BLESSUHES DU GLOBE ET DE SES TUNIQUES PROPRES
pareil cas, l'amaurose est regardée comme due à la commotion de la rétine, et surtout plus probablement à l'extravasation du sang. Il a été cité plus haut (p. 37) un cas dans lequel, à l'aide de l'ophthalmoscope, on découvrit un déchirure de la rétine et de la choroïde.
Comme dans les plaies du sourcil, la branche frontale du cinquième nerf est souvent intéressée, on a émis l'opinion que l'amaurose est en quelque sorte plutôt en rapport avec cette lésion qu'avec la commotion. Quoiqu'il ne soit guère possible d'admettre que l'amaurose soit une conséquence immédiate de la blessure, il n'est cependant pas improbable que la blessure du nerf de la cinquième paire déterminant un ophthalmic interne lente, puisse devenir une cause de l'amaurose qui survient quelquefois après l'accident.
Traitement. — Pour le traitement de l'amaurose provenant de la commotion de l'œil, voyez page 550.
Un coup porté sur l'œil peut avoir pour effet une inflammation interne évidente avec amaurose, probablement par suite d'une extravasation de sang intéressant la rétine. Un homme reçut un soufflet sur l'œil. Lorsqu'il fut examiné quelques jours après, on trouva une injection péricornéale de la conjonctive et de la sclérotique, la couleur de l'iris changée et la pupille dilatée. Le blessé ne pouvait plus reconnaître les personnes, mais seulement distinguer qu'il y avait quelque chose devant lui. Une saignée de 400 grammes, et 6 centigrammes de calomel, trois foispar jour, furent ordonnés. Quelques jours après, l'inflammation avait beaucoup diminué et la vue s'était assez améliorée pour que le patient pût reconnaître une personne placée devant lui.
Plaies conluses du globe. — Le globe supporte très bien de simples incisions, mais il n'en est point ainsi des plaies contuses qui sont, en réalité, très dangereuses. Lorsque, dans les blessures de l'œil par plaies contuses occasionnées, par exemple, par un grain de plomb, des fragments de capsule à amorcer qui frappent le globe en pénétrant ou non dans l'intérieur, la cécité ne se produit pas comme un effet immédiat de la commotion, elle sera généralement occasionnée par l'inflammation interne, qui ne manque pas de se manifester. En outre, l'œil sain, comme nous l'avons dit plus haut (p. 272), a une grande tendance à être atteint de la même inflammation interne.
Traitement. — Voyez Ophlhalmie traumatique , page 271 .
§ III. — Blessures de la cornée.
1° Corps étrangers logés dans la cornée.
Le mode d'extraction des corps étrangers adhérant à la surface de la cornée, ou simplement enfoncés dans sa couche conjonctivale, a été déjà indiqué. Ici, nous ne nous occuperons que des corps logés dans la substance de la cornée. Des éclats de métal pur, de verre, de pierre, de bois dur et autres corps semblables, projetés contre l'œil, s'implantent souvent plus ou moins dans la cornée, ou même la pénètrent entièrement et se logent dans l'intérieur de l'œil. Si une partie du corps étranger proémine au dehors, il produit une grande irritation, mais si le corps a complètement pénétré dans la substance de la cornée, il n'y développe qu'une faible réaction, ou même, en s'entourant d'une couche de lymphe, il cesse bientôt de devenir une cause d'irritation, et l'inflammation auquel il a donné lieu s'apaise ; la cornée seulement reste opaque à cet endroit. Plus fréquemment, cependant, une ulcération de la cornée se forme autour du corps étranger, qui devient ainsi mobile au fond de l'ulcère et se détache par le simple contact.
Quand un éclat de fer pur a pénétré dans la cornée et qu'il y est resté quelque temps, il s'oxyde et colore en brun la cornée qui l'entoure. Si le corps qui a pénétré dans la cornée forme la moindre saillie , il faut le saisir avec des pinces et le retirer ; mais s'il ne fait pas de saillie, il faut employer pour le déloger un instrument pointu, tel qu'une aiguille à cataracte un peu forte et émoussée (fig. 20, p. 93). Dans cette manœuvre, on aura grand soin de ne point faire d'abrasion à la cornée et de ne pas la racler, dans le but, par exemple, de retirer la tache brune laissée par l'oxydation du fragment de fer, à laquelle il n'est pas prudent de toucher.
Lorsque le corps est de forme irrégulière et a pénétré la cornée obliquement et à quelque profondeur, il peut être nécessaire de pratiquer une incision avec un couteau à cataracte, de manière à découvrir le corps étranger, pour ensuite le saisir avec une pince, ou le faire sortir avec une curette.
11 faut remarquer que quand un corps étranger ne peut pas être atteint facilement, il ne faut pas continuer les tentatives trop longtemps, car on pourrait produire plus de mal que n'en
cause sa présence. Il pourra d'ailleurs devenir mobile peu à peu et sera alors plus facilement atteint.
Abrasions de la cornée. — Quoique l'on puisse loucher la surface de la cornée sans inconvénient, un attouchement soudain, avec un mouchoir par exemple, cause un malaise considérable, provoque pour quelque temps les larmes et la photophobie. L'abrasion de la cornée est quelquefois causée par une égratignure de l'ongle ou par des tentatives infructueuses pour enlever un corps étranger ; elle peut être encore le résultat du choc d'une petite branche ou d'un épi de blé, accident auquel les moissonneurs sont très exposés.
Pondions et incisions de la cornée. — Les ponctions et incisions faites dans la cornée, dans les opérations, guérissent généralement vite et sans accident. Quelquefois même des blessures accidentelles guérissent au delà de tout espoir, quoiqu'elles soient assez souvent suivies d'une inflammation violente et destructive. On peut facilement expliquer un tel résultat par la contusion de l'œil entier accompagnant l'accident, par l'irrégularité de la plaie, parfois par le mauvais état de la santé à ce moment, et souvent par la négligence avec laquelle on traite la maladie au début. L'effet immédiat des plaies pénétrantes de la cornée est l'écoulement de l'humeur aqueuse, et quelquefois la hernie de l'iris. Cette dernière circonstance, quand elle a lieu, constitue la vraie gravité de l'accident, car la blessure simple de la cornée peut guérir, et l'humeur aqueuse se reproduire complètement en trente-six ou quarante-huit heures. Il est rare que l'on puisse réussir, même quand l'accident est tout à fait récent, à réintégrer l'iris dans sa position normale; cela devient impossible, s'il s'est déjà écoulé quelques heures. Quand l'iris n'est que très peu engagé dans la plaie de la cornée et seulement sur un point de sa circonférence, il faut commencer par frotter la paupière supérieure sur la cornée, puis ouvrir subitement l'œil à une vive lumière. La tendance qu'a la pupille à se contracter étant ainsi excitée, on peut espérer que l'iris se dégagera de la plaie cornéale. On pourra répéter cette manœuvre tout en essayant de repousser l'iris à sa place avec un stylet mousse. Mais tout cela est inulile, si l'iris est le moins du monde étranglé entre les lèvres de la plaie. Quand la plaie de la cornée est plus près du centre, et que c'est la portion pupillaire de l'iris qui fait hernie, on peut, tout en frottant la paupière sur la cornée, dilater la pupille par la belladone, ce qui eût été nuisible dans le premier cas. II faut remarquer, quant à ce qui con-
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cerne l'excitation de la contraction et de la dilatation de la pupille. que, quoique le pouvoir contractile de l'iris paraisse très considérable, quand la membrane est soutenue par l'humeur aqueuse, il devient presque nul lorsque cette humeur est évacuée, à cause de la résistance de son propre poids et de la pression des parties adjacentes, sans compter l'obstacle apporté par la propulsion qui peut avoir lieu entre les lèvres d'une plaie de la cornée.
Si la hernie de l'iris est le résultat d'une pression causée par l'humeur aqueuse, il faut évacuer celle-ci par une ponction.
Lorsque les efforts pour rétablir l'iris dans sa position n'ont pas eu de succès et que l'accident est encore récent, la partie herniée doit être coupée avec des ciseaux, surtout si c'est le bord pupillaire, et la friction de la paupière doit être employée comme tout à l'heure ; de cette façon, on conserve la cornée entière, mais avec une pupille large et irrégulière. En laissant la partie herniée de l'iris, on a inévitablement comme résultat une synéchie antérieure avec contraction de la pupille et une opacité plus ou moins étendue de la cornée, sinon un staphyiôme partiel. S'il s'est déjà écoulé quelque temps depuis l'accident, le cas rentre dans celui des ophthalmies accompagnées d'une ulcération pénétrante de la cornée et de la hernie de l'iris.
Une plaie pénétrante de la cornée, située près de son bord, se ferme quelquefois par la cicatrisation de la conjonctive seule, tandis que la plaie de la cornée reste désunie. Il en résulte que l'humeur aqueuse soulève la conjonctive sous la forme d'une vésicule. Cet état, que l'on désigne sous le nom de fistule de la cornée, ne doit pas être confondu avec la hernie de la cornée ni avec le staphyiôme partiel. Après avoir excisé la conjonctive soulevée, il faut toucher avec le nitrate d'argent l'ouverture de la cornée. Je soigne dans ce moment un homme âgé de trente-huit ans, atteint d'une amaurose subite de l'œil droit par suite d'un épanchement de sang au devant de la rétine. À l'âge de quatre ans, cet individu eut une plaie pénétrante de l'œil gauche, de l'espèce que nous étudions ici, et aujourd'hui encore une vésicule se forme de temps en temps au niveau de la blessure.
Traitement de l'inflammation produite par les blessures de la cornée. — L'inflammation peut être très légère, et alors elle disparaît, bientôt par le repos, les lotions et les antiphlogistiques.
Cependant les suites d'une blessure de la cornée, même lorsqu'elle est de peu de gravité, ne sont pas toujours aussi simples. L'inflammation est quelquefois grave, persistante et
dangereuse, embrassant, non-seulement la cornée elle-même, mais aussi d'autres parties internes et externes de l'œil. La membrane de l'humeur aqueuse est surtout exposée à souffrir, et l'iritis d'un côté, et de l'autre l'inflammation de la substance propre de la cornée, se terminant par une infiltration purulente, sont des complications fréquentes.
Inflammation à la suite d'abrasion de la cornée. — Les abrasions de la cornée déterminent souvent une inflammation d'un caractère grave qui se développe aussi après des blessures d'un autre genre. Le chirurgien constate que la cornée est trouble, l'iris décoloré, la pupille contractée, et qu'il existe en même temps une injection conjonctivale et scléroticale, analogue à celle de l'ophthalmie catarrho-rhumatismale (p. 21 1). Ces symptômes objectifs sont accompagnés de fièvre, de douleurs intenses autour de l'orbite ou dans les tempes, s'aggravant pendant la nuit, et enfin de trouble la vision.
Si on laisse l'inflammation suivre son cours, ou si le traitement ne réussit point à l'arrêter, une infiltration purulente de la cornée, un hypopyon ou un dépôt de lymphe dans la pupille peuvent se former isolément ou simultanément. Le résultat définitif est la perte de l'œil, soit par la rupture de la cornée et la formation d'un staphylôme, soit par l'atrophie,
En pareil cas, le mercure est le principal remède après une saignée. Toutefois l'abondance de l'émission sanguine doit être soigneusement calculée sur les circonstances ; il ne faut ni trop la redouter, ni cependant, en la répétant imprudemment, la pousser trop loin. La pupille doit être maintenue et dilatée par une lotion de belladone ou une solution d'atropine, et quand les progrès de l'inflammation sont arrêtés, le quinquina comme remède générai, et l'emploi du collyre de bichlorure de mercure avec jdu vin d'opium [p. 77) comme remède local, hâteront puissamment la guérison.
Une femme, âgée de quarante-six ans. reçut une blessure de l'œil gauche, son mari lui ayant introduit le doigt dans l'œil. Le second jour, la surface de la cornée était abrasée, l'injection embrassait toute la conjonctive et la sclérotique autour de la cornée. L'iris était un peu décoloré et la pupille contractée. La malade se plaignait de grandes douleurs dans l'œil au-dessus du sourcil et dans la tempe du côté malade; des douleurs encore plus intenses partaient du sourcil de l'autre côté, pour s'étendre jusque sur le derrière de la tête.
Je prescrivis 20 centigrammes de calomel et 50 centigrammes de poudre de Dover, à prendre au moment du coucher, et une médecine noire le lendemain matin ; puis 6 centigrammes de calomel et 1 2 centigrammes de poudre de Dover trois fois par jour. Les fomentations avec une lotion de belladone furent, en outre, mises en usage.
Ce traitement amena une amélioration, et pendant un mois je perdis la malade de vue ; lorsqu'elle revint à cette époque, elle se plaignait de ce que, trois nuits auparavant, elle avait été réveillée par une atroce douleur dans l'œil gauche, et aussi à droite de la tête. Il y avait de l'injection de la conjonctive et de la sclérotique, et un petit ulcère presque au centre de la cornée ; l'iris était décoloré et la pupille un peu contractée. Elle ressentait des douleurs aiguës dans l'œil, causées sans doute par l'ulcère ; elle éprouvait aussi des douleurs autour de l'orbite et dans la tempe, s'étendant du côté gauche au côté droit.
J'ordonnai une saignée, puis, en outre, du calomel et la poudre de Dover à l'heure du coucher, avec une médecine noire le lendemain ; puis 6 centigrammes de calomel et \ centigramme d'opium trois fois par jour. La malade supporta parfaitement une saignée de 400 grammes. Le troisième jour de ce traitement, les yeux étaient presque entièrement guéris.
Un garçon de cinq ans eut l'œil droit blessé par le doigt d'un autre enfant. On voyait la marque de l'ongle imprimée sur le centre de la cornée : la pupille était considérablement contractée ; il y avait une photophobie intense. Mais l'enfant ne se plaignait pas beaucoup de douleurs. Je prescrivis deux sangsues sur l'œil, ainsi qu'une poudre composée de mercure crayeux et de rhubarbe.
Quand je revis le malade, l'œil était beaucoup mieux, la vascularité avait diminué, ainsi que la photophobie, et la pupille n'était plus aussi contractée.
§ IV. — Corps étrangers dans les chambres aqueuses.
Un corps étranger peut traverser la cornée, se loger dans la chambre antérieure et souvent se fixer dans l'iris ou le cristallin. 11 a pu arriver que des cils ont été engagés à travers une blessure de la cornée, et quelques-uns de ces cas ont été décrits comme des exemples de développement de poils dans l'œil.
Si la blessure de la cornée est assez grande, on doit tenter