EXTIRPATION DU GLOBE
quoique , dans la plupart des cas, ils aient été emportés par la mélanose des viscères (I).
La mélanose et le cancer qui se trouvent si fréquemment réunis chez l'homme, sont cependant des affections distinctes. La mélanose vraie est due à la formation accidentelle d'éléments pigmentaires, et si elle s'associe souvent avec l'encéphaloïde dans l'espèce humaine, et dans l'œil en particulier, on peut l'étudier isolément dans l'œil du cheval où, elle est fréquente. On consultera, du reste, avec fruit, pour tout ce qui est relatif au cancer et à la mélanose, le Traité de pathologie externe de M. Follin, t. I, p. 244 et suiv.
Opération «le l'extirpation du globe.
Préparation du malade. — Elle consiste dans le repos, une nourriture réglée, le bon entretien des organes digestifs un peu avant l'opération, sans compter les précautions spéciales que peut indiquer chaque cas particulier.
Instruments, pansements. — Bistouris et scalpels; une paire de grands ciseaux, courbés sur le plat ; deux paires de grandes pinces, une pince ordinaire à disséquer, une autre pince à griffes; une longue aiguille courbe et une forte ligature : de petites aiguilles à suture et des fils; de l'eau, des éponges et une seringue, linge troué, charpie, compresses et bandes.
Position du malade, des aides et du chirurgien. — Le malade doit être étendu sur le dos, sur une table, la tête soulevée par des coussins. Il faut alors le soumettre au chloroforme. Un aide fixe la tête et se charge de la paupière supérieure ; l'autre aide, se tenant d'un côté de la table, abaisse la paupière inférieure, tandis que l'opérateur se tient du côté qui correspond à celui de l'œil à opérer.
Les conseils suivants pour l'extirpation de l'œil ne peuvent être donnés que d'une façon générale, et ce sont ceux qu'indique la disposition anatomique des parties. Le cas pour lequel on opère peut apporter, dans le procédé, des modifications qui sont laissées à l'appréciation du chirurgien.
Premier temps de l'opération, ou temps préliminaire. — Pour saisir l'œil et le fixer commodément pendant l'opération, il est nécessaire de l'accrocher avec un ténaculum ou un fil très fort que l'on y fait passer au moyen d'une aiguille courbe, et même,
(1) La mélanose de l'orbite et celle de la conjonctive sont étudiées dans d'antres chapitres.
si le globe est volumineux et très proéminent, on peut le tenir avec la main en ayant soin de l'envelopper d'abord d'un linge.
Division de la commissure externe des paupières. — Elle facilite l'opération et empêche de blesser le bord des paupières ; on maintient celles-ci ouvertes, et la commissure externe étant tirée vers la tempe, l'opérateur enfonce la pointe d'un bistouri droit entre la commissure et le bord de l'orbite, et le fait cheminer sous la peau et vers la tempe dans l'étendue d'un centimètre ou plus, jusqu'au point où il transperce les téguments, et les coupe en poussant le couteau de manière à achever la division de la commissure.
Second temps, ou extirpation. — Tandis que les aides maintiennent les paupières ouvertes, le chirurgien, tenant un scalpel d'une main, tourne de l'autre le globe en haut, sans l'attirer hors de l'orbite, mais seulement de manière à découvrir le repli inférieur de la conjonctive. Il tranche celui-ci d'un angle à l'autre, en plongeant le bistouri dans l'orbite à l'un des angles, et divisant la conjonctive jusqu'à l'autre angle par un mouvement de scie. Il faut en même temps couper l'insertion du muscle oblique inférieur.
Retirant ensuite son bistouri, le chirurgien tourne le globe en bas, et incise de la même manière le repli supérieur de la conjonctive, conduisant son instrument le long du bord supérieur de l'orbite d'un angle à l'autre. Du même coup, il divise le muscle oblique supérieur.
On fait rejoindre alors les deux incisions, et en tournant le globe à droite et à gauche, de manière à inciser les points d'adhérence qui existent encore.
Il faut ensuite diviser le nerf optique avec les muscles droits. Pour cela, on introduit les ciseaux courbes dans l'orbite, la concavité en bas, le long de la paroi supérieure et interne, tandis que Ton maintient l'œil tourné en bas et en dehors. On ouvre les ciseaux et on les enfonce de manière à placer entre leurs branches le nerf entouré des muscles qui s'insèrent autour du trou optique et on les tranche. Il est ensuite facile de retirer le globe de l'orbite, en détachant avec les ciseaux les adhérences qui pourraient rester.
On doit alors explorer la cavité orbitaire avec le doigt et enlever tout tissu qui paraîtrait de mauvaise nature. Si la glande lacrymale est indurée et tuméfiée, on la saisit avec une pince, on l'attire hors de la fossette lacrymale avec le tissu cellulaire qui l'entoure, et on l'enlève avec 'des ciseaux. Si elle n'est pas malade, on peut la laisser.
Pansement. — L'hémorrhagie cesse généralement d'elle-même