CHAPITRE Y
La cataracte consiste en une opacité plus ou moins grande de l'appareil cristallinien, qui empêche les rayons lumineux d'arriver jusqu'à la rétine, et qui rend la vision imparfaite ou la réduit à la simple perception de l'ombre et de la lumière.
L'opacité peut avoir son siège dans la lentille elle-même, ou dans sa capsule, ou bien dans les deux à la fois. C'est d'après cela que l'on reconnaît différentes espèces de cataractes : la cataracte lenticulaire , la cataracte capsulaire et la cataracte capsulolenticulaire.
C'est une chose fort importante que de pouvoir distinguer ces diverses espèces de cataractes, car de là dépend la connaissance exacte de l'origine et de la marche de la maladie, et surtout le choix du procédé opératoire le plus propre à rendre la vue dans un cas donné.
La cataracte, telle que nous venons de la définir, est quelquefois qualifiée du nom de vraie, pour la distinguer de celle qui a été appelée fausse cataracte, et qui consiste en dépôts opaques de lymphe, de pus et de sang sur la capsule antérieure, et venant obstruer la pupille, ordinairement à la suite d'une iritis aiguë ou chronique. Cependant la fausse cataracte peut se combiner avec certaines formes de cataractes vraies, telles que la capsulaire antérieure et la capsule— lenticulaire . Comme exemples de ce genre de combinaison, on peut citer la cataracte trabéculaire ou barrée, quelques variétés de cataracte pyramidale et la cataracte pigmentaire. Les deux premières sont ainsi nommées parce que le dépôt de lymphe affecte, dans Tune la forme d'une barre traversant le devant de la capsule, et dans l'autre celle d'une pyramide ; la dernière tire son nom des fragments d'uvée qui adhèrent à la capsule antérieure.
Classification anatoniique et anatomïc pathologique des cataractes (1).
1° Classification anatomique des cataractes. Première classe : Cataractes lenticulaires. — Deuxième classe : Cataractes capsulaires. — Ces deux classes doivent être conservées au
(1) Extrait de l'article inséré par M. CIi. Robin dans le tome III du Traité des
maladifs des yeit.r de M. Desmarres.
point de vue de l'étude des signes objectifs, du diagnostic, de l'étiologie et du traitement; elles doivent môme servir de base à celte étude. Il faut remarquer que ces deux ordres de lésions peuvent coexister ou se succéder. Il résulte de là qu'au point de vue des signes objectifs et du traitement, on peut établir une troisième classe : les cataractes capsulolenticulaires.
PREMIÈRE CLASSE : Cataractes lenticulaires. — Ce sont toutes celles dans lesquelles l'opacité est due à une lésion de la lentille même; il y en a plusieurs espèces parce que le lissu de cet organe peut offrir plusieurs sortes de lésions, et chaque espèce peut avoir des variétés. Les espèces sont au nombre de quatre ; ce sont : la molle, la liquide, la dure, la pierreuse.
Première espèce : Cataracte lenticulaire molle. — La nature anatomique de celte espèce étant complexe, on ne peut tirer de cette nature un nom propre, on l'a donc emprunté à la consistance du tissu. Ce dernier, en effet, a changé de couleur, mais il a généralement conservé la faible consistance normale de la surface du cristallin, ou est devenu un peu plus ferme et un peu plus mou encore.
Cette espèce n'offre, en réalité, que les deux variétés suivantes, au point de vue anatomique.
Première variété : Cataracte lenticulaire molle au début. — Elle est caractérisée anatomiquement par les lésions décrites plus bas ; mais au point de vue des signes objectifs, elle est souvent subdivisée en plusieurs sous-variétés, selon le mode de distribution de ces lésions et des opacités correspondantes à la surface du cristallin.
Les sous-variétés se définissent la plupart d'elles-mêmes ; ce sont les suivantes : 1° striée, 2° étoilée, 3° à trois branches, 4° barrée, 5° fenêtrée, 6° déhiscente, 7° à taches disséminées, 8° pointillée.
Deuxième variété : Cataracte lenticulaire molle complète ou corticale. — Cette variété se définit d'elle-même ; elle présente, pour l'anatomiste, deux sous-variétés qu'on peut diagnostiquer habituellement avant l'opération ; ce sont :
1° Cataracte molle, opaque à la surface ; le noyau conservant sa consistance normale, et alors aussi sa transparence, sauf la coloration ambrée propre au noyau du cristallin des vieillards.
2° Cataracte mixle, dans laquelle la couche de la surface est opaque, molle, et le noyau plus dur qu'à l'état normal, mais habituellement alors moins transparent, grisâtre ou brunâtre.
On trouve dans cette variété la même structure anatomo-pathologique que dans la précédente, sauf la consistance du noyau. Nous n'aurons donc besoin de décrire plus bas que les deux variétés précédentes, sans avoir besoin de parler davantage de leurs sous-variétés. Celles-ci sont assez connues anatomiquement, d'après ce qui précède.
Au point de vueétiologique, on ajoute quelquefois aux variétés et sous-