‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 20 sur 149 · III-. — Cornéite fasclculalre · texte numérisé non relu

III-. — Cornéite fasclculalre

Cette forme particulière de cornéite qui est très-commune en Allema-gne est extrêmement rare en Angleterre ; j'en ai rencontré plusieurs cas pendant mon séjour à Berlin, et je n'en ai rencontré que quatre cas réels en Agleterre, pendant les huit dernières années.

Les symptômes de cette affection sont très-caractéristiques et faciles à reconnaître; l'attaque commence généralement par une photophobie intense, accompagnée de larmoiement et de névralgie ciliaire. En exami-nant l'oeil, on trouve que la conjonctive oculaire est injectée et qu'il y a une zone rose, brillante, de vaisseaux conjonctifs. autour de la cornée. Près du bord de celte dernière on peut apercevoir comme une tache formée par quelques petites phlycténules, et le repli conjonctival est un peu enflé sur ce point. Les vaisseaux subconjonctifs parallèles passent sur la cornée et s'étendent plus ou moins sur la surface de cette dernière où ils forment un faisceau étroit ou sorte de lien (de là le nom de cornéite fasciculaire) qui s'étend dans une partie élevée et gonflée de la cornée. Ce faisceau de vaisseaux consiste à la fois en vaisseaux sanguins et en vais-seaux artériels, au sommet de ce faisceau et un peu au-dessus du niveau des vaisseaux, on voit une petite infiltration en forme de croissant envi-ronnée par une partie de la cornée enflée et opaque. A mesure que la maladie progresse, l'infiltration est graduellement poussée de plus en plus sur la cornée, en face des vaisseaux ; son enveloppe épithéliale tombe et elle prend une teinte jaunâtre et devient un petit ulcère superficiel. Quel-quefois le lien originel des vaisseaux se bifurque et prend la forme d'un Y dont chaque sommet a une infiltration séparée. La maladie peut s'élendre loin sur la cornée el entraîner le danger d'une opacité dense laissée dans le centre de la cornée, juste sur la pupille, après la guérison. Mais en général F ulcère reste superficiel, ne s'étend pas profondément dans la cornée, et ne conduit pas à la perforation. Pendant la période progres-sive de la maladie, les symptômes d'irritation sont très-marqués et très-obstinés ; quand la maladie a atteint son point culminant elle reste géné-ralement stationnaire pendant quelque temps (souvent même plusieurs semaines), elle diminue alors graduellement et suit une marche rétrograde. Les symptômes d'irritation disparaissent rapidement. La durée de ces diverses périodes dépend du volume du faisceau de vaisseaux et de l'infiltration. La vascularité diminue graduellement, l'ulcère est de nou-veau couvert par une couche d'épilhélium et commence à se combler de la périphérie au centre. Le tissu de la cornée se régénère plus ou moins, et au bout de quelque temps il ne reste qu'un peu d'opacité.

Cette maladie reconnaît généralement les mêmes causes que Fophthal-r mie phlylcénulaire, elle se rencontre plus fréquemment chez les per-sonnes faibles et scrofuleuses, et quand elle se développe chez ces derniers elle se prolonge davantage.

Si les symptômes d'irritation sont très-aigus on n'emploiera que des remèdes adoucissants, l'atropine sera appliquée dans l'oeil goutte par goutte : l'onguent composé à la belladone sera employé en friction sur le front, un vésicatoire sera placé derrière les oreilles, et une ou deux sangsues à la tempe, si l'oeil est très-douloureux au toucher. Si la vascu- . lariLé est très-marquée et le cas grave, on a souvent avantage à diviser le faisceau près de la cornée, soit avec un petit scalpel, soit avec une paire de ciseaux recourbés. Après cette opération, les vaisseaux sanguins sur la cornée et l'infiltration diminuent de volume. Quand les symptômes aigus d'irritation se sont considérablement amendés, on commence Finsuf-flalion du calomel ou l'on emploie l'onguent à l'oxyde jaune de mercure.

Ces deux médicaments, surtout l'oxyde jaune, sont presque des spécifi-ques pour cette maladie. L'onguent peut être appliqué dès le commence-ment, si les symptômes d'irritation ne sont pas très-rnarqués; on doit cependant s'en servir avec beaucoup de soin et en surveiller les effets. Si l'on s'aperçoit le jour suivant qu'il s'est produit une irritation et une rougeur intense, ce médicament doit être temporairement mis de côté et remplacé par du calomel. Il est aussi très-utile en combattant la tendance aux rechutes, en arrêtant celle-ci et en hâtant l'absorption de l'opacité cornéale. On doit souvent répéter le changement entre l'onguent et le calomel, car après un certain temps d'emploi ces médicaments perdent leur efficacité.

Un séton à la tempe est quelquefois très-utile, non-seulement en enrayant la maladie, mais aussi en prévenant les rechutes.

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