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XIV. — Blessures et contusions de la cornée

On rencontre fréquemment sur la cornée des corps étrangers ; parmi ceux-ci, les plus communs sont des éclats ou petits morceaux de fer, d'acier, de bois, de verre, etc., etc., qui sont venus se loger sur la sur-face ou s'enfoncer plus profondément dans la substance de la cornée. La présence d'un corps étranger sur la cornée excite tout d'abord générale-ment une réaction considérable. L'oeil devient rouge et douloureux, et cet état est accompagné de larmoiement et de photophobie. Il y aune zone rose bien marquée autour de la cornée, et la pupille est contractée par suite de l'irritation ciliaire. On n'éprouve généralement aucune diffi-culté à reconnaître la présence d'un corps étranger, surtout si ce corps est foncé (comme de l'acier ou du fer), et si l'oeil est éclairé de côlé. Mais s'il existe quelques doutes au sujet de la présence et de la situation exacte du corps étranger, on appliquera l'atropine et l'on examinera l'oeil avec l'illumination oblique, et si c'est nécessaire à l'aide d'un verre grossis-sant. L'avantage de l'atropine est que le fond sombre fourni par la pupille largement dilatée, met la cornée fortement en relief et facilite ainsi la reconnaissance du corps étranger, surtout s'il est d'une couleur claire, comme, par exemple, un éclat de verre.

Si le corps étranger est situé superficiellement, et qu'on le retire tout de suite, il ne restera aucune trace de sa présence; si, au contraire, il a échappé aux recherches ou que le malade n'ait pas été soulagé ou que le corps étranger reste dans la cornée, il peut se développer une cornéite considérable et même de l'iritisme, accompagnés parfois d'hypopyon. La cornée s'infiltre autour du corps étranger, et il peutseproduire un ulcère plus ou moins étendu ou encore une cornéile suppurative accompagnée d'hypopyon, d'iritis et d'eschare de la cornée. Ces faits sont souvent ob-servés chez les individus vieux et décrépis, quand un corps étranger, tel

(1) Voyez une excellente description de cette opération dans la traduction française de Macken-sie, t. III, 1847.

BLESSURES ET CONTUSIONS DE LA CORNÉE. 149 qu'un grain de blé, un éclat de verre, s'est introduit dans la substance de la cornée. Dans d'autres circonstances, plus rares, une couche de lymphe environne et recouvre le corps étranger, qui reste innocemment dans la substance propre de la cornée. Quelquefois un éclat de fer ou d'acier traverse la cornée el se projette dans la chambre antérieure, placé en partie dans celte dernière et en partie dans la cornée.

II est généralement facile d'enlever les morceaux de fer, d'acier, ou de verre placés sur la surface antérieure de la cornée, et tout près derrière la couche épithéliale. Comme règle, je préfère toujours maintenir les paupières avec le spéculum à arrêt et fixer l'oeil avec des pinces. En agis-sant ainsi, on empêche le risque causé par les mouvements soudains du malade, et l'on peut enlever le corps étranger vite et bien. L'application des pinces et du spéculum cause sans doute de la douleur, mais cet inconvénient est plus que contre-balancé par l'avantage d'avoir l'oeil com-plètement à sa disposition. Je n'ai vu que trop souvent ces instruments employés après que plusieurs essais douloureux et inutiles avaient été tentés. Le malade s'assied sur une chaise, soil en face de la lumière, soit tourné sur le côté, si, dans cette position, le corps étranger est mieux aperçu ; sa tête doit être appuyée contre la poitrine de l'opérateur qui se tient derrière lui. Après avoir appliqué le spéculum, le chirurgien main-tient le globe de l'oeil avec des pinces qu'il tient dans sa main gauche et essaye d'enlever le corps étranger avec un petit couteau, en passant l'in-strument en arrière el en amenant le corps étranger au dehors. Si le corps étranger est profondément enfoncé dans la substance de la cornée, on court le danger de l'enfoncer davantage en essayant de l'enlever, il est pos-sible qu'on le pousse plus profondément, qu'il perfore la cornée et qu'il tombe dans la chambre antérieure. En pareil cas, une grosse aiguille devra être passée avec soin derrière le corps étranger, et celui-ci amené au de-hors. S'il se trouve très-près de la cloison postérieure de la cornée, l'ai-guille peut être passée dans la chambre antérieure, et l'extrémité large de la pointe pressée contre celte partie de la cloison extérieure de la cornée qui est en face du corps étranger, de façon qu'on puisse le saisir et l'enlever avec une autre aiguille ou avec des pinces très-fines. Un procédé semblable doit être adopté si le corps étranger est proéminent et en partie dans la chambre antérieure, car alors un couteau à iridectomie ou une grosse aiguille peut être passé dans cette dernière, et poussé de par derrière le corps étranger, le poussant doucement jusque dans la cornée. Sa partie antérieure est alors saisie avec des pinces, et de cette manière, il peut être extrait facilement. Si un atome d'acier se trouve sur la sur-face de la cornée, on peut aussi l'enlever avec de l'aimant. Après l'ex-traction du corps étranger, on applique dans l'oeil une goutte ou deux d'huile de ricin, afin d'adoucir les parties, et plus tard on emploie l'atropine pour empêcher l'irritation. Si l'irritation est considérable et accom-pagnée de névralgie ciliaire, on appliquera les compresses froides elles sangsues suivies de fomentations chaudes au pavot. On doit défendre au malade de se servir de ses yeux jusqu'à ce que tout symptôme d'irrita-tion ait disparu.

Les effets que peuvent produire sur la cornée les brûlures, les blessures causées par la chaux vive, le plomb fondu et les agents chimiques, ont déjà été décrits à propos des blessures de la conjonctive (p. 81), et l'on doit suivre, en pareil cas, le même traitement.

Plaies de la cornée. — Le danger qu'on a à redouter de ces plaies varie beaucoup suivant leur nature, leur siège et leur étendue. Il arrive parfois qu'une coupure très-superficielle avec un instrument aigu ne perfore pas la cornée, mais pénètre simplement dans sa substance, et forme une petite blessure qui peut se cicatriser par première intention sans laisser aucune trace. Ainsi une petite coupure ou ponction nette de la cornée se cicatrise souvent sans laisser aucune marque derrière elle, ainsi qu'on peut s'en assurer tous les jours, par les opérations pratiquées sur la cornée et telles que la cataracte, par exemple, soit qu'on la pratique avec un couteau, soit qu'elle soit faite avec une aiguille. Le danger prin-cipal des plaies pénétrantes de la cornée est qu'elles peuvent causer un prolapsus considérable de l'iris ou qu'elles peuvent impliquer la lentille et l'iris, et donner lieu à un iritis grave ou à une cataracte traumatique. En pareil cas, l'état non-seulement de la cornée, mais aussi de l'iris et de la lentille doit être surveillé avec soin, car l'implication d'une de ces structures augmente considérablement le danger de cet accident. La meurtrissure de la cornée par des intruments émoussés est aussi parfois très-dangereuse ; car à cause de la contusion de la partie malade et des parties voisines, une inflammation très-grave et peut-être suppurative s'établit et conduit parfois à la suppuration de la cornée.

Dans le traitement des plaies de la cornée, la première indication à suivre, est de subjuguer les symptômes d'irritation et d'inflammation. S'il y a beaucoup de douleur, on applique des compresses froides ou quelques sangsues à la tempe, suivies par des fomentations chaudes au pavot, afin d'encourager l'écoulement du sang. Une solution puissante d'atropine sera prescrite, l'onguent composé à la belladone employé en frictions sur le front et un bandage compresseur léger, quoique ferme sera appliqué, afin d'obtenir un parfait repos des parties. Si les symptômes d'inflammation ne cèdent pas tout de suite à ce traitement, l'oeil sera de nouveau examiné avec soin, afin de s'assurer si un petit corps étranger n'est pas resté sur la cornée, dans la chambre antérieure ou dans l'iris. Les complications variées, telles que prolapsus de l'iris, iritisme, cataracte trau-matique, doivent, être traitées suivant les règles générales établies dans les

BLESSURES ET CONTUSIONS DE LA CORNÉE. 151 parties de cet ouvrage où ces affections sont décrites. Si une blessure incisée est située en partie dans la cornée el en partie dans la sclérotique, il peut arriver quelquefois que la partie qui se trouve dans cette dernière situation ne se guérisse pas tout de suite et qu'il reste de petites ou-vertures fistuleuses. En pareil cas, le traitement consiste à réunir la plaie de la sclérotique au moyen d'une suture fixe, suivant son étendue. En agissant ainsi, on met les lèvres de l'incision en contact, la lymphe plas-tique s'écoule et une réunion solide se fait bientôt. Le fil doit avoir une aiguille à chaque extrémité, afin que l'on puisse insérer la suture dans la sclérotique de dedans en dehors, autrement un mouvement brusque du malade pourrait permettre à la pointe de l'aiguille de pénétrer dans l'oeil.

Tumeurs de la cornée. — Ces tumeurs se rencontrent très-rarement comme originelles dans le tissu de la cornée, et passent presque toujours sur elle en venant de .la conjonctive. La tumeur dermoïde est la plus fré-quente et a déjà été décrite tout au long dans l'article sur les tumeurs de la conjonctive (p. 84). Stellwag (1) décrit un cas de cancer primitif de la cornée, c'estje crois le seul cas de ce genre connu.

(1) Die Ophthalmologie von naturw. Slandpunkle, I, 347,

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