PARALYSIE DU MUSCLE DROIT EXTERNE DE L'OEIL GAUCHE
M- — l'nrnlyst© tlu muscle droit externe de l'oeil gnuclie. ■'.': Si l'objet (une bougie allumée) est placé, dans le méridien horizon-tal, à quatre ou cinq pieds en face du malade, on voit que les deux axes optiques sont fixés sur lui, car si l'on ferme un oeil, l'autre fait un mouvement; on prend ensuite l'objet, qu'on déplace successivement à la droite du malade, en haut, en bas, et les yeux le suivent exactement. Cependant, quand on remue cet objet à gauche de la ligne médiane, on voit que l'oeil gauche reste en arrière, ce qui produit un strabisme con-vergent qui augmente proportionnellement à mesure que l'objet est em-porté plus loin vers la gauche. Comme la paralysie d'un muscle ne peut se montrer que lorsque l'oeil fait un mouvement pour lequel l'action de ce muscle est nécessaire, la paralysie du droit gauche externe ne se produit que lorsque l'oeil est remué dans cette direction, à gauche de la ligne médiane.
Dans un cas récent de paralysie complète du droit externe, on verra que, si le malade ferme l'oeil sain et que l'objet soit légèrement amené dans la moitié gauche du champ de vision, l'oeil gauche essayera de la suivre, non pas par mouvement horizontal, mais par un mouvement de rotation en zigzag produit par l'action des muscles obliques supérieurs et inférieurs.
Un troisième symptôme, c'est que la déviation secondaire est beaucoup plus grande que la déviation primitive (1). C'est un symptôme très-im-portant pour distinguer la forme paralytique de la forme concomitante de strabisme. La déviation de l'oeil atteint de strabisme est appelée dévia-tion primaire. Si l'oeil sain est recouvert, l'autre remuera dans une cer-taine direction pour ajuster son axe optique à l'objet; ce mouvement sera accompagné par un mouvement d'association de l'oeil sain recouvert, qui alors devient louche à son tour, et c'est ce mouvement de l'oeil sain qui est appelé déviation secondaire.
Pour rendre ce fait plus intelligible, supposons que, dans un cas de paralysie du droit externe gauche, l'objet soit remué au côté gauche du malade : sur un certain point, un léger degré de strabisme convergent de l'oeil gauche, égalant peut-être une ligne, apparaîtra. Ce strabisme sera produit par l'impossibilité dans laquelle se trouve l'oeil de suivre l'objet. Si ensuite on couvre l'oeil droit avec la main, l'oeil gauche va faire un mouvement extérieur d'une ligne à peu près, afin de diriger son axe ' (1) Pour surveiller la situation de l'oeil qu'on exclut de l'acte de vision, on place devant l'un des yeux un morceau de verre cannelé, au lieu de le couvrir avec la main. Par ce moyen, le inalade ne peut pas voir, et il nous est facile cependant d'observer la positiou de cet oeil. optique sur l'objet; mais l'oeil droit, quoique recouvert, fera simultané-ment un mouvement, d'association en dedans d'environ deux lignes et demie à trois lignes. Celte déviation secondaire de deux lignes et demie à trois lignes est beaucoup plus considérable que la déviation primitive, qui était d'une ligne. La raison en est très-simple : comme le muscle externe de l'oeil gauche a une innervation insuffisante, il lui faut une impulsion plus considérable de la volonté pour porter son mouvement à une ligne que si l'innervation était normale. Mais cet accroissement de l'impulsion affecte aussi le droit interne sain de l'oeil droit, et produit par consé-quent un mouvement plus considérable. De là vient cette règle invariable de tous les cas de paralysie, que la déviation secondaire dépasse considé-rablement la déviation primaire, et celle-ci, que, dans le strabisme ordi-naire concomitant, les deux déviations sont exactement égales.
La mesure linéaire du strabisme doit être prise delà manière suivante : on marque un point sur la paupière inférieure qui correspond à une ligne verticale imaginaire tirée à travers le centre de la pupille de l'oeil louche, quand l'autre oeil est fixé sur un objet placé à une distance de 8' à 12'. On ferme alors l'oeil normal, et l'oeil louche est dirigé sur l'objet : alors le point de la paupière^inférieure correspond à une ligne verticale tirée à travers le centre de la pupille, qui est mesurée à son tour, et la distance entre le premier et le second point donne le volume linéaire du strabisme. Ces points peuvent être marqués d'abord avec un peu d'encre sur la pau-pière inférieure; mais un peu d'habitude permet bientôt d'estimer vite et sûrement la distance qu'il y a entre eux. Ce procédé est représenté dans la figure 76 : A est la marque correspondant au centre de la pupille, quand
l'oeil louche; B est la marque correspondant au
centre de la pupille, quand l'oeil est fixé sur
l'objet. La distance entre A et B donne le
volume du strabisme.
Cependant il est encore plus commode d'em--
ployer le monomètre à strabisme de M. Lau--
rence (fig. 77). Cet instrument se compose
d'une plaque d'ivoire P, moulée d'après la con-formation de la paupière inférieure. Son bord est gradué de telle sorte,, que le centre étant désigné par le chiffre 0, les lignes et les demi-lignes de Paris sont marquées sur chaque côté du chiffre 0. Le manche H est attaché à la plaque. La plaque doit être appliquée sur le bord de la pau-pière inférieure de l'oeil louche, et le volume du strabisme sera reconnu facilement et très-sûrement.
Un autre symptôme qui est caractéristique d'une affection paralytique; c'est la projection erronée du champ visuel. Par exemple, si nous fermons l'oeil droit et que nous disions au malade de frapper vite avec son doigt