‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 86 sur 149 · PUISSANCE D'ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

PUISSANCE D'ACCOMMODATION

Ï1I- — Puissance d'accommodation.

; Quand l'oeil a atteint son point de réfraction le plus élevé, il se trouve •accommodé pour le point le plus rapproché de la vision distincte; quand, ■d'autre part, il est relâché au plus haut degré, il se trouve ajusté pour le point le plus éloigné de sa vue.

Cependant comme le pouvoir du muscle ciliaire est limité, l'accommo-dation pour les objets rapprochés doit aussi être limitée, elle point ne peut pas être rapproché plus qu'à une certaine distance de l'oeil. Dans un oeil emmétrope, ce point se trouve à 3 pouces et demi ou h pouces pendant la jeunesse, mais, à mesure qu'on avance en âge, il recule de plus en plus. Le point le plus éloigné de la vision distincte se trouve, pour un oeil emmétrope, à ce que nous avons appelé distance infinie. Le point le plus éloigné de la vision distincte est exprimé par la lettre r (punctum ■remotissimum), et le point le plus rapproché parla lettrep (punctum proximum).La distance qui sépare ces deux points est appelée puissance ■d'accommodation. L'étendue de cette distance varie suivant la force et l'efficacité du muscle ciliaire, l'élasticité de la lentille et l'âge du sujet. La distance de p à l'oeil (mesurée du point nodal) est exprimée par P, la distance de r à l'oeil par R. Maintenant la puissance d'accommodation peut être facilement trouvée, si nous la prenons comme égale à la lon-gueur focale d'une lentille, qui donne aux rayons émanant d'un objet placé au point rapproché (p), une direction semblable à celle qu'ils au-raient s'ils venaient du point (r). Supposons que l'oeil soit emmétrope et accommodé pour un objet placé à son point éloigné (rayons parallèles), ■sî l'objet "est maintenant amené à 5" de l'oeil et que ce dernier n'exerce pas son pouvoir d'accommodation, les rayons de l'objet seront portés au foyer •derrière la rétine. Afin de les unir sur celle-ci, une lentille biconvexe sera placée devant l'oeil, ce qui rendra parallèles les rayons venant de l'objet (placé à 5") i e, et leur donnera la même direction qu'ils avaient <juand il était placé à la distance infinie. Une lentille de 5 pouces sera 'nécessaire pour atteindre ce but, car les rayons d'un objet placé à sa lon-gueur focale antérieure vont sortir parallèlement de la lentille. Si main-tenant, nous supposons cette lentille auxiliaire placée dans l'oeil, elle re-iprésente l'accommodation de l'organe et sa puissance d'accommodation,

i i ■qui dans ce cas sera = -.Lapuissance d'accommodation j peut être trou--

. îii me par la formule j — p ~ R

Rendons le fait plus clair par quelques exemples :

1° Si le point le plus éloigné se trouve à la distance infinie, R = c© , U point le plus rapproché à 6" P = 6", lapuissance d'accommodation' sera de -, i = ^. La puissance d'accommodation est ici repré» sentée par une lentille auxiliaire de 6 pouces de foyer.

2° Si, dans un oeil emmétrope, le point éloigné se trouve à 8'' et le point rapproché à h" de l'oeil, la puissance d'accommodation sera -^ i i i 4 8 8 "

3° Si un oeil presbyte a son point le plus éloigné à une dislance infinie et son point rapproché à 10", la puissance d'accommodation sera de

i i i £ ÏÔ~' 10 <*■ 10 ■

La méthode suivante est aussi très-bonne pour essayer le pouvoir d'ac-commodation, et pour découvrir de suite si l'oeil est emmétrope, myope ou hypermétrope.

Une lentille convexe de 6" ou 10" de foyer est placée devant l'oeil (1). Avec cette lentille on fait lire par le malade le n° 1 de G. Swellen, et on note le point éloigné et le point rapproché. Le point éloigné (r') et le point rapproché (p'), étant trouvés, sont en relation avec le point éloigné (r) et le point rapproché (p) réels de sorte que les rayons qui viennent de r sont réfractés par la lentille comme s'ils venaient de r, ceux de// étant en même temps réfractés comme s'ils émanaient de p. Avec une lentille convexe, 6 r' (dans l'oeil normal) se retrouve à 6" de l'oeil, car les rayons d'un objet éloigné de 6" en tombant sur la lentille sont rendus parallèles par elle et vont par conséquent tomber sur l'oeil comme s'ils venaient du point le plus éloigné (infinie distance,, point éloigné normal). Le point rapproché {p) se trouve à environ 2|", cependant ces distances varient suivant l'âge du sujet.

La puissance d'accommodation se trouve très-aisément par la formule-- X = p ~~ R • ^a lentille et sa distance de l'oeil (environ \") sont négli-gées dans le calcul.

Si (avec la lentille convexe 6) le point éloigné (?•') se trouve à 6", le point rapproché (//) à 3", - = - — g = -.

Expliquons ce procédé par les exemples suivants :

1° OEil myope. On trouve avec la lentille convexe 6 r' = 5", l'oeil : est par conséquent myope, car il n'est pas ajusté pour le point, normal éloigné (6"), mais pour un point plus rapproché dont les rayons frappent sur l'oeil dans une direction divergente : — - = - — - — -

(1) La lentille doit] être forte, afin que le sujet puisse réellement commander son point éloif , gné, et que celui-ci puisse être rapproché jusqu'au minimum de l'angle distinct, assez pour n'exercer aucune influence, ce qui exclut l'amblyopie.

PUISSANCE D'ACCOMMODATION. 533 . Maintenant, quels verres seront nécessaires à ce sujet pour voir à une distance infinie? Au moyen de notre forle lentille convexe, nous avons -changé cet oeil en un oeil très-myope en réalité d'une myopie de -s, car . nous aurions à placer un verre concave de 5" de foyer devant un verre ■convexe de 6, afin de faire voira distance, en effet ce verre concave va rendre les rayons parallèles aussi divergents que s'ils venaient d'une distance de 5". Afin de trouver le verre concave convenable pour cette dislance, nous devons déduire le concave 5 du convexe 6. • ' De là, le verre concave convenable sera le n° 30, pour - — - = —.

2° OEil hypermétrope. Avec la lentille convexe 6, r' = 8, p'— 3". L'oeil est par conséquent hypermétrope, car son point éloigné se trouve derrière le point éloigné normal (6").

Sa puissance d'accommodation = — pour - = = —. '.. 4j x A 3 8 if

Ci-dessus, nous avons parlé seulement du pouvoir absolu d'accommo-dation qui existe quand chaque oeil est essayé séparément. Donders (1) -dit, en outre, que nous devons distinguer deux autres puissances d'ac-commodation : la binoculaire et la relative. La binoculaire comprend l'accommodation du point le plus éloigné J\, au point le plus rappro-ché/),, quand les deux yeux regardent ensemble. La formule est celle-ci :

i i •i"a — r~ ~ V ; Quoiqu'il y ait une certaine connexion entre l'accommodation et la convergence des lignes visuelles, cependant celte connexion n'est pas absolue et définie, car la position des lignes visuelles peut être changée, ■et malgré cela l'accommodation rester la même; car, si un prisme d'une force modérée est placé devant un oeil (sa base tournée en dehors), la -convergence des lignes visuelles sera considérablement accrue pour dominer la diplopie, et cependant on verra l'objet distinctement, à la même distance avec les deux yeux. En outre, l'accommodation peut être -altérée, et cependant l'état de convergence rester le même ; car si l'on -place une lentille concave ou convexe faible devant les yeux, un objet f eut encore être vu distinctement à une distance infinie. Cela prouve que l'accommodation, peut être modifiée sans qu'il y ait aucun changement -dans la convergence des lignes visuelles. Ces expériences montrent •qu'il y a une certaine indépendance entre la convergence et l'accommo-dation et la puissance d'accommodation sur laquelle nous exerçons ■un contrôle. Une convergence donnée des rayons visuels est appelée puissance relative d'accommodation, et se trouve par la formule (1) Op. cit. On trouvera une explication complète de ce sujet avec des diagrammes explicatifs ■dans l'ouvrage de Donders. i- = - A-. Elle consiste par conséquent en 'deux parties distinctes : A4 P4 R, la positive et la négative. La positive est cette partie dont on dispose pour une distance plus rapprochée que le point de convergence, et la négative est cette partie nécessaire pour voir un objet placé derrière le point de convergence des rayons visuels. La relation entre ces deux parties de la puissance relative d'accommodation, est d'une grande impor-tance pratique, car on trouve qu'afin d'employer les yeux pendant long* temps sans fatigue, pour des objets rapprochés pour lire, travailler, etc., il est absolument nécessaire que la partie positive de l'accommodation existe dans une certaine proportion avec la négative (elle doit égaler au moins ~).

Les meilleurs objets pour essayer le pouvoir d'accommodation sont les caractères types de Swellen ou l'optomètre de fil de fer de de Graefe. Cependant comme ce dernier instrument demande une certaine intelli-gence et de l'exactitude de la part du malade, je trouve plus pratique, sur-tout à l'hôpital, d'employer les caractères types. Si, pendant que le sujet lit le n° i, nous remuons le caractère alternativement plusieurs fois,, l'éloignant et le rapprochant de l'oeil, on peut facilement s'assurer du point le plus éloigné et du point le plus rapproché (distinct). L'optomètre de de Graefe est un petit cadre carré en fil de fer, sur lequel sont attachés un certain nombre de fils délicats verticaux et parallèles. Ce cadre peut être augmenté d'un bâton de cuivre gradué, (en pouces et en pieds) sur lequel il est mobile el peut être fixé à l'aide d'un cordon gradué. Une des extrémités du bâton, ou la bobine du cordon, est placée près du front du sujet et le cadre amené au point le plus rapproché où les fils peuvent être individuellement distingués ; la distance de ce point à l'oeil est indiquée par l'échelle graduée, et le nombre est indiqué comme point rapproché (p). Le cadre est alors porté au loin jusqu'au point le plus éloigné où les fils sont vus individuellement et d'une façon claire et nette, et ce point est noté comme point éloigné (r). La: dis-tance entre p et r est la puissance d'accommodation. Les fils n'apparâis-sent distinctement que lorsque l'oeil est parfaitement accommodé pour eux; dès qu'il y a la plus légère déviation de cette accommodation parfaite? (soit que le cadre ait été porté trop loin ou trop près), les fils apparais-sent épaissis et indistincts ou comme entourés d'une aréole, ou-bien' encore des images doubles colorées peuvent apparaître dans les inter-valles transparents. Avec les caractères types, l'examen est encore plus facile. Le point le plus rapproché auquel le n° 1 de Swellen peut être lu facilement, est mesuré et noté comme point rapproché et alors le point le plus éloigné est mesuré et noté. (Dans un oeil emmétrope, le n° i de -Swellen est lu à 1', le n° 20 à 20').

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