I. — Actioji <!csi muscles de l'icil
. Afin de comprendre complètement l'action physiologique des différents muscles du globe de l'oeil, nous devons considérer l'oeil comme une sphère dont le centre serait fixe et dont les mouvements pourraient être seule-ment des rotations autour d'un axe fixe, et par conséquent où il ne peut exister aucun changement de localité. Seulement, afin de déterminer exactement ces rotations, il ne suffit pas de s'assurer du changement de position qa'wi point peut subir sur la surface de la sphère, mais nous devons considérer aussi la position d'un second point qui ne doit pas se trouver en relation avec le pôle du premier. Si nous prenons le centre de la cornée comme premier point et le méridien vertical (le cercle le plus grand qui est perpendiculaire à l'équateur de l'oeil) pour second point, nous pourrons facilement déterminer les mouvements de rotation de l'oeil en examinant dans quelle direction se meut le centre de la cornée, et quelle espèce d'inclinaison subit le méridien vertical. Afin de découvrir les inclinaisons du méridien vertical dans les diverses positions de l'oeil, Donders conseille une expérience très-ingénieuse : il commence par suspendre un fil coloré qu'il regarde jusqu'à ce que son image soit imprimée sur sa rétine (cette image se trouve dans le méridien vertical de l'oeil); il remue alors sa tête dans les différentes directions pour lesquelles il désire s'assurer des inclinaisons du méridien vertical, el me-sure l'angle que forme l'image sur sa rétine avec une ligne tenue verlica- 1 lement sur son oeil. Gomme la position de l'image verticale correspond (I) Pour des informations plus complètes sur les maladies des muscles de l'oeil, je renvoie le lecteur aux articles de de Graefe dans A. f. O., I,et III ; et Alf. Graefe, MotililiUsslbrungen des Auges; ainsi qu'aux miens* R, L. O, H. Rep., II et III, dans le Médical Times and Gazette, avec celle du méridien vertical, il a pu de cette manière s'assurer de la direction du méridien vertical dans chaque mouvement du globe de l'oeil.
Je dois ici faire remarquer que, d'ordinaire, on voit les objets d'une manière verticale, et non pas inclinée, même lorsque le méridien vertical est incliné.
En se basant sur ses expériences, Donders a établi les règles suivantes quant à la position du méridien vertical dans les différentes positions de l'oeil :
1° Si l'on regarde, dans le méridien horizontal, droit devant soi à droite ou à gauche, le méridien vertical ne subit aucune inclinaison, mais reste verlical;
2° Si l'on regarde, dans le méridien verlical, droit devant soi en haut ou en bas, le méridien vertical reste encore vertical;
3° Si l'on regarde obliquement en haut, à gauche, les méridiens ver-ticaux des deux yeux sont inclinés (1) parallèlement à la gauche (celui de l'oeil gauche penché en dehors et celui de l'oeil droit en dedans);
h° Si l'on regarde obliquement en bas, à gauche, les méridiens ver-ticaux des deux yeux sont inclinés parallèlement à droite (celui de l'oeil gauche en dedans, celui de l'oeil droit en dehors);
5° Si l'on regarde obliquement en haut à droite, les méridiens verti-caux des deux yeux sont inclinés parallèlement à droite (celui de l'oeil droit en dehors, celui de l'oeil gauche en dedans);
6° Si l'on regarde obliquement en bas à droite, les méridiens verti-caux des deux yeux sont inclinés parallèlement à gauche (celui de l'oeil droit en dedans, celui de l'oeil gauche en dehors) (2).
Afin d'être plus clair, nous pouvons regarder les muscles moteurs de l'oeil comme divisés en trois paires, les deux muscles de chaque paire agissant d'une façon antagoniste l'un avec l'autre.
Afin de s'assurer de la direction dans laquelle agit un muscle, il est né-cessaire de tirer une ligne droite qui unit le milieu de son origine au mi-lieu de son inserlion. Un plan placé à travers cette ligne, au point tournant de l'oeil, est appelé plan du muscle, et une ligne qui est perpen-diculaire à ce plan au point tournant est appelée axe tournant. Nous ver-rons maintenant qu'il est de la plus grande importance, dans les paraly-sies des différents muscles du globe de l'oeil, de. connaître les positions de l'oeil dans lesquelles certains muscles agissent sur la hauteur de la cornée, et surtout sur le méridien vertical. Nous trouverons que l'effet produit sur la hauteur de la cornée est d'autant plus grand que le plan du muscle coïncide avec le plan méridien verlical, et que l'axe tournant
(1) L'extrémité supérieure de la ligne du méridien vertical est celle qui est toujours décrite.
(2) Ces règles ont été traduites de l'excellent ouvrage d'Alfred Graefe : Ktinische analyse der Molilillàsslorungen des Auges. approche'd'u diamèlre horizontal. D'autre part, le pouvoir exercé sur le méridien vertical sera moins grand dans cetle siluation, mais augmen-tera en proportion quand l'oeil sera tourné dans la direction opposée, l'axe tournant s'approchera de plus en plus de la position de l'axe optique.
" Examinons maintenant l'action des différents muscles sur le globe de l'oeil, et la direction du méridien vertical. , Le muscle droit supérieur s'élève d'une partie de l'os juste en face du trou optique, et continue sa course obliquement sur le globe jusqu'à l'en-droit où il vient s'insérer dans la sclérotique, à trois lignes dans la cor-née, mais il passe si obliquement que la partie interne de son insertion se trouve de presque une ligne plus près de la cornée que dans sa partie externe. Son action consiste à faire mouvoir l'oeil en haut et légèrement en dedans, en inclinant le méridien vertical en dedans.
Le droit inférieur commence aussi dans l'ouverture optique, et son tendon est inséré à trois lignes environ du bord inférieur de la cornée, mais à une demi-ligne environ du côté interne de la ligne idéale verticale tirée à travers le centre de la cornée. Il fait mouvoir l'oeil en bas et en dedans, en inclinant le méridien vertical en dehors.
Ces muscles, droits supérieur et inférieur, exercent une influence considérable sur le niveau de la cornée, lorsque l'oeil est tourné en de-hors, car le plan du muscle coïncide de plus en plus avec le plan méri-dien, et l'axe tournant approche du diamètre horizontal. Ces muscles agissent davantage sur l'inclinaison du méridien vertical quand l'oeil est tourné en dedans, car alors l'axe tournant approche de plus en plus de l'axe optique.
Le droit externe part du tendon commun, et se développe le long du côté externe du globe de l'oeil, pour venir s'insérer à trois lignes environ du bord extérieur de la cornée. Il donne à l'oeil les mouvements directe-ment extérieurs sans produire aucune inclinaison du méridien vertical. - Le droit interne est le plus fort des muscles oculaires : il a près de quatre lignes de largeur, part du tendon commun, et est inséré dans la sclérotique à deux lignes et demie environ du bord inférieur de la cornée. Il donne à l'oeil le mouvement directement inférieur, sans inclinaison du méridien vertical.
■: Le muscle oblique supérieur part juste en face de la partie interne de la cavité optique, et va le long de l'angle interne de l'oeil, où son tendon passe à travers le trochléateur, de là se penche en dehors, se développe -en arrière comme un éventail, et vient s'insérer dans le quart supé-rieur* postérieur et externe du globe de l'oeil, par un tendon long de trois -lignes dont la convexité se trouve en arrière. L'action de l'oblique supéieur consiste à faire rouler l'oeil en bas et extérieurement, et à incliner le méridien vertical en dedans.
Le muscle oblique inférieur part d'une dépression dans le bord orbi-taire de l'os maxillaire supérieur. Il est légèrement tourné vers le côté externe du sac lacrymal, et passe le long du plancher de l'orbite extérieu-rement en bas et en arrière, jusqu'à ce qu'il arrive au-dessous du droit inférieur (auquel il est réuni par le tissu fibro-cellulaire), à l'endroit de sa courbe en haut et en arrière, et passe au côté interne du droit externe, pour venir s'insérer, par un tendon court, près de l'insertion du muscle supérieur oblique. L'oblique inférieur fait remuer l'oeil en haut et exté-rieurement, et incline au dehors le méridien vertical. Les deux muscles obliques agissent plus sur la hauteur de la cornée quand l'oeil est remué en dedans, car le plan du muscle coïncide alors de plus en plus avec le plan méridien; en outre, ils agissent sur l'inclinaison du méridien ver-tical quand l'oeil est tourné en dehors, car alors l'axe tournant se rap-proche de plus en plus de l'axe optique.
Ayant ainsi décrit l'action individuelle des muscles, il nous reste main-tenant à considérer les mouvements de l'oeil qui sont produits par l'action combinée de plusieurs muscles réunis. En agissant ainsi, on rencontre huit mouvements différents de l'oeil à examiner :
1° Le mouvement vertical en haut, dans lequel le méridien vertical reste verlical, est produit par l'action combinée du droit supérieur et de l'oblique inférieur. Le droit supérieur seul tire la cornée en haut et en dedans, et incline en dedans le méridien verlical : de là vient qu'un autre muscle (l'oblique inférieur) dont l'action consiste à tirer la cornée en haut et extérieurement, et à incliner extérieurement le méridien ver-tical, doit s'associer au droit supérieur, afin de contrebalancer l'action de celui-ci.
2° Si l'on remue l'oeil obliquement en haut et en dedans, le méridien vertical sera incliné en dedans, et alors le droit supérieur est associé au droit interne. Cependant, comme ce dernier ne produit aucun effet sur le méridien vertical, le droit supérieur va produire une inclinaison en dedans trop considérable. De là une perturbation entre cet oeil et l'autre, dont le méridien vertical est incliné extérieurement. Il était donc néces-saire que quelque autre muscle, dont l'action consiste à incliner extérieu-rement le méridien vertical, fût aussi employé de façon à contrebalancer l'action du droit supérieur. Ce muscle nécessaire est encore l'oblique infé-rieur. En outre, comme l'oblique inférieur a moins d'influence sur le méridien vertical quand l'oeil est tourné en haut et en dedans, il ne cor-rige pas complètement l'action du droit supérieur, mais seulement la limite.
3° Quand on remue l'oeil obliquement en haut et en dehors, le mé-
ACTION DES MUSCLES DE L'OEIL. 583 ridien vertical étant extérieurement incliné, le droit supérieur aeit con-jointement avec le droit externe. Seulement, comme ce dernier n'a aucune influence sur la position du méridien vertical, et que le droit interne attire ce méridien en dedans, il nous faut un autre muscle qui non-seule-- , ment contrebalance l'effet du droit supérieur, mais encore corrige cette disposition et amène le méridien extérieurement. L'inférieur oblique setrouve remplir ces conditions, car, dans le mouvement dont il s'agit, cer,muscle agit beaucoup sur le méridien vertical. . A 0, Le mouvement vertical en bas, le méridien restant verlical, est pro-duit par l'action combinée du droit inférieur et de l'oblique supérieur. L'action du droit inférieur seule consiste à tirer l'oeil au-dessous et en dedans, et à incliner le méridien vertical extérieurement. Par consé-quent, il doit être associé avec l'oblique supérieur, dont l'action consisle àâmener l'oeil en bas et extérieurement, et à incliner le méridien verlical en dedans, ce qui contrebalance l'action du droit inférieur.
5° Dans le mouvement diagonal en bas et en dedans, le méridien ver-tical étant incliné extérieurement, le droit inférieur est associé avec le droit interne, et de plus il est nécessaire d'avoir le muscle oblique supé-rieur pour limiter les effets du droit inférieur sur le méridien vertical, et préserver le parallélisme des deux méridiens.
6° Dans le mouvement diagonal en bas et extérieurement, le méridien vertical étant incliné en dedans, le droit inférieur est associé avec le droit externe, et le supérieur oblique arrive non-seulement pour contrebalan-cer les effets du droit inférieur sur le méridien vertical, mais aussi pour les annuler et incliner le méridien en dedans.
7° Le mouvement direct extérieur est produit par l'action du droit externe.
•8° Le mouvement direct en dedans est produit par l'action du droit interne.
•;: La table suivante permettra au lecteur de se rappeler plus facilement le-;mode de production des différents mouvements de l'oeil :