‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 98 sur 149 · I. — Maladies de la glande lacrymale · texte numérisé non relu

I. — Maladies de la glande lacrymale

Inflammation de la glande lacrymale (dacryoadénile).—Cette affection a généralement un caractère chronique et donne lieu à une enflure plus ou moins considérable, nodulée, ferme et immobile, située à la marge supé-rieure et extérieure de l'orbite. La partie supérieure delà tumeur disparaît derrière le bord de l'orbite, mais peut être facilement suivie si l'on insère l'extrémité du petit doigt derrière le sommet supérieur et extérieur de l'orbite. La peau est mobile autour de la tumeur eL la paupière supérieure est en quelque sorte bouffie. Quelquefois la rougeur et l'enflure peuvent être très-considérables, de sorte que la paupière supérieure retombe sur la paupière inférieure comme un pli massif et épais. La conjonctive est un peu enflée et injectée, surtout au pli rétro-tarsal, et il peut y avoir aussi un chémosis considérable. Règle générale, le gonflement n'est que peu douloureux, soit spontanément, soit au toucher; mais si l'inflammation est très-aiguë, la douleur est plus vive et s'étend sur le côté correspon-dant de la face et de la tête. Si l'enflure atteint un volume considérable, le globe de l'oeil va se déplacer en bas et en dedans, et ses mouvements seront gênés dans la position opposée. L'inflammation suit généralement un cours chronique et prolongé ; l'enflure s'absorbe graduellement ou produit une suppuration chronique. Cependant, si la tumeur est assez considérable pour amener le déplacement du globe de l'oeil, il sera né-cessaire de l'enlever. Quelquefois les deux glandes lacrymales (1) sont simultanément enflammées, ce qui donne lieu à une enflure symétrique du bord supérieur et extérieur de chaque orbite. Dans des cas plus rares,, l'inflammation prend un caractère aigu et slhénique ; il y a de la chaleur,

(1) Voy. Haynes Yvalton, Mei. Times and Gazelle, 1854, p. 317. — Horner Kl. MonatsbL 1866, p. 257.

MALADIES .'DELA GLANDE LACRYMALE. 639-- ;de M, rougeur, de l'enflure de la partie, en même temps peut-être une formation rapide de pus, de sorte que la maladie prend tout à fait l'appa-jpence d'un abcès aigu. Cet abcès s'amincit, la peau se perce, et il y a un écoulement de pus qui peut continuer pendant quelque temps. Plus tard,, 'l'ouverture se ferme, les produits inflammatoires paraissent absorbés et l'enflure disparaît graduellement. Quelquefois, cependant, l'ouverture reste béante, et une petite ouverture fistuleuse s'établit, à travers laquelle les larmes suintent. La fistule peut aussi se produire dans la suppura-tion chronique de la glande, et elle est alors située soit sur la peau ex-terne, soit sur la surface conjonctivale. De telles fistules sont très-obstinées et rebelles au traitement, et, si l'ouverture se bouche acci-dentellement, les symptômes inflammatoires graves peuvent survenir. L'inflammation de la glande lacrymale peut êlre causée par le froid ou bien avoir une origine traumatique ; elle peut aussi survenir dans des inflammations chroniques de la conjonctive ou de la cornée. De Graefe rapporte des cas dans lesquels l'enflure et la congestion de la glande étaient causées par l'usage d'un bandage compresseur, la rétention des larmes dans la glande étant probablement la cause déterminante de l'irri-tation.

]• Dans la dacryadénite chronique, nous devons essayer de produire l'ab-sorption des produits inflammatoires par l'application locale de frictions à l'iodure de potassium, à l'iode ou au mercure ; on peut aussi badigeon-ner la partie avec de la teinture d'iode. Dans la forme aiguë, les cata-plasmes chauds, les sangsues seront appliquées, et, si la suppuration menace, une large incision sera pratiquée dans l'enflure. On doit agir de même s'il se forme du pus dans les cas chroniques. /Hypertrophie simple de la glande lacrymale. — Cette affection est rare et il peut être parfois difficile de poser sûrement son diagnostic. Elle peut suivre des atlaques inflammatoires souvent répétées, ou se déve-lopper spontanément, et on la rencontre le plus fréquemment chez les enfants ; elle peut même être congénitale. Cet élat est particulièrement caractérisé par la lenteur avec laquelle le volume de l'enflure aug-mente et par l'absence de toute rougeur, douleur, ou autres symptômes Inflammatoires. La tumeur est circonscrite, plus ou moins ferme, élas-tique et nodulée, et peut, avec le temps, acquérir un volume assez consi-dérable pour déplacer le globe de l'oeil et contourner ses mouvements. On ■doit essayer de faire disparaître la tumeur par l'application de l'iode, le traitement mercuriel, etc. ; mais ces remèdes sont généralement inutiles, et il faut avoir recours à la médecine opératoire.

Kystes de la glande lacrymale (1). (Dacryops.) — Ces kystes sont

(1) Voyez un très-intéressant mémoire sur ce sujet par M. Hulke, B. L. 0. II. Rep., I, 285. 6iO MALADIES DE L'APPAREIL LACRYMAL.

très-rares; ils ont l'aspect d'un petite tumeur dont le volume varie depuis -celui d'un petit pois jusqu'à celui d'une noisette; ils sont placés à la partie supérieure et en dehors de la paupière supérieure et s'étendent derrière le bord de l'orbite. Si leur volume est le moins du monde considérable, il est facile de les voir en regardant l'oeil et facile aussi de les reconnaître au toucher. En retournant la paupière, on voit tout près, derrière la'con-jonctive, une enflure élastique semi-transparente, d'un rose bleuâtre, fluctuante et formée peut-être de plusieurs segments nodules de volumes variés. Cette enflure est encore plus visible si la paupière est rétractée et pressée en arrière. L'enflure s'accroît tout à coup d'une manière mar-quée si le malade crie, ou encore la sécrétion des larmes est stimulée par l'application d'un irritant sur la conjonctive. Le kyste est généralement causé par l'arrêt d'un ou plusieurs des conduits excréteurs de la glande, de sorte que les larmes sont retenues et distendent cette partie du conduit et la glande au-dessus du point où se trouve l'obstruction. Le conduit est quelquefois arrangé de façon que les larmes puissent suinter et le kyste être vidé par la pression (1). Suivant Schmidt (2), la maladie est quelquefois congénitale. Le meilleur mode de traitement esl d'établir une ouverture artificielle sur le côté de la conjonctive, de façon à offrir une libre sortie aux larmes; car, si l'on essaye d'enlever le kyste tout entier, on n'y réussit généralement pas, parce que les cloisons sont très-légères et la tumeur très-apte à revenir. En outre, on doit craindre de laisser une petite ouverture fisluleuse qui peut être très-rebelle au trai-tement. Wecker a dernièrement rapporté un cas d'enlèvement d'un kyste, suivi de succès (3). Une ouverture artificielle d'un volume suffisant peut êlre obtenue en faisant simplement une incision linéaire de 1i-"' à 2'" d'é-tendue et en la maintenant ouverte à l'aide d'une sonde passée tous les jours le long de ses bords jusqu'à ce que ceux-ci aient été cicatrisés. Ou bien encore le plan de de Graefe (4) peut être adopté : il consiste à passer une aiguille courbe enfilée à travers l'ouverture du conduit (s'il est ou-vert) et à la porter le long de la cloison antérieure du kyste jusqu'à une distance de 2"' environ. Arrivé là, on doit faire ressortir le fil de nou-veau, de manière qu'une partie de la cloison antérieure du kyste de 2"' environ d'étendue soit renfermée dans le fil que l'on attache avec une boucle lâche. La partie intermédiaire de cette sorte de pont peut être laissée à elle-même et divisée au bout de quelques jours. On obtient ainsi une ouverture artificielle par laquelle la sécrétion lacrymale peut s'écouler.

(1) Voy. de Graefe, A. f. 0., VII, 2, 1.

(2) Lehrevon der augenlcrankheilen, 1817.

(3) Kl. Monalsbl, 1867, p. 34.

. <û) A.f.O., XII, 2, 2. -

Page 1