XII. — Hypereslliésie de la rétine
Avant la découverte de i'ophthalmoscope, cette affection était généra-lement prise à tort pour de l'inflammation de la rétine, et l'on rencontré encore cette erreur dans quelques-uns des livres qui traitent des maladieé des yeux. Une pareille méprise est grave, car elle conduit à un traite-ment très-mal approprié des cas d'hyperesthésie de la rétine, ainsi leè antiphlogistiques, la saignée, la salivation, etc., remèdes capables d'ac«croître la durée et la gravité des symptômes. r
L'hyperesthésie de la rétine se développe généralemenl chez lesper^ sonnes jeunes, surtout chez les femmes d'un tempérament nerveux, irri-table, hystérique et d'une santé générale faible et délicate. Cette maladie est due quelquefois à un accident, tel qu'un choc ou un coup sur l'oeil, et à l'exposition à une lumière Irès-brillante, telle que celle d'un éclair, ou à l'usage prolongé des yeux sous une lumière artificielle très-forte. Elle peut aussi se développer sans aucune cause apparente, excepté quelques dérangements dans la santé générale et particulièrement dans les fonc-tions utérines.
En examinant l'oeil, on trouve qu'il y a là une photophobie très-
HYPERESTHÉSIE DE LA RÉTINE. 387 Intense mêlée de larmoiement et accompagnée d'un tressaillement spas-modique des paupières ou même d'un spasme aigu du muscle orbiculaire. !hy:a souvent beaucoup de névralgie ciliaire, la douleur s'irradiant à la façèetau côté correspondant de la tête. La rétine est extrêmement irri-table et le malade est très-troublé par des photopsies, telles que des cercles brillants, des étoiles éblouissantes, etc., devant les yeux. Ces pho-topsies peuvent être spontanées ou se produire facilement sous l'influence d'une légère pression exercée sur le globe de l'oeil. En outre, la rétine conserve des impressions pendant un temps anormalement long ; en sorte que, si l'on regarde un objet, on en conserve l'image pendant un temps très-appréciable. L'oeil lui-même est presque normal, le milieu réfringent est clair, le fond parfaitement sain. La vue est peu ou point altérée et toujours très-fortement améliorée quand on diminue l'éclat de la lumière à l'aide de verres bleus. Avec ces verres, le malade peut lire l'impression la plus fine. Mais tandis que la vision centrale est parfaite, la portion pé-riphérique de la rétine est anesthésiée, de sorte que le champ de vision, ainsi que Ta fait remarquer de Graefe, est contracté d'une façon concen-trique. Ce fait peut être facilement mis de côté par un observateur super-ficiel qui prend ce phénomène pour un commencement d'amaurose. Les phosphènes (1) sont cependant très-marqués dans la partie de la rétine qui est anesthésiée, et sont très-facilement produits par une légère pres-sion sur le globe de l'oeil.
La photophobie est souvent très-grave, le malade pouvant à peine fixer la lumière ; d'autres fois ce symptôme se produit dès qu'il essaye de se servir de son oeil pour lire, etc. Il est toujours très-soulagé par l'emploi des lunettes bleues. Mooren (2) rapporte un cas très-extraordinaire d'hy-peresthésie dans lequel la sensibilité de la rétine était tellement accrue que le malade pouvaitlire dans l'obscurité une grosse impression dont, avec un oeil'normal, on ne pouvait même pas distinguer les lettres. Celait en réalité un vrai cas de nyctalopie.Tous ces symptômes s'étaient développés dans un temps très-court. Le traitement doit consister surtout à relever la santé générale, à encourager le malade et à diminuer l'excitabilité de la rétine. Si laphotophobie est considérable, il peul être nécessaire de tenir le malade dans une obscurité complète pendant six ou huit jours et de l'ha-bituer ensuite graduellement à une plus grande quantité de lumière (de Graefe). A l'air libre, il devra porter des lunettes bleues. A l'intérieur, on administrera des toniques et surtout des préparations de zinc ou de fer, suivant les indications spéciales des cas individuels. Le zinc, soit comme lac-tâte, soit comme valériate, sera donné pardoses croissantes en commençant
(1) Les cercles lumineux apparaissent quand le globe de l'oeil est pressé fortement.
(2) Ophthalmatrische Beobachtungen, 271. par 3 ou 5 centigrammes par jour, et en augmentant la dose jusqu'àpet 25 centigrammes. Plus tard le fer et le quinine seront très-utiles. On doit prendre bien soin de ne pas affaiblir le malade par des saignées, quoique la sangsue artificielle puisse être employée quelquefois utilement. On doit s'en servir avec un soin extrême, car autrement elle pourrait augmenter la gravité des symptômes et retarder la guérison. Je préfère les scarifica-tions sèches à la tempe ou derrière le cou. Si le moral du malade estlrès^ affecté, on doit tout tenter pour l'encourager, pour le relever et pour le faire croire à une guérison rapide.