X. — lyiincttcs
Les lunettes qui sont généralement employées pour corriger quelque défaut optique de l'oeil sont des lentilles sphériques ou cylindriques, ou bien encore une combinaison des deux espèces. Les propriétés de ces len-tilles ont été suffisamment expliquées (p. 517 et 560), el j'ajouterai seu-lement ici quelques remarques sur les différentes espèces de lunettes et sur leur construction.
D'après ce que nous avons dit des différentes anomalies de l'accommo-dation et de la réfraction, le lecteur doit se rendre compte de l'importance "du choix scientifique des lunettes. Je n'hésite pas à dire que la façon ha-sardeuse et empirique généralement employée par les opticiens n'est que trop souvent suivie des plus tristes résultats, et qu'on voit souvent des yeux abîmés à tout jamais, lorsqu'on aurait pu au contraire les préserver pendant de longues années. Pour cette raison, j'insiste fortement auprès des médecins pour que non-seulement ils examinent l'état des yeux et se rendent compte de la nature exacte du trouble de la réfraction ou de l'accommodation, mais encore que, faisant un pas de plus, ils déterminent eux-mêmes avec soin le numéro du verre. Pour atteindre ce but, ils de-vront avoir une série de verres d'essai, avec un assortiment complet de lentilles convexes et concaves, et de verres correspondant aux numéros des opticiens. Des indications écrites seront données au sujet de la dis-tance focale des verres à employer, suivant qu'on veut voir de près ou de loin.
La force d'une lentille convexe quelconque peut être facilement appré-ciée d'après la dislance à laquelle l'image d'un objet, tel qu'une bougie, des barreaux de fenêtres, se forme distinctement sur un mur ou sur une feuille de papier blanc. La distance entre, cette image claire et la lentille donne la longueur focale de celle-ci; mais si nous avons sous la main une série de verres d'épreuves, il y a un moyen plus simple : on cherche la lentille concave qui neutralise complètement la lentille convexe, et celle-ci nous indique facilement le numéro.
■■ La neutralisation complète d'une lentille convexe se reconnaît en pla-çant une lentille concave tout près de la convexe; si, à travers ces deux lentilles ainsi accolées, on peut lire aussi bien qu'avec les yeux à l'état naturel, la neutralisation est parfaite. Il y a encore un autre moyen : on fixe à travers ces deux lentilles une ligne verticale, soit, par exemple, un barreau de fenêtre, et l'on fait passer de droite à gauche devant l'oeil les deux verres; si la neutralisation est complète, l'objet reste immobile. Le contraire a lieu si les deux lentilles ne se neutralisent pas. Si l'objet se meut dans une direction contraire au mouvement des lentilles, c'est là lentille convexe qui est la plus forte; s'il se meut dans le même sens, c'est la concave qui l'emporte. On essaye de la même manière la puissance des lentilles concaves.
Il faudra avoir soin que les lunettes s'adaptent bien exactement aux yeux, que les verres soient sur le même niveau, suffisamment près dés yeux, et que le centre de chaque verre corresponde bien au centre de la pupille. Ce point devra être surtout observé pour les verres qui sont maintenus au moyen d'un ressort pinçant le nez (pince-nez). Autrement, ce genre de lunettes agit à la manière des prismes, et donne lieu à delà diplopie ou à du strabisme, lequel peut même devenir permanent si l'on fait un usage constant du pince-nez. Les verres concaves doivent être placés tout près de l'oeil; autrement, ils diminuent les dimensions et la netteté de l'image rétinienne. Comme les rayons lumineux qui tombent sur une lentille concave sont rendus divergents par celte lentille même, il s'ensuit que plus le verre est éloigné de l'oeil, et moins les rayons péri-phériques traversent cet organe. C'est de cette manière qu'on explique que l'image rétinienne soit rapetissée et rendue moins netle (1). L'inverse s'obtient dans les verres concaves; car, comme ils rendent les rayons qui tombent sur eux plus convergents, un plus grand nombre de rayons pé-riphériques arrive à l'oeil, et plus le verre convexe est, bien entendu dans une certaine mesure, éloigné de l'oeil, plus l'image rétinienne devient large et brillante.
Des monocles ne devraient pas être permis en règle générale, car ils amènent la faiblesse de l'oeil dont on ne fait pas usage.
Outre les lunettes sphériques et cylindriques, on devra considérer encore les espèces suivantes :
Les verres périscopiques sont des lentilles concavo-convexes etconvexo-concaves, et, en conséquence, ces verres n'ont qu'une très-légère aberra-tion sphérique. Par suite de cette conformation, quand la surface concave est tournée vers l'oeil, il y a sur le bord du verre une réfraction beaucoup moins irrégulière, et les images deviennent plus nettes. Le malade peut regarder obliquement, ainsi que l'a fait observer Wollaston, qui, à causé même de cela, a donné à ces verres le nom de périscopiques. Leurs prin-cipaux désavantages sont de réfléchir davantage la lumièrej d'être plus pesants, et de coûter plus cher.
(1) Il a déjà élé établi que les verres concaves diminuent l'image rétinienne en reportant fen: arrière le point nodal, c'est-à-dire en diminuant l'angle de la vision, tandis que les verres con-vexes agrandissent l'image rétinienne en reportant en avant le point nodal et agrandissant de la sorte l'angle de vision.
LUNETTES. 575 ■■■. Les verres de lunettes doivent quelquefois avoir un foyer différent pour les parties supérieure et inférieure, lunettes pantoscopiques : c'est le.cas qui se présente quand la. presbytie coexiste avec la myopie ou l'hy-permétropie : ainsi, Franklin, qui était presbyte et en même lemps légè-rement myope, se servait de verres dont la moitié inférieure était con-vexe pour neutraliser la presbytie, et la partie supérieure concave pour neutraliser la myopie. A Paris, ces verres sont appelés verres à double foyer, et sont construits en donnant à la partie supérieure du verre sur la face qui ne regarde pas l'oeil un rayon différent de la partie inférieure. De telles lunettes doivent être placées devant les yeux à une hauteur ap-propriée, de manière qu'en regardant des objets rapprochés, les rayons arrivent à l'oeil en traversant la moitié inférieure du verre, tandis que pour les objets éloignés ils auront à traverser la moitié supérieure. Des verres de ce genre sont très-utiles aux peintres en miniature et aux per-sonnes qui lisent beaucoup.
Les verres prismatiques sont quelquefois employés dans le but d'exercer et de fortifier ainsi quelques-uns des muscles du globe de l'oeil, ou, au contraire, pour les reposer. L'action des prismes a déjà été expliquée dans l'Introduction, et l'usage des lunettes prismatiques sera indiqué dans l'article sur l'âsthénopie musculaire. Les prismes sont générale-ment placés la base tournée -en dedans pour reposer les muscles droits internes; ils peuvent être employés seuls ou combinés avec des lentilles convexes ou concaves. Dans le dernier cas, ils seront polis de telle sorte, qu'on trouve réunis l'effet d'un prisme et celui d'une lentille sphérique. En tournant en dedans la base du prisme, les rayons seront réfléchis quelque peu vers le côté interne de la tache jaune; l'oeil, en conséquence, se portera légèrement en dehors, de manière à faire tomber les rayons exac-tement sur la tache jaune. Il y aura, en conséquence, une convergence moindre des axes optiques ; l'effet obtenu sera le même que dans le cas où un objet serait placé plus loin; il est vu sôus le même angle visuel, et la divergence des rayons est la même.
; Immédiatement à côte des verres.prismatiques, il faut placer les verres décentrés de Giraud-Teulon. Ils sont construits de telle manière que les portions concentriques de deux lentilles convexes se rapprochent de ma-nière à produire une aclion légèrement prismatique : ainsi; dans les len-tilles convexes, le centre devrait être placé, un peu en dedans des rayons visuels, tandis que dans les lentilles concaves il devrait être un peu en dehors.
Le docteur Scheffïer propose de substituer aux lentilles sphériques communes, des verresqui seront pris sur la périphérie d'une large lentille et agiront comme des lentilles décentrées. L'avantage qu'il y trouve est que la convergence des axes optiques subit une altération qui est en harmonie avec le changement d'accommodation, ce qui n'est pas toujours le' cas lorsqu'on fait usage de lentilles sphériques ordinaires. Son travail, Die Théorie der Augenfehler und der Brille, dans lequel ce sujet est traité à fond, a été traduit en anglais par M. Pu B. Carter.
Les abat-jour sont très-utiles pour protéger les yeux contre une lumière Irop brillante, la poussière ou les vents froids. Les meilleurs sont les abat-jour recourbés d'un bleu moyen. Ils ont à peu près la forme d'un verre de montre, et sont construits de façon à recouvrir et à proté-ger complètement l'-oeil, excepté du côté temporal. Là on doit laisser une ouverture suffisante pour que l'air puisse s'introduire, arriver jusqu'à l'organe et maintenir l'évaporation de la transpiration conjonclivale. Ces abat-jour sont bien préférables à ceux qu'on fait complètement fermés, soit par un verre, soit par de la soie. Ces derniers procédés ont l'incon-vénient de tenir l'oeil dans une atmosphère trop chaude. Ils sont, par les mêmes raisons, très-utiles dans les cas où'un malade est exposé à l'air extérieur après une opération grave, lorsque l'oeil est encore enflammé et susceptible de se refroidir; mais en toute autre circonstance les abat-jour à verres recourbés devront être préférés.
L'éblouissement dont se plaignent plusieurs malades, et surtout les myopes, lorsqu'ils sont exposés à la lumière du soleil ou du gaz, peut être soulagé par des verres bleus. On croyait autrefois que les rayons rouges du spectre solaire étaient les plus fatigants pour les yeux, et l'on conseil-lait des lunettes vertes, parce que cette couleur exclut les rayons rouges. Mais il est aujourd'hui bien connu que ce ne sont pas les rayons rouges, mais les rayons oranges, qui irritent la rétine ; et comme le bleu exclut les rayons oranges, c'est cetle couleur bleue qui est véritablement la bonne pour ce genre de lunelles. De plus, la couleur bleue, à cause de sa posi-tion plus excentrique dans le spectre solaire, cause moins d'impression sur la rétine. Les lunettes noir de fumée ne sont pas aussi bonnes, parce qu'elles diminuent la quantité de couleur et de lumière, et rendent ainsi l'image plutôt indistincte.
Il est souvent très à propos de combiner la teinte bleue avec l'emploi des lentilles sphériques convexes ou concaves; dans les verres faibles, on peut le faire aisément; mais si les verres sont forts, c'est plus difficile,car l'épaisseur variable du verre produit une différence considérable dans la teinte entre le centre et les bords de la lentille. En pareil cas, il serait à propos d'adopter la proposition de M. Laurence, qui engage à joindre une feuille très-mince de verre teinté à une lentille sphérique sans couleur. Le morceau de verre teinté sera appliqué derrière la lentille.
En dehors des verres protecteurs employés'pour protéger les yeux contre le vent, la poussière, l'impression trop vive de la lumière, etc., il y a ceux qui sont employés par les travailleurs pour se garantir de parcelles
DIFFÉRENCE DANS LA RÉFRACTION DES DEUX YEDX. 577 |ê métaux ou de substances dangereuses qui peuvent les atteindre pen-dant leurs travaux. Les meilleurs sont faits en verre très-épais, avec des «étés de fil de fer ou de toile métallique, et sont assez forts pour résister au* éclats de pierre, d'acier, etc., à tout, en un mot, excepté à un gros projectile. Leur seul défaut est d'être très-lourds et très-chers. Pour obvier à ces inconvénients, le docteur Colin a proposé d'employer pour ces appa-reils protecteurs du mica au lieu de verre. Si le mica est de bonne qualité, il est presque aussi transparent que du verre; seulement, il répand sur les objets une légère teinte grise qui ne diminue en rien l'acuité de la vision, mais tempère un peu la lumière. Ces appareils sont construits de manière à recouvrir exactement les yeux, en laissant seulement sur le côté tempo-ral une légère ouverture. Leur poids est beaucoup moindre et leur prix beaucoup moins élevé, et ils ont de plus l'avantage de ne pas se briser en tombant.