‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 37 sur 149 · INFLAMMATION DU CORPS CILIAIRE (CYCLITE), ETC · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DU CORPS CILIAIRE (CYCLITE), ETC

La congestion et l'hypérémie du corps ciliaire, que l'on rencontre dans les cas d'iritis accompagnée de synéchie postérieure étendue, donnent bientôt lieu à de la cyclite, l'inflammation ne s'étendant que trop fré-quemment à la choroïde. L'inverse peut se produire : l'inflammation peut commencer dans la choroïde, et s'étendre de là au corps ciliaire et peut-être à l'iris. La cyclite idiopathique peut aussi se développer surtout après des lésions de la région ciliaire, telles que des contusions, des plaies incisées ou ponctuées, la présence d'un corps étranger. La cyclite se reconnaît, en pareil cas, par l'aspect très-marqué d'injection subcon-jonctivale, par une douleur aiguë et souvent intense ; quand on appuie sur la région ciliaire, une névralgie ciliaire considérable et l'aspect de l'hypopyon. On distingue deux formes principales de cyclite : la forme séreuse et la forme purulente.

Cyclite séreuse. — Cette affection se développe souvent dans le cours de l'iritis séreuse, surtout si cette dernière maladie est grave et a été soi-gnée négligemment ou mal à propos, avec des collyres astringents ou caustiques. La coexistence de la cyclite séreuse peut être soupçonnée, s'il y a, en même temps que les symptômes de l'iritis séreuse, une douleur marquée, produite par la pression dans la région ciliaire. Cette sensibilité se rencontre fréquemment à la partie supérieure ou à la partie interne de la région ciliaire. Si la tension du globe de l'oeil est accrue, que la pupille soit dilatée et la chambre antérieure étroite, si le corps vitré devient nuageux et diffus avec de grandes opacités fixes flottantes, suspen-dues, les veines de l'iris dilatées et tortueuses : ces symptômes indiquent la présence de la cyclite séreuse. Il y a en même temps une détérioration rapide et marquée de la vue, qui est due en partie à l'opacité de l'hu-meur vitrée, et en partie à l'accroissement de la tension de l'oeil, qui produit la compression de la rétine. L'accommodation et le champ;â&: ; vision sont aussi plus ou moins affectés. Le développement de la cyclite,; dans les cas d'iritis séreuse, doit toujours être regardé avec crainte^ et l'état de la vue du champ de vision et de la tension de l'oeil doit être surveillé avec beaucoup de soin : car si les symptômes ne cèdent pas âu.x remèdes ordinaires, mais au contraire semblent s'accroître, on ne doit pas perdre de temps et pratiquer l'iridectomie. Le danger est encore plus grand dans la cyclite purulente, qui est caractérisée par les symptômes suivants : injection subconjonctivale très-marquée, suivie de névralgie . ciliaire, de photophobie et de larmoiement; changement de couleur de ; l'iris, et s'il y a une iritis considérable, grande altération de l'iris; dilatation des veines de l'iris, ce dernier symptôme est pathognomo-nique et dû à la cause suivante : sous l'influence des changements inflammatoires du corps ciliaire, le flux veineux de l'iris est plus ou moins gêné, et le sang ne coule pas facilement des petits vaisseaux de l'iris qui, par conséquent, s'engorgent et se dilatent. La région du corps ciliaire est très-sensible au toucher, quelquefois la douleur que l'on produit est tellement aiguë, que le malade frémit d'appréhension. Le pus apparaît bientôt dans la chambre antérieure, et tombe au fond sous la forme d'un hypopyon plus ou moins étendu. On doit se rappeler que \ l'hypopyon peut êlre dû à une exsudation purulente du corps ciliaire : car, sur le bord de la chambre antérieure, le corps ciliaire est seulement séparé par la division délicate de la membrane de Descemet, à travers laquelle le pus peut passer facilement dans la chambre antérieure, et là se précipiter sous la forme d'un hypopyon. Si nous pouvons, par conséquent, exclure l'origine de ce dernier de la cornée et de l'iris, nous pourrons être certains, même, en dehors de tout autre symptôme, qu'il y a de la cyclite. Le bord de la pupille est souvent adhérent, et son champ bloqué par un bourrelet épais de lymphe, et l'on ne voit que trop souvent de l'ex-sudation purulente réunie derrière l'iris, et peut-être aussi dans l'hu-meur vitrée.

La cyclite purulente se développe souvent après des lésions du corps ciliaire, des opérations de la cataracte, et comme l'ophthalmie sympathir '.[ que, c'est la forme sous laquelle elle apparaît le plus souvent.

Au début, l'application constante de fomentations chaudes de pavot produit un grand soulagement de la névralgie ciliaire, et une diminution dans la sensibilité delà région ciliaire. Si cet effet ne se produit pas, et s'il y a de l'hypérémie et de la congestion des vaisseaux subconjonctifs et aussi des vaisseaux de l'iris, on appliquera des sangsues,,et quand elles / auront saigné abondamment, on emploiera une forte solution d'atropine, afin de produire au plus tôt la dilatation de la pupille; s'il y a beaucoup de douleur nocturne, ou que le malade ne puisse pas reposer, on em«

INFLAMMATION DU CORPS CILIAIRE. 219 ploiera une injection sous-cutanée de morphine. Quand il y a une exsuda-tion considérable de lymphe dans la chambre antérieure, ou dans l'humeur vitrée, on établira la salivation aussi rapidement que possible par l'emploi de l'onguent mercuriel. On doit avouer cependant qu'il est souvent impos-sible d'arrêter les progrès de la maladie, et d'empêcher que l'oeil ne se perde par une irido-cyclite suppurative, se terminant par l'atrophie du globe de l'oeil.

Une iridectomie très-étendue, si elle est, pratiquée à une période peu avancée de la maladie, exerce souvent une influence très-heureuse. A une période plus avancée, celle opération est très-souvent suivie par un retour d'inflammation grave et par une nouvelle, poussée de pus qui obstrue complètement la pupille artificielle.

Lésions qui impliquent la région ciliaire. — Ces lésions sont dange-reuses, non-seulement à cause des complications inflammatoires auxquelles elles peuvent donner lieu dans l'oeil malade, mais aussi à cause de l'ophthal-mie sympathique qu'elles peuvent exciter. De simples plaies incisées de la sclérotique, et près du bord de la cornée, si elles ne sont pas très-éten-dues, qu'elles n'aient pas pénétré lrèsLprofondérnent, qu'elles ne causent, de lésions graves ni au corps ciliaire ni à la lentille, se réuniront rapidement à l'aide d'une fine suture. De pareilles plaies peuvent être produites par des fragments de verre ou d'acier, ou par une coupure nette d'un petit instrument tranchant. Dans le premier cas, un examen minutieux doit être fait, car le corps étranger peut être tombé après avoir blessé la scléro-tique, peut être entré dans le globe de l'oeil, où être resté dans les lèvres de la plaie, d'où l'on pourrait facilement l'enlever. On voit une sorte de perle d'humeur vitrée, qui s'avance entre les lèvres de la petite plaie, et dont le suintement constant diminue beaucoup la tension intra-oculaire, l'oeil étant généralement très-mou. Mais tandis que la tension de l'humeur vitrée est diminuée, celle de la chambre antérieure peut être augmentée ; car l'iris étant scarifié en arrière, la profondeur de la chambre antérieure est accrue et occupée par le sérum jaunâtre. Cet état produit une déco-loration verdâtre toute particulière et très-marquée de l'iris, qui est sen-sible, surtout si la teinte normale de l'iris est bleue ou gris bleuâtre. En pareil cas, le traitement le meilleur consiste à réunir les lèvres de la pelite plaie sclérale à l'aide d'une suture fine. On réussit très-bien à le faire en attachant une aiguille recourbée à chaque extrémité d'une soie très-fine, et en passant une des aiguilles à travers un bord de dedans en dehors, et l'autre aiguille à travers le bord opposé aussi de dedans en dehors. On évite ainsi le danger de blesser le corps ciliaire ou la lentille par un mouvement soudain qui pourrait porter dans l'oeil la pointe de l'aiguille. La suture produit en général peu ou point d'inflammation, et l'on peut la laisser huit ou dix jours, jusqu'à ce que la plaie soit fermement unie. Aussitôt que l'écoulement de l'humeur vitrée est arrêté, la tension jûtra-oculaire s'accroît, et au bout d'un ou deux jours elle atteint en général son point normal. Si la profondeur de la chambre antérieure est considé-rablement accrue par l'accumulation du sérum, on peut faire une iridec^ tomie pour rétablir la communication entre les chambres antérieure et postérieure.

La description des tumeurs qui se rencontrent dans la région ciliaire se trouve dans la partie qui traite des tumeurs de la choroïde.

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