‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 38 sur 127 · HYDAT1DE DANS LA CHAMBRE ANTERIEURE · texte numérisé non relu

HYDAT1DE DANS LA CHAMBRE ANTERIEURE

disait d'une constitution faible, et dans son jeune âge avait été tourmentée par des ascarides et des lombrics. Elle ne ressentait aucune douleur et n'avait pas conscience des mouvements de l'hydatide.

Le quatrième cas fut encore observé par Mackenzie, peu de temps après le précédent, chez un homme du nord de l'Angleterre.

Le cinquième se présenta, il y a dix ans environ, à Westminster ophthalmic Hospital, et l'hydatide me fut apportée après son extraction par M. Canton, à l'obligeance duquel j'ai dû encore de pouvoir examiner plus tard le malade. C'était un garçon d'une dizaine d'années. Je trouvai la cornée un peu opaque et vasculaire, et accrue à la fois dans son diamètre et dans sa proéminence.

L'hydatide, dans ce cas, avait un volume plus que le double de celui des cas précédents, et son aspect, à première vue, donnait l'idée du cristallin et du corps vitré. le premier opaque et contracté, le deuxième ridé par l'évacuation de l'humeur qu'il contient; mais le plus léger examen fut suffisant pour reconnaître sa véritable nature que l'observation microscopique a confirmée.

Traitement. — Dans le cas observé par Sœmmering, les mouvements seuls de l'animal causaient de la gêne dans l'œil. Cependant, comme il augmentait de volume, le docteur Schott l'enleva, fit une petite section à la cornée, et ayant introduit une pince à griffes dans la chambre antérieure, il saisit l'hydatide et put l'extraire vivante.

Dans le cas de M. Logan, il n'y eut d'abord pas de gêne, mais plus tard la douleur et la rougeur de l'œil étant survenues, le docteur Robertson (d'Edimbourg) essaya d'enlever l'animal; les mouvements de l'enfant firent manquer l'opération, le cristallin s'échappa, l'iris fit hernie, l'hydatide se rompit, mais on en retira les débris. Je suivis le malade après l'opération en l'absence du docteur Robertson. L'œil guérit avec une large cicatrice de la cornée, et la pupille resta contractée, déformée et obstruée par la capsule opaque.

En opérant Elisabeth Gordon, Mackenzie suivit le même plan que le docteur Schott dans le cas de Sœmmering, mais il se servit du crochet de Schlagintweit pour saisir l'animal. Je fis, dit Mackenzie, au côté temporal de la cornée, avec le couteau pyramidal de Béer, une ponction qui avait 3/20ts de pouce d'étendue. Un peu d'humeur aqueuse s'était échappée ; lorsque je retirai le couteau, la vésicule caudale de l'animal s'aplatit et s'étendit beau-

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coup entre l'iris et la cornée. J'introduisis immédiatement le crochet de Schlagintweit à travers la plaie ; je saisis avec lui le corps de l'hydatide et je retirai facilement l'animal en entier. L'iris fit un peu hernie, mais quelques frictions avec le médius sur la paupière supérieure le réduisirent, et la pupille reprit sa forme et sa place normale. La malade fut alors couchée avec défense d'ouvrir les yeux, et l'œil opéré fut recouvert d'un linge mouillé. Le lendemain, l'opérée se sentit très bien, l'aspect de l'œil était normal, et la vue aussi bonne que de l'autre œil. Il n'y eut point de réaction, et la malade sortit le 21 octobre.

Dans le traitement de son second cas, le docteur Mackenzie suivit le même procédé et avec un égal succès.

Le sixième cas est rapporté par le docteur von Graefe (de Berlin), qui a en outre relaté quatre cas dans lesquels il a reconnu, avec l'ophthalmoscope, la présence d'un cysticerque dans la profondeur de l'œil, une fois dans l'humeur vitrée, derrière le cristallin; les autres fois, l'hydatide était située sur la rétine, et la vision était détruite.

Parmi les cas mentionnés dans la dernière édition de cet ouvrage, il était question d'une hydatide dont M. Neumann avait publié l'observation dans le fiust's Magazin , vol. XXXIII. Mackenzie a prouvé que cette hydatide supposée était simplement un cristallin luxé dans la chambre antérieure. Le malade était un enfant scrofuleux âgé de quatorze ans. Tandis que la pupille était dilatée par la belladone, le cristallin s'y introduisit et y fut retenu. La pupille semblant s'être contractée tout autour, une violente douleur survint. Au moyen d'une aiguille passée à travers la cornée, le cristallin fut dégagé et abaissé, mais trois jours après, il se développa dans le globe une inflammation violente qui se termina par suppuration.

Appia a publié un cas de cysticerque dans la cornée.

On observe fréquemment dans l'Inde, pendant la saison froide, dans les yeux des chevaux, une espèce de filaire ou ver filiforme, d'un pouce de long et blanchâtre, qui se meut librement ça et là dans la chambre antérieure.

Quoiqu'on ait rencontré des cas de cette nature sur les chevaux d'Europe, ils y sont rares. Le ver, s'il n'est pas extrait, excite une inflammation qui entraîne l'opacité de la cornée ; l'extraction se fait à travers une petite incision de la cornée, et l'humeur aqueuse, en s'échappant, entraîne le ver.

On n'a pas rencontré le filaire dans la chambre antérieure chez

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l'homme, mais on Ta quelquefois trouvé, ainsi que le Monosloma et le Distoma, dans les cristallins affectés de cataracte, et qui ont été extraits. Cependant ces corps ne sont pas très reconnaissables pendant qu'ils sont dans l'œil, et on les a découverts seulement après l'opération, par un minutieux examen avec les verres grossissants. L'espèce de filaire que l'on trouve sous la conjonctive humaine sera mentionnée plus loin.

La présence d'un cysticerque dans la chambre antérieure de l'œil humain et sous la conjonctive a été notée depuis longtemps, mais c'est seulement depuis l'invention de l'ophthalmoscope que les chirurgiens ont pu constater quelquefois son existence dans le fond de l'œil. L'hydatide peut se rencontrer dans deux situations : sous la rétine et dans le corps vitré.

Sous la rétine, elle forme une petite saillie translucide. Dans quelques cas, la tète, le col et le corps de l'entozoaire peuvent être distingués à travers la transparence de la membrane ; mais lorsque cela n'est pas possible, les mouvements de l'animal trahissent sa nature. La choroïde sur laquelle repose le cysticerque prend une couleur gris jaunâtre, et la rétine environnante est soulevée par de la sérosité; en même temps, le corps vitré est obscurci par des granulations et des filaments. De Graefe a rapporté un cas dans lequel l'entozoaire observé d'abord sous la rétine, apparut ensuite dans le corps vitré ; au niveau de sa première position, on voyait une déchirure de la rétine, et les traces du trajet parcouru par l'entozoaire pour gagner sa nouvelle situation étaient marquées par l'opacité du corps vitré. Il est probable, d'après Hulke, que l'hydatide, située toujours, au début, sous ou dans la rétine ou dans la choroïde, rompt ces membranes quand elle a atteint un certain volume et s'échappe dans le corps vitré. Le cysticerque s'observe dans deux états : libre et pouvant changer de place, ou enfermé dans une membrane qui se forme probablement par le même mécanisme que les capsules fibroïdes qui entourent les corps étrangers inertes. La présence d'une hydatide entraîne une interruption correspondante du champ visuel, si bien que, dans quelques cas, la forme de l'ombre a pu faire connaître la nature de la maladie. Quel que soit son siège, l'entozoaire du globe provoque une inflammation insidieuse et rebelle qui se termine par la destruction de l'organe.

§ V. — Tumeurs bénignes du globe.

Les diverses espèces d'excroissances et de kystes, etc., que l'on observe dans l'œil, ont pour point de départ, quelquefois la sclérotique et la cornée, quelquefois l'iris, ou bien encore le corps ciliaire, la choroïde, la rétine et le corps vitré.

Il faut remarquer que les excroissances bénignes qui intéressent la rétine et le corps vitré donnent au fond de l'œil un aspect jaunâtre, brillant et métallique, quelquefois parcouru par des vaisseaux sanguins. Ce même aspect se présente au début du fongus médullaire de la rétine, et il n'est pas rare, après les blessures du globe. Ces divers cas ont donc pu être souvent confondus, et même cet aspect a été tellement regardé comme le signe pathognomonique du fongus médullaire de la rétine, que chaque fois qu'on le rencontrait, le cas était considéré comme appartenant à cette redoutable maladie. Mais, comme on a remarqué que dans quelques-uns de ces cas abandonnés à eux-mêmes, la maladie n'a pas toujours amené la mort du malade, mais s'est terminée simplement par l'atrophie du globe, les praticiens sont maintenant d'accord que cette apparence jaunâtre et brillante du fond de l'œil n'indique pas toujours un fongus médullaire, quoiqu'il puisse en faire soupçonner l'existence.

On doit avouer cependant qu'il n'existe pas de signe certain qui permette de déterminer à priori la nature de la maladie. C'est plutôt d'après la marche que l'on peut se prononcer. Il faut observer toutefois que, dans quelques cas qui peuvent, d'après leur terminaison par l'atrophie du globe, être regardés comme de nature bénigne, l'apparence morbide s'est présentée à la suite d'une blessure du globe, et a été produite par l'inflammation. La pupille était de grandeur moyenne, et à mesure que l'atrophie du globe faisait des progrès, l'iris se ridait, sa partie moyenne s'affaissait et le bord pupillaire était projeté en avant.

Traitement. — On ne peut indiquer aucune règle générale pour le traitement des diverses espèces d'excroissances. Le mieux est souvent de ne pas s'en occuper, à moins qu'elles ne soient extérieures. L'atrophie du globe est en général la terminaison la plus commune et la plus désirable que produise une excroissance interne.

Comme exemples du traitement des kystes qui sont en rapport avec l'iris, nous citerons les cas suivants. Dans le premier cas (voy. pi. III, fig. 3), un kyste de la grosseur d'un petit pois, et nacré comme un tendon, se forma sur l'iris chez un garçon apprenti forgeron, quelques mois après une inflammation grave, causée par uneparcelle de fer chaud qui avait pénétré dansla cornée, et s'était logée dans l'iris. Dans un second cas, la même maladie se déclara chez une fille d'environ neuf ans, peu de mois après une inflammation provoquée par la percussion d'un épi de blé. Dans

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les deux cas, on fit l'extraction du kyste. Dans le premier cas, le malade ne put recouvrer l'usage de la vue. Dans le second, il y eut, à la suite de l'opération, une iritis qui envahit l'autre œil par sympathie. L'inflammation fut arrêtée, et l'œil secondairement atteint reprit sa fonction, mais l'œil opéré ne pouvait percevoir que de gros objets (I).

Dans un troisième cas, une dame fut affectée d'une vive douleur à l'un de ses yeux. On y remarqua, en l'examinant, une petite vésicule s'avançant de la chambre postérieure vers le fond de la chambre antérieure, sous le bord ciliaire de l'iris. La vésicule, en augmentant de volume, sépara de plus en plus l'iris de la choroïde, et la douleur devint plus vive. On ponctionna cette vésicule ou tumeur enkystée à travers la cornée, avec le couteau à iris ; une petite quantité de liquide s'échappa du kyste, qui se rétracta sur lui-même et devint invisible. La douleur cessa, mais le kyste se remplit de nouveau, et se reproduisit à la même place, et plus large qu'auparavant. On le ponctionna une seconde et une troisième fois, à six ou huit semaines d'intervalle. Après la troisième ponction, il ne se remplit plus; l'iris revint à sa place normale, la douleur cessa entièrement, et la vue fut conservée (2).

Un garçon, âgé de cinq ans environ, fut reçu dans Universily Collège Hospitah avec un kyste de l'œil gauche semblable au précédent. 11 faisait saillie de la chambre postérieure dans l'antérieure, et la partie inférieure de l'iris, détachée de ses connexions ciliaires, était repoussée en haut. Cet enfant s'était enfoncé, dix-huit mois auparavant, dans l'œil gauche, la pointe d'une fourchette : les suites immédiates de cette blessure furent guéries en trois semaines environ. Une petite opacité sur le bord inférieur de la cornée, près de son union avec la sclérotique, indiquait le point où avait porté la blessure. L'œil continua à aller bien, jusqu'à environ deux mois avant l'admission du malade à l'hôpital, qu'une attaque d'ophthalmie avec photophobie et larmoiement s'était déclarée. Le kyste fut ponctionné à travers la cornée, et une quantité considérable de liquide fut évacuée, de sorte que la paroi mince s'affaissa au fond de la chambre antérieure ; peu à peu la portion détachée de l'iris reprit sa position normale, et la pupille retrouva sa forme et son étendue.

(1) Tyrrell's Practical Work on the eye, vol. I, p. 368 et seq.

(2) Mackenzie, Traité pratique des maladies de l'œil, traduct. Warlomont et Testelin, t. II, p. 261.

Cependant, environ six semaines après la première ponction, le kyste se remplit de nouveau, de façon qu'il parut indiqué de faire une seconde ponction. Trois ou quatre jours après, l'inflammation se développa, et une petite quantité de matière jaunâtre apparut au fond du kyste affaissé. L'inflammation et le dépôt de matière ayant augmenté, on prescrivit des sangsues, des fomentations chaudes sur l'œil, et de petites doses de calomel, trois fois par jour. L'inflammation diminua, et la matière du kyste progressant au dehors, fut évacuée par une ouverture étroite à l'union de la cornée et de la sclérotique, comme cela a lieu dans les cas d'iritis, avec abcès au bord ciliaire. Le kyste s'affaissa, et avec les restes de la matière, disparut graduellement tout désordre de la chambre antérieure , la pupille prit sa forme et son étendue, et la vision redevint parfaite.

La vision peut encore être troublée par la présence de tumeurs qui naissent dans les tuniques internes de l'œil. L'existence de ces tumeurs est d'autant plus importante à connaître qu'elles ont été souvent méconnues et confondues avec le cancer, erreur que rend très explicable l'analogie d'aspect que présente le fond de l'œil dans ces divers cas, et dont il sera question dans le chapitre suivant, en traitant de Yencëphaloïde intr a-oculaire. Outre les exsudats choroïdiens ou rétiniens et les caillots sanguins qui sont quelquefois assez abondants pour former de véritables tumeurs faisant saillie dans le corps vitré (voy. flg. 22 et 23), on a signalé quelquefois l'existence, dans le fond de l'œil, de petits dépôts tuberculeux, qui prennent ordinairement naissance à la l'ace interne de la choroïde. Leur accroissement est lent ou rapide, et ils peuvent remplir la cavité du globe, et même se porter au dehors, ou amener la fonte purulente et l'atrophie de l'œil. Ces tubercules, décrits d'abord par Jœger {Ann. ocul., t. XXXVII, p. 89), n'ont peut-être jamais été observés à leur début, et généralement la maladie est avancée, lorsque le chirurgien est consulté ; ils se présentent alors à l'ophthalmoscope, sous la forme d'une masse irrégulière, jaunâtre, brillante, qui diffère du cancer par l'absence des vaisseaux. Dans le cas de tubercule, les milieux de l'œil se troublent promptement, de sorte que ce sont les progrès de la maladie qui peuvent seuls décider de sa nature. Sous le nom d'inflammation colloïde de la choroïde, Donders et H. Millier ont décrit en 1855 et 1856, dans les Arcliiv. fur Ophlhalmologie,\\ne altération qui n'a aucune affinité avec le cancer colloïde et qui, du reste, paraît rare. Dans cette maladie, la surface interne de la choroïde est criblée de petits corps transparents, brillants, arrondis ou en massue, faisant une saillie plus ou moins considérable, et entourés de cellules pigmentaires. Les globules colloïdes sont disposés à s'encroûter de sels calcaires formant alors de petits amas granuleux, et à l'ophthalmoscope,

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