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XIV. — Blessures (plaies) de fa conjonctive

Ces lésions peuvent être d'une nature mécanique ou chimique. Les premières produisent la lésion par leur contact avec la conjonctive, déve-loppant l'irritation, ou blessant, ou lacérant sa membrane. Les corps étran-gers que l'on rencontre le plus souvent sur la conjonctive sont de petits morceaux d'acier, de fer, de verre, de charbon, depaille.de poussière, etc., qui peuvent rester logés à sa surface ou s'enfoncer plus ou moins pro-fondément dans sa structure. La présence d'un corps étranger dans l'oeil produit généralement de suite des symptômes très-graves d'inflam-mation ciliaire. Les paupières sont spasmodiquernent contractées, la con-jonctive oculaire s'injecte et une zone rose brillante parait autour de la cornée. Il y a aussi de la photophobie, du larmoiement et une sensation de sable ou de grès dans l'oeil ou sous la paupière supérieure. Quelquefois la douleur et la névralgie ciliaire sont considérables et la pupille est con-tractée. Si le corps étranger est petit et placé simplement sur la conjonc-tive, les mouvements des paupières, le frottement exécuté, par le malade et le larmoiement considérable suffiront pour l'expulser. Si le chirurgien soupçonne la présence d'un corps étranger, il doit examiner avec soin et de près la surface delà conjonctive palpébrale des deux paupières aussi bien que la conjonctive oculaire et la cornée. La paupière inférieure doit être déprimée par le troisième et le quatrième doigt, afin de montrer sa surface interne et surtout le pli rétro-larsal : en même temps on dira au malade de regarder en haut.

On doit ensuite retourner la paupière, et la membrane muqueuse qui la tapisse sera examinée minutieusement, surtout dans la région rétro-tarsale, car le corps étranger reste souvent caché dans les plis de cette région et peut facilement échapper à l'observation. On a rapporté des cas dans lesquels, un corps étranger, qu'on n'avait pas vu, a causé une ophthalmie grave et obstinée. Quand on a trouvé le corps étranger,

BLESSURES DE LA CONJONCTIVE. 87 il faut l'enlever avec une petite lame qu'on passera derrière lui et avec laquelle on l'enlèvera doucement. S'il a pénétré dans la conjonctive, la gouge de M. Haynes Walton sera très-utile pour l'enlever. Si les corps étran-gers sont enfoncés dans la conjonctive, surtout si ce sont de petits éclats de verre ou d'acier, leur extraction, pour être plus certaine, doit être prati-quée de la manière suivante : on passe légèrement le doigt sur la surface de la conjonctive, et on les excise peut-être même avec une petite partie de celte dernière. Quelquefois des parcelles impalpables de poussière ou de saletés viennent se placer sur la conjonctive, où elles développent une grande irritation ; en pareil cas, après avoir retourné les paupières, on passe une sonde émoussée sur leur membrane muqueuse et derrière le pli rétro-tarsal qui balayera ces parcelles. La surface de la conjonctive sera alors lavée par un jet d'eau tiède venant d'une éponge ou d'une seringue. Si le sable ou le grès est dans l'oeil, il sera enlevé par ce lavage. Après l'extraction d'un corps étranger, un peu d'huile d'olive ou d'huile de ricin doit être introduite par gouttes dans l'oeil, et s'il y a eu beaucoup d'irritation, on appliquera des compresses froides sur les paupières.

Les'lésions chimiques peuvent produire une abrasion plus ou moins étendue del'épilhéliutri ouune excoriation de la surfacedela conjonctive. Si la lésion est grave ou que l'agent chimique soit très-actif, une eschare profonde peut se produire et causer par sa cicatrisation une contraction considérable des tissus voisins. La lymphe plastique se collecte et les sur-faces ulcérées de la conjonctive placées en face l'une de l'autre devien-nent adhérentes; de là la fréquence du symblepharon et de l'anchyloblé-pharon après les lésions chimiques. Il se forme quelquefois des ulcères profonds et obstinés dont la surface se recouvre de granulations.

Les blessures causées par la chaux sont malheureusement très-fré-quentes et très-dangereuses : cet agent est très-irritant et produit non-seulement la destruction de l'épithélium et de la conjonctive, mais deseschares plus ou moins profondes et étendues de cette membrane et de la cornée.La vueestfréquemment détruite,ou, dans des cas plus favorables, on a un symblepharon étendu. Si l'on voit de suite le malade, une solution faible d'eau et de vinaigre (h grammes pour 30 grammes d'eau) ou d'acide acétique dilué sera conseillée; on fera avec ces liquides des injections fré-quentes sous les paupières; ce qui produira un acétate de chaux innocent. Alors on appliqueraquelques gouttes d'huile d'olive ou d'huile de ricin dans l'oeil, afin d'adoucir la surface de la conjonctive, et, les deux paupières étant retournées, le chirurgien enlèvera chaque particule de chaux. Tout ceci ayant été fait, on lavera l'oeil à l'aide d'un jet d'eau tiède avec une éponge ou une seringue, et on laissera ce jet couler sur la surface de la conjonc-tive. Quelques gouttes d'huile d'olive seront appliquées trois ou quatre fois par jour, et les eschares qui se forment sur la conjonctive enlevées avec, des pinces. S'il y a de la conjonctivite avec un écoulement muco-puru-lent, des collyres légèrement astringents de sulfate de zinc ou de nitrate d'argent peuvent être employés, ou bien encore l'oeil peut être lavé sou-vent avec une lotion de glycérine :

Tfi Glycérine. 30 grammes.

Eau distillée 200 grammes.

dont une partie pourra entrer dans l'oeil. Mais quand les eschares sont détachées, on ne doit plus employer les astringents, car ils pourraient causer de l'irritation. Il ne faut pas non plus les employer si l'oeil est très-irrité, très-douloureux et la cornée malade. En pareil cas, des applications adou-cissantes sont indiquées, telles que les lotions à la belladone, des frictions sur le front avec de l'onguent belladone, des fomentations au pavot, etc.

Des acides puissants, tels que l'acide sulfurique ou nitrique,produisent des ulcérations étendues delà conjonctive et delà cornée, qui s'accompa-gnent de symptômes graves d'irritation. En général, cependant, ce sont les paupières qui souffrent le plus, et les eschares profondes qui peuvent se produire donnent lieu souvent à de l'entropion.

Après une blessure causée par les acides puissants, l'oeil sera injecté avec une solution faible de carbonate de soude ou de potasse. Afin de neu-traliser l'acide, de l'huile d'olive est introduite ensuite goutte à goutte.

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