I.— Inflammation de l'humeur vitrée. — Hyalite
On pensait autrefois que l'humeur vitrée ne pouvait pas subir l'inflam-mation parce qu'il n'y a ni nerf, ni vaisseau sanguin dans sa structure. Cependant, grâce aux recherches de Virchow et de Weber, il a été-mis hors de doute que l'humeur vitrée peut s'enflammer. Quoique ces chan-gements inflammatoires accompagnent ou suivent généralement les inflammations des tuniques profondes du globe de l'oeil, par exemple de la rétine ou de la choroïde, cependant l'inflammation idiopathique de l'humeur vitrée peut exister sans qu'il soit possible de montrer que des autres tissus du globe de l'oeil y participent le moins du monde.
Ces changements inflammatoires consistent surtout dans une proliféra^tion ou une hyperplasie des cellules de l'humeur vitrée qui devient opaque, granuleuse, et subit parfois la dégénérescence graisseuse. Quelquefois il y a un développement considérable des éléments du tissu connectif, ou bien il peut y avoir une grande tendance à la suppuration et il peut se former de grandes quantités de cellules de pus.
Les progrès de l'hyalite sont mieux étudiés en. surveillant les change» ments qui se produisent quand un corps étranger tel qu'un petit morceau de capsule d'acier ou bien encore de lentille disloquée, sont logés dans l'humeur vitrée. Si les milieux réfringents sont suffisamment clairs pour permettre l'examen ophthalmoscopique, nous voyons que, aussitôt après l'accident, l'humeur vitrée perd sa transparence dans le voisinage du corps étranger et devient trouble, grâce à la prolifération des cellules vitreuses-et à l'accroissement de leur nucléole et de leur contenu moléculaire. Le corps étranger paraît être enveloppé dans un nuage léger ou vapeur d'une teinte bleuâtre dont l'apparence devient plus dense et plus ferme, s'il se développe beaucoup de tissu connectif, et qui devient jaune et cré^meux s'il y a de la suppuration. Le'trajet du corps étranger est souvent visible ; il apparaît sous la forme d'une opacité mince d'un gris blan-
INFLAMMATION DE L'HUMEUR VITRÉE. 331 châtre, semblable à un fil qui court vers le corps étranger. On voit quel-quefois ces changements inflammatoires de l'humeur vitrée être la con-séquence du séjour d'un corps étranger et être pourtant idiopathiques, aucune trace d'inflammation des autres structures n'étant visible ni extérieurement, ni avec l'ophtlialmoscope. Généralement cependant, cela ne se passe pas ainsi ; il survient des symptômes d'irido-choroïdite ou d'irido-cyclite et l'oeil n'est que trop souvent perdu par suppuration.
La forme la plus simple d'hyalite (non suppurative) peut être, soit aiguë, soit chronique, et l'opacité du corps vitré diffuse ou circonscrite. ATexamen par l'ophthalmoscope, on peut trouver toute l'humeur vitrée confuse et trouble, ce qui rend les détails du fond complètement invi-sibles ou très-indistincts, de sorte qu'ils apparaissent comme couverts par un voile mince et gris ou tunique. Dans cette opacité diffuse, on voit de petites taies noires comme des fils d'un volume et d'une forme .variés qui sont fixes ou qui flottent quand l'oeil fait de vifs mouvements. Des formations néoplastiques de tissu connectif se rencontrent souvent à la partie antérieure de l'humeur vitrée, près du pôle postérieur de la lentille. Elles donnent lieu à une opacité plus ou moins étendue que l'on appelle quelquefois cataracte postérieure polaire. Mais le tissu connectif se forme aussi dans d'autres parties de l'humeur vitrée, souvent en quan-tité très-considérable, et donne lieu à des opacités filamenteuses et mem-braneuses qui traversent le corps vitré dans des directions différentes, et peuvent arriver même à le diviser en compartiments fibrillaires. La vraie substance cellulaire gélatineuse de l'humeur vitrée disparaît en proportion du développement du tissu connectif et devient généralement fluide. En pareil cas, on trouve souvent la rétine détachée et l'humeur vitrée ridée dans un très-petit espace et formée surtout d'un tissu con-nectif d'une structure presque tendineuse, séparé par des lobules, con-tenant des cellules qui ont subi des changements variés et même souvent des molécules de pigment.
Quoique l'hyalite simple se développe quelquefois idiopathiquement, cette maladie est plus généralement la suite d'une inflammation de la rétine, de la choroïde ou du corps ciliaire.
Ce que nous venons de dire est encore plus vrai dans la forme suppu-rative qui n'est que rarement idiopathique et très-souvent associée avec rirido-cyclite ou l'irido-choroïdite purulente, ou qui survient après des opérations de cataracte, des lésions, etc. Comme la cornée n'est que trop souvent opaque et la pupille oblitérée par de la lymphe, il est souvent im-possible de suivre le cours delà maladie avec l'ophthalmoscope. Si cepen-dant cela est possible, on trouve que la partie antérieure de l'humeur vitrée près de la lentille donne un reflet jaune crémeux, appréciable par l'éclairage oblique. Cet état est nommé hypopyon postérieur et est dû au pus qui se trouve dans la partie antérieure du corps vitré et qui f eut venir du corps ciliaire ou du segment antérieur de la choroïde s'étant fait jour à travers la rétine. En pareil cas, les autres portions du-corps vitré peuvent être relativement ou même absolument saines. Dans d'à» 1res occasions, la suppuration a lieu aux parties latérales ou postérieures de l'humeur vitrée et peut y être limitée; mais elle peut aussi devenir générale et envahir toute l'humeur vitrée. L'ophthalmie est généralethênt la conséquence de cet état, et le globe s'atrophie avec ou sans perfora-tion précédente de la cornée ou de la sclérotique. ; ^
Le pronostic de l'inflammation de l'humeur vitrée dépend surtout de la cause et aussi du degré de propagation dans les tissus profonds de l'oeil: Je dois renvoyer le lecteur, aussi bien pour des considérations sur ce point que pour les questions de traitement, aux maladies de la choroïde, et de la rétine. Pour le traitement, je puis cependant dire que dans.les cas aigus d'hyaloïdile diffuse, on se trouve souvent très-bien de provo-quer la salivation et d'appliquer périodiquement la sangsue artificielle à la tempe.