XII. — Symblepharon
Dans cette affection, il y a adhésion entre la conjonctive de la paupière et celle du globe de l'oeil. Cefrenum peut être très-étendu et avoir presque toute la longueur de la conjonctivepalpébrale de l'une ou des deux pau-pières, être adhérent à la surface opposée du globe et limiter considéra-blement les mouvements du globe de l'oeil. L'adhésion, d'autre part, peut être très-limitée, de façon qu'il n'y ait qu'une petite partie de la con-jonctive qui passe de la paupière au globe de l'oeil, permettant facilement le passage d'un stylet en arrière. L'adhésion peut encore inclure une portion du pli rétro-tarsal; en pareil cas, il n'y a pas de passage. On peut aussi avoir les deux choses combinées ; en ce cas, le stylet peut passer seule-ment dans une partie du chemin. Si la conjonctive palpébrale adhère à la cornée, on donne à l'affection le nom de « symblepharon cum cornea, »; et il y a quelque ressemblance avec l'aspect et le caractère du ptérygion. Les causes les plus fréquentes de cette affection sont les blessures faites par le métal chauffé au rouge, le plomb en fusion, l'explosion de la. pou-dre à canon, les acides énergiques, ou de la chaux vive. Ces causes produi-sent une excoriation et une blessure plus ou moins considérable de la conjonctive, des paupières et du globe de l'oeil; il se forme des granula-tions, et les surfaces opposées excoriées deviennent fermement unies. Si ces adhésions ont une étendue limitée, les mouvements constants du globe de l'oeil les élargiront graduellement jusqu'à ce que le frenum soit considérablement allongé. Des hlessures qui pénètrent à travers les pau-pières dans le globe peuvent aussi produire le symblepharon. Cette af-fection n'est que rarement due aux ulcérations et aux pustules qui accom-pagnent l'inflammation de la conjonctive.
L'effet que peut avoir une opération dans le traitement d'un symble-pharon dépendra surtout de l'étendue de la lésion : si elle est très-considé-rable, si elle embrasse le pli rétro-tarsal et produit une adhésion très-
SYMRLÉPHARON. 8 S intime entre le globe et la paupière il y a peu à espérer d'une opération. Les cas les plus favorables, sont ceux dans lesquels une bande étroite passe comme un pont de la conjonctive palpébrale à la conjonctive oculaire, de manière qu'un stylet puisse être librement passé derrière. Mais même les cas dans lesquels l'adhésion passe au pli rétro-tarsal peuvent être très-améliorés, si le frenum est peu considérable. S'il y a une ou deux bandes membraneuses étroites, elles peuvent être allongées et divi-sées près du globe, leur réunion empêchée si c'est possible en passant souvent une sonde, enduite d'huile ou de glycérine, entre les surfaces ulcérées, ou en les touchant légèrement avec un crayon de nitrate d'ar-gent afin de former une eschare et d'empêcher l'adhésion.
Quand l'adhésion est plus étendue, une simple division du frenum ne pourra suffire parce que les surfaces ulcérées se réuniront toujours à cause de leqr volume considérable ; elles se" contractent pendant la gra-nulation, et les surfaces opposées sont attirées l'une vers l'autre. Plusieurs de ces cas semblent aller bien d'abord ; mais au bout de quelque temps il y a une rechute, de sorte qu'en définitive l'opération a été de peu ou point de profit. Afin d'empêcher cette réunion des surfaces, on a proposé depuis longtemps de placer une petite plaque de verre, d'ivoire ou de corne, entre la paupière et le globe de l'oeil. Ce moyen a été souvent employé mais n'a jamais réussi, excepté dans les cas où le frenum était très-étroit ; car à mesure que la plaie se cicatrise, les parties environnantes se con-tractent et repoussent graduellement la plaque. M. Nordsworth (1) em-ploie un masque de verre au lieu d'une plaque de métal. C'est une co-quille de verre semblable à un oeil artificiel et qui a une ouverture centrale pour la cornée. Il a obtenu de grands succès avec cet appareil, dans le traitement du frenum très-étendu et dans les cas de destruction de l'épi-thélium de la conjonctive où le symblepharon était imminent.
Afin de remédier à cette tendance à la réunion, Arlt a introduit et pra-tiqué avec succès l'opération suivante (2). La paupière ayant été tirée en dehors du globe de façon à mettre le frenum bien à découvert, l'opéra-teur passe une aiguille recourbée enfilée d'une soie fine à travers le sym-blepharon près de la cornée. On dissèque alors avec soin l'adhésion de la cornée et de la sclérotique jusqu'au pli rétro-tarsal, on retourne ensuite demanière que la surface conjonctivale se trouve en contact avec la surface avivée du globe. On prend alors deux aiguilles enfilées, que l'on passe dans l'épaisseur de la paupière près du bord de l'orbite, et l'on attache les sutures sur la partie extérieure de la paupière, de façon à maintenir le symblepharon replié dans la position requise. Si le frenum
(1) Roy. lond. Ophihalm. Ilosp. Rep-, vol. III, 210.
(2) Prager Vierteljahrschrift, XI, 161. n'est pas très-considérable, les bords de la plaie dans la conjonctive ocu-laire seront réunis par deux ou trois sutures fines. Après l'opération, on applique des compresses froides. Quand la plaie conjonctivale est guérie, le symblepharon, qui a considérablement diminué, peut être excisé s'il gêne le malade.
L'opération que j'ai vue le mieux réussir pour les cas ordinaires de symblepharon est celle de la transplantation; avecelle on obtient une cure permanente et c'est à M. Teale que nous la devons (1). Il la décrit de la manière suivante (1) :
<( Je fais d'abord une incision à travers la paupière adhérente, d'après une ligne qui correspond à lamargeàe la cornée cachée (voy. A. fig. 7). Je sépare la paupière du globe de l'oeil jusqu'à ce que le globe remue aussi librement que s'il n'y avait pas d'adhésion pathologique. Ensuite, le sommet du symblepharon (A, fig. 8) étant séparé de la peau de la pau-pière, reste adhérent à la cornée.
» Je forme ensuite deux lambeaux pendants de conjonctive, un partant de la surface du globe près de l'extrémité intérieure de la surface avivée, l'autre, de la surface du globe à l'extrémité extérieure. Je trace avec le couteau de Béer un lambeau de conjonctive (B, fig. 8) large d'un quart de pouce et long de deux tiers de pouce, qui a sa base à la conjonctive saine qui limite l'extrémité interne de la surface avivée et son extrémité passant sur la surface supérieure du globe de l'oeil. Le lambeau est alors disséqué avec soin du globe, jusqu'à ce qu'il soit assez libre pour s'étendre à travers l'espace vide sans trop de tension. Il faut laisser une épaisseur suffisante dans le tissu près de sa base. On fait alors de la même manière un second lambeau à la partie extérieure du globe de l'oeil; en faisant ces lambeaux, on ne doit prendre que sur la conjonctive, car le tissu subjonc-tif ne doit pas être touché. On place alors les deux lambeaux dans leur nouvelle situation (voy. fig. 9). Le lambeau interneB doit s'étendre à tra-vers la surface avivée de la paupière fixée parle sommet à la conjonctive saine sur le bord extérieur de la plaie. Ce lambeau extérieur est fixé à
(1) Roy. Lond. Ophlh. Hosp. Reports, III, 253.
ANCHYL0RLÉPHAR0N. 85 travers la surface avivée du globe de l'oeil, son sommet attaché à la con-jonctive, près de la base du lambeau inférieur. Ainsi les deux lambeaux sont assemblés dans la plaie. Les lambeaux ayant été ajustés dans leur nouvelle position, on assure leur vitalité en excisant la conjonc-tive près de leur base dans toutes les direc-tions où ils semblent trop tendus, et en réu-nissant par des points de suture les marges de la pointe d'où l'on a pris la conjonctive transplantée (D, E, fig. 9). Une ou deux autres sutures doivent être placées pour empêcher le doublement des bords de la conjonctive transplantée. Le sommet de peau laissé sur la cornée s'atro-phie bientôt et disparaît. »
Fie. 9.