CHAPITRE XIII h ANOMALIES DE LA RÉFRACTION ET DE L'ACCOMMODATION
DE L'OEIL ■■■'■ ;i'i;
j. — Réfraction et aecomnioclatîon ele l'oeil.
Les maladies de l'accommodation et de la réfraction de l'oeil prennent chaque jour plus d'importance, et attirent de plus en plus l'attention de quelques-uns de nos ophthalmographes les plus capables et les plus savants. On sait maintenant que certaines formes d'aslhénopie et d'am-j blyopie, qui défiaient autrefois tous les remèdes, ne sont pas dues, comme, on le pensait généralement, à des lésions sérieuses des tuniques pro* fondes du globe de l'oeil, mais qu'elles dépendent en réalité de quelque anomalie de la réfraction de l'oeil, ou d'une assymétrio particulière de cet organe (astigmatisme). Depuis la découverte de ces faits importants, un groupe considérable de cas s'est trouvé curable à l'aide d'un traite-? ment. Parmi ces cas, il y en a plusieurs qui auparavant surprenaient l'oculiste, et que trop souvent on ne pouvait guérir. :. ■
Plus on a marché en avant dans l'investigation des maladies de.la réfraction et de l'accommodation, plus on a reconnu la nécessité de les étudier avec soin et de les traiter scientifiquement. Je veux insister,sur ce point et faire comprendre, à l'étudiant qu'une fois qu'il s'est familia-risé avec la partie théorique du sujet, c'est seulement en répétant sur un grand nombre de cas des examens pratiques, qu'il pourra acquérir la facilité nécessaire à l'examen de l'élat de la réfraction et du pouvoir d'accommodation et au choix des lunettes. A ceux qui considèrent ces sujets comme abstraits et difficiles, je répondrai que la difficulté est toute superficielle, et qu'un peu de pratique et de persévérance les rendra bientôt capables de franchir les pas difficiles. '
Avant d'entrer dans ce sujet de la réfraction et de l'accommodation de l'oeil, il faut considérer très-rapidement les propriétés des lentilles optiques. Pour les lunettes, les lentilles sphériques biconvexes et bicon-caves sont presque les seules employées, et je me renfermerai dans leur description. Dans le chapitre sur l'astigmatisme, les propriétés cylindri-ques seront expliquées.
La lentille biconvexe est formée par l'apposition d'un segment de deux sphères, le plan de courbure des deux surfaces étant égal. Ces len-tilles sont souvent aussi appelées convergentes, parce qu'elles possèdent le pouvoir de faire dévier vers l'axe un rayon de lumière qui les traverse. La ligne passant vers le centre de la lentille (fig. 56, c) est appelée l'axe, et tout rayon qui la traverse n'est pas dévié (axe optique).
1° Si des rayons parallèles (venant d'un objet lumineux placé à une distance infinie) (1) tombent sur une lentille biconvexe, ils se réunissent à un certain point derrière la lentille, et ce point est appelé foyer prin-cipal ou simplement foyer de la lentille. La distance de ce point au centre optique de la lentille (qui égale le plan Ce courbure de la lentille) est appelée la longueur focale de la lentille, xiinsi, dans la fig. 56, / est Une lentille biconvexe de 6 pouces de foyer, les rayons parallèles rr sont unis en f, 6 pouces derrière la lentille. 2° Si l'objet est rapproché de la lentille à r, de façon à ce que les rayons qui en émanent prennent un'é^lireclion divergente, ils seront portés en f à un foyer qui se trouve â quelque distance en arrière du foyer principal (/) de la lentille. 3° Si l'objet est placé à une longueur deux fois égale au foyer, les rayons viendront s'unir sur un point placé à deux fois la longueur focale, der-rière la lentille, et par conséquent la distance de l'objet et de son foyer à là lentille sera la même, h" Si l'objet est placé au point focal antérieur principal i, e 6" en face de la lentille (fig. 57 f),les rayons émergeront delà lentille parallèlement à son axe r r. 5° Si l'objet est placé en dedans
FlG. 5G.
,(1) Comme ce terme de distance infinie reviendra forcément plusieurs fois dans ces pages, le mieux est de l'expliquer dès le début. Nous disons qu'un objet est à une distance finie tant que les rayons qui en émanent tombent sur l'oeil dans une direction divergente. Ces rayons, même lorsqu'ils viennent d'une distance considérable, divergent en réalité, mais cette divergence (qui décroît nécessairement à mesure que l'objet est éloigné) est déjà si peu considérable quand l'ob-jet est-situé à 18 ou 20 pieds, que les rayons se rencontrent parallèlement sur l'oeil. Par consé-quent, nous considérons tous les rayons qui émanent d'un objet placé à plus de 18 pieds comme parallèles et comme venant d'un objet placé à une distance infinie. Les rayons émanant d'un objet plus rapproché sont divergents en proportion de sa proximité, et sont considérés comme venant d'une distance définiedu foyer principal (fig. 57 r'), ses rayons seront si divergents que la leû* tille ne pourra pas les rendre parallèles et qu'ils émergeront étant encore divergents. Cette divergence sera moins considérable qu'avant leur entrée dans la lentille, et si les rayons (r" r") sont prolongés en arrière, jusqu'au point où ils se coupent l'un l'autre, ce point est (/") plus éloigné de la lentille que l'objet r'. Le foyer (f") de ces rayons est par conséquent imaginaire et placé sur le même côté de la lentille que l'objet. 6° Si les rayons convergents, rendus tels par une autre lentille, tombent sur la lentille, ils sont amenés au foyer sur l'autre côté de la lentille en un point plus rapproché que le foyer principal.
Il a élé démontré plus haut que plus l'objet est éloigné (objet dont les rayons divergents tombent sur la lentille) de la lentille, plus le foyer de ces rayons se rapproche du foyer principal ; en outre, plus l'objet est rapproché (pourvu qu'il reste en arrière du foyer principal), plus ce foyer s'éloigne de la lentille. A cause de cette dépendance dans laquelle se trouvent ces deux points, la position de l'objet et son foyer, on les appelle foyer conjugué. En outre, si l'on change les positions de l'objet et de son foyer, de façon à ce que l'objet soit placé en /' (fig. 56), les rayons, seront portés à un foyer sur l'autre côté de la lentille en r', point sur lequel l'objet était primitivement placé. Dans ce cas / et r sont un foyer conjugué. Si l'objet est placé en /, ses rayons vont émerger parallèlement à la lentille.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la réfraction des rayons qui sont parallèles à l'axe de la lentille, et dont le foyer se trouve sur l'axe. Nous allons maintenant examiner le foyer des rayons dont les axes passent à travers le centre de la lentille, mais dont les axes sont incli-nés; on les appelle pour cette raison axes secondaires. L'inclinaison ne doit pas être trop considérable, autrement les rayons ne seraient pas: amenés à un foyer exact, à cause du grand cercle d'aberration spbériquê qu'ils parcourent. Ainsi dans la fig. 58, A B étant pris pour axe principal d'une lentille, r pour un point lumineux situé dans l'axe, et/pour le foyer auquel s'unissent les rayons de r, r' est un autre point lumineux, placé à quelque distance de la lentille comme r, non plus à l'axe pria?
Fis. 57.
RÉF ACT ON ET ACCOMMODATION DE L OEIL. 519 dpal,mais légèrement incliné vers lui. L'axe secondaire A'B'passera ■droit à travers le centre (c) de la lentille sans subir aucun changement ■de direction, et les rayons de r' seront portés à un foyer en f placé sur i'axe secondaire A' B', à la même distance derrière la lentille que /. Abso-lument comme / est le foyer conjugué de r, f sera le foyer de conjugai-son de r'.
Nous pouvons maintenant comprendre de quelle façon se forme l'image à l'aide d'une lentille biconvexe quand l'objet est placé derrière celle-ci : ABC (fig. 59) est un objet placé en face de la lentille. Les rayons qui émanent de A seront au foyer au point a placé sur l'axe secondaire tiré de A à travers le centre c de la lentille; a est par conséquent l'image de A; de la même façon, C est l'image de c et les rayons de B situés sur l'axe principal de la lentille sontunis en b et placés de là sur cet axe; en consé-quence b est l'image de B. Une image plus petite et renversée de l'objet ABC se forme derrière la lentille en a, b, c. Les rayons qui passent au centre c de la lentille ne sont pas déviés, et les points abc forment le foyer conjugué de ABC. La distance CB, cb est aussi conjuguée, car si l'on place l'objet en abc, son image agrandie et renversée sera formée en ABC.
Le volume de l'image formée par la lentille dépendra de la distance à laquelle on place l'objet : 1° Si l'objet se trouve à une distance infinie, une image très-petite et renversée se formera derrière la lentille au foyer prin-cipal, .2° Si l'objet est placé de façon à ce que la distance soit deux fois la longueur focale de la lentille, l'image se trouvera également à une dis-tance de deux fois la longueur focale, mais en arrière, et aura le même volume que l'objet. 3° Si l'objet est placé plus près de la lentille, mais 520 ANOMALIES DE LA RÉERACTION ET DE L'ACCOMMODATION DE L'OEIL. cependant plus loin que le foyer antérieur, l'image renversée sera plus loin de la lentille et plus grande que l'objet, h" Si l'objet est placé air foyer antérieur, il ne se formera aucune image réelle parce que les rayons sortiront de la lentille dans une direction parallèle. 5° Si l'objet est placé en dedans de la longueur focale, les rayons vont encore sortir de la lentille dans une direction divergente et celle-ci va agir comme un verre gros-sissant. L'image ne sera pas renversée et placée derrière la lentille, mais agrandie, droite et placée en face de la lentille, du même côté que l'ob-jet. La figure 50 explique ce fait. Si A B est l'objet placé plus près de la lentille c que'son foyer antérieur F, les rayons de A vont encore diverger' après leur passage à travers la lentille et dans une direction semblable à celle qu'ils auraient en venant de a; les rayons de Bvont diverger comme s'ils venaient de b. Si l'oeil E est placé de l'autre côté de la lentille, il verra, au lieu de l'objet A B son image droite grossie a b.
Ce pouvoir grossissant de la lentille augmentera en raison inverse'de la longueur de sa distance focale. Ainsi une lentille de k pouces grossit plus qu'une de 5 pouces, et celle-ci plus qu'une de 6 pouces. Afin de don-ner le grossissement désirable et de démontrer de suite qu'une lentille de 6 pouces grossit moins qu'une de 5 pouces, nous désignons par frac-tions le pouvoir grossissant d'une lentille; le numérateur sera un, et le dénominateur la longueur focale de la lentille. Ainsi \]h est plus fort que 1/5, la dernière fraction étant moindre que la première. En outre, cette façon d'exprimer la force de la lentille est correcte et indique son pouvoir de réfraction, car une lentille d'un cinquième fait dévier les-; rayons lumineux qui tombent sur elle plus qu'une lentille d'un dixième'.
Si des rayons parallèles tombent sur une lentille biconvexe, ils sont unis à un foyer réel derrière la lentille. Il en est autrement, cependant, avec une lentille biconcave ou divergente, car ces lentilles n'unissent pas lés-rayons parallèles, mais les font diverger. Ainsi, 1° si des rayons parallèles (fig. 61 rr) tombent sur une lentille concave, ils seront rendus divergents et prendront une direction semblable à celle qu'ils auraient eue s'ils ■ve-> naient de/ où dans la prolongation en arrière des rayons divergents rr
FJG. 60. se couperaient l'un l'autre ; pour celle raison ce point est appelé le foyer virtuel négatif de la lentille. C'est un point imaginaire placé du même côlé que l'objet. La distance de ce point pour les rayons parallèles de la lentille donne la distance focale de celle-ci; 2° si l'objet est rapproché de la lentille de façon que les rayons qui en émanent soient divergents, ils seront rendus encore plus divergents par la lentille concave et leur foyer sera plus près de la lentille que son principal foyer imaginaire.
Il nous faut maintenant considérer la manière dont l'oeil reçoit sur la rétine l'image nette, claire et bien définie d'un objet placé en face d'elle.
Nous pouvons considérer l'oeil comme une chambre obscure dans laquelle se forme (sur la rétine) une image diminuée et renversée de l'objet. L'impression de l'objet se produit sur les éléments (cônes et bâtonnets) de la rétine, et de là est portée au cerveau à travers les fibres du nerf optique où elle est reçue, et de là renvoyée dans une direction inverse extérieure à l'objet. La partie la plus sensible de la rétine se trouve à la tache jaune ; ce point est toujours dirigé vers tous les objets que nous regardons. La sensibilité de la rétine qui diminue rapidement de la tache jaune à la périphérie, peut être stimulée par les ondulations des rayons de lumière ou par des moyens mécaniques. La première de ces excitations se produit lorsque des rayons, émanant d'un objet lumi-neux, frappent sur la rétine ; la dernière, lorsqu'on appuielégèrement sur le globe de l'oeil l'extrémité du doigt, ce qui produit les phosphènes ou anneaux lumineux situés apparemment dans une direction opposée à celle de la pression. Ainsi, si la partie interne de la sclérotique est pressée, l'anneau lumineux apparaîtra au côté nasal, et vice versa.
Le pouvoir réfractif normal d'un oeil emmétrope est tel que les rayons qui émanent d'un objet éloigné et frappent sur la cornée dans une direc-tion ;parrallèle, sont portés à un foyer exact sur la rétine, et que l'oeil reçoit l'image distincte de cet objet. Le système d'optique de l'oeil qui cause cette réfraction des rayons de lumière vient de certains milieux qui, fris conjointement, agissent de la même façon qu'une lentille bicon-vexe. Ces milieux réfringents sont la cornée, l'humeur aqueuse, la lentille cristalline et l'humeur vitrée. A cause du léger épaississement de la cornée,
FIG. Cl. du parallélisme de ses deux surfaces, et de ce fait que le pouvoir réfrin-gent de la cornée et celui de l'humeur aqueuse sont presque égaux, nous-pouvons dire que les deux forment une seule surface réfringente. L'index de la réfraction de l'humeur vitrée est presque le même que celui de' l'humeur aqueuse. Cependant la réfraction de la cornée et des humeurs aqueuse et vitrée ne suffirait pas à porter les rayons parallèles à un foyer sur la rétine dans un oeil emmétrope, car le foyer se trouverait placé très^ en arrière, et la lentille est nécessaire pour rendre les rayons suffisamment convergents. L'axe du système d'optique est appelé axe d'optique; soa extrémité antérieure correspond au centre ou au sommet de la cornée^ef l'extrémité postérieure à un point situé entre la tache jaune et la papille du nerf optique. Sous le nom de ligne visuelle on désigne une ligné droite tirée de l'objet à son image formée à la tache jaune. On croyait d'abord que l'axe optique et la ligne visuelle étaient identiques, maisil n'en est pas ainsi, et suivant Helmholtz (1) la ligne visuelle en dehors de: l'oeil se trouve un peu au-dessus et au côté interne de l'axe optique, et son extrémité supérieure sur la rétine se trouve par conséquent un peu sUr le: côté extérieur et inférieur de l'axe optique. Ce fait est d'une grande inir portance, comme on le verra à propos du strabisme réel et apparent. .'■'
Si maintenant nous appliquons à l'oeil les principes que nous avons posés ci-dessus par rapport aux propriétés des lentilles biconvexes, nous: comprendrons facilement le mode de formation de l'image renversée sur la rétine. Ainsi : si ABC (fig. 62) est un objet placé aune distance conve-nable de l'oeil, une image renversée et distincte de cet objet se formera sur la rétine en a b c. B b est le rayon de l'axe passant à travers le point central de la rétine. A travers ce point on tire une ligne droite de A à a. Cette ligne A a sera un axe optique secondaire, et tous les rayons qui émanent de A viendront se mettre au foyer sur la rétine en a. La ligné droite C c qui passe à travers le point central sera un autre axe optique secondaire, et tous les rayons de C viendront s'unir sur la rétine en a. Par conséquent abc. sera l'image renversée de A B C.
(1) Helmoltz 's Physiologische Optik, p. 70.
II reste maintenant à savoir si les rayons de l'objet seront portés sur la rétine et si celle-ci recevra une image claire, nette de cet objet. Cela dépend absolument de la situation de l'objet et de la distance pour laquelle je système dioptrique de l'oeil est accommodé. Les principes exposés à propos des lentilles biconvexes s'appliquent à ce cas. Ainsi, si un oeil est accommodé pour des rayons parallèles, ces rayons seront portés sur la féline à un foyer. Si l'objet est rapproché de l'oeil de manière à ce que ces layons deviennent divergents, ils ne s'uniront plus sur la rétine, mais en arrière de celle-ci. L'oeil, par conséquent, ne recevra pas une image nette, mais une image indistincte, à cause des cercles de diffusion qui se formeront sur la rétine. Comme, en pareil cas, le foyer des rayons est ■derrière la rétine, chaque point lumineux de l'objet ne se trouve plus représenté par un point sur la rétine, mais par un cercle (secteur de ■chaque faisceau conique des rayons); et comme ces cercles se recouvrent l'un l'autre, l'image est rendue indistincte. Ces cercles sont appelés cercles de diffusion et prennent la forme de la pupille ; leur volume, par •conséquent, diminue avec celui de la pupille, et vice ver sa. • Pour calculer exactement le passage des rayons de lumière à travers l'oeil, Listing a construit un oeil diagrammatique (fig. 63) qui a 6 points •cardinaux correspondant à ceux des lentilles optiques et situés sur l'axe optique. 1° Le foyer F (fig. 63) placé sur la rétine est le point d'inter-section des rayons qui tombent parallèlement sur la cornée. 2° Le foyer antérieur F' est edui où les rayons venant de la rétine et ceux dont le ■cours est parallèle dans l'humeur vitrée, sont portés au foyer. 3° Les deux points principaux HH' qui se trouvent sur l'axe optique dans la •chambre antérieure sont tout près de la cornée (dans la iig. 63 ces deux .points sont un peu trop loin de la cornée), h" Les deux points nodaux KK' où les lignes de direction se coupent sont près de la surface postérieure ■de la lentille.
A cause de la distance infiniment petite (moins d'un quart de milli-mètre) qui existe entre les deux points HH' et les deux points KK, cet oeil •diagrammatique peut être simplifié et ces quatre points cardinaux réduits à deux : un point principal situé dans la chambre antérieure et un point central situé un peu en avant de la surface postérieure de la lentille jiles deux points du foyer restant les mêmes. Pour la façon de calculer les cours, des rayons de lumière suivant les points cardinaux, je renverrai le îèc-' teur à la Physiologie optique d'Helmoltz, et aux ouvrages de Dondérs sur les Anomalies de la réfraction et de ïaccommodation. ■■-.,■■,-
Un regard jeté sur la figure 63 expliquera aussi la position relative dès axes optiques (FF') et delà ligne visuelle (VV). Cette dernière est une ligîe imaginaire tirée de la tache jaune au point objectif. On croyait autrefois que ces positions étaient identiques, mais Helmhollz a trouvé qu'iln'ên était pas ainsi et qu'en face de l'oeil, la ligne visuelle était en dedans et généralement aussi un peu au-dessus de l'axe optique, son extrémité posté'rieure (la rétine) étant par conséquent au côté interne de l'axe optique et légèrement au-dessous. Ainsi dans la figure 63 (qui représente Une section horizontale de l'oeil diagrammatique, la partie supérieure delà figure étant le côté temporal et la partie inférieure le côté nasal) West la ligne visuelle et FF' l'axe optique. A la cornée, la première se trouve-au côté interne, à la rétine au côté externe de l'axe optique. Au point ceulral K, elles se croisent. . ; . ';
Dans un oeil emmétrope ou normal, la ligne visuelle tombe sur la cornée, un peu au côté interne de l'axe optique avec lequel elle forme un angle de 5 degrés environ. Mais Donders a montré que dans un oeil hypermé-trope elle se trouve encore plus sur le côté interne de façon à former un angle de 8° ou 9% au lieu que, chez les myopes, la ligne visuelle peut cor-respondre à l'axe optique ou même être placée à sa partie externe. Ces diffé-rences dans la relation de l'axe optique et de la ligne visuelle produisent souvent un strabisme apparent.
Angle visuel. — Le volume apparent d'un objet dépend du volume de son image rétinienne. Si, par exemple, l'oeil est accommodé pour l'ob-jet AB (fig. 6/i) et que les lignes de direction AA' et BB, soient tirées à travers le point central K, l'angle AKB sera l'angle visuel sous lequel l'objet est vu, et cet angle égalera l'angle A'K'B'. L'angle visuel est en
1-'1G. 6Û. relation directe avec le volume de l'objectif; car plus celui-ci est grand, plus l'angle visuel sera considérable et par conséquent plus l'imag-e sera grande aussi, et vice versa. En outre, l'angle visuel augmentera aussi de volume suivant la proximité de l'objet et diminuera à mesure que celui-ci sera éloigné de l'oeil. Si cependant le volume de l'objet augmente pro-portionnellement à sa distance, il sera vu sous le même angle visuel. Ainsi ,AB (fig. Qh) et au sont vus sous le même angle visuel, quoique le premier soit considérablement plus loin de l'oeil que ai. De cela on con-clut facilement que le simple fait d'un malade lisant une impression très-fine n'exclut pas un certain degré d'amblyopie. En décidant ce point, nous devons toujours prendre en considération la distance à laquelle il peut lire et l'état de la réfraction et de l'accommodation. L'angle visuel le plus petit sous lequel un objet peut être vu distincte-ment par l'oeil est un angle de 5 degrés. On a par conséquent pris ce degré comme type pour déterminer l'acuité de la vue, et les caractères d'essais de Snellen et de Giraud-Teulon ont été divisés, d'après ce prin-çipe,"Comme on l'a déjà dit (page h), chaque type étant sous un angle de 5 degrés à la dislance, en pieds, qui correspond a ce nombre. Ainsi le n° 1 est vu à un angle de 5 minutes, à 1 pied, le n° 1 à 2 pieds, et ainsi de suite.
Il nous reste maintenant à examiner de plus près le sujet de la réfraction etde l'accommodation.
. Par le terme accommodation on entend le pouvoir que possède tout oeil normal de s'ajuster presque imperceptiblement et sans en avoir conscience pour, les différentes distances, regardant un objet placé à quelques pouces de l'oeil, et l'instant d'après regardant quelque objet très-éloigné ou bien encore embrassant d'un seul regard un espace considérable.
Dans un oeil normal, tout l'appareil de l'accommodation est si parfaite-ment disposé et ses fonctions s'établissent et s'accomplissent avec tant de rectitude et de facilité, que quoique la vision soit un acte volontaire, elle s'exécute depuis la première enfance instinctivement et sans qu'on ait conscience du travail qu'on exécute. Il n'est pas étonnant que ce pouvoir d'ajuster l'oeil aux distances les plus différentes ait été une élude favorite pour plusieurs physiologistes éminents et pour plusieurs naturalistes dis-tingués.
La nécessité absolue de ce pouvoir devient évidente par un regard jeté surla figure 65 et une exposition rapide du fait suivant :
Ainsi qu'on l'a déjà dit, l'oeil emmétrope au repos est ajusté pour les rayons parallèles aa, de sorte qu'ils sont portés au foyer sur la rétine b sans aucun effort d'accommodation. Cependant si l'objet est porté en c (12 mil. del'oeil) (1), les rayons seront très-divergents et portés au LofeJ derrière la rétine en d, à moins que l'oeil ne puisse accroître asserson pouvoir de réfraction pour les unir sur la rétine. Sinon, les cerelôsfe; diffusion se formeront sur celle-ci et l'objet apparaîtra trouble et indis-tinct. Si l'accommodation de l'oeil estparalysée, les rayons de l'objetcW& en face de l'oeil, seront portés de la rétine au foyer à l'aide d'une lentille bi-conxexe de 12 pouces de foyer, ce qui rendra les rayons parallèles et permettra à l'oeil de les porter au foyer sur la rétine.
Il est très-nécessaire de distinguer soigneusement entre les termes réfraction et accommodation qui signifient deux choses parfaitement dif-férentes. Par réfraction on entend le pouvoir passif possédé par l'oeil au repos ■— ajusté pour son point éloigné — de porter certains rayons au foyer sur la rétine, sans aucun effort actif ou aucune participation de l'ap-pareil musculaire de l'accommodation. Ce pouvoir de réfraction est dû à la forme de l'oeil et à ses différents milieux réfringents.
Nous avons vu (fig. 65) que l'état de la réfraction de l'oeil normal est tel que, lorsque l'organe est au repos, les rayons parallèles sont portés au foyer sur la réline sans aucun effort d'accommodation. Le point le plus éloigné de la vision distincte est à une distance infinie. Donders appelle cetétatdel'emmétropie. Il dit: « La réfraction des milieux de l'oeil au repos peut être appelée normale à cause de la situation de la rétine, seulement quand les rayons parallèles incidents s'unissent sur la couche des bâton-nets. Alors, en réalité, les limites sont précisément à leur mesure, il y a de l'emmélropie (de î^.^^, modus temens, et &4>, oculus). Un oeil dans cette situation s'appelle emmétrope (2). »
Ce nom exprime très-bien ce qu'il veut dire. L'oeil ne peut pas être appelé normal, car il peutfacilement devenir anormal ou morbide et cepen-dant être emmétrope. L'expression de oeil normalement construit ne peut
(1) Je dois rappeler au lecteur la signification des expressions suivantes. A point d'àçqômt, modation, r point éloigné, p point rapproché e» (—0), distance infinie ' pied, " ppucës, "'lignes.
(2) Donders, On the Anomaliesof Accommodation and réfraction of the lye, p. 81, New Sydèh-- Ham. (Sucie(s//186â.) pas non plus convenir, car la structure d'un oeil emmétrope peul être anormale de quelque manière, et il peut se faire aussi qu'un oeil emmé-trope soit construit sans différence de structure. Par ces raisons, le mot emmétrope paraît le seul qui puisse convenir et qui exprime exaclement l'état auquel on fait allusion.
La réfraction peut dévier de deux manières dans l'état emmétro-pique.
I. Le principal foyer de l'oeil, quand il est ajusté pour un point éloigné, setrouve en face de la rétine (fig. 66), de sorle que les rayons parallèles ne sont pas portés au foyer sur celle-ci, mais en face d'elle en/; les cercles de diffusion bb se forment, et les rayons suffisamment divergents seule-ment, sont unis sur la rétine. Cet état est appelé myopie et aussi brachy-niêlropie (Çf«xùî, brevis, p'rpov, moclus, &$, oculus, l'image se forme à une trop courte distance), et dépend de la trop grande longueur du globe de l'oeil ou de l'état trop élevé de la réfraction. Une lentille concave appropriée est nécessaire pour unir sur la rétine les ravons parallèles (fig- 66).
II. Le principal foyer peut se trouver derrière la rétine, de sorte que* quand l'oeil est au repos, les rayons parallèles sont portés à un foyer .derrière la rétine (fig. 67) en /. Des cercles de diffusion bb se forment et l'objet paraît indistinct. Cet état est appelé hypermétropie (i™p, super, l^P°v, modus, Sty, oculus, l'image se forme à une trop grande distance). Pour remédier à cette confusion de l'image, l'oeil subit un changement dans son accommodation, de façon à accroître son pouvoir de réfraction etvè rendre les rayons parallèles assez convergents pour s'unir sur la rétine. On produit le même effet en plaçant devant l'oeil une lentille convexe appropriée.
Afin de faire comprendre que cet oeil, n'est pas emmétrope, Donders pro-pose de l'appeler ammétrope (de Z^oç, extra modum, et &ty, oculus); il : fait observer que la brachymétropie et l'hypermétropie sont deux étals qui peuvent s'y rapporter. On croyait autrefois que la myopie et la pres-bytie étaient deux états non-seulement différents, mais opposés : cette : opinion est erronée. Dans la myopie, il y a uneposition anormale du point : éloigné, tandis que dans la presbytie la position de ce point est normale. ; Seulement celle du point rapproché est changée et amenée plus loin de ; l'oeil. En réalité, la presbytie et la myopie peuvent coexister. La près- : bytie n'est pas une anomalie de réfraction, mais une diminution de la ; puissance d'accommodation.
En quoi consistent lescbangementsdel'accommodation de l'oeil? Cette question a été très-débattue et résolue de façons bien différentes. Quel-ques personnes ont pensé que la cornée subit certaines altérations pen-dant l'accommodation, pour les objets rapprochés, de sorte que son pouvoir de réfraction s'accroît et que l'oeil peut s'ajuster pour lire, écrire, etc.. Mais, en dehors des diverses raisons qu'on peut opposer à cette théorie, Helmholtz a montré avec un ophthalmomètre que la courbe de la cornée ne subit aucune altération pendant l'accommodation D'autres ont pensé que les muscles du globe de l'oeil jouaient un rôle important en amenant, conjointement avec le muscle ciliaire, l'ajuste-ment pour les objets rapprochés. Mais l'erreur de cette assertion est prouvée d'une manière irréfutable par un cas de de Graefe, dans lequel tous les muscles droits et obliques des deux yeux étaient paralysés, de sorte que les globes étaient immobiles et cependant le pouvoir d'accom-modation était, parfait.
On a à la fin établi définitivement, et surtout à l'aide des expériences ■ de Cramer et de Helmholtz (failes indépendamment les unes des autres), .: que le changement nécessaire dans la réfraction de l'oeil pendant l'accom-: modation est dû à une altération dans la forme de la lentille cristalline. '■ Helmholtz trouve, au moyen de son ophthalmomètre, que la lentille ne change pas de position, pendant l'accommodation pour les objets rappro- : chés, mais que tout s'arrange par un changement dans la courbe des i surfaces antérieure et postérieure de la lentille, qui deviennent plus: convexes (lalentille étant elle-même plus épaisse en arrière qu'en avant), ^ de sorte que la lentille acquiert un pouvoir de réfraction plus considé- ; rable, et par conséquent une distance focale moins grande; de la sorte : les rayons d'un objet même très-rapproché sont portés au foyer sur la ; rétine. Il a trouvé, avec l'ophthalmomètre, que les yeux subissent les chan-; gements suivants pendant l'accommodation, pour les objets rapprochés.; ■';!;# Lie. volume de la pupille diminue; 2° le bord pupillaire de l'iris :s'®ànce ; 3° la partie périphérique de l'iris recule ; 4° la surface anté-rieure de la lentille devient plus convexe (arquée) et le sommet se meut rm avant; h" la surface postérieure de la lentille devient aussi légère-ment-arquée, mais ne subit pas de changement perceptible dans sa posi-tion-ta lentille, cependant, devient plus épaisse vers le centre (1). ;; Comme le volume de la lentille doit rester le même,Helmoltz pense que •nous pouvons, en outre, dire que le diamètre transversal de la lentille diminue. H trouve, d'après ses calculs, que ces changements de la lentille sont suffisants pour tous les besoins de l'accommodation (2).
La fig. A8 montre les changements que subit l'oeil pendant l'accommo-dation. La partie antérieure de l'oeil est divisée en deux parties égales. Une moitié F montre la position des parties, quand l'oeil est ajusté pour voir à distance; l'autre, N, montre la position de l'oeil accommodé pour les objets rapprochés. Quand l'oeil est au repos, l'iris forme une courbe ,(tt) dans le voisinage duc anal de Schlemm (s); mais quand il est accom-modé pour les objets rapprochés, les fibres de l'iris subissent une con--
FiG. 68. — Changements que subit l'oeil pendant l'accommodation. .,,,:.(1) OttoBecker a trouvé dans des yeux albinos l'espace entre l'apophyse ciliaire etle bord de -.', la lentille augmenté de volume pendant l'accommodation pour les objets rapprochés. Il pense 4ïïe probablement ie volume de l'apophyse ciliaire varie dans les conditions différentes de l'ac-commodation, et suppose que ce fait est dû à une différence dans le sang qui anime l'iris et qui %iè, pense-t-il, avec la dilatation et la contraction de la pupille. ■■■■■ (2) On a trouvé avec l'ophthalmomètre que la position des images reflélées d'une bougie pro-duites par la cornée et les surfaces antérieures et postérieures de la lentille subissent un chan-gement pendant l'accommodation pour les objets rapprochés. Tandis que l'image reflétéejpar ja cornée restait immuable, celle de la surface antérieure de la tension s'approchait de l'image çprrtëale et diminuait de volume ; l'image de la surface postérieure de la lentille diminuait aussi légèrement de volume, mais ne subissait aucun changement appréciable dans sa position.
SOELEERG WELLS. 34 traction, la périphérie de l'iris est élargie^), et la chambre antérieure allongée de sorte que sa diminution de profondeur est compensée, par suite de l'avancement de la surface antérieure de la lentille.
Reste maintenant cette question : De quelle manière se produit ce. changement de forme de la lentille? Il est hors de doute que c'estumV quement dû à l'action du muscle ciliaire. Cramers, Donders, HelmhoItzV Millier et tous les autres observateurs pensent que tandis que le musèlê ciliaire joue le rôle le plus important dans le mécanisme de l'accommo*. dation, il est aidé matériellement par l'iris. Il avait été impossible^ malgré les plus minutieuses recherches et les plus soigneuses dissections, de déterminer exactement l'importance relative de l'iris et du muscle ciliaire. Cette question a été définitivement réglée par un cas rencontré, dans la clinique de de Graefe : le malade complètement privé d'iris (enlevé après accident) avait conservé un pouvoir d'accommodation par-fait, et sous l'influence d'une forte solution d'atropine, ce pouvoir fut complètement paralysé.