‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 31 sur 127 · STAPHYLÔME DE LA COKNÉE ET DE L'IRIS · texte numérisé non relu

STAPHYLÔME DE LA COKNÉE ET DE L'IRIS

stance. Il applique d'abord le caustique à la base en ayant soin de ne pas toucher ce qui reste de la cornée saine : une petite eschare se détache, mais seulement après que la lymphe qui s'est déposée au-dessous d'elle a consolidé et renforcé la partie profonde. Lorsque cette première opération a produit son effet, il recommence l'application, non pas au même point, mais plus près du sommet de la proéminence ; il arrive peu à peu, en opérant ainsi, sur les parties les plus saillantes du staphylôme, les unes après les autres, jusqu'à ce qu'il ait obtenu une réduction considérable ou complète. Ce chirurgien a pu, par ce procédé, réussir à faire ensuite une pupille artificielle beaucoup plus utile au malade. Enfin, il donne la préférence à la potasse hydratée, à moins que la proéminence ne soit très petite, parce que ce caustique produit un dépôt de lymphe plus considérable que le nitrate d'argent (I).

Pronostic et traitement du staphylôme total. — Lorsqu'une inflammation de l'oeil a eu une marche assez désastreuse pour laisser à sa suite les conditions de la formation d'un staphylôme total, le traitement doit avoir pour but, non pas de sauver l'œil comme organe de la vision , mais de l'empêcher de dégénérer en une tumeur qui, non-seulement, cause une grande difformité, mais est, pour l'œil opposé, la source d'une irritation considérable, à tel point, que le malade en vient tôt ou tard à demander une opération.

Traitement prophylactique. — Il paraît, d'après le mode de formation du staphylôme total, que c'est l'accumulation de l'humeur aqueuse dans la chambre postérieure existant toujours, qui cause la distension de l'iris et de la fausse cornée qui s'est développée à sa surface. S'il en est ainsi, la destruction de la source de l'humeur aqueuse, en rompant l'intégrité de la chambre postérieure, est un moyen qui s'offre de lui-même pour prévenir le développement de la proéminence staphylomateuse. La façon la plus simple d'obtenir ce résultat me paraît être l'extraction du cristallin lui-même. J'ai pratiqué cette opération dans le cas suivant :

Un homme d'environ vingt-deux ans vint me trouver avec une ophthalmie purulente grave des deux yeux. La cornée de l'œil droit ayant été détruite et la pupille oblitérée, l'iris faisait hernie et était distendu par l'humeur aqueuse. L'œil gauche avait aussi beaucoup souffert ; il y avait un ulcère pénétrant, une hernie de l'iris, et, par conséquent, une déformation et une contraction con-

(1) A Practical work on Vie discases of tlxe Eye. London, 1840, vol. Ie1', p. 273.

sidérables de la pupille. Les deux yeux étaient encore sous l'influence de l'inflammation, et l'on pouvait se demander même si l'œil gauche pourrait être préservé de lésions plus graves, surtout en présence du surcroît d'irritation causée par ld présence du staphylômede l'œil droit. Je fis l'extraction du cristallin par une incision avec le couteau de Béer à travers l'iris hernie et distendu. Il y eut une réaction violente due moins peut-être à l'opération qu'à ce que le malade ne pouvait se soigner convenablement; l'iris ne se distendit pas de nouveau, l'œil se rétracta, et l'irritation ayant disparu, l'œil gauche éprouva peu à peu des changements qui améliorèrent son état, et il conserva même assez de vision pour permettre au malade de reprendre son métier de portier.

Lorsque l'œil est détruit, chez les adultes ou chez les enfants nouveau-nés, par une ophthalmie purulente ou varioleuse, et qu'il ne se forme pas de staphylôme, mais une simple fausse cornée qui reste plate, et qu'en outre le globe s'atrophie, je soupçonne que la lentille s'est échappée par l'ouverture de la cornée. Dans un cas d'hypopyon traumatique, le professeur Roser a rapporté qu'après la destruction de la cornée, il trouva le cristallin mis à découvert, et que, lorsque la capsule se rompit, douze jours après, la lentille s'échappa. Il ne se forma pas de staphylôme. mais une simple cicatrice aplatie.

Un staphylôme total sphérique entièrement développé est la source d'une grande difformité. 11 est souvent utile de l'enlever pour' adapter un œil artificiel, mais c'est surtout à cause de l'irritation qu'il détermine, et qui peut se communiquer à l'œil voisin, que l'ablation deviendra tôt ou tard nécessaire.

Ablation d'un stapJiylôme total sphérique complètement développé. — La compression, la ligature, le séton, les caustiques, l'incision, modifiés et combinés de diverses façons, ont été recommandés pour réprimer le staphylôme, mais aujourd'hui il est reconnu que l'excision est le seul moyen de le faire disparaître.

Pour déterminer l'étendue du lambeau que l'on doit couper, on doit s'informer si le malade veut ou non porter un œil artificiel. Dans le premier cas, il faut enlever un large morceau pour réduire le globe de l'œil en un moignon propre à supporter un œil artificiel. Dans l'autre cas, on coupe un lambeau plus petit et n'atteignant pas la partie périphérique de la vraie cornée qui peut encore exister, et cela, dans le but de conserver autant que possible, au globe son volume normal et son apparence.

STAPHYLÔME DE LA CORiNÉE ET DE L'iRIS.

Le patient peut se coucher sur une table ou s'asseoir sur une chaise, en plaçant le côté qui ne doit pas être opéré près d'une fenêtre. Lorsque le malade est assis dans une chaise, il appuie sa tête sur la poitrine d'un aide qui, placé par derrière, fixe le menton avec la paume de la main, tandis qu'avec les doigts de l'autre, il relève la paupière supérieure. Déprimant la paupière inférieure avec une main, le. chirurgien procède de la manière suivante. Il transperce la tumeur de dehors en dedans, quelque peu au-dessous du diamètre transversal, avec le couteau à staphylôme (fig. 42), le tranchant dirigé en haut. Puis en poussant le couteau, il taille un lambeau comme dans l'extraction de la cataracte. Ce lambeau est saisi avec des pinces à griffes, et l'excision est achevée avec une paire de ciseaux courbes. Si le cristallin existe encor.e, il faut l'extraire, à moins qu'il ne s'échappe spontanément.

Fig. 42.

Opération du staphylôme. — Couteau introduit à la base de la tumeur, le tranchant en haut.

Après l'opération, les paupières des deux yeux doivent être tenues fermées par des bandelettes de diachylon et couvertes d'une légère compresse et d'un bandeau.

Il y a généralement peu d'hémorrhagie au moment de l'opération, mais il peut arriver, quelques heures après, surtout dans le cas de complication d'un staphylôme de la sclérotique, que le globe se distende par le sang qui infiltre l'humeur vitrée ou la remplit de caillots. Il faut alors enlever les masses de sang noirâtres avec des ciseaux et couvrir l'œil avec une compresse trempée dans de l'eau fraîche.

Dans les circonstances ordinaires, la guérison marche régulièrement, la plaie se couvre de granulations qui donnent naissance à une membrane semi-transparente, qui peu à peu, devient opaque et forme une cicatrice aplatie marquée de raies bleues ou brunes. Il se forme quelquefois par la plaie une excroissance fongueuse, dont on se rendra maître facilement avec le caustique lunaire.

S'il y a une forte réaction après l'opération, on doit recourir aux antiphlogistiques, aux anodins et aux fomentations chaudes, etc.

§ X. — Hypopyon.

On a donné ce nom à une collection de pus ou de matière puriforme occupant le fond de la chambre antérieure. Dans un petit hypopyon, la collection de matière prend un aspect qui lui donne quelque ressemblance avec l'onyx ; mais ces deux formes se distinguent l'une de l'autre par la circonstance suivante, à savoir, que, si l'on fait mouvoir de côté et d'autre la tête du malade, la matière de l'onyx ne change pas de place, comme cela a lieu pour l'hypopyon, à moins qu'elle ne soit très épaisse et glutineuse ; de plus, quand on examine la cornée de profil, le dépôt dans l'onyx paraît plus près de la surface que dans l'hypopyon. Enfin, il peut y avoir à la fois onyx et hypopyon (fig. 31).

Source du pus de L'hypopyon. ■ — Cette source est différente, suivant les cas. L'expérience nous montre souvent que, sans être rompues, les parois des chambres aqueuses peuvent sécréter du pus, de la même manière que toutes les membranes séreuses ou muqueuses enflammées. La matière purulente peut encore provenir d'un abcès de la cornée qui se serait ouvert en arrière ou d'un abcès de l'iris (p 413). On a nommé faux liypopyons ceux qui sont formés de ces deux dernières manières, pour les distinguer des hypopyons produits de la première façon, qui ont pris le nom à' hypopyons vrais.

CORNEE PROEMINENTE ET HYDROPISIE. 303

Si Ton considère la diversité des provenances de la matière accumulée dans la chambre antérieure, on comprendra aussitôt que l'hypopyon peut être la conséquence des diverses espèces d'ophthalmies externes ou internes.

Traitement. — En général, lorsque l'hypopyon se forme, l'inflammation qui en est la cause dure encore. La première indication est de combattre cette inflammation le plus promptement possible, et alors la matière accumulée disparaîtra habituellement d'elle-même.

Nous avons déjà eu l'occasion de rappeler les dissidences qui existent quant à l'opportunité d'ouvrir la chambre antérieure dans le cas d'hypopyon, et nous avons vu que si cette opération est conseillée par Wardrop, Jœger, Piosas, Cunier, etc., elle est rejetée par Scarpa, Juncken, Desmarres, etc. Nous pensons qu'elle a, en réalité, beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages, à moins qu'on ne la réserve pour les cas où les chambres étant considérablement distendues par le pus, on a surtout pour but de faire cesser les douleurs violentes. Mais autre chose est de ponctionner la cornée au niveau des points où se trouve le pus, ou de faire la ponction dans un point éloigné, non plus pour faire sortir la matière purulente, mais pour évacuer seulement l'humeur aqueuse. Cette pratique est utile parce qu'elle calme les douleurs, contribue à éteindre l'inflammation, favorise la résorption du pus, et ne saurait nuire , puisque l'on agit sur une partie saine dont les plaies se cicatrisent promptement et ne provoquent aucune réaction.

M. Pùvaud-Landrau dit avoir obtenu de bons résultats de l'instillation dans l'œil, répétée trois fois par jour, d'un collyre composé de 12 gouttes de teinture d'iode dans 70 gram. d'eau. 11 pense avoir activé ainsi la résorption d'épanchements purulents compliquant les ophthalmies internes.

§ XI. — Cornée proéminente et hydropisïe des chambres aqueuses (1).

Nous avons déjà expliqué comment, dans la kératite (p. 203 et 21 9) , la proéminence et le diamètre de la cornée peuvent augmenter par suite du ramollissement du tissu de la cornée d'une part, et de l'autre par la distension causée par l'augmentation de l'humeur aqueuse. C'est là une forme d'hydropisie des chambres aqueuses dont nous allons nous occuper (2).

(1) Syn. Hydrophthalmie antérieure.

(2) L'hydropisie de l'œil qui est indépendante de l'inflammation, ou qui du moins n'en dépend pas d'une manière évidente, sera étudiée dans le chapitre suivant.

Diagnostic. — La proéminence de la cornée dans l'hydropisie des chambres aqueuses se distingue de celle de la cornée conique par sa courbure sphérique (1) (voy. Cornée conique).

Fig. 43.

Cornée proéminente par hydrophlhalmie antérieure.

Pronostic et traitement. — La cornée, par suite de la diminution de son élasticité et de sa résistance, ne peut pas revenir à ses dimensions normales et limiter ainsi l'accroissement de l'exsudation de l'humeur aqueuse. Le seul traitement que l'on puisse faire, consiste à essayer d'arrêter l'inflammation par les remèdes appropriés au cas particulier que l'on traite, et d'améliorer la santé générale par le changement d'air et les toniques. On peut venir en aide à la vue avec des verres concaves.

Si la maladie est avancée, on facilitera sa guérison au moyen de la paracentèse de la chambre antérieure répétée à des intervalles plus ou moins éloignés et aidée de la compression sur le globe oculaire. Quand l'hydropisie n'existe que dans la chambre postérieure et distend la partie antérieure de la sclérotique, la paracentèse scléroticale et même la section du muscle ciliaire pourront être utiles.

(1) Dans un cas raconté dans la dernière édition de cet ouvrage, sous le nom de staphylôme conique de la cornée, mais qui serait peut-être désigné avec plus de raison sous celui d'hydrophthalmie conique, la proéminence de la cornée était conique. L'œil droit de cette même fille scrofuleuse était affecté du staphylôme partiel que l'on a pu voir désigné dans la figure 37.

La vision de l'oeil gauche n'était pas entièrement détruite, la cornée était distendue ?i sa circonférence et formait un cône assez régulier. La sclérotique était aussi élargie au pourtour de la cornée et participait à la forme conique, de sorte que la moitié postérieure de l'oeil formait la base d'un cône dont le sommet occupait le centre de la cornée. Le globe oculaire n'était pas induré, la sclérotique était d'un noir bleuâtre à sa jonction avec la cornée, le sommet du cône était d'un blanc grisâtre ; la partie intermédiaire, d'un brun rouge, avait encore un peu de transparence, insuffisante toutefois pour permettre de voir l'état de l'intérieur de l'œil. L'aspect général de l'œil était terne et sa partie antérieure envahie par des vaisseaux variquenx.

SYNECHIE. 305

§ XII. — Synéchie.

La synéchie est une adhérence morbide de l'iris qui a généralement lieu, par son bord pupillaire, avec la cornée ou la paroi antérieure de la capsule du cristallin. Dans le premier cas la synéchie est antérieure, dans le second, elle est postérieure, et on la nomme partielle ou totale, selon qu'une partie ou toute la circonférence du bord pupillaire a contracté des adhérences. iNous avons déjà parlé (p. 26, 122. 140) des principaux caractères de cette maladie.

Traitement. — La synéchie antérieure peut être si peu prononcée et la transparence de la cornée si parfaite, excepté au niveau du point adhérent, que la vue n'éprouve aucun trouble et qu'il n'y a besoin d'aucun traitement. Si la cornée est opaque dans une certaine étendue au-devant de la pupille , qui est quelque peu déformée et contractée, la dilatation de celle-ci par l'usage habituel de la belladone ou de l'atropine peut rendre d'aussi grands services que dans l'opacité centrale simple de la cornée, comme cela a été dit plus haut (p. 287). Lorsque l'étroitesse de la pupille ou l'étendue de l'opacité rend ce moyen inefficace, ou quand la synéchie est totale, le seul espoir que l'on ait de rendre la vue au malade repose sur l'opération de la pupille artificielle (voy. Pupille artificielle).

A mesure que l'iritis, cause de la synéchie postérieure, cesse, nous voyons, par l'usage de la belladone, les filaments d'adhérence se rompre les uns après les autres, et la pupille redevient libre ; mais très souvent, à un examen minutieux, on aperçoit sur la capsule du cristallin de petites taches brunes ou grisâtres indiquant les endroits où l'iris avait contracté des adhérences. La vision n'est pas notablement troublée par ces taches, et elle ne serait pas non plus très gênée par les quelques filaments d'adhérences qui pourraient persister. Mais lorsque le bord pupillaire est adhérent dans une grande étendue, la pupille est aussi plus ou moins contractée, et il y a un dépôt abondant de lymphe sur la capsule du cristallin . Il en résulte un trouble plus ou moins considérable dans la vision, quand môme l'inflammation qui a causé îa synéchie n'a pas atteint ni lésé la rétine. Cet état est quelquefois amélioré par l'usage habituel de la belladone, et dans la suite, il peut arriver qu'une partie de l'adhérence se détache, et qu'il se produise dans la pupille une plus grande dilatation à laquelle correspond une amélioration de la vision.

§XIII. — Occlusion de la pupille (l).

L'occlusion de la pupille est généralement une conséquence de Tiritis , mais elle peut aussi résulter d'un prolapsus de l'iris, à la suite, par exemple, de la perforation du centre de la cornée par un ulcère. Dans le premier cas, l'occlusion de la pupille se complique d'une synéchie totale postérieure ; dans l'autre, d'une synéchie antérieure.

Traitement. — Voy. Pupille artificielle.

§ XIV. — lridauxésis, ou hypertrophie de l'iris (2).

Cet état morbide est la suite d'une inflammation parenchymateuse chronique de l'iris, négligée ou mal soignée; mais alors l'iritis s'est généralement compliquée d'une inflammation des tuniques postérieures, comme le prouvent l'amincissement de la sclérotique, l'état variqueux des vaisseaux du blanc de l'œil et la dureté-du globe. Par suite, la vision est fort troublée, sinon totalement éteinte, bien que la pupille puisse ne pas être très obstruée.

Fig. 44.

Iris hypertrophié à la suile d'iritis (chronique d'après Klemmer).

Le bord pupillaire de l'iris est généralement rétracté et adhérent à tout le pourtour de la capsule du cristallin. Le corps de l'iris, qui fait bourrelet en avant, présente à sa surface des points noirâtres et élevés, comme si la membrane avait été perforée çà et là, ou que, la substance propre ayant disparu, on aperçoive l'uvée.

(1) Atrésie de l'iris, synizesis.

(2) Staphylomc de l'iris, de l'uvée (Jaeger); iridoncoiis (Klemmer) ; lympluvieus de l'iris, exsudation de lymphe dans le tissu de l'iris.

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La substance propre de l'iris qui reste apparente a changé de couleur, et a pris un aspect fibreux très marqué.

D'après les observations de Klemmer et d'autres auteurs , ce changement consisterait dans 1 epaississement de l'iris par une exsudation de lymphe dans sa propre substance. Dans cette lymphe se développeraient de nouveaux vaisseaux, et les taches noires seraient produites par des dépôts de pigment (p. 218),

§ XV. — Staphylôme €le la sclérotique.

Le staphylôme de la sclérotique consiste, comme nous l'avons dit plus haut (p. 4 90), dans le ramollissement, l'amincissement et la distension d'une partie de cette membrane, qui prend en même temps une teinte bleuâtre.

Cette distension de la sclérotique ramollie et amincie est causée par une collection de liquides, soit entre la sclérotique et la choroïde (hydropisie sous-scléroticale), soit entre la sclérotique et la choroïde adhérentes et la rétine (hydropisie sous-choroïdienne), ou bien en dedans de la rétine dans l'humeur vitrée (hydropisie de l'humeur vitrée). La teinte bleue noirâtre- est due en partie, au dépôt de pigment dans la substance de la sclérotique distendue, et en partie à la teinte noire de l'intérieur de l'œil vue par transparence (fig. 3, pi. II).

Ce genre de staphylôme peut occuper tous les points de la sclérotique et être postérieur, latéral ou antérieur, mais ce n'est que lorsqu'elle existe dans la partie antérieure que cette maladie attire notre attention pendant la vie (fig. 27 et 28).

Quand la partie antérieure de la sclérotique est staphylomateuse, les saillies, d'un noir bleuâtre et de grosseur variable, sont généralement placées près de la cornée, les unes à côté des autres, dans la région du corps ciliaire, plus souvent dans la partie supérieure ou temporale, ou même tout autour. Leblanc de l'œil est en même temps parcouru par des vaisseaux variqueux.

L'inflammation (comme l'ophthalmie interne postérieure, portant spécialement sur la choroïde) qui a causé le staphylôme de la sclérotique a généralement déterminé dans l'œil d'autres altérations morbides (p. 190).

Dans le staphylôme de la sclérotique, la vision est, en général, entièrement ou presque entièrement détruite. L'augmentation du liquide peut accroître le volume des saillies staphylomateuses au point que l'œil proémine entre les paupières, et qu'il est en même

temps le siège d'une grande douleur distensive; il peut finir par se rompre et se vider, alors il reste atrophié, ou bien l'ouverture venant à se fermer, il se remplit de nouveau.

M. Sichel, envisageant les staphylômes scléro-choroïdiens au point de vue de leur siège, les a depuis longtemps classés sous les titres de staphylôme antérieur ou du corps ciliaire (fig . 27), latéral (fig. 28), et postérieur (fig. 30). Les recherches ophthalmoscopiques ont appris à reconnaître le staphylôme postérieur et ont donné à ce genre de lésion une grande importance (voy. p. 252).

Traitement. — Il ne faut pas songer à rétablir la vision. Le traitement n'a donc pour but que d'alléger la douleur causée par la distension du globe et l'accumulation du liquide, et de réduire les dimensions de la proéminence.

L'évacuation du liquide par une ponction diminue la distension du globe et produit pour un peu de temps l'affaissement de la proéminence. Le liquide se reproduit peu à peu ; mais en répétant souvent l'opération . on finira par en arrêter la reproduction et l'œil gardera un petit volume. Un accident qui peut arriver pendant cette opération, c'est l'infiltration du tissu cellulaire sousconjonctival par le liquide évacué, infiltration qui cause une très grande tuméfaction et une grande douleur ; cependant le liquide est résorbé peu à peu avec le temps, et l'on dirait que la pression qu'il a exercée sur le globe vide peut empêcher la reproduction à l'intérieur.

Quelquefois on remarque, aussitôt après l'évacuation du liquide, que la douleur, au lieu d'être diminuée, est beaucoup plus vive, mais il ne faut pas s'en inquiéter, car elle s'apaise graduellement, et l'on obtient une rémission plus ou moins parfaite.

Si tout l'hémisphère antérieur de l'œil se trouve envahi par les staphylômes et que les ponctions répétées restent sans effet, il faut avoir recours à l'excision, comme dans le staphylôme ordinaire. On peut ensuite placer sur le moignon un œil artificiel. Dans certains cas, il est possible de disposer l'opération de manière à conserver, jusqu'à un certain point, à l'œil sa forme, son volume et son aspect général.

On peut encore, à l'exemple de Kiichler, pratiquer une simple incision transversale d'un angle à l'autre. Pour cela, on enfonce le couteau à cataracte, le tranchant en avant, dans la sclérotique, à 5 ou 6 millim. de la cornée, vers l'angle externe ; on le fait ressortir à la même distance

SYNCHYSIS. 309

de la cornée, vers l'angle interne. On incise ainsi la sclérotique, l'iris et la cornée, et le cristallin s'échappe.

§ XVI. — Synchysis (1).

On donne ce nom à un état morbide du corps vitré consistant dans l'atrophie ou la dissolution de l'hyaloïde. qui rend diffluent le corps vitré normalement gélatiniforme. Voilà ce que nous apprend la dissection. Mais quels sont, pendant la vie, les symptômes de cette maladie? La quantité de liquide vitré peut augmenter ou diminuer, d'où il résulte que le globe peut être dur ou mou. Parfois il y a du tremblotement de l'iris, mais ce signe n'est pas constant.

Quoique le synclrysis soit souvent produit par une inflammation interne, la choroïdite en particulier, et s'accompagne d'une insensibilité imparfaite de la rétine, il faut remarquer qu'avec les progrès de l'âge, le corps vitré semble avoir une tendance éprendre cette forme, de même que le cristallin tend à devenir opaque. La cataracte, chez les vieillards, est en réalité souvent compliquée d'un certain degré de synchysis. Cette corrélation constitue le principal danger de l'opération, en exposant à l'évacuation de l'humeur vitrée.

D'après M. Cusco^ la nutrition du corps vitré est liée à la vitalité du segment postérieur de l'œil, d'où il résulte que la scléro-choroïdite postérieure s'accompagne du ramollissement du corps vitré. L'examen ophlhalmoscopique , non seulement fait reconnaître que le ramollissement du corps vitré et de sa membrane est consécutif à l'inflammation de la choroïde, mais encore il permet d'en soupçonner l'existence, quand on voit les filaments ou flocons du corps vitré se déplacer avec rapidité dans les mouvements de l'œil, signe qui, joint au tremblement de l'iris et au changement de consistance du globe oculaire , ne saurait laisser place au doute.

Les flocons, les points opaques, les filaments que l'on rencontre dans le corps vitré, sont la suite de la choroïdite, et ils se remarquent aussi dans le cas d'iritis, surtout quand l'inflammation atteint la partie antérieure de la choroïde. Ils sont quelquefois constitués par des parcelles de pigment choroïdien, d'autres fois par des débris d'épanchements sanguins, mais beaucoup plus souvent par des exsudats plastiques. Enfin le corps vitré peut être infiltré de pus dans le cas de phlegmon oculaire.

( i) Dissolution du corps vilré.

Lorsque les points opaques du corps vitré sont très nombreux et très petits, ils donnent à sa substance un aspect trouble qui masque en partie le fond de l'œil, et que M. Desmarres a désigné sous le nom d'état jumenteux du corps vitré. Cet état ne peut se constater qu'à l'ophthalmoscope, et alors on trouve que le fond de l'œil a une teinte jaunâtre, [que la papille semble recouverte par un léger glacis ou même par un nuage qui la masque complètement. On remarquera, en même temps, les lésions de l'iritis, de la choroïdite, delà scléro-choroïdite. La vision est nulle ou très imparfaite, et les malades seplaignentdemouchesvolantes. Le corps vitré, ainsi altéré^ peut recouvrer sa transparence, mais il reste souvent rempli à sa partie antérieure et déclive de filaments assez larges.

Les flocons ou filaments du corps vitré, ordinairement flottants, sont quelquefois fixes; ils donnent la sensation de points obscurs, mais plus souvent ils produisent des mouches volantes, et s'accompagnent assez fréquemment d'un certain degré de myopie. On les reconnaît, à l'ophthalmoscope, en faisant exécuter à l'œil du malade des mouvements rapides de bas en haut et de gauche à droite ; ils forment alors une sorte de guipure noire sur le fond rosé de l'œil. On les distinguera des stries opaques du cristallin, parleur forme et parce que les taches cristallines ne se déplacentqu'au moment où l'œil est, en mouvement, tandis que les flocons du corps vitré flottent lorsque l'œil s'arrête après un brusque mouvement. On reconnaîtra les taches exsudatives du fond de l'œil, en ce que les mêmes mouvements du globe les déplacent toujours dans le même sens. Le ramollissement du corps vitré, qui permet le déplacement des flocons opaques, a pu quelquefois amener l'oscillation du cristallin lui-même (voy. Cataracte).

L'aspect étincelant produit par les cristaux de cholestérine dans l'humeur vitrée ramollie a été désigné sous le nom de sy nch y s is étincelant.

Cette bizarre affection, dont M. Malgaigne a le premier reconnu la nature, a été observée aujourd'hui un assez grand nombre de fois, surtout après les opérations de cataracte, par abaissement, ce qui semble indiquer que, comme le pense Mackensie, les cristaux de cholestérine se forment dans le cristallin plus souvent que dans le corps vitré ; on les a rencontrés aussi dans la chambre antérieure. L'ophthalmoscope fait reconnaître facilement cette maladie dont le spectacle est magnifique. Les Annales d'ocidistique contiennent un grand nombre d'articles sur ce sujet. Nous citerons, entre autres, ceux de M. Desmarres (t. XIV), de M. Sichel (t. XV, XVI), de M. Guépin (t. XIX), de M. Binard (t. XXV), de M. Chassaignac (t. XXVI), de Backer (t. XXVI), etc.

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