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VI. — Tumeurs de Pirîs

Kystes de l'iris. — Cette affection est comparativement rare et pres-que toujours le résultat de quelque lésion de l'iris. Ainsi, on a rencontré des kystes à la suite de corps étrangers, de blessures ou d'incisions péné-trantes, de coups sur l'oeil, ou bien encore après l'opération de la cata-racte, et principalement dans le procédé par abaissement. Il est quelque-fois difficile de découvrir la cause exacte ou de savoir à coup sûr si quelque accident esl jamais arrivé à l'oeil; cependant un examen très-attentif peut quelquefois nous conduire à découvrir une légère opacité de la cornée, reste d'une opacité ancienne.

Les kystes apparaissent généralement sous la forme de petites vési-cules transparentes situées sur la surface de l'iris, d'où elles peuvent sortir au bout d'un petit pédicule. Leur contenu, au lieu d'être limpide et trans-parent, peut être opaque, ce qui donne au kyste l'apparence d'une petite perle. Von Graefe (1) rapporte un cas dans lequel le contenu était sébacé, mou et pulpeux, et il y avait aussi dans ce kyste un certain nombre de poils courts et épais. Un cas semblable a été décrit par M. White Cooper (2); mais, dans ce cas, le kysteétait dur ettendineux comme un cartilage, et il fut enlevé morceau par morceau avec une pince cannelée. La petite pro-duction paraissait êlre faite de cellules épithéliales réunies et serrées.

La présence du kyste peut ne produire aucun inconvénient ni aucun affaiblissement de la vue, à moins qu'il n'intervienne en formant une protubérance dans le champ de la pupille; mais, dans d'autres cas, il

(1) A.f. O., III, 2, 412. ■ -

(2) London Journal of Medicine, sept. 1852.

TUMEURS DE L IRIS. 177 produit, un degré d'irritation très-considérable accompagnée d'injection ciliaire, de photophobie, de larmoiement, etc., et peut même causer l'iritis. Dans un cas rapporté par M. Hulke (1), une inflammation sympathique de l'autre oeil se développa, et céda rapidement après Pexlraction du kyste.

Dans un mémoire intéressant sur les kystes de l'iris, M. Hulke dit : «En examinant tous les cas que j'ai pu rencontrer, je suis arrivé aux con-clusions suivantes : I. Les kystes en relation avec l'iris et se projetant dans la chambre antérieure peuvent avoir deux origines : 1° dans l'iris ; 2° en connexion avec l'apophyse ciliaire. Les premiers se trouvent entre la région uvéale et le stratum musculaire de l'iris, et se distinguent parles fibres musculaires qui tapissent leur cloison antérieure; les seconds se trouvent derrière l'iris, et ont devant eux la région uvéale aussi bien que le stratum musculaire. II. Les kystes sont des formations différentes il y a : 1° des kystes membraneux délicats, avec une couche épithéliale et un con-tenu clair et limpide ; 2° des kystes à cloisons épaisses, dont le contenu est plus épais et opaque (on ne peut pas encore affirmer d'une manière cer-taine que le genre 1 diffère génériquement des kystes du genre 2, mais c'est probable) ; 3° des kystes solides, formés de collections solides d'épi-thélium, tumeurs enkystées ou dermoïdes; h° des kystes produits par déliquescence myxomateuse.

Le tissu de l'iris qui recouvre la cloison antérieure du kyste devient bientôt si ténu et si tendu, que l'on voit parfaitement au travers le con-tenu liquide, el qu'il est souvent possible de voira travers jusqu'à la cloi-son postérieure.

Le meilleur mode de traitement est l'excision du kyste et du segment de l'iris auquel il est attaché. La ponction et la lacération sont presque toujours insuffisantes, parce que le kyste se remplit de nouveau très-rapi-dement. Cependant l'excision accompagnée d'iridectomie n'est pas tou-jours exempte de danger, comme on peut s'en convaincre par un cas soi-gné par de Graefe (2), qui fut suivi d'une cyclite purulente grave. Il est probable qu'une partie du kyste était restée, et était devenue, après l'opé-ration, une source de complications inflammatoires.

Cysticerque. ■— On parlera de cette affection dans le chapitre qui traite des modifications du contenu de la chambre antérieure.

Noevi. — Les naevi de l'iris sont presque toujours congénitaux et ont l'aspect de petites élevures noires, qui restent stationnaires et ne causent pas d'irritation.

Le télangiectasis, ou naevus de l'iris, est une affection extrêmement (1) R. L. O. H. Rep., XI, 12.

SOELEERG WELLS. 12 rare. Mooren(l) en rapporte un cas très-extraordinaire, dails lequel une tumeur noire, du volume et de l'aspect d'une mûre, était située sur là par-tie externe de l'iris, s'étendant un peu sur la pupille, quoiqu'elle ne cau-sât aucun affaiblissement de la vue. La tumeur, dont la surface antérieure touchait la cornée, était traversée par plusieurs vaisseaux sanguins dilatés, que l'on voyait surgir du fond sombre comme des lignes foUges, brillantes, ondulées, qui se perdaient de nouveau après un court espace. L'ophthal-moscope ne révélait pas le moindre changement dans le fond. Ce qu'il y avait de plus extraordinaire dans ce cas, c'est que, après que le malade avait secoué la têle et l'avait baissée en avant, la chambre antérieure se remplissait de sang légèrement coloré. La vue qui, quelques instants au-paravant, était excellente, était alors réduite et affaiblie au point de pou-voir à peine distinguer la lumière de l'obscurité. Après que le malade avait tenu de nouveau la tête tranquillement relevée pendant quelques secondes, l'hémorrhagie commençait de nouveau à disparaître, la partie supérieure de l'iris devenait visible et aussi la partie supérieure dé là pupille, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'hémorrhagie eût complètement disparu et que la vue eût regagné sa puissance normale, le tout ayant demandé une minute et demie environ. Chaque fois qu'on renouvelait l'expérience, le même résultat extraordinaire se produisait, el Moôreiine put jamais, malgré l'examen le plus minutieux et le plus soigneux, décou-vrir la cause de l'hémorrhagie. L'excision de la tumeur fut proposée ; mais le malade s'y refusa. Quatre ans plus tard, il se présenta lui-même de nouveau; mais l'oeil avait subi un changement considérable. L'hémor* rhagie avait complètement disparu depuis près d'une année, la tumeur s'était réduite au tiers de son volume originel et était devenue d'un gris sale, et, au lieu des vaisseaux dilatés, on voyait de nombreux dépôts dé pigment noir. La lention inlra-oculaire s'était accrue, la vue s'était affai-blie jusqu'à rendre difficile d'épeler les lettres du n° 16, et le champ de vision était contracté; il y avait une légère excavation du nerf optique; le malade se refusa de nouveau à l'iridectomie. Quelques mois plus tard, les changements glaucomateux ayant amené la perte complète de la vùè; le malade se soumit à l'iridectomie à cause d'une névralgie ciliaire très-douloureuse qui s'était développée. La petite tumeur rétrécié fut en-voyée au docteur Schweigger pour l'examiner ; mais Mooren p-eiisé que sans doute elle ne lui est jamais parvenue, car il ne lui en a pas accusé réception. L'aulre oeil fut subséquemment affecté d'irido-choroïdïte sym-pathique; cette affection céda à une iridectomie.

Cancer. — Le cancer de l'iris est toujours dû à une extension de la maladie des tuniques profondes de l'oeil; il est extrêmement rare comme (1) Ophlhalm. Beobachhmgen, 226,

ANOMALIES CONGÉNITALES DE L^RIS. 179 maladie primitive de l'iris, et a généralement un caractère mélanolique. Le,çançer apparaît sous la forme d'une pelite élevure d'un brun rouge foncé.ou d'un tubercule sur un point de l'iris, et a quelque chose de l'aspect d'un bouton syphilitique ou condylome. La tumeur peut rester stationnaire pendant longtemps, ou au contraire s'accroître rapidement comme volume, et faire saillie dans la chambre antérieure sous la forme d!une masse noirâtre ou d'un brun foncé, qui perfore, soit la cornée, soit la porlion antérieure de la sclérotique ; celle-ci devient slaphylomateuse sur ce points cède graduellement, etlaisse surgir la tumeur. Aussitôt qu'on a reconnu la véritable nature de la maladie, on ne doit pas perdre de temps pour enlever le globe de l'oeil. Il est plus sage de faire cette opéra-tion que d'enlever seulement la moitié de l'oeil, car une maladie semblable peut exister dans les tuniques profondes.

fil. — Anomalies congénitales de l'iris; . Viridérémie congénitale, pu absence de l'iris, est parfois héréditaire. J'ai vu un cas dans lequel les deux iris manquaient complètement dans les yeux du père, et cet état était accompagné d'opacité et de luxation partielle des lentilles cristallines. Chez le fils, enfant de quelques mois, il y avait une iridérémie totale dans les deux yeux; mais le reste paraissait normal. Quelquefois l'iris ne manque pas complètement, et l'on aperçoit à la périphérie une petite partie rudimentaire d'un volume variable. L'absence de l'iris est souvent accompagnée par l'opacité et le déplace-ment de la lentille, le nystagmus et le développement imparfait de la cor-née, qui souvent n'acquiert pas son volume normal. La puissance d'ac-commodalion peut aussi être affaiblie, mais ce fait n'est pas dû, comme on le croyait autrefois, à l'absence de l'iris, mais peut être causé par un arrêt de développement dans le corps ciliaire. Dans les cas où Piridéré-mie n'est pas accompagnée par d'autres affections, la vue peut être très-bonne, surtout si l'éclat de la lumière et les cercles de diffusion sur la rétine sont diminués par l'emploi des lunettes.

Colobome. — Cette affection, insuffisance partielle de l'iris, est presque toujours accompagnée par une fente dans la choroïde et le corps ciliaire, Elle est due à un arrêt de développement de l'iris, et peut varier beaucoup comme forme et comme volume. Le colobome est généralement situé à la partie inférieure, ou inférieure et intérieure de l'iris. Sa forme est ir-régulièrement triangulaire ou piriforme, la base du triangle étant tour-née vers la pupille et le sommet vers la périphérie. Le colobome de l'iris affecte généralement les deux yeux; quelquefois cependant il est limité à un seul ; c'est généralement le gauche. Cette affection est presque tou- J 80 MALADIES DÉ L'iRIS.

jours accompagnée d'autres anomalies congénitales de l'oeil, telles qu'une Vente des paupières, la cataracte congénitale, le microphthalmos, le ïrys-tagmus, la fente du voile du palais. La fissure de l'iris ne s'étend pas for-cément jusqu'à la périphérie, mais il peut exister, sur ce dernier point, une marge d'iris unissant les deux bords de la fente. En outre, le champ du colobome peut être fermé par une membrane rudimentaire, pigmentée et sombre, qui peut être une cause de méprise pour l'observateur superficiel (Seitz). Si la couche fibreuse de l'iris manque dans une plus grande étendue que la couche uvéale, le bord de la fente est frangé et a un bord noir dis-tinct. Dans le simple iridi-colobome l'acuité de la vision n'est générale-ment pas affectée. Il peut en être cependant autrement, si l'affection s'ac-' compagne d'une fente considérable de la choroïde et du corps ciliaire.

Parmi les autres anomalies congénitales de l'iris, on doit appeler l'attention sur la position excentrique de la pupille et sur ces cas dans lesquels il y a plus d'une pupille. Le déplacement excentrique de la pu-pille peut être quelquefois si léger qu'il est à peine visible ; mais d'autre fois il est assez bien marqué pour qu'il reste seulement un petit rebord de l'iris sur le côté vers lequel la pupille est déplacée. Quelquefois les deux veux sont atteints, et alors le déplacement de la pupille peut êlre symétri-que. J'ai maintenant, à l'hôpital ophthalmoscopique de Londres, deux cas très-intéressants de corectopie chez les deux soeurs. Dans chacun des yeux la pupille est déplacée, la lentille disloquée, et ces deux anomalies sont congénitales. Les parents avaient les yeux à l'état normal.

Dans les cas de polycarie, une seconde pupille peut exister à peu de distance de la pupille originelle dont elle est séparée par une bande plus ou moins considérable d'iris. La seconde pupille est en réalité un colo-bome (annulaire) partiel de l'iris. Dans d'autres cas, il existe plusieurs petites pupilles auprès de la pupille normale ; ces petites pupilles sont séparées les unes des autres par de petites trabécules d'iris, et cet état est évidemment lié à l'existence d'une membrane pupillaire persistante. Le fait d'avoir deux ou plusieurs pupilles ne produit généralement aucun affaiblissement de la vue; quelquefois il donne lieu à de la diplopie ou de la polyopie monoculaire.

Persistance de la membrane pupillaire. — Cette affection rare est ca-ractérisée par la présence d'une ou plusieurs bandes fîbrillaires délicates, qui se développent dans le cercle le plus large de l'iris, passent par des-sus le cercle dans la pupille qu'elles peuvent traverser pour aller s'in-sérer sur l'autre côté dans le cercle le plus large de l'iris, ou, changeant de direction, elles peuvent passer au-dessus dans une membrane mince, pigmentée, circonscrite, située dans le champ de la pupille et attachée peut-être à la capsule de la lentille. Ces grandes trabécules sont souvent réunies l'une avec l'autre par de nombreuses fibrilles délicates entrecroisées (I). Weber (2) a décrit un cas très-intéressant dans lequel les fibres formaient une série d'arcades, les fibrilles étaient très-minces et très-délicates; il y en avait de dix-huit à vingt, et elles étaient réunies par des entrecroisements fibrillaires minces et nombreux. Ils émergeaient du plus grand cercle de l'iris, passaient droit sur le plus petit cercle au centre de la pupille, qui était occupée par une pièce membraneuse, pig-mentée, circonscrite, attachée à la capsule de la lentille. Dans cette mem-brane, les fibrilles étaient insérées. La partie libre de la capsule, aussi bien que le Lbord de la pupille, était libre de dépôt ou d'adhésion, et la pupille agissait parfaitement sous l'influence de la lumière. Il paraît pro-bable que ces restes de membrane pupillaire se rencontrent plus fré-quemment chez les jeunes enfants, et qu'ils disparaissent avec l'âge. Leur vraie nature est quelquefois méconnue, quand on les prend pour de sim-ples adhésions entre la pupille et la capsule de la lentille.

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