‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 74 sur 149 · II. — Atrophie du ncj't optique · texte numérisé non relu

II. — Atrophie du ncj't optique

'■'■' '" (PI. VI, fig. 11 et 12.) . Je me renfermerai dans la description des symptômes variés fournis à l'ophthalmoscope par les différentes formes d'atrophie du nerf optique, et .;, (i) Si un thrombus dans l'artère centrale de la rétine a causé de l'ischémie de la rétine, les '■artères de celle-ci seront aussi très-petites, mais même une pression considérable exercée sur l'oeil avec le doigt ne réussira pas à produire la pulsation artérielle ou à vider les artères. A ce sujet, de Graefe dit ailleurs : « Si, réuni à un fluide veineux libre, il y a un thrombosis dans la je réserverai l'examen des causes, du pronostic et du cours de la maladie™ usqu'au moment où nous traiterons de Tamblyopie et des affections; amaurotiques de l'oeil. b

Quelques observateurs pensent que les changements atrophiques du nerf optique sont les avant-coureurs d'un état hypérémique bien marqua de la papille. Il faut cependant avoir bien soin de ne pas confondre des particularités physiologiques dans la couleur du disque avec des symptôj mes, et ne pas les prendre pour un apport pathologique. Ainsi, comme on l'a déjà dit, le côté nasal du disque est souvent beaucoup plus rouge que le côté extérieur, son bord étant légèrement indistinct et ayant cependant encore un aspect physiologique. Dans Tamblyopie qui dépend d'irrégula?rités dans la circulation cérébrale, on voit souvent Thypérémie de la pa^ pille, comme aussi après un effort prolongé d'accommodation. Mais je ne pense pas qu'en règle générale on rencontre cet état comme un symptôme prémonitoire de l'atrophie primitive et progressive du nerf optique.; La nature anatomique la plus intime de l'atrophie simple et progressive du nerf optique est encore très-douteuse. Quelques observateurs pensent qu'i} existe une première période d'irritation dans le tissu cellulaire interstitiel qui conduit secondairement à la disparition des éléments nerveux con-ductifs. En faveur de cette opinion, on peut placer les symptômes qui se rencontrent dans le cours de la maladie, mal de tête, absences, etc. Mais ni dans l'amaurose, ni dans le tube dorsal, on ne voit l'inflammation du tissu cellulaire des nerfs dans le sens ordinaire du mot(l). -; -

Les symptômes ophthalmoscopiques qui caractérisent particulièrement l'atrophie du nerf optique sont une décoloration blanche ou blancs-bleuâtre de la papille, une diminution dans le calibre et dans le nombre des petits vaisseaux sanguins nutritifs sur toute l'étendue du disque. L'at-ténuation des vaisseaux de la rétine, surtout des artères, est souvent une excavation particulière du nerf optique.

Dans l'atrophie du nerf optique (surtout dans les formes que l'on ren-contre dans l'amaurose cérébrale ou cérébro-spinale), la papille ne pré-sente pas la teinte gris-rose normale, mais elle apparaît pâle et blanche. Quelquefois celle pâleur est assez considérable pour que le disque appa-raisse comme un morceau de papier blanc mou, mais il a souvent un reflet blanc-bleu ou verdàlre, qui cède à un lustre particulier. Dans le premier cas, le plan du disque est de niveau et la couleur blanche est due région de la lame criblée ou en arrière, on doit s'attendre à trouver les artères rétinales libres. Mais si le flux veineux a été empêché par l'enflure des tissus, soit simultanément, soit à une date antérieure, les artères peuvent rester pleines en partie, mais la pression sur le globe de l'oeil ne produira pas le phénomène ordinaire à cause de l'arrêt du reflux du sang [A. f< 0ïj XII, 2, 134, note). ,.::

(1) Voyez le rapport sur l'amaurose par de Graefe {Kl. Monalsbl., 1865, p. 157). :.■:

ATROPHIE DU NERF OPTIQUE. Ù09 iëâtrôphie du tissu nerveux et à l'hypertrophie et à Tépaississement du tissu 1 connectif du nerf. Le reflet blanc-bleuâtre est dû d'une part aux changements qui s'opèrent dans les tubules nerveux entre les mailles de M; lame criblée, ce qui rend les détails particulièrement distincts. En pareilcas il y a toujours une excavation du nerf. Très-souvent ces deux Conditions coexistent, de sorte qu'on a une excavation peu profonde avec lés 1 détails de la lame criblée exposés en partie, et couverts d'un autre eôtépar une couche épaisse de tissu connectif (Graefe). £■ Outre sa couleur pâle et décolorée, le disque perd aussi sa trans-parence et la clarté particulière de sa teinte, de sorte que les vaisseaux de la.rétine ne peuvent pas être suivis distinctement quand ils passent dans la substance de la papille. Quoique le contour du disque puisse être d'une forme irrégulière, il est très-bien limité et très-clairement, et l'an-neau de la choroïde paraît étonnamment distinct. Le volume de la papille peut aussi être un peu diminué, mais il ne faut pas attacher beaucoup d'importance à ce symptôme qui est dû souvent à des causes qui tiennent a la réfraction de l'oeil. La teinte bleue ou vert-bleuâtre se rencontre souvent dans les cas d'amaurose spinale, et quelques auteurs la regardent "comme pathognomonîque (1).

:- Les vaisseaux de la rétine sont généralement diminués comme volume, et souvent dans une proportion considérable. Les petits vaisseaux san-guins du disque sont atténués et même ont disparu, ce qui tend encore à rendre la papille plus pâle. Les artères de la rétine sont souvent assez étroites pour ressembler à de petits fils que Ton peut à peine suivre sur là-rétine à une petite distance du disque, mais leur tronc principal se Reconnaît facilement sur la papille. Les veines de la rétine sont aussi •diminuées dans leur calibre, mais moins que les artères. Nous rencon-trons cependant quelquefois des cas d'amaurose chronique complète avec des symptômes bien marqués d'atrophie du nerf dans lesquels les princi-paux vaisseaux de la rétine conservent leur diamètre normal. L'atténua-tion des vaisseaux est beaucoup plus marquée dans les cas d'atrophie consécutive de la rétinite ou de la choroïdo-rétinite. Ï tandis que les symptômes ci-dessus se présentent dans l'atrophie pro-- /" flj'Mauthner appelle l'attention sur une décoloration bleue ou d'un vert bleuâtre de la papille, qui fut d'abord décrite par Ceiger. Mais il ne considère pas cette coloration comme pâthognomonique dans l'atrophie du nerf, à moins que d'autres symptômes, tels que la dimi-nution des vaisseaux de la rétine, ne soient aussi présents. Quand il n'en est pas ainsi, il considère %:pronostic comme plein d'espoir quant à l'état de la vue, car l'état de la vue peut non-seule-ment rester stationnaire, mais même subir une merveilleuse amélioration. Il fait remarquer, en outre, que ces changements de couleur du disque se voient mieux par l'examen direct et avec une lumière faible qu'avec les ophthalmoscope» de Helmholtz et de Jaeger (Lehrbuch der Ophthalmo-scopie, p. 294). Ù1Q MALADIES DU NERF OPTIQUE.

gressive du nerf optique, la forme d'atrophie consécutive de Ta névMte optique reste pendant longtemps avec des aspects caractéristiques qui nous permettent généralement de la distinguer de l'autre forme et aussi de celle qui suit la rétinite pigmentaire. A la fin cependant, ces caraç* tères distinctifs s'effacent, et l'on trouve l'aspect d'une atrophie cérébrale progressive. Dans la première période on la distingue facilement^ parce que la papille reste un peu enflée et qu'elle a un aspect opaque légère ment trouble et d'un blanc grisâtre. Son contour n'est pas bien limité, mais indistinct, il passe graduellement et presque insensiblement dans la rétine, légèrement nuageuse, de sorte que le disque paraît entouré d'une légère auréole. Les veines de la rétine sont aussi quelquefois dilatées, voilées et tortueuses. Quelquefois on peut suivre distinctement les ehaip-gements qui s'opèrent dans une partie de la papille, tandis que l'autre partie conserve encore les caractères particuliers de la névrite. Ces aspects sont très-bien reproduits dans l'atlas de Liebreich (PI. XI, fig. 8 et 9).

Je dois rappeler ici que M. Wordsworth, M. Hutchinson et quelques autres observateurs pensent qu'il y a une forme particulière et caracté-ristique d'atrophie du nerf optique dans l'amaurose causée par l'usage du tabac.

M. Hutchinson, dans un mémoire sur l'amaurose causée par le tabac, à la « Roy. Med. Chir. Society » (1), dit : « Les.cas dont je veux parler dans ce Mémoire se reconnaissent par la perte de la vascularité du nerf optique lui-même. En général, il n'y a pas beaucoup de diminution du volume des vaisseaux qui nourrissent la rétine, et souvent ils conservent encore un volume suffisant alors que le nerf lui-même est déjà aussi blanc que du papier. La première période (qui est souvent transitoire et peut être souvent inaperçue) est une période de congestion pendant laquelle le disque paraît très-rouge, la pâleur de la moitié externe du disque ner-veux étant alors la partie qui se rapproche de la tache jaune. Pendant ces périodes, le malade se plaint un peu de la confusion de la vue ; chaque chose apparaît pour lui comme dans un brouillard, mais il n'éprouve aucune douleur et n'a ni photophobie ni photopsie. A une période plus-avancée, tout le disque optique devient pâle et d'un blanc bleuâtre comme-du lait, et un peu plus tard encore on a la preuve, non-seulement de-l'anémie du nerf, mais d'une atrophie avancée. Ces périodes durent, généralement de quatre mois à un an. Dans plusieurs cas le malade finit, par devenir tout à fait aveugle ; mais dans d'autres cas la maladie, arrivée à un certain degré, s'arrête. Il n'y a du début à la fin aucune preuve d'affection des structures du globe de l'oeil, excepté du nerf optique, et

(1) Transactions of tl\s Roy. Med, Chir. Society, 1867, p. 411. ;. ,

EXCAVATION DU NERF OPTIQUE. l\lt Même après des années de cécité absolue, la rétine, la choroïde, etc., testent saines et leur nourriture sanguine suffisante. Les deux yeux sont Sprësque toujours atteints et les progrès de l'affection paraissent presque ■■'paripassu. Du manque de sommeil, des étourdissements, un peu de mal •dé tête, tels sont en général les symptômes constitutionnels qui accom-pagnent cette affection. Ces symptômes disparaissent à une période plus avancée et le malade reprend sa santé habituelle. Comme il n'y a aucune tendance aux complications graves, on n'a presque jamais l'occasion l'examiner à l'autopsie le cerveau dans des cas semblables. » . Dans les cas d'hémyopie latérale, il est très-rare aussi que l'on ren-contre une atrophie partielle de l'excavation du disque ; cependant cela peut se présenter, et dans ce cas l'atrophie correspond à celle moitié du nerf optique qui est supportée par les fibres du nerf optique malade. Mais il s'écoule un temps considérable avant que les symptômes d'une pareille atrophie se montrent, et, en réalité, l'hémyopie peut exister pendant très-longtemps sans qu'on puisse reconnaître la moindre trace d'atrophie.

IIS. — Excavatiom «lu nerf optique.

Il y a trois formes d'excavation du nerf optique : 1° l'excavation phy-siologique congénitale ; 2° l'excavation par atrophie du nerf optique ; 3° l'excavation par la pression ou excavation glaucomateuse.

Dans l'excavation physiologique congénitale, on trouve que l'excavation -est généralement limitée à la partie centrale du disque optique; qu'elle est surtout très-petite, assez sombre et peut continuer toute la vie sans /Subir de grands changements. Dans certains cas l'excavation n'est pas située au centre du disque, mais un peu à la partie externe (côté tempo-ral); quelquefois elle est bien marquée et facile à reconnaître, la partie : centrale du disque ayant un aspect blanc, brillant particulier, de volume et de forme variés. Ce point central brillant peut être ovale, circulaire ou d'un volume longitudinal; il est en général peu considérable si on le ■compare avec celui du disque, et environné par une zone rougeâtre qui • peut être presque de la même couleur que le fond de l'oeil. L'étendue de séette zone varie avec l'étendue de l'excavation : si celle-ci est grande, la îzone sera étroite et limitée à la périphérie du disque. Les bords de cette profondeur sont généralement légèrement inclinés, mais jamais abrupte-ment, car l'excavation arrive graduellement dans la zone plus sombre -sans qu'il y ait de séparation bien définie ; mais si l'excavation est conique et en forme d'entonnoir, les formes sont plus abruptes et les contours plus définis. On trouve que les vaisseaux de la rétine subissent aussi des changements particuliers dans leur cours de la périphérie au centre du disque, car lorsqu'ils arrivent aux bords de l'excavation, au lieu de pas-ser droit au-dessus, ils décrivent une courbe plus ou moins considérable et s'enfoncent dans cette sorte d'entonnoir. Cette courbe peut être txes^ légère et graduée, si l'excavation est étroite etpeu profonde ; mais si elle est profonde et étendue, la courbe peut être rapide et abrupte et pro| duire un déplacement des vaisseaux. Dans l'étendue de l'excavation, Jeî vaisseaux prennent généralement une teinte plus foncée, quelquefois-cependant ils apparaissent plus frais, plus roses et comme enveloppes-d'un voile délicat.

Dans certains cas, ainsi que M. Muller Ta fait remarquer, la surface du disque peut montrer une dépression et une élevure physiologique. La partie externe du disque est légèrement déprimée et la partie nasale légè-rement élevée; les deux moitiés de la papille présentent des différences plus frappantes et plus marquées qui seraient facilement prises pour dés apparences pathologiques par un observateur inaltentif. En pareil cas oii trouve que la dépression n'a pas de bords bien limités et que le pointil-îage particulier qui la recouvre, ei qui est dû à la lame criblée, est très-facile à observer, ce qui n'existe pas pour l'autre moitié. La couleur de l'excavation est pâle et blanchâtre et forme un contraste frappant avec la partie élevée qui est anormalement rouge et vasculaire. Le contour du disque est aussi différent, car il est parfaitement limité sur le côté tem-poral, et l'anneau scierai est très-apparent. En outre, du côté du nez il est indistinct et plus ou moins caché. Les vaisseaux de la rétine peuvent être suivis lorsqu'ils montent du centre du disque au sommet de l'excava-tion; arrivés là, ils vont en pente de façon que leur continuation nous échappe.

Dans l'excavation par atrophie du nerf optique, on trouve aussi des symptômes caractéristiques très-bien marqués. Les vaisseaux sont dimi-nués comme calibre, les artères sont petites, semblables à des fils et à peine apparentes; les veines peuvent garder au début leur volume nor-mal ou même être légèrement dilatées, mais dans le cours de la maladie elles diminuent aussi beaucoup comme diamètre. La couleur du disque change: au lieu de l'aspect jaune rosé qu'il présente dans un oeil sain, il prend une couleur blanche grisâtre ou bleuâtre qui peut être limitée à" une portion du disque ou s'étendre sur toute sa surface et qui lui donne un aspect brillant tendineux ou même nacré. La couleur gris-bleuâtre du ; nerf optique, ainsi qu'on l'a déjà dit, se rencontre souvent dans l'amau-rose spinale et est considérée par quelques-uns comme symptôme carac-téristique de cette affection. L'excavation alrophique, quoique parfois étendue à la surface, est généralement très-resserrée ; les bords tombent graduellement et non pas abruptement. En conséquence, lorsque les vais-seaux de la rétine arrivent au bord de l'excavation de la périphérie du

EXCAVATION DU NERF OPTIQUE. ^3 disque, ils ne se déplacent pas d'une manière marquée, mais décrivent seulement une courbe plus ou moins aiguë. Quelquefois cette courbe est si légère qu'on l'aperçoit à peine; même dans ces cas très-rares où l'exca-vation est profonde, la pente n'est pas abrupte, et pour cette raison il y a peu de déplacement des vaisseaux sur le bord. Si Ton promène çà et là la lentille de l'ophthalmoscope de manière à ce qu'elle agisse comme un prisme, le fond de l'excavation ne remuera pas tout entier, mais certaines parties seulement subiront un déplacement léger ; ce parallaxe est très-différent et facile à distinguer de celui que l'on trouve dans l'excavation glaucomateuse. En outre, l'interruption soudaine des veines pleines sur le bord de l'excavation, qui est si caractéristique dans la forme glauco-mateuse, manque aussi.

Excavation glaucomateuse ou par pression (PL VI, fig. 15 et 16). Cette forme se dislingue par les symptômes typiques suivants : l'excava-tion n'est pas partielle et limitée à la partie centrale du disque optique comme dans la forme physiologique, mais elle s'étend jusqu'au bord du disque, son diamètre égalant celui du disque et la lame criblée étant allongée et repoussée en arrière. Quoique l'excavation puisse ne pas avoir atteint encore une profondeur considérable, le bord est toujours abrupte et escarpé, ce qui diffère beaucoup de l'excavation alrophique dans laquelle la descente est douce et graduelle. Les bords peuvent aussi être comme suspendus sur l'excavation qui a miné les marges de la papille. Le disque est environné d'un anneau lumineux d'un blanc jaunâtre qui est dû à la réflexion de la lumière de la lame antérieure de l'anneau scie-rai, la choroïde étant amincie et atrophiée sur ce point. Celte zone varie comme largeur suivant la profondeur de l'excavation : plus celle-ci est profonde et avancée, plus l'anneau sera large et marqué. La couleur du disque est aussi très-altérée : au lieu de l'aspect rose jaunâtre du disque normal, la partie centrale brillante et pointillée est entourée d'une ombre profonde vert-bleu ou gris-bleu qui devient plus foncée à la péri-phérie du disque où elle peut prendre l'aspect d'un rebord foncé et bien limité. Si on remue légèrement le miroir de la lentille objective, cette ombre varie comme intensité et plus particulièrement à la partie centrale. Axause de l'éclat particulier du disque, il paraît, au premier coup d'oeil, comme arqué en avant, plutôt que creux, comme il Test en réalité. Le cours des vaisseaux de la rétine sur le bord de l'excavation est aussi tout spécial. Ces vaisseaux ne passent pas, comme dans l'oeil normal, droit sur la marge du disque et sur la rétine sans courbe et sans déplacement ; mais sinous suivons leur cours à partir de la rétine, nous trouvons que lors-qu'ils arrivent au bord de l'excavation, les veines dilatées augmentent de volume et font une courbe plus ou moins aiguë pour descendre dans la profondeur. Au point où les veines suivent une courbe, elles apparaissent Uih , MALADIES DU NERF OPTIQUE.

d'une couleur plus foncée. Si l'excavation est profonde, les veines sem-blent former des anneaux sur le bord et sont considérablement déplacées, en sorte que le prolongement des veines sur le disque optique dévie telle-ment, comparé aux veines qui se trouvent sur le bord rétinal de l'exca-vation, qu'il ne paraît pas appartenir aux mêmes vaisseaux. Leur conti-nuité paraît interrompue, ce déplacement des deux parties peut égaler le diamètre du vaisseau ou même le dépasser. L'étendue et la rapidité de ce-déplacement soudain varie suivant la profondeur de l'excavation. Dans le disque, les vaisseaux paraissent indistincts et fanés, leur calibre est dimi-nué ; quelquefois même ils peuvent disparaître presque complètement, de façon qu'il soit très-difficile de retrouver leur trace. Si l'on remue la lentille objective de manière à la faire agir comme un prisme, on verra apparaître une parallaxe très-marquée. Tout le fond de l'excavation change de place et l'anneau scierai large peut sembler se remuer avec lui comme un cadre serait remué sur une peinture. Les différentes parties de l'ex-cavation cependant ne changent leur position individuelle que d'une manière très-peu sensible. Le degré de la parallaxe varie aussi suivaiïtla profondeur de l'excavation. Ces aspects se voient parfaitement stéréotypés avecl'ophthalmoscope binoculaire. Cette parallaxe caractéristique distingue Texcavalion glaucomateuse de l'excavalion du nerf optique, car, dans cé: dernier cas, ainsi que nous l'avons déjà dit, quoique certaines parties dé l'excavation changent de place, le fond tout entier ne remue pas â la fois! Le déplacement des vaisseaux dans Texcavalion glaucomateuse nous pér^ met aussi de distinguer cet état de l'état physiologique. En effet, le déplacement est plus ou moins rapide et se place sur le bord du disqùë, tandis que dans l'excavation physiologique le déplacement ou la courbé ne sont pas rapides, mais légers, gradués, et, de plus, les effets né se produisent pas au bord du disque, mais dans son centre, à une distance plus ou moins considérable du bord, suivant l'étendue de l'excavation. S'il survient une excavation glaucomateuse quand il existe déjà une excavation physiologique, on peut quelquefois, au début de la maladie, observer ces deux états simultanés ; les vaisseaux présentent alors un double déplacement, l'un au bord de l'excavation physiologique et dans, le centre de la papille, l'autre plus rapide et plus marqué sur le bord du disque optique; mais, à une période plus avancée, les apparences de l'ex-cavation physiologique disparaissent, cette excavation étant enveloppée dans l'excavation glaucomateuse.

Dans la majorité des cas, il n'est pas difficile de reconnaître cette affec-tion glaucomateuse et de la distinguer des autres, avant même qu'elle ait atteint une profondeur considérable. L'étendue de la dépression, la rapidilé des bords, le déplacement particulier des vaisseaux à la marge et la pulsation artérielle spontanée ou facile à produire sont des guides

PIGMENTATION DU NERF OPTIQUE. il5 irès-sûrs. Quand les symptômes d'atrophie du nerf optique sont réunis avec une excavation glaucomateuse, il peut être très-difficile d'assurer quelle a été l'affection primitive, surtout dans ces cas où l'atrophie du nerf optique dépend d'nne amaurose cérébrale et est compliquée de glau-come inflammatoire. En pareil cas une comparaison entre les deux yeux et un examen soigneux et minutieux de l'historique du cas triomphent généralement de celte difficulté. Mais nous devons nous rappeler que, dans l'excavation glaucomateuse, le nerf optique subit des changements atro-phiques et devient très-blanc.

Au début de cette affection, la dépression peut être partielle et limitée à une partie, du disque optique, mais elle présente toujours les symp-tômes typiques de l'excavation par pression. Le disque optique peut être complètement environné d'une large zone sclérale, les veines étant dila-tées et soudainement déplacées, au bord de la partie déprimée ; il y a en outre une ombre bleuâtre à la périphérie de l'excavation; cette couleur s'efface graduellement et devient plus claire vers le centre. - De, Graefe a fait remarquer un fait très-intéressant et très-important, c'est qu'une excavation glaucomateuse peut se rétrécir et diminuer après l'opération de l'iridectomie, ce qui prouve que la dépression est causée par l'accroissement de la pression intra-oculaire. Les cas qui montrent le,,mieux la vérité de cette opinion sont ceux dans lesquels des sym-ptômes aigus se sont développés dans un glaucome chronique; alors l'ex-cavation devient plus allongée et comme en forme de saucière. Les bords des vaisseaux sont moins subitement déplacés et ne sont plus inter-rompus, en sorte que leur continuité de la rétine au disque permet de suivre leur cours qui peut être un peu sinueux. Nous pouvons aussi ajou-ter que les vaisseaux qui étaient légèrement courbés au bord du. disque se sont redressés.

H"V. — B»jgniemtatl«ni tira ncrl optique.

En parlant de l'aspect normal que présente le fond de l'oeil, j'ai dit que l'on rencontre souvent des dépôts plus ou moins marqués et plus ou moins étendus de pigment sur le bord du disque, que cette apparence est physiologique et n'a pas de signification pathologique. Quelquefois ■cè?dépôt est peu considérable, et forme comme un croissant étroit sur ■une partie du disque ; dans d'autres cas son volume est plus grand ■et il peut embrasser une partie notable du bord à l'entrée du nerf optique.

■'Parfois on a observé que le pigment était déposé dans toute l'étendue du disque dans les cas d'atrophie du nerf optique. Liebreich (1) a rap-- • .■".(!) Annales d'oculistique, III, 31 ; voy. aussi Knap., A. f. 0., X, 1, 194. M 6 MALADIES DU NERF OPTIQUE.; porté un cas dans lequel il y avait dans les yeux de j'atrophie du nerf optique avec des dépôts marqués de pigment dans le disque et surtout dans l'oeil gauche. Dans cet oeil le disque, tout entier, excepté au centre et sur une partie du côté extérieur (côté temporal), était couvert d'un pigment noir et dense. Quelquefois on voit de petits points brillants, superficiels, sur la papille (après des changements morbides, tels que névrite, etc.), qui ont l'aspect de cristaux de cholestérine (Mauthner).

\. — Tumenrs du nerf optique.

Les tumeurs du nerf optique sont très-rares et très-difficiles à dia-gnostiquer avec l'ophthalmoscope. De Graefe rapporte un cas dans lequel il y avait une large tumeur rétro - oculaire qui faisait faire à l'oeil une saillie de 9'". La vue était complètement perdue. A l'ophthal-moscope on voyait les veines de la rétine dilatées et tortueuses et les artères atténuées. A la moitié interne du disque on voyait une élevure abrupte, rapide, particulière. Celle-ci avait une projection de'!'" au-dessus du niveau de la moitié externe du disque et pendait légèrement sur le bord interne. Dans cette élevure, la substance du disque'"était opaque et d'un rouge grisâtre et les vaisseaux de la rétine complètement cachés. A l'examen par le microscope fait par les docteurs Piecklingshàu-sen et Schweigger, on a trouvé que cette excroissance était une tumeur du nerf optique de nature sarcomateuse. Dans un autre cas de tumeur orbilaire rapporté par le docteur Jacobson (1), l'ophthalmoscope révéla aussi une projection frappante d'une partie du disque optique, dans laquelle une partie des vaisseaux de la rétine était perdue. Tout l'aspect du disque, les variations de couleur de ces différentes parties aussi •bien que le cours des vaisseaux de la rétine, tout cela avait un aspect carâë* téristique. On trouva aussi qu'on avait affaire à une tumeur mixte sar* comateuse du nerf optique. ?,;

▼I.—Fibres opaques du stei'f optique. "

Parmi les particularités physiologiques de la rétine que Ton rencontre quelquefois, il en est une qui, pleinement développée, pourrait être prise pour un épanchement dans la rétine. C'est un fait bien connu que, chez l'homme, les tubules nerveux du nerf optique perdent leur névrilèmesau-tissu cribriforme quand ils passent à la partie la plus antérieure de la papille et de là à la rétine, dénudés de leur gaîne, simplement sous forme d'axe cylindrique transparent. Cependant, chez certains animaux^ le lapin par exemple, la gaîne continue jusqu'à la rétine. ■;■;&■.■= (1) A. f. O., X, 2, 55. -,' .'L.:.x

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