TUMEURS BÉNIGNES
on trouve la choroïde tachetée par de petites élevures d'un aspect vitreux sombre. A propos des tumeurs bénignes du fond de l'œil, nous pouvons rappeler l'observation de tumeur dermoïde et pilifère de la choroïde, montrée par M. Follin à la Société de chirurgie, 186 1 , et le bel exemple de tumeur fibroïde de la rétine, rapporté par M. Métaxas, dans la Gazette des hôpitaux, 1860.
Nous signalerons encore les productions cartilagineuses ou osseuses dufond de l'œil, que l'on a décrites comme des ossifications de la rétine. Aujourd'hui les meilleurs observateurs, MM. Follin, Mackenzie, Bader, Carion, Métaxas, etc., s'accordent à penser que ces productions cartilagineuses ou osseuses sont dues à la transformation de produits inflammatoires déposés entre la choroïde et la rétine. La membrane sensitive, d'abord soulevée par ces produits, éprouve consécutivement des altérations plus ou moins graves, ou peut même disparaître. C'est surtout à la suite de la choroïdite par cause traumatique que l'on a remarqué ces transformations. Une pièce pathologique que nous avons sous les yeux confirme parfaitement cette manière devoir.
Celte pièce, recueillie sur un vieillard d'une soixantaine d'années, mort à Bicêtre, a été examinée par M. Guyon, prosecteur de la Faculté, et par moi, et voici les particularités que nous y avons constatées.
La coque oculaire est remplie par une substance peu résistante, limitée en arrière et latéralement par la choroïde, qui semble tellement épaisse, que, séparée de la sclérotique, elle forme une sorte de cupule, dont les parois se maintiennent d'elles-mêmes. Un examen plus minutieux permet de reconnaître et de séparer la couche celluleuse de la choroïde, qui conserve sa teinte et sa consistance normales, et de voir que la masse qui occupe le fond de l'œil, accolée à sa face antérieure, est d'autant plus consistante, qu'on l'examine plus près de sa partie postérieure. Autour de l'entrée du nerf optique, on trouve une plaque dure calcaire d'un centimètre de diamètre et irrégulièrement découpée à sa circonférence. Le microscope fait constater, dans cette plaque, sur un fond entièrement granuleux, formé de granulations calcaires, des noyaux allongés et étroits, à contours sinueux et munis d'un nucléole allongé dans le même sens. Ces noyaux, dont la nature est difficile à déterminer, sont rendus plus nets par l'acide nitrique dilué. La production qui occupe le fond de l'œil, en avant de la plaque calcaire et qui n'a pas moins d'un centimètre d'épaisseur, est d'une consistance molle, d'une teinte grisâtre, mêlée de petits épanchements sanguins ; elle est limitée en avant par une couche ratatinée, quoique lisse. Au microscope, on y trouve tous les caractères d'un exsudât plastique déjà en grande partie organisé; capillaires de nouvelle formation, fibres de tissu cellulaire, cellules embryo-plastiques et fibro-plastiques, et dans les points rouges, les éléments du sang épanché. Dans la couche antérieure limitante, on retrouve ces mêmes caractères, mais dans plusieurs préparations on a pu y constater l'existence de fibres et de cellules nerveuses avec des granulations et des taches nombreuses de la matière
colorante du sang. Cette couche est donc formée par la rétine altérée, adhérente par sa face postérieure à la matière de l'épanchement plastique et sanguin. Le corps vitré est aplati, et en partie atrophié, mais a conservé sa consistance.
On trouvera, dans l'ouvrage de Mackenzie et dans la thèse de M. Métaxas (l), plusieurs observations qui offrent une grande analogie avec celle que nous venons de rapporter.
Nous devons remarquer, du reste, que ce sujet, et tout ce qui concerne la connaissance des tumeurs dites bénignes du fond de l'œil, appelle de nouvelles recherches. L'étude si intéressante de ces tumeurs ne pourra être complétée que par les explorations ophthalmoscopiques répétées , aidées de nombreuses dissections. Nous insistons seulement sur la difficulté de faire le diagnostic au début, car toutes ces tumeurs peuvent' donner à l'œil l'aspect brillant, métallique, que l'on trouve dans le cas d'encéphaloïde de la rétine ou de la choroïde (2).
§ VI. — Squirrhe du globe de l'œil (3).
Sous le nom de squirrhe du globe oculaire, quelques auteurs décrivent un état de désorganisation caractérisé par la déformation, l'induration, la diminution ou l'augmentation de volume du globe, en même temps que son tissu normal est remplacé par un tissu ressemblant à celui du squirrhe, et qu'il est le siège d'une chaleur brûlante, d'une douleur lancinante et d'hémicranie nocturne. Cette maladie a une marche lente, se rencontre dans un âge avancé, chez la femme plutôt que chez l'homme. Elle dure longtemps sans produire d'ulcération, et sans envahir les paupières et les parties voisines. Lorsque, par hasard, l'ulcération du globe se produit, que les parties voisines sont affectées, et qu'ainsi tout l'œil est le siège d'un cancer ulcéré, les ganglions lymphatiques de la tête et du cou sont tuméfiés, durs et douloureux. Mais il ne paraît pas commun qu'une semblable maladie survienne primitivement dans le globe oculaire (voy. Cancer des paupières).
§ VII. — Cancer médullaire ou encéphaloïde du glotte (4).
Le cancer encéphaloïde de l'œil se rencontre surtout chez de jeunes enfants, sans être cependant spécial à cette période de la
(1) Des altérations de la rétine visibles à l'ophthalmoscope, etc. Paris, 1861 .
(2) Consultez : V. Guépin, Des kystes de l'iris, thèse de l'aris, 1860. — Robin et Desmarres, Tumeurs de l'iris (Arch.d'ophthalm., 1855). — B. Travers, Observ. on the disease ternied malignant(Med.-chir. Trans.,v.XV, p. 238).
(3) Cancer dur du globe.
(■i) Fofigus liématode. — Cancer mou.