentement et soigneusement disséquée, les adhésions entre les cloisons du kyste et le tissu cellulaire environnant étant délica-tement rompues par la pointe du couteau ou détachées par une traction douce faite à l'aide du manche du canif. Un aide doit être-à côté avec une éponge tout prêta essuyer le sang pour que l'opérateur ail toujours devant lui l'état exact du contour de la tumeur et de ses adhérences. La cloison du kyste pourrait être facilement rompue, et son contenu blanc pultacé s'échappant augmenterait la difficulté de l'opération. Si la cloison du kyste n'a pas été complètement enlevée, les parties qui restent pourront être légèrement touchées avec du nitrate d'argent. Afin d'accélérer la réunion les bords delà plaie seront réunis avec des sutures fines et des compresses d'eau froide seront appliquées.
Fibroma. — Celte forme se rencontre dans les paupières sous la forme d'une tumeur dure, petite, circonscrite, qui est quelquefois congénitale
TUMEURS DES PAUPIÈRES. 721 et parfois très-sensible au toucher. Ces tumeurs prennent souvent un caractère cartilagineux (Wecker), el de Graefe (1) rapporte un cas de tu-meur de ce genre qui se trouvait à l'angle externe de l'oeil et qui avait atteint un volume égal à la moitié d'une noix. Elle était située dans le tissu connectif sous-culané et, après l'excision, on vil qu'elle étailformée par un véritable tissu osseux.
Le fibroma n'augmente que très-lenlement de volume, c'est le trait distinctif entre celte tumeur et les tumeurs sarcomateuses, autrement elles ne peuvent être distinguées l'une de l'autre qu'à l'aide du mi-croscope.
Sous le nom de cylindrome, de Graefe décrit une tumeur spéciale (2) d'une nature sarcomateuse, qui se rencontre dans le voisinage de l'oeil, dans les paupières, dans l'orbite ou dans la tête. Elle se distingue parti-culièrement par ce fait, que, comme la tumeur sarcomateuse, elle présente des proéminences extérieures claviformes des capillaires et des veines (Recklingbausen) (3). La tumeur est très-douloureuse si on la presse fortement, mais la douleur spontanée est périodique. Il y a une tendance marquée à la récidive et il est très-difficile de l'extirper complètement.
Verrue ou poireau. — Ces excroissances se forment quelquefois sur la paupière ou tout près de son bord, et l'on peut alors les exciser avec des ciseaux ou les toucher avec un caustique ou de l'acide acétique. Si leur base est étroite on peut appliquer une ligature fine avec de la soie ou avec du crin, de manière à les étrangler. Avec ce procédé l'excroissance se détruit en quelques jours.
Tumeurs graisseuses. —Ces tumeurs ne sont pas fréquentes dans les paupières et elles se reconnaissent facilement à leur forme molle, cir-conscrite, lobulée ; elles sont fermes et élastiques au toucher. Leur progrès est en général très-lent et il est très-facile de les enlever.
Cancer épithélial. — C'est là presque la seule tumeur maligne qui se trouve dans les paupières comme maladie primitive, car les autres formes cancéreuses telles que le squirrhe, le cancer médullaire, etc., n'y arrivent en général que secondairement.
Le cancer épithélial se trouve le plus souvent dans la paupière infé-rieure et près du canthus externe; il existe généralement chez les per-sonnes d'environ quaranle ans ou même plus âgées; il est rare qu'on le trouve chez déjeunes sujets. Au début, la maladie prend l'aspect d'une petite induration circonscrile légèrement, située sur le bord de la paupière ou tout près et ressemblant à une verrue, à une petite croûte épaissie.
(1) Kl. MonalsbUlt., 1863, p. 23.
Ai Celte élevure est recouverte par une peau d'apparence saine et non en-, flammée et parfois de petits vaisseaux variqueux passent au-dessus ou à côté. La surface du petit nodule est souvent rugueuse et écailleuse; comme si l'épiderme était épaissi. La maladie peut rester ainsi station-naire pendant très-longtemps, il peut même s'écouler des années avant que l'élevure augmente de volume ou s'ulcère. Pour ces motifs et à cause de l'absence presque totale de douleur, la tumeur occupe très-peu le malade qui la prend pour un simple poireau. Quand la maladie se développe dans la peau sur le sac lacrymal on peut la prendre pour une dacryocyslite. ainsi Mackenzie rapporte un cas dans lequel le malade demandait à ce qu'on lui introduisît un stylet, et un autre dans lequel c'était déjà fait; mais tôl ou tard la maladie augmente graduellement el presque imper-ceptiblement de volume, elle s'étend le long du bord de la paupière et prend une forme ovoïde et allongée. La surface se déchire, s'excorie et un écoulement mince d'un jaune grisâtre s'établit, durcit sur la tumeur sous la forme d'une croûte foncée et rugueuse. Alors l'ulcération com-mence, la tumeur augmente lentement en profondeur el en circonférence. Les bords de l'ulcère sont élevés el semés parfois de quelques tubercules d'un rouge pâle qui, si on les excise, se reforment rapidement. La peau autour de la tumeur n'est qu'un peu épaissie, enflée ou décolorée, et cet aspect distingue la maladie du lupus et aussi de l'ulcère syphilitique. En outre la lenteur de la croissance et l'histoire du cas empêchent de commettre une méprise. Quand l'ulcération est établie, la douleur aug-mente, mais non pas d'une façon considérable ; elle n'est pas aiguë ni lancinante, cependant si quelques nerfs sont exposés par l'ulcération, les souffrances du malade seront considérablement augmentées. L'écoule-ment est jaunâtre, d'une apparence saine et sans fétidité (j). Quelquefois le cancer peut temporairement se cicatriser, soit complètement, soit en partie, et paraître alors fermé pendant un certain temps. Mais bientôt la surface se produit de nouveau et une ulcération nouvelle s'établit. Au bout de quelque temps l'ulcère envahit de plus en plus la paupière, s'étend le. long de la surface et profondément dans la structure jusqu'à ce qu'il ait cheminé à travers toute l'épaisseur et qu'il ait apparu sur la surface conjonclivale, s'étendant parfois de là jusqu'à l'orbite. Si les paupières sont détruites, le globe de l'oeil sera exposé et il pourra survenir une suppuration de la cornée, accompagnée de la perte de la lentille et d'une portion considérable de l'humeur vitrée, et par suite de l'atrophie du globe. Mackenzie (2) a été témoin de cas dans les-quels une douleur épouvantable était causée par suite de l'exposition du (1) Voy. l'article remarquable du D 1' Jacob sur cette maladie (Dublin Hosp. Rep., IV, 182?). (2) Diseases of the Eye, à" édition, 137.
TUMEURS DES PAUPIÈRES. 723 globe de l'oeil ou de l'implication des nerfs sous-orbitaire et sus-orbi-laire par l'ulcération. La maladie peut aussi s'étendre à la face et enfin s'ouvrir dans la bouche.
Les veines qui passent sur l'ulcère donnent souvent lieu, par suite de leur rupture, à une hémorrhagie considérable.
La cause de l'affection est souvent douteuse, cependant quelquefois on peut remonter distinctement à son origine : quelque blessure ou lésion, ou bien encore quelque source d'irritation longtemps prolongée.
Si la maladie est circonscrile et d'un volume moyen de façon que l'on puisse espérer de l'enlever complètement, le traitement par l'extir-pation est je pense le meilleur en règle générale. On doit avoir soin de porter les incisions jusque dans les téguments sains de peur de laisser en arrière quelques tissus morbides. L'incision est géné-ralement faite dans la forme d'un Y el assez considérable pour inclure toutes les parties malades. Les bords de la plaie seront réunis par des sutures fines, ou, si la perte de substance est considérable, on pra-tiquera une opération plastique et la peau sera amenée de la tempe ou de la joue. Mackenzie préfère une incision semi-lunaire et laisse l'ou-verture se fermer par une granulation; cependant il faut admettre que lorsque l'opération a été suivie d'une cicatrice résistante et que la maladie paraît être guérie, même alors au bout de quelque temps l'affec-tion peut reparaître et c'est pour cela que le traitement par les escharo-tiques et autres agents a été fortement recommandé. De la potasse et de la pâte de chlorure de zinc ont été particulièrement employées comme caustique Mackenzie (I) recommande fortement le sulfate de zinc. L'eau s'étant évaporée pendant la cristallisation du sulfate de zinc et le résidu réduit en une poudre fine étant mélangé avec un peu de glycérine, de façon à former une pâte épaisse et tenace, il applique celte pâle sur l'ul-cère et sur ses bords durcis à l'aide d'un morceau de bois pointu. Il recouvre ensuite'îa partie avec du linge sec. Ce traitement, répété deux ou trois fois, produit une cicatrice saine et résistante et en apparence une guérison complète.
Le docteur Broadbent a institué un traitement par injection d'acide acétique (une partie d'acide fort pour h parties d'eau), ce moyen peut être essayé, car il a très-bien réussi dans les mains de plusieurs chirurgiens distingués parmi lesquels il faut citer M. Power (2), M. Wecker (3), etc. Le traitement du docteur Allhaus par l'électricité peut aussi être essayé puisqu'il est presque complètement exempt de (1) h. L. O. II. Rep., il, S; i (2) M. Power, On diseases of the Eye, p. 103. (3) Wecker, Maladies des[y eux, 2e édition, I, 659, douleur ou de gêne.' M. Bergeron (1) recommande l'usage local et interne du chlorate de potasse.