IX. — Oplitliaiutic exanthématcnse
Les yeux deviennent souvent malades dans-la rougeole et dans la scar-latine. Dans les cas les plus bénins la conjonctive devient hypérémique et
OPHTHALMIE EXANTHÉMATEUSE. 75 il survient parfois des symptômes de conjonctivite catarrhale. Ce n'est •qu'exceptionnellement que l'inflammation assume un caractère muco-purulent plus grave conduisant parfois à des ulcères perforants de la cornée ou prolapsus de l'iris et du staphylôme antérieur. Cet état se rencontre surtout chez les enfants d'une diathèse faible et scrofuleuse. La conjonctivite a assez souvent une forme phlycténulaire accompagnée de beaucoup de pholophobie, de larmoiement et d'une grande irritabilité de l'oeil. Les ulcères étendus de la cornée ou de l'iris sont très-rares.
Dans la plupart des cas le traitement doit être très-simple. Les yeux, protégés contre la lumière, seront fréquemment-lavés afin de les débarras-ser de l'écoulement, et s'il y a de l'hypérémie, de l'ophthalmie catarrhale ou une inflammation quelconque de la conjonctive, un collyre légèrement astringent de zinc, d'acétate de plomb ou d'alun sera prescrit. S'il y a beaucoup de photophobie ou de larmoiement mêlés à des phlyctènes de la conjonctive ou de la cornée, on introduira dans l'oeil des gouttes d'a-tropine ou de belladone et l'on fera des frictions sur le front avec un onguent composé à la belladone. La santé générale sera en même temps très-surveillée. /
Dans la petite vérole les yeux sont parfois plus dangereusement atteints, car l'inflammation est plus grave, et de plus des pustules varioleuses peu-vent se former sur les paupières, sur la conjonctive et même sur la cornée. Ces pustules amènent souvent des complications graves et dangereuses; heureusement, depuis que la vaccine est employée l'ophthalmie varioleuse est beaucoup moins dangereuse qu'auparavant où elle n'amenait que trop souvent la perte de la vue.
S'il se forme un nombre considérable de pustules sur les paupières l'enflure devient si considérable qu'il est impossible d'ouvrir les yeux. Ces pustules se forment aussi quelquefois à l'extrémité de la paupière entre les cils et détruisent les bulbes ; ce qui amène la perle complète des cils (madarosis). Si elles sont situées sur la conjonctive palpébrale près du bord de la paupière elles peuvent oblitérer les ouvertures des glandes de Meibomius et produire un arrêt et une altération clans leur sécrétion ; ou bien encore la pousse et l'arrangement des cils peuvent être troublés el on peut avoir du dislichiasis ou du trichiasis. Si les pustules se forment sur le limbus conjonctival, elles sont très-dangereuses, surtout parce qu'elles peuvent s'étendre jusqu'à la cornée. L'opinion répandue que des pustules varioleuses se forment sur la conjonctive et sur la cornée, pen-dant la période éruplive, a été niée par les docteurs Grégory et Marson. Ce dernier maintient que l'inflammation conjonctivale qui se rencontre dans la petite vérole peut avoir le caractère catarrhal, le caractère muco-puru-lent ou le caractère phlycténulaire ; ce dernier est peut-être le plus fré-quent.. Les paupières et l'appareil lacrymaloire sont souvent affectés, ce qui donne lieu à des complications très-obstinées et très-ennuyeuses;
Mais l'oeil peut être affligé à une période plus avancée de la maladie, quand les écailles des pustules sont tombées. De là le nom donné par quelques auteurs iï ophthalmie varioleuse secondaire. Mackenzie raconté qu'il a vu souvent deux abcès du centre de la cornée et de l'onyx à sa partie inférieure se produire après que l'éruption générale était complè-tement terminée. En général cela se développe vers le deuxième jour, et cependant il dit que cela peut se produire cinq ou six semaines après que le malade a été guéri de la maladie primitive. Il y a d'abord une infiltra-tion de la cornée qui, en- général, devient bientôt un ulcère; cet ulcère gagne en profondeur et en circonférence, peut perforer la cornée et produire un prolapsus de l'iris ou un staphylôme partiel. Si plusieurs infiltrations semblables s'unissent un grand ulcère ou abcès se forme et produit un leucome étendu, même si la cornée n'est pas perforée. Si la cornée tout entière est détruite par la suppuration, le résultat sera un staphylôme complet. L'inflammation peut attaquer de nouveau les autres parties de l'oeil, et ce dernier peut se perdre par suite de panophthalmie.
Le traitement doit être le même que celui de l'ophthalmie de la rou-geole et de la scarlatine. Afin de prévenir la formation des pustules sur les paupières on les enduira de glycérine, d'huile d'olive ou de coldcream sans parfum, on devra répéter celte application trois ou quatre fois par jour. Mackenzie conseille de mettre deux ou trois sangsues sur les tempes ou derrière les oreilles. Dans l'ophthalmie varioleuse secondaire il s'est bien trouvé de l'emploi du tartre slibié à petites doses, comme vomitif et purgatif. La santé générale doit être soutenue par des toniques et les intestins surveillés : s'il se forme des pustules sur la conjonctive ou sur les paupières, il faudra les percer et les vider. Si la cornée devient malade et qu'on craigne la perforation, le traitement devra être établi d'après les règles admises pour les perforations des ulcères de la cornée.
Dans les érysipèles de la face la conjonctive est souvent intéressée et il y a aussi une grande enflure des paupières ; la cornée n'est que rarement impliquée.