BLESSURES CHIMIQUES
et par cette circonstance que de la poix ou du suif, ou môme du plomb fondus ont pu tomber dans l'œil sans conséquences fâcheuses. Dans quelques cas, cependant, l'action de tels agents est à la fois grave et destructive.
Les agents chimiques qui s'introduisent le plus souvent dans l'œil sont : la chaux, les acides minéraux ou les substances très chaudes.
Chaux. — L'étendue de la lésion sera en raison de l'état de la chaux, selon qu'elle sera vive, éteinte, ou que ce sera du mortier, et aussi en raison de sa quantité et de la durée de son séjour dans l'œil.
La chaux vive est fatale pour l'œil. Non-seulement l'épithélium de la conjonctive et de la cornée se décompose immédiatement, mais leur substance propre peut être plus ou moins désorganisée et l'œil perdu pour toujours.
La chaux éteinte ne produit pas des désordres aussi immédiats. La conjonctive et la cornée sont épaissies et prennent un aspect blanc, opaque, provenant de la décomposition de l'épithélium, partout où a touché le caustique. II peut se former dans la conjonctive de petites eschares laissant à nu la sclérotique ou le cartilage tarse, selon le cas. La conjonctive est blanche aux endroits où la chaux a agi le plus fortement ; partout ailleurs elle présente une injection vasculaire et de petites taches de sang extravasé. Elle a ainsi une apparence marbrée, blanche et rouge, toute spéciale. L'épithélium décomposé s'écaille en lamelles blanches, opaques ; sur la cornée, il s'élève d'abord en ampoule ; puis, quand il est tombé, la substance de la membrane demeure unie, mais légèrement opaque, et il s'y forme bientôt des vaisseaux.
Quand la cornée est atteinte, si l'action de la chaux ne s'est pas étendue à la substance propre , et si l'inflammation est modérée, à mesure que l'épithélium se rétablit, la cornée peut aussi recouvrer graduellement une transparence plus ou moins parfaite, mais il est probable qu'elle restera vasculaire. Si la chaux a agi plus profondément ou si une inflammation un peu violente s'est déclarée, il est probable que la cornée ne s'éclaircira jamais.
Acide sulfurique. — Cette substance a été quelquefois projetée dans les yeux, dans le but criminel de détruire la vue. En pareil cas, outre les blessures faites au visage et aux paupières, la conjonctive paraît couturée, blanche, molle et gonflée. Ensuite
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elle tombe pendant que la cornée se désorganise promptement par l'infiltration du pus, l'ulcération et quelquefois la formation d'eschares. Quoique les effets immédiats de la lésion puissent ne pas avoir l'importance que nous venons de dire. JNlackenzie remarque que des lésions dangereuses, telles que l'onyx et l'iritis, peuvent se manifester, même plusieurs semaines après l'accident.
Le symblépharon médiat ou immédiat, plus ou moins étendu, est une conséquence ordinaire de la blessure de la conjonctive par les caustiques. Les surfaces correspondantes du globe et de la paupière mises à nu par la corrosion 7 l'ulcération ou la mortification, s'unissent facilement, et cela malgré tous les efforts du chirurgien pour empêcher ce résultat.
Substances chaudes. • — Les brûlures déterminent des ampoules sur la conjonctive et la cornée, et quelquefois une inflammation très destructive.
Quand la poudre à canon fait explosion près de l'œil, outre la brûlure occasionnée par la flamme et les grains en ignition qui sont projetés sur l'organe, des grains non enflammés peuvent, lorsque la poudre a été enfermée comme dans une poire à poudre, être projetés et se fixer sur la paupière, la conjonctive et la cornée. Quelques grains pénètrent même parfois dans l'intérieur de l'œil, sans laisser de trace de la voie par laquelle ils sont entrés.
Traitement. — Le mode d'ablation des substances caustiques ou brûlantes, solides ou liquides, et des grains de poudre, et les premiers soins à donner ont déjà été indiqués (p. 91).
Pour modérer autant que possible la réaction inflammatoire. le malade doit (garder le repos et se soumettre à un régime laxatif. On tirera du sang par la saignée ou les sangsues, et l'œil sera soumis à des lotions froides.
L'inflammation qui survient doit être traitée selon sa nature et son intensité. Le plus souvent, c'est une conjonctivite puromuqueuse.
§ II. — -Blessures du globe et de ses tuniques propres.
Contusion et commotion du globe. — L'amaurose est souvent la conséquence de coups même très légers portés sur le globe, avec ou sans aucune lésion visible de l'organe. Les coups, les contusions et les blessures du sourcil et du bord de l'orbite, sans lésion visible du globe, peuvent aussi produire l'amaurose. En