IV. — Amaurose simulée
On rencontre quelquefois des cas de cécité simulée, surtout parmi les femmes hystériques ou nerveuses, ou parmi les personnes qui désirent éviter certains devoirs, comme les soldats, les prisonniers, etc. Chez des individus intelligents et rusés, il est quelquefois très-difficile de les con-vaincre de supercherie. La cécité absolue des deux yeux n'est que rare-ment simulée, excepté peut-être dans les cas où il existe réellement un certain degré assez considérable d'amblyopie pour que le malade soit in-capable de gagner son pain, et désire, par conséquent, paraître complè-tement aveugle pour exciter la pitié. En pareil cas, la manière d'être de la pupille sera notre meilleur guide; car, si un malade déclare qu'il est assez aveugle pour ne pas distinguer la lumière de l'obscurité, et que ce-pendant la pupille se contracte sous T'influence de la lumière, on peut sûrement dire que c'est un cas de cécité simulée. De pareils malades ce-pendant se dilatent quelquefois la pupille d'une manière artificielle à l'aide de l'atropine ; mais cette supercherie peut être soupçonnée si la pupille est dilatée ad maximum; car dans l'affection due à l'amaurose (excepté lorsque les branches du cinquième nerf qui soutiennent le dilatateur de la pupille sont irritées) la pupille n'est que modérément dilatée. Si l'action de l'atropine est soupçonnée sans qu'il soit possible d'établir une conviction, on pourra, si c'est possible, pratiquer la paracentèse, et ap-pliquer à un autre oeil un peu de l'humeur aqueuse pour voir si la dila-tation se produira aussi. Quand l'atropine a été appliquée seulement à un oeil, le résultat est beaucoup plus simple, car la pupille sera non-seu-lement dilatée ad maximum, mais elle n'agira pas simultanément avec celle de l'autre oeil dans les mouvements des yeux ou pendant la période d'accommodation (voyez le chapitre sur la Mydriase, p. 160). Mais il saturnine chaque chose prend une teinte jaune ou d'un jaune vert ; mais le violet et le rouge deviennent indistincts. Voyez sur ce sujet les articles de Rose (A. f. 0., VII, 2, 72.; et aussi Hufner, ibid., XIII, 2).
(1) Chromatoscopie rétinienne, 1868. 4'Ù6 AFFECTIONS AMBLYOPIQUES.
y a plusieurs autres méthodes pour reconnaître l'amaurose monocu-laire simulée. Une des meilleures est l'essai de de Graefe avec des verres prismatiques. Ainsi, si le malade se plaint d'être complètement aveugle d'un oeil, et que l'examen de cet oeil soit terminé, celui de l'autre (les deux yeux étant ouverts) sera fait, et un prisme de 10 ou 15 degrés sera main-tenu en haut ou en bas, devant l'oeil sain. On demandera alors au malade (en ayant soin de ne pas lui laisser supposer que Ton doute de lui) si la présence de ce prisme améliore ou non sa vue. S'il dit qu'il éprouve de la diplopie, sa supercherie est prouvée; car, s'il était absolument aveugle d'un oeil, la diplopie ne pourrait pas se produire, et en outre, cela n'ex-clurait pas un degré considérable d'amblyopie. Le prisme devra être tourné dans différentes directions, afin que Ton puisse s'assurer si les images doubles correspondent à sa position.
Le docteur de Welz (1) place devant l'oeil un prisme de 10 ou 15 degrés dont la base est tournée horizontalement à l'extérieur ou à l'intérieur; s'il se produit un strabisme correctif, ou si en enlevant le prisme il y a un changement dans la position des axes optiques, cela prouve que le malade jouit de sa vue binoculaire.
M. Zachariah Laurence (2) emploie le stéréoscope pour reconnaître l'amaurose monoculaire simulée. Il y a sur l'instrument deux mots ou deux figures différentes (un cercle et un cadran par exemple); ces figures sont préparées de manière à subir une transposition optique quand on les regarde à travers le stéréoscope. M. Laurence dit : « Quand la cécité de l'oeil est simulée, l'épreuve est certaine, pourvu qu'on ait soin de ne pas laisser voir au malade les coulisses avant de les mettre dans le stéréoscope; pour cela, on n'aura qu'à entourer tous les côtés de verres dépolis. Le malade, par le fait de la transposition, expose lui-même sa tromperie, et se condamne par sa propre bouche. »
Javal fait lire de l'impression par le malade, et place ensuite une règle entre les yeux et l'impression, de façon qu'une partie de celle-ci soit cachée pour l'oeil présenté comme aveugle. La position de la règle est alors un peu inclinée de l'autre côté, de façon que l'oeil malade puisse voir toute la page, et qu'une partie de l'impression soit cachée pour l'oeil sain. Si le malade voit avec les deux yeux, la position de la règle n'amè-nera aucune perturbation; si, au contraire, l'un des yeux est réellement aveugle, une partie du type sera perdu pour l'oeil sain. (1) Congress ophtalmologique, 1866; compte rendu. (2) Handy Book of Ophlhalmie Surgery, 17.