TRAVAUX A CONSULTER SUR L'OPHTHALMIE MILITAIRE OU ÉGYPTIENNE
Larrey, Relation chirurgicale de l'expédition de l'armée d'Orient en Egypte, 1804. — Dervez, Essai sur l'ophthalmie d'Egypte. Strasbourg, -1 804. — \V. Thomas, 0»i Vie Egyplian Ophthalmia and Ophthalmia purulenta. London, 1805. — Seutin, Considérations sur l'ophthalmie des Pays-Bas, 1824. — Midavaine, Dissertatio de ophthalmia militari. Leodii, 1830. — Fallot, Nouvelles recherches pathologiques et statistiques sur l'ophthalmie qui règne dans l'armée belge, 1838. — FI. Cunier, Recherches statistiques sur les maladies oculaires dans la province de Brabant (Ann. oculist., t. XVII). — B. Eble, Conisdérations sur la blennophthalmie des armées, 1836. — Caffe, Mémoire sur l'ophthalmie de l'armée belge, 1840. — Sanson, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XII. — Laugier, Dictionnaire de médecine, ou Répertoire général des sciences médicales, art. Blennophthalmie. — Yelpeau, ibid., t. XXII, art. Ophthalmie. — Gouzéc, De l'ophthalmie qui règne dans l'armée belge, 1842. — Hairiun, Nouvelles considérations sur Vophthalmie de l'armée (Arch. de méd. milit. belge, t. II). — Beudz, Considérations sur l'ophthalmie militaire dans l'armée danoise. — Tbiry, Recherches sur les granulations {Ann. d'ocul. , t. XXIII ; Compte rendu du congrès d'ophthalmol., Bruxelles, 1858). ■ — Warlomont, Examen critique de la doctrine de M. Thiry sur les granulations palpébrales {Ann. d'ocul., 1854). — Decondc, Mémoires sur l'ophthalmie belge {Ann. d'ocul., t. IV, V, VIII, X, XIII et XIX). — Quinard, De l'ophthalmie granuleuse, Bruxelles, 1853. — Hacherellc, De V ophthalmie granuleuse (thèses de Strasbourg, 1854). — Van Boosbroeck, Des ophthalmies contagieuses {Gaz. hebdom., 1854). — Tite-Tobler, .De l'ophthalmie égyptienne (Ann. oculist., t. XXXII). — Frisch, ibid., t. XXXVII. — Gulz, De l'ophthalmie dans l'armée italienne {Ann. d'ocul., t. XXXV). — Warlomont et Testelin, Note additionnelle sur /' ophthalmie militaire, dans Mackensie, 1. 1, p. G97. ■ — Dechambre, De la contagion de l'ophthalmie militaire {Gaz. hebd., 1858K ■ — Guyomar, Des ophthalmies contagieuses (thèses de Paris, 1858). — Cordier, Étiologie de V ophthalmie purulente spontanée (thèses de Paris, 1858). — Pauli, Mémoire sur la nature de l'ophthalmie d'Egypte. Wurtzbourg, 1858. ■ — Discussion sur l'ophthalmie militaire à l'Académie de médecine de Belgique, 1859 (Ann. ocul., t. XLI et XLII).
Opbthaliiiie des nouveau-nés (l). — C'est généralement une semaine après la naissance que cette ophthalmie se déclare. Quelquefois on l'observe immédiatement après la naissance, ou d'autres fois, trois ou quatre semaines plus tard.
Symptômes objectifs. — Au début, l'enfant tient les yeux fermés; les bords des paupières présentent un peu d'oedème el de rougeur, et après le sommeil elles sont collées par une matière jaune, épaisse, qui est produite par l'augmentation de la sécrétion des follicules de Meibomius. Si, après avoir ramolli ce dépôt, on sépare et l'on retourne les paupières, on trouve la conjonctive palpébrale rouge et spongieuse, mais la conjonctive scléroticale est peu injectée.
(1) Syn. : Ophthalmie purulente des enfants ; conjonctivite purulente des nouveaunés (Desmarres), blépharite purulente des nouveau-nés.
Les deux yeux se prennent, de cetle manière à un ou deux jours d'intervalle. Dans le cours de la maladie, c'est le premier atteint qui, généralement, a le plus à souffrir.
La tuméfaction et la rougeur , d'abord limitées aux bords , envahissent peu à peu les paupières tout entières et surtout la supérieure. La conjonctive palpébrale est encore plus rouge, plus tuméfiée et veloutée. La caroncule lacrymale et le repli semilunaire sont rouges et gonflés, et la conjonctive scléroticale est alors plus ou moins injectée, même jusqu'au bord de la cornée. Une sécrétion blanchâtre séro-muqueuse s'établit en môme temps ; cette matière, s'étant accumulée sous les paupières à cause de l'accolement de leurs bords, s'écoule quelquefois avec une certaine abondance lorsqu'on ouvre l'œil.
A mesure que la maladie approche de son maximum d'intensité. la tuméfaction des paupières augmente et la peau devient d'un brunrougeâtre, tendue et brillante. La paupière supérieure, toujours la plus tuméfiée, recouvre un peu l'inférieure.
Quand on entr'ouvre les paupières, une matière épaisse, puriforme, s'en échappe; la conjonctive des sinus palpébraux, gonflée et d'un aspect sarcomitteux par suite de l'engorgement des vaisseaux sanguins, forme facilement un bourrelet. Ce bourrelet et réversion des paupières se produisent même par la simple contraction, des muscles, lorsque l'enfant crie. La caroncule lacrymale et le repli semi-lunaire augmentent beaucoup de volume, et la conjonctive de la sclérotique présente un chémosis. C'est alors qu'un suintement sanguin se manifeste aisément à la surface de la conjonctive.
Jusqu'alors la cornée peut être restée intacte ou n'être qu'un peu trouble. Mais peu de temps après l'apparition du chémosis, elle s'altère plus ou moins, et devient le siège d'ulcères, d'abcès ou d'une infiltration purulente destructive. Lorsque ces accidents ont lieu, la sécrétion est ichoreuse, la tension et la tuméfaction des paupières diminuent.
Symptômes généraux constitutionnels. — A mesure que la maladie avance, l'enfant devient plaintif et acariâtre, il ne tette ni ne dort. Sa bouche est souvent pleine d'aphthes.
Causes. — Les enfants les plus sujets à cette ophthalmie sont généralement faibles, comme les jumeaux, par exemple, ou ceux qui sont nés avant terme. '
Quelquefois on ne peut attribuer la maladie à des causes autres que celles qui produisent aussi l'ophthalmie catarrhale. Dans
CONJONCTIVITES. 4 69
beaucoup de cas, l'exposition des yeux à la chaleur et à la lumière, ou l'introduction directe d'excitants, tels que le savon ou les liquides employés pour laver l'enfant, paraissent être les causes excitantes. L'inoculation de la matière leucorrhéique qui s'écoule du vagin de la mère pendant l'accouchement est une cause dont l'action doit aussi être très fréquente. Par des raisons évidentes, l'inoculation de l'écoulement blennorrhagique doit être beaucoup plus rare. Le docteur Cederschold (de Stockholm) a trouvé que parmi les enfants atteints de cette ophthalmie, il y en avait 20 sur 137, c'est-à-dire 1 sur 7 nés de mères affectées d'écoulement vaginal, et 1 0 sur 181, c'est-à-dire. 1 sur l 8 dont les mères étaient saines.
Cette maladie peut se propager par contact. On a vu des ophthalmies purulentes se déclarer, et être assez graves pour détruire la vision chez des adultes qui avaient par hasard reçu dans l'œil quelques gouttes de l'écoulement.
Là où se trouvent réunis un certain nombre d'enfants atteints de cette ophthalmie, comme dans les hôpitaux de femmes en couches et d'enfants trouvés, l'infection semble se faire à distance.
Comme je rencontre généralement plusieurs de ces faits à la fois, et qu'il se passe ensuite un certain temps avant que j'en retrouve, j'ai été conduit à penser qu'il pouvait bien y avoir quelque chose d'épidémique dans l'apparition de cette ophthalmie.
Pronostic et marche. — A quelque période de la maladie que le médecin soit appelé, il peut en général porler un pronostic favorable, s'il trouve la cornée encore transparente ou même légèrement trouble, mais sans ulcères ni abcès. S'il y a déjà des ulcères ou des abcès, il est difficile de dire, avant que l'inflammation se soit arrêtée, quelle étendue de cornée restera transparente, s'il y aura perforation et prolapsus de l'iris, et cela au point de déterminer la formation d'un staphylôme partiel. On peut alors régler son pronostic sur le degré et l'étendue des lésions de la cornée. Si elle est complètement infiltrée de matières, elle sera détruite, et tendra à disparaître par ulcération ou par sphacèle, l'iris sera poussé en avant, et Ton pourra avoir les conditions nécessaires à la formation du staphylôme total (pages 117, 118).
Quoique l'œil puisse demeurer intact dans ses autres parties, il peut aussi rester affecté d'une cataracte capsulaire centrale, d'un strabisme ou d'une amaurose incomplète.
A mesure que la maladie rétrograde , tle gonflement des paupières diminue. La peau, qui était tendue et d'un rouge brillant, devient ridée et d'une pâleur livide. Le chémosis et la rougeur de la conjonctive scléroticale diminuent aussi, mais bien qu'il en soit de même de la conjonctive palpébrale, la rougeur et le gonflement de ses papilles disparaissent plus lentement. L'écoulement purulent devient de moins en moins abondant. Tous ces phénomènes marchent rapidement, et tendent à amener une prompte guérison , si la cornée est restée intacte ;mais s'il y a une ulcération, etc. , la guérison des autres parties est alors retardée, et, à vrai dire, ne fait des progrès qu a mesure que la cornée se guérit.
Traitement. — La maladie peut être traitée avec succès au début par l'application des gouttes et de la pommade de nitrate d'argent ou de i'ongueut fort de précipité rouge (p. 78). C'est le chirurgien qui doit appliquer lui-même ces remèdes une fois par jour, après avoir commencé par nettoyer l'œil. La nourrice fera, en outre, usage trois fois par jour d'un collyre d'alun ou de bichlorure de mercure tiède pour baigner et laver le globe , et pourra prévenir l'accolement des bords palpébraux en les enduisant avec l'onguent faible de précipité blanc ou rouge (p. 79).
Lorsque la conjonctive des paupières et des sinus est déjà tuméfiée, sarcomateuse et gorgée de sang, comme cela a lieu généralement quand on réclame les secours de l'art, il est nécessaire de la scarifier immédiatement avant d'appliquer les gouttes ou l'onguent. Yoici comment on procède. L'enfant étant placé commodément sur les genoux d'un aide, de façon que sa tête repose sur ceux du chirurgien, celui-ci, après avoir nettoyé l'œil et retourné la paupière supérieure, en scarifie la conjonctive. Le sang qui coule en abondance est essuyé à mesure avec un linge, puis la conjonctive de la paupière inférieure est scarifiée de la même manière. Lorsque le sang a cessé de couler, on introduit l'onguent fort de précipité rouge entre les paupières, après l'avoir ramolli, de manière à couvrir toute la conjonctive. Il est quelquefois nécessaire de répéter plusieurs fois ces scarifications et ces applications de pommade, mais seulement à deux ou trois jours d'intervalle.
Chaque fois que la paupière est retournée, il faut la remettre immédiatement en place, ce qui se fait en la saisissant entre le doigt et le pouce, l'éloignant un peu du globe, puis la retournant en bas. Si réversion existe depuis quelque temps et que l'on
CONJONCTIVITES. 1 74
ne puisse replacer la paupière, il faut scarifier la conjonctive, et lorsqu'elle est pour ainsi dire vidée de sang, il sera plus aisé de la retourner.
La nourrice doit continuer à nettoyer les yeux trois fois par jour avec la lotion de bichlorure, puis à appliquer aux bords libres l'onguent faible de précipité rouge.
De petits cautères derrière l'oreille dans les cas graves hâtent l'action de ce traitement.
A l'intérieur, il faut prescrire, suivant les circonstances, 1 à 2 grains (5 à 1 0 centigr.) de poudre grise, un peu d'huile de ricin ou de rhubarbe et magnésie ; lorsque la cornée est menacée , de petites doses de calomel et de quinine (1/4 de grain de l'un et 4/2 grain de l'autre), triturés avec un peu de sucre et donnés deux fois par jour, produisent généralement un bon effet.
Il faut aussi faire attention au régime de la nourrice. Pendant la période la plus intense, elle fera bien de s'abstenir de toute nourriture animale et de boissons spiritueuses ; mais, à mesure que la maladie diminue, elle pourra, tout en se remettant à la nourriture animale, au vin et à la bière, prendre des boissons ferrugineuses.
Lorsque l'écoulement puriforme a cessé, si la conjonctive reste rouge et relâchée, la solution de 4 grains (20 à 25 centigr.) de nitrate d'argent, ou le vin d'opium dissous dans parties égales d'eau, ou encore une solution de pierre divine (p. 78), peuvent produire un bon résultat, si on en laisse tomber quelques gouttes dans l'œil à deux ou trois jours d'intervalle.