OBSERVATIONS DE PARALYSIE COMPLÈTE ET PARTIELLE DES NERFS RÉCURRENTS
I. — Paralysie complète des deux récurrents due à un cancer de la glande thyroïde. -Marie-Anne L., âgée de cinquante-six ans, fut admise à l’hôpital pour les affections de la gorge, en novembre 1869; elle souffrait d’une hypertrophie de la glande thyroïde, de la perte de la voix, de respiration courte et de violents accès de toux.
A l’examen laryngoscopique, on voyait les deux cordes vocales fixées dans la position cadavérique, elles n’étaient ni en abduclion pendant l’inspiration, ni en adduction pendant la phonation. La malade était cachectique, et le tour du cou mesurait 42 centimètres. La glande thyroïde était très dure, bosselée, et sur le côté gauche la peau était foncée et prête à s’ulcérer. Dix jours plus tard, on trouva en ce point une ulcération, la malade eut des hémorrhagies successives et mourut trois mois après son admission.
A l’autopsie, on découvrit une tumeur cancéreuse englobant entièrement les deux nerfs récurrents. En examinant le larynx on trouva les muscles cryco-aryténoïdiens des deux côtés atrophiés. Les stries transversales de ces muscles étaient peu nettes par places et seuls les aryténoïdiens paraissaient sains.
IL — Compression des deux récurrents par un anévrysme, occasionnant une paralysie bilatérale des abducteurs. — C. J., âgé de cinquanteet-un ans, fut admis à l’hôpital le 15 mars 1869. Il avait de la dyspnée, la respiration était striduleuse, et ses crachats striés de sang. La voix était faible mais timbrée, et la déglutition difficile.
A l’examen laryngoscopique les deux cordes vocales étaient en adduction n’étant séparées que par un intervalle d’environ 2 millimètres, elles se rapprochaient pendant la phonation. A la percussion on trouvait au dessus de la poignée du sternum une matité s’étendant sur le côté droit de la clavicule, et du côté gauche à 25 millimètre (1 pouce) au-dessus de l’espace compris entre la première et la deuxième côte, près de leur extrémité sternale : au-dessus, la matité n’atteignait pas le bord du sternum, et se terminait en bas au niveau de la seconde côte. —On diagnostiqua un anévrysme, mais la dyspnée étant considérable, et évidemment due à la compression d’un nerf, la trachéotomie fut pratiquée par M. Evans, le 27 mars. Le malade guérit et quitta l’hôpital à la fin d’avril, il était faible, et continuait de porter la canule, la paralysie des abducteurs persistait.
Quinze jours plus tard il fut admis de nouveau à l’hôpital pour une violente hémoptysie dont il mourut quarante-huit heures après.
A l’autopsie, on trouva deux anévrysmes. Le premier très volumineux, commençant au niveau de l’aorte ascendante et compre*
PARALYSIES LARYNGÉES
nant le tronc brachio-céphalique droit, comprimait à sa partie supérieure et externe le nerf récurrent droit, etunpeule pneumogastrique de ce côté ; le second plus petit, entourait la surface postérieure et inférieure de la portion descendante de la crosse de l’aorte, et pressait légèrement sur le nerf récurrent gauche.
A l’examen du larynx, on trouva que les crico-aryténoïdiens des des deux côtés avaient subi la dégénérescence graisseuse, de sorte qu’il ne restait qu’une très faible portion de substance musculaire. Les autres muscles du larynx des deux côtés étaient sains, et leurs stries bien marquées .
III. — Compression des deux nerfs récurrents par un cancer de l'œsophage , ayant donné lieu à une paralysie bilatérale des abducteurs. — Thomas B., âgé de soixante- sept ans, se présente à l’hôpital des affections delà gorge, en octobre 1870, pour un trouble de la déglutition compliqué de gêne respiratoire. L’examen laryngoscopique fait reconnaître une paralysie des abducteurs. Les adducteurs se mouvaient parfaitement, mais la membrane muqueuse du larynx était légèrement congestionnée et la voix rauque. Il était impossible de passer une bougie dans l’œsophage à cause d’un rétrécissement situé dans le tiers supérieur du conduit.
A l’autopsie, on trouva le conduit œsophagien réduit à des dimensions si étroites qu’on pouvait à' peine y introduire un stylet, les parois de l’œsophage et les tissus avoisinants étaient remplis par une masse cancéreuse, qui, à l’examen microscopique, fut reconnue pour être un épithélioma. Il n’était pas possible de déterminer sur cette masse cancéreuse le point de sortie des nerfs laryngés, quoiqu’il fut facile de voir l’endroit où ils pénétraient des deux côtés. On trouva les muscles abducteurs atrophiés et présentant des signes de dégénérescence graisseuse. Les autres muscles du larynx étaient sains, à l’exception du muscle thyro-aryténoïdien gauche qui offrait les signes d’une transformation moléculaire.
IV. — Compression des deux nerfs récurrents par la glande thyroïde hypertrophiée donnant lieu à la paralysie bilatérale des abducteurs. — A. F., âgé de 15 ans, un grand garçon d’apparences délicates fut reçu à l’hôpital des affections de la gorge, le Ie1' octobre 1878. Il se plaignait de cornage qu’il avait depuis quatre mois. Lorsqu’il était au repos, il pouvait respirer assez bien, mais à la moindre fatigue, il ressentait une grande dyspnée et faisait beaucoup de bruit en respirant pendant son sommeil. En examinant le cou on pouvait remarquer un goitre de dimensions ordinaires, mais très dur, et au laryngoscope on trouvait une paralysie des abducteurs des cordes vocales des deux côtés. Les adducteurs ne semblaient pas être atteints et la voix était parfaitement normale. Sous l’influence d’un traitement approprié, qui dura plusieurs mois, le goitre guérit et l’action des cordes vocales redevint normale.
V . — Compression des deux récurrents par un anévrysme ayant déterminé la PARALYSIE BILATÉRALE DES ABDUCTEURS. — T. E., âgé de
soixante ans, fut admis à l’hôpital de la gorge, le 27 novembre 1876.
PARALYSIES LARYNGÉES
Il avait toujours joui d’une bonne santé, lorsqu’il y a six mois il prit froid, commença à tousser et à avoir la respiration courte. Cinq semaines avant d’entrer à l’hôpital, il éprouva en outre une grande gêne à la déglutition.
A l’examen laryngoscopique on voyait les cordes vocales rester presque au contact pendant l’inspiration ordinaire, mais dans l’inspiration forcée il existait entre elles un espace triangulaire étroit, pendant la phonation elles ne sé touchaient qu’incomplètement. En examinant la poitrine on entendait de légères pulsations au-dessus et au-dessous de la clavicule droite, on en trouvait aussi au même niveau du côté gauche, mais elles étaient plus faibles. Le bruit respiratoire était peu marqué. Les battements du cœur n’avaient rien de régulier et les sons normaux étaient remplacés par des bruits de souffle que l’on pouvait entendre distinctement, non seulement dans la région cardiaque mais aussi en haut et au-delà de la clavicule droite près de l’acromion. On diagnostiqua un anévrysme et une hypertrophie cardiaque. Le malade fut de plus en plus mal, lagêne de la respiration, et de la déglutition augmentèrent, il survint une rapide émaciation et la mort suivit peu après.
On trouva à l’autopsie une hypertrophie considérable du cœur, et une dilatation anévrysmale de la première portion de l’aorte, une pneumonie chronique et une hypertrophie des ganglions bronchiques. Ces derniers étaient enveloppés d’un tissu conjonctif ferme et abondant qui comprimait les deux nerfs récurrents. Les troncs des nerfs pneumogastriques étaient normaux. Les abducteurs des cordes vocales étaient très atrophiées par rapport aux autres muscles du larynx, mais on ne fit pas d’examen microscopique. (Le résumé de cette observation a été publié in Clin. Soc. Trans., 1. C. par le D1' Semon.)