‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 77 sur 149 · II. — néniéralopie · texte numérisé non relu

II. — néniéralopie

Cette maladie est caractérisée par ce fait que, quoique le malade puisse voir très-bien pendant le jour, sa vue s'affaiblit rapidement vers le crépus-cule et encore plus à la tombée delà nuit. De là le nom de cécité nocturne qui lui a été donné. Quand la clarté est insuffisante, un nuage gris plus ou moins dense ou un nuage de pourpre environne les objets elles rend bru-meux et indistincts, en même temps qu'il ôte au malade le pouvoir de dis-tinguer les couleurs. Ainsi, suivant Forster(t), certaines couleurs, telles que le blanc, le jaune, le vert, se distinguent plus facilement que le bleu, le violet ou le rouge. La pupille est large et indolente à la lumière, mais réagit normalement sous l'influence de l'irritation des branches du cin-quième nerf causée par l'instillation de la teinture d'opium. Dans la rétinite pigmentaire, la pupille est au contraire contractée. Dans les cas graves, l'affaiblissement de la vue peut être assez considérable pour que, même les grands objeLs, ne puissent pas être distingués quand la lumière est diminuée; c'est cependant à tort qu'on suppose que la diminution de la vue est produite par le coucher du soleil et qu'elle est limitée ainsi à cer-taines parties du jour. Des symptômes identiques se produisent si Ton diminue artificiellement l'éclairage, en plaçant le malade dans une cham-bre obscure. Ce fait a été très-ingénieusement prouvé- par Forster, avec son optomètre. L'affaiblissement de la vue est dû seulement à la diminu-tion de la sensibilité de la rétine ; le malade a besoin d'être stimulé par un jour brillant ou par une grande lumière artificielle, pour voir dis-tinctement. Cet affaiblissement dans la sensibilité de la rétine peut être dû soit à une insuffisance du sang, soit à l'appauvrissement du sang ou

(1) Vber Hemeralopie, Breslau, 1857. des éléments nerveux de la rétine, qui ont été trop surexcités par ^expo-sition prolongée à une lumière extrêmement brillante. Très-fréquemment Théméralopie résulte de ces deux causes combinées.

Il paraît cependant vrai que de bonne heure le matin, et après un solîK meil réparateur, la sensibilité de la rétine est plus grande qu'àutiè période plus avancée du jour, et que le malade peut alors y voir, même avec un éclairage moins considérable.

Il est très - important de distinguer Théméralopie simple de cette forme de cécité nocturne qui accompagne la rétinite pigmentaire. jLa première est simplement fonctionnelle et peut guérir; la seconde est causée par des changements organiques dans la rétine et plus tard dans, le nerf optique et est incurable. L'ignorance de ces faits ou le manque d'attention a produit une grande confusion dans les écrits de certains auteurs.

L'héméralopie peut être causée par l'exposition prolongée à une lumière extrêmement brillante, telle que les rayons du soleil dans les tropiques ou le reflet d'une grande étendue de neige brillante. Les mauvais effets sont particulièrement éprouvés si l'individu est débile et épuisé comme après une longue maladie ou des privations de nourriture. Ainsi, on trouve encore assez souvent de Théméralopie parmi les marins qui reviennent des tropiques et qui, pendant longtemps, n'ont pas été suffisamment nourris et ont parfois souffert du scorbut. J'ai eu plusieurs fois quatre ou cinq marins d'un même vaisseau dans mon service à Moorfields; ils étaient atteints d'héméralopie. Leur histoire était toujours la même : ils arrivaient de leur vaisseau après être restés longtemps exposés au soleil des tropiques, avec une nourriture insuffisante et avaient généralement été atteints du scorbut ou d'un grand affaiblissement. L'héméralopie avait un peu diminué à leur arrivée dans une zone plus tempérée et disparais-sait rapidement à leur arrivée en Angleterre, sous l'influence des toniques et d'un régime fortifiant. Dans aucun de ces cas, il ne me fut possible dé noter une diminution dans le calibre des artères. En réalité, dans presque tous les cas de cette forme d'héméralopie, l'examen avec Tophthalmo? scope donne un résultat négatif. Chez plusieurs de ces malades, on voit distinctement des taches particulières d'un gris argenté, écailleuses, elles viennent de l'épithélium épaissi à la partie externe de la conjonctive oculaire, près de la cornée ; cette particularité a été spécialement remâf* quée par Bitot (1). Il pense que ces taches sont pathognomoniques • de Théméralopie el qu'elles disparaissent constamment en même temps que la cécité nocturne. Je ne les ai cependant pas trouvées dans plusieurs cas d'héméralopie, et il est évident qu'elles ne sont pas unies à la maladie»

(1) Gaz. hebdom., 1863.

HÉMÉRALOPIE. 443 mais seulement causées par l'épaississement et la dessiccation de l'épithé-lium de la conjonctive, exposée à une chaleur intense qui développe sur la conjonctive un état chronique de congestion ou d'inflammation. L'as-pect de ces taches à la partie extérieure de la cornée est dû à ce que celte portion de la conjonctive oculaire est plus exposée à cause de la largeur de l'ouverture palpébrale sur ce point.

L'héméralopie a été aussi épidémique dans les camps, dans les pri-sons, etc. Il est à peine nécessaire de dire qu'en pareil cas un examen soigneux doit toujours être fait, afin d'empêcher la maladie de devenir maligne. Suivant Alfred Graefe le pouvoir d'accommodation de Toeil est souvent très-affaibli, et il y a aussi un certain degré d'insuffisance des muscles droits internes.

Le traitement doit être surtout dirigé en vue de fortifier la santé géné-rale, par des toniques et un régime généreux. Comme toniques : le qui-- ' nine, le fer, l'huile de foie de morue sont les meilleurs. En réalité, l'huile de foie de morue est considérée par Desponts comme un spécifique pour Théméralopie. En même temps, le malade doit être à l'abri de toute lumière brillante, sa chambre doit être obscure, et il ne doit sortir que lorsqu'il n'y a pas de soleil, et même alors prendre des écrans noirs. Si j'attaque d'héméralopie est grave, il peut être nécessaire de le tenir dans une obscurité complète pendant quelques jours et de l'habituer ensuite graduellement à avoir de plus en plus de lumière. Des vésicatoires et des déplétions locales ont été très-fortement recommandés par quelques au-teurs, mais ces moyens sont généralement contre-indiqués par l'état de faiblesse et de débilité du malade. Cependant, s'il y a' des symptômes marqués de congestion et d'hypérémie de la réline et du nerf optique, on devra essayer de la sangsue artificielle.

Dans la cécité causée par la neige, l'affaiblissement de la vision est dû principalement aussi à une diminution de la sensibilité de la rétine, diminution causée par l'éclat prolongé de la neige; mais cependant, il peut se faire que la grande raréfaction de l'atmosphère dans les hautes montagnes influe en même temps sur la rétine, et qu'elle produise non-seulement de l'inflammation de la conjonctive avec des extravasalions de sang dans son tissu, mais aussi peut-être des épanehements hémorrha-giques dans la rétine et la choroïde.

..'■„ Une affection très-analogue à la forme d'amblyopie dont nous venons de parler est Taneslhésie de la rétine, qui se produit â la suite d'une station trop prolongée à une lumière très-brillante (iieberblendung dçr retina): Des cas de ce genre se rencontrent chez les personnes qui ont été long-temps exposées à la lumière du soleil, ou parmi celles qui ont fatigué leurs yeux dans des éludes microscopiques, et surtout à la lumière artificielle. ■Elles.sont souvent atteintes d'une diminution soudaine de la vue, et voient, hhh AFFECTIONS AMBLYOPIQUES.

surtout si la lumière est modérée, une sorte de disque ou nuage noir plus ou moins dense, qui paraît suspendu devant leurs yeux et leur cache la partie centrale de l'objet ou du champ de vision, en laissant la péri* phérie très-claire. La densité et l'étendue du nuage sont en rapport avec le degré de la maladie, comme aussi sa durée. Le tout est sujet à de grandes variations : ainsi, il arrive parfois que le nuage n'existe que quelques mi-nutes après l'exposition, ou bien il peut persister pendant des jours, dès semaines, ou même pendant plus longtemps. Le traitement consiste sur-tout à garantir le malade contre une lumière trop brillante, et à l'empê-cher de se servir de ses yeux; si le cas est grave, il peut être nécessaire de garder le malade pendant un certain temps dans une chambre obscure. La sangsue artificielle est aussi souvent 1res-utilement employée, l'huile de foie de morue et le fer seront prescrits comme médicament interne.

III. ■— Cécité des couleurs (daltonisme ou dyschroinatopsic).

On désigne sous le nom de daltonisme ou dyschromatopsie l'impossi-bilité dans laquelle se trouvent les malades de distinguer certaines cou-leurs. La forme la plus fréquente est celle dans laquelle le rouge et les couleurs formées avec le rouge, aussi bien que le vert, sont plus ou moins indistincts pour le malade. Ainsi le rouge apparaît soit comme une simple couleur noire, ou bien, les plus belles nuances de rouge ne peu-vent être appréciées, et les différences entre la pourpre, le jaune orange, le brun, etc., ne sont distinguées qu'avec la plus grande difficulté. De plus, la différence entre le jaune et bleu est très-facilement reconnue; le violet est aussi apprécié, cependant on le confond avec le bleu. Dans quelques cas plus rares, le vert est la couleur qu'on ne peut reconnaître, et le plus rarement enfin, la cécité des couleurs est complète; en sorte que le malade peut seulement distinguer le blanc du noir.

On pense généralement que l'impossibilité dans laquelle se trouve le malade de distinguer les couleurs et particulièrement le rouge, est due à l'insensibilité des fibres nerveuses qui sont spécialement sensibles au Touge. Celte opinion a été récemment fortement attaquée par Max*- Schultze (i), qui trouve qu'en pareil cas l'abolition des couleurs dépend d'un développement considérable du pigment jaune dans la région delà tache blanche, développement qui a pour effet de diminuer l'intensité des -rayons rouges de la lumière (2).

La cécité des couleurs a été regardée généralement comme congénitale

(1) Max Schultze, Ueber den Gelben Fleck, etc., 1866, ainsi que l'ouvrage Zur und Phy-siologie der Retina, 1866. -. :■•■■

(2) A propos de cette maladie, il est très-intéressant de noter que pendant l'intoxication

CÉCITÉ DES COULEURS. 445 et mèiiie héréditaire; mais les faits intéressants étudiés par Bénédicte Sehelstre et autres, ont montré que le daltonisme peut se rencontrer dans l'atrophie du nerf optique, et suivant Galezowski (1), dans d'autres ma-ladies encore.

IAU point de vue pratique, le diagnostic de cette affection peut souvent être très-importante, par exemple pour les employés de chemin de fer, les hommes préposés aux signaux, et tous ceux enfin qui ont à distinguer entre des drapeaux de diverses couleurs.

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