partie supérieure de la rétine, et l'image
se projette en arrière de celle de l'oeil
sain. L'inverse a lieu si le strabisme est
en bas, parce qu'alors les rayons tombent
sur la partie inférieure de la rétine, et l'image se projette au-dessus de celle de l'oeil sain. On ne doit jamais oublier d'examiner si la diplopie est monoculaire ou binoculaire; dans ce dernier cas, la diplopie disparaît en fermant l'un des yeux.
Examinons (1) maintenant l'action des prismes. Quand un rayon de lumière tombe sur un prisme, il est réfracté vers sa base. Si; par exemple,
pendant que nous regardons un objet a
huit pieds de dislance (une bougie allu--
mée) avec nos deux yeux, un prisme dont
la base est tournée vers le nez est placé
devant l'oeil droit, les rayons de la lu--
mière sont déviés vers la base du prisme
et tombent sur une portion de la rétine
interne à la tache jaune ; ils sont par con--
séquent projetés au dehors et produi--
sent une diplopie homonyme. Toutefois,
comme nous voyons facilement des ima--
ges doubles, l'oeil cherchera à les réunir
par un mouvement en haut qui ramènera de nouveau les rayons sur la tache jaune (par une contraction du muscle
(1) En examinant les images doubles d'un malade, il est commode de placer un morceau de verre; rouge devant l'oeil sain ; ce qui permet de distinguer les deux images par leurs couleurs différentes, en même temps qu'on affaiblit l'image de l'oeil sain, et de la rapprocher davantage de celle de l'oeil malade, qui, à cause des rayons qui tombent sur une partie excentrique de la rétine, sera moins intense à proportion de la distance du point de la tache blanche sur lequel tombent les rayons.
INTRODUCTION. fl droit externe), mais en même temps causera un strabisme divergent, ainsi que l'explique la figure 5. Soit b l'axe optique de l'oeil gauche fixé sur une bougie éloignée de huit pieds. Maintenant, si l'on place un prisme (la base tournée vers le nez) devant l'oeil droit, les rayons sont réfractés vers la base du prisme, et ne tombent pas, comme dans l'autre oeil, sur la tache jaune, mais sur une partie de la rétine interne à la tache jaune, et l'image est projetée en dehors en e. Ainsi la diplopie homonyme se produit, et pour l'empêcher, le muscle droit externe se con-tracte et attire l'oeil en dehors, de façon à porter la tache blanche c au point d, vers lequel les rayons sont déviés par le prisme. Comme les rayons de l'objet vont tomber maintenant dans les deux yeux sur la lâche blanche, la vision unique en résultera, mais accompagnée de stra-bisme divergent de l'oeil droit. i
Le contraire aura lieu si nous retournons le prisme de manière que la base soit vers la tempe; car alors les rayons seront déviés vers une portion de la rétine en dehors de la tache blanche, l'image sera pro-jetée en dedans, croisera celle de l'oeil gauche, et une diplopie croisée en sera la conséquence. Afin d'y remédier, le droit interne va se contracter, ramènera l'oeil en dedans de façon à porter la tache blanche à ce point sur lequel les rayons sont déviés parle prisme.
Bandage compresseur. — La forme du bandage à employer, aussi bien que son mode d'application, est d'une grande importance pratique, et varie suivant l'effet qu'on désire obtenir. Si le bandage est appliqué seu-lement pour maintenir un pansement sur l'oeil, ou pour empêcher le mou-vement des paupières, ou pour garantir l'oeil contre les effets de la lumière ou du froid, il doit être très-simple, et le bandage de Liebreich remplit parfaitement ce but. MaisdeGraefe a démontré que le bandage et les compresses pouvaient avoir souvent une grande valeur thérapeutique : en particulier, ils peuvent arrêter ou limiter l'inflammation suppuralive de la cornée, qui se développe parfois chez les personnes âgées ou décrépites, après un coup ou une opéralion telle que l'extraction de la cataracte. En pareil cas, le bandage Liebreich ne peut pas suffire, il faut avoir recours au bandage à pression de de Graefe.
Le bandage de Liebreich est une bande de coton tricoté de douze pouces de long sur deux pouces et demi de large. A l'une des extrémités il y a deux cordons, l'un qui tourne derrière la tête, l'autre qui forme une croix avee le premier en passant sur le sommet de la tête. L'autre bout du-bandage a aussi un cordon qui doit être attaché, sur le côté delà tête opposé à l'oeil malade, au cordon qui tourne par derrière. Les prin-cipaux avantages de ce bandage sont d'être parfaitement solide, de rester dans sa position primitive sans faire de pli, et de pouvoir être défait pour changer le pansement, sans que le malade soit obligé de lever la tête de dessus l'oreiller. Si l'on trouve que la bande tricotée est trop lourde, on peut la remplacer par une bande de mousseline fine ou de tissu élas-tique. On doit appliquer le bandage sur le pansement suivant : On fait fermer doucement les yeux au malade, et l'on place un morceau de linge doux sur les paupières, de façon à recueillir tout ce qui s'écoule. On place ensuite par-dessus ce morceau de linge de petits coussinets de char-pie (1) ou d'ouate, particulièrement dans le creux qui existe à la partie extérieure du globe de l'oeil et derrière la partie supérieure de l'orbite, afin de remplir le vide et de placer le tout sur un niveau égal à celui du centre. La pression doit être uniforme, aussi grande sur une partie de l'oeil que sur l'autre, particulièrement sur le globe de l'oeil, autrement cela causeraitde la gêne et môme de la douleur. Les petits bourdonnels de charpie doivent être; placés de. façon que la paupière supérieure soit légèrement étendue en travers du globe de l'oeil dans une direction latérale, et que les paupières soient ainsi maintenues immobiles. Les deux points principaux de pression doivent être au canlhus interne et au can-thus externe, de sorte que le globe de l'oeil soit seulement pressé parla paupière supérieure doucement appuyée sur lui.
De Graefe (2) emploie trois formes différentes de bandages compres-sifs : 4 "le temporaire; 2° le compresseur régulier ; 3° le bandage à pres-sion.
'i° Le bandage temporaire consiste simplement en une bande de coton tricoté, ayant environ quinze pouces de long sur un pouce trois quarts de large, qu'on place sur l'oeil et qu'on maintient à l'aide de deux cordons. En pareil cas, je trouve le bandage de Liebreich grandement préférable ; mais, pour les formes suivantes, c'est différent, car, comme nous allons le voir, on peut régler le degré et le mode de pression avec une rectitude impos-sible à obtenir avec le bandage de Liebreich.
2° Le compresseur régulier est un bandage long de deux pieds sur un pouce et demi de large. Les deux tiers extérieurs sont de flanelle très-fine et très-souple, le tiers central de coton tricoté. Après avoir recouvert l'oeil de charpie ou d'ouate, comme nous l'avons indiqué plus haut, on ajuste le bandage de la manière suivante : Une extrémité s'applique sur le front, juste au-dessus de l'oeil malade, et passe de là au côté opposé du front et par-dessus l'oreille,jusqu'à la partie antérieure delà tête ; la por-tion de colon tricoté est alors amenée par-dessus l'oreille et portée en haut sur la compresse. Le bandage étant alors passé de nouveau à tra-vers le front, son extrémité est fortement épinglée. L'autre oeil peut
(1) A. f. O., IX, 2; voy. aussi dans R. L. 0. H. Rep., IV, 2.
(2) On appelle charpie, de la toile, défilée qu'on coupe en petits carrés et qu'or, défile ensuite. La charpie est ensuite remise en petits bourdonnels plus frais que la ouate. être fermé avec un petit emplâtre; s'il est nécessaire d'y placer aussi des compresses, on devra y appliquer un bandage séparé.
3° Le bandage à pression est un bandage fait aussi d'une flanelle fine et douce de la même longueur que le précédent et d'un pouce un quart de large; il est inventé pour obtenir l'immobilité complète de l'oeil et pour exercer sur cet organe une pression graduée considérable. Une des extrémités de ce bandage se place sur la joue environ à mi-chemin, entre la mâchoire et l'oreille du côté malade, puis on porte le bandage sur la compresse (sans la serrer trop) et on lui fait traverser le front et la tête en arrière ; après cela, il passe derrière l'oreille, et, dans un second tour en quelque sorte vertical, monte de nouveau sur la compresse et presse fortement sur elle. Le bandage passe alors comme la première fois à travers le front, à la partie antérieure delà tête, et repasse encore sur la compresse, mais cette fois sans la serrer.
Sangsue artificielle du docteur Eeurteloup.— Cet instrument est très-utile pour enlever du sang dans les maladies intra-oculaires situées pro-fondément, telles que les inflammations de la choroïde, de la rétine et du nerf optique,; car, afin de soulager la circulation intra oculaire, il est indis-pensable que la déplétion soit rapide, et l'on trouve que dans les inflamma-tions des tuniques profondes de l'oeil, la déplétion par les sangues est presque inutile, tandis que les effets de la sangsue artificielle sont très-considérables.
Cet instrument est composé d'un petit foret cylindrique tranchant et d'un tube aspiraloire de verre complété d'un piston imperméable à l'air. Le foret peut être placé de façon à faire l'incision de la profondeur voulue et est travaillé par un cordon qui, sous l'influence d'une traction, produit une évolution rapide du foret et une incision profonde de la peau. L'in-strument doit être appliqué à la tempe et les cheveux préalablement rasés sur ce point, car autrement ils pénétreraient entre la peau et le bord du tube, ce qui amènerait l'entrée de l'air. L'incision doit être assez profonde (la profondeur varie suivant l'épaisseur de la peau), afin que le sang puisse couler librement et vile. Le piston à air comprimé doit être ensuite appliqué sur l'incision, et à l'aide de quelques tours rapides la peau est en quelque sorte aspirée dans le tube. Le sang coule alors rapi-dement et la vis du piston peut être remuée suivant l'écoulement du jet, de sorte qu'il n'existe aucune lacune entre le tampon et la colonne de sang; la vis ne doit pas être remuée trop vite, car autrement on produi-rait une vive douleur. Le cylindre de verre (qui tient environ une once de sang) sera rempli en trois ou quatre minutes. Le tampon du cylindre sera trempé dans l'eau chaude avant l'opération, pour qu'il gonfle et s'adapte dans le tube. Le bord de ce dernier, qui est appliqué sur la peau, devra être graissé, afin d'être bien adhérent à la peau et d'empêcher llx INTRODUCTION.
l'entrée de l'air. : Avec un peu de pratique, on peut faire l'opération doucement, quoique efficacement, et sans causer au malade beaucoup de douleur; des fomentations chaudes seront appliquées ensuite de façon que l'écoulement du sang continue librement. Comme l'écoulement du sang près de l'oeil cause toujours un accroissement considérable dans le flux du sang aux parties voisines, le malade sera tenu dans une chambre obscure pendant les vingt-quatre heures suivantes, jusqu'à ce que la période de réaction, soit passée. La vue est d'abord un peu dimi-nuée et indistincte, mais au bout de trente ou trente-six heures les heu-reux effets de la déplétion se font généralement sentir.
Douche oculaire. — L'instrument le moins cher et le plus commode est un morceau de gomme élastique en forme de tube, de quatre pieds et demi de longueur environ. Ce tube porte à l'une de ses -extrémités une pomme, et à l'autre une sorte de conduit métallique recourbé qu'on suspend dans un vase plein d'eau. Le jet d'eau qui s'échappe à travers la pomme a environ de douze à quinze pouces de haut, et la force avec laquelle il tombe sur l'oeil peut être réglée en rapprochant ou en éloi-gnant le malade de l'appareil. Cette douche oculaire doit être préférée à celle qu'on applique sur l'oeil lui-même au moyen d'une tasse, car alors lé jet est trop fort, et souvent il augmente l'irritation au lieu de la calmer. Ce moyen doit être employé soir et matin, ou même plus sou-vent, si les yeux sont chauds et fatigués; la douche doit durer deux ou trois minutes; les paupières doivent être fermées et le jet doit tomber douce-ment sur elles.
, Le pulvérisateur d'eau de Mathieu (à Paris), ou l'instrument employé pour l'éther par le docteur Richardson, sont aussi très-commodes et très-itgréables.