‹ Traité pratique des maladies des yeuxChapitre 40 sur 127 · CANCER MÉDULLAIRE OU ENCÉPHALOÏDE · texte numérisé non relu

CANCER MÉDULLAIRE OU ENCÉPHALOÏDE

vie. Il débute généralement à l'intérieur de l'œil par le nerf optique, mais quelquefois il a son point de départ à l'extérieurdu globe, probablement sur la sclérotique, et il intéresse la cornée.

L'encéphaloïde qui a son siège dans la rétine parcourt trois périodes principales. Dans la première, le globe conserve son volume normal et son aspect général, si ce n'est que la pupille est plus ou moins dilatée et que l'on voit un reflet brillant au fond de l'œil (voy. pi. II, fig. 4). Dans la deuxième période, l'excroissance morbide, quoique étant toujours enfermée au dedans des tuniques, s'est avancée vers la partie antérieure de l'œil, qui est injectée de sang et plus ou moins gonflée et déformée par distension. Dans la troisième période, les tuniques ont cédé et la tumeur proémine sous forme de fongus.

Première période. — La pupille est plus ou moins dilatée, irrégulière et lente à se mouvoir, lorsqu'elle n'est pas immobile ou ne se meut que de concert avec celle de l'œil sain. A travers cette pupille et avec un certain éclairage, on voit au fond de l'œil un reflet blanc jaunâtre ou jaune rougeâtre, comme dans l'œil du chat. En examinant l'œil avec soin, on découvre parfois une production anormale, sous forme d'une petite tumeur lobuléc. venant probablement de quelque point de la rétine, et sur laquelle on peut quelquefois voir se ramifier des vaisseaux rouges.

La vision peut être détruite dès le début, ou elle est en partie conservée, le malade voyant les objets dans certaines directions. 11 n'y a pas, en général, de douleur, à moins qu'il n'existe, ce qui est rare, une inflammation concomitante, et dans ce cas il y a aussi de l'épiphora, de la photophobie et de la céphalalgie.

Deuxième période. — La maladie peut rester stationnaire pendant plusieurs mois ou même pendant deux ou trois ans, mais tôt ou tard l'excroissance morbide augmente de volume et marche souvent avec une telle rapidité , qu'en quelques semaines elle parvient dans la partie antérieure de l'œil aux dépens de l'humeur vitrée, comprimant le cristallin et l'iris décoloré contre la cornée. L'œil est alors plus ou moins enflammé. Lorsque la tumeur s'est ainsi avancée, on distingue plus facilement, à travers la pupille dilatée, les lobules et les vaisseaux sanguins qui se ramifient à sa surface.

Peu à peu le cristallin devient opaque et prend une teinte ambrée ; la tumeur se trouve cachée, et comme alors l'aspect général du globe n'a pas encore beaucoup changé, on a souvent, à cette période, confondu la maladie avec la cataracte et tenté l'opération.

Le globe augmente graduellement de volume et se déforme par distension, tant à cause de l'accroissement de la tumeur que des vaisseaux variqueux qui s'y développent. La cornée a augmenté de diamètre; elle est plus ou moins vasculaire, plus ou moins opaque et ulcérée, tandis que la sclérotique, dont la limite n'est pas longtemps distincte de la cornée, s'amincit, se décolore et se rompt dans divers points. Dans cet état, le globe proémine hors de l'orbite et est près d'éclater; parfois la sclérotique amincie a déjà cédé en quelque point à la pression, et la tumeur, maintenue seulement par la conjonctive, a pour la vue et pour le toucher quelque ressemblance avec un abcès.

Les paupières sont distendues, gonflées et envahies par de grosses veines. Outre la douleur qui existe dans l'œil et qui s'accompagne parfois de photophobie et d'épiphora, il peut y avoir des douleurs, surtout dans le front, le sommet de la tête, la nuque, revenant par accès, plus intenses la nuit que le jour. Il y a aussi des troubles généraux, de la constipation, des nausées, de la soif, perte d'appétit, insomnie, fièvre et délire.

Troisième période. — La cornée cède, et un liquide fétide, sanguinolent et jaunâtre sort par l'ouverture, en entraînant le cristallin, s'il n'apas déjà été absorbé. Les souffrances du malade sont alors diminuées et la tumeur fait saillie sous l'aspect bien connu d'un fongus cérébriforme sanguinolent. Si l'œil se rompt au niveau de la sclérotique, la conjonctive maintient encore la tumeur pendant quelque temps, mais celle-ci finit toujours par faire irruption au dehors, et ce travail est accompagné de vives douleurs.

Les paupières sont alors distendues, retournées, livides et sillonnées par de grosses veines tortueuses.

Les ganglions lymphatiques de la joue et du cou sont engorgés.

Souvent l'autre œil est également pris, et cela de bonne heure. Dans la première période de la maladie, les deux yeux peuvent être affectés au môme degré.

Les hémorrhagies, la gangrène, l'ulcération et la suppuration dont le fongus devient le siège, joints à la douleur et aux troubles constitutionnels, jettent le malade dans le coma et les convulsions.

Quoique M. Travers ait rencontré l'encéphaloïde dans tous les tissus de l'œil, excepté dans la cornée et le cristallin, c'est néanmoins dans l'appareil nerveux optique qu'il a généralement son origine, les autres tissus de l'œil s'infiltrant consécutivement de

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