PARALYSIE UNILATÉRALE
Étiologie. — La paralysie de l’un des nerfs récurrents par cause mécanique n’est pas rare, et cela grâce en partie à la longueur du trajet que parcourt le tronc principal de ces nerfs avant de se diviser en plusieurs branches. Les relations des deux nerfs sont bien indiquées par le dessin suivant (fig. 104).
Le récurrent gauche naissant profondément dans la poitrine, au-dessous de la crosse de l’aorte, est surtout exposé à la compression par les anévrysmes, les ganglions bronchiques hypertrophiés et d’autres tumeurs du médiastin. D’autre part le récurrent droit qui repose dans une certaine partie de son par-
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cours, au voisinage du sommet du poumon droit, peut être facilement comprimé par l’engorgement des tissus situés à ce niveau. Le Dr Mandl(l) fait remarquer que sur 52 cas dans
Fig. 90. — Branches laryngées du nerf pneumogastrique (Tiré de Ziemmsen, d’après Henle)
lesquels le sommet du poumon droit était seul affecté, 50 malades avaient la voix enrouée, tandis que sur 32 cas dans lesquels le sommet gauche était atteint, un seul malade était enroué.
(1) Gazette des Hôpitaux , n° 13b, 1862.
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Pour expliquer cette différence le docteur Mandl rappelle que le récurrent gauche contourne l’aorte tandis que le récurrent droit passant tout près du sommet du poumon, a plus de chance d’être comprimé paj les dépôts morbides, ou l’inflammation du sommet de la plèvre qui accompagne souvent la tuberculose.
Fig. 105. — Paralysie dd nerf récurrent gauche vue pendant l’inspiration
Fig. 106. — Paralysie du nerf récurrent gauche vue pendant la phonation
J’ai cependant fait observer il y a quelques années (1) que le résultat de mon expérience n’était pas en faveur de cette énorme prépondérance des paralysies de la corde vocale droite, et de nouvelles observations sont encore venues confirmer mes premières conclusions.
La cause la plus commune de l’aphonie pendant la première période de la tuberculose est certainement due à la la faibesse des muscles respiratoires, et au peu de tension des cordes vocales, et non pas à une névrose (Voir Phthisie laryngée). Un nerf quelconque subira bien plutôt les attaques d’un cancer de l’œsophage ; et cette cause est peut-être la plus commune de toutes.
(1) Hoarseness and Loss of Voice , p. 17.
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L’hypertrophie d’un ganglion cervical profond peut occasionner la paralysie unilatérale tout aussi bien qu’une tumeur maligne du cou, et les tumeursdu médiastin telles que cancers, sarcomes, fibromes, et lymphomes des ganglions bronchiques agissent de la même manière.
Symptômes. — Les symptômes de cette affection sont bien nets et on peut la reconnaître immédiatement au laryngoscope . Lorsqu’il existe une .paralysie complète du nerf, la corde vocale correspondante reste pendant la phonation, dans la position cadavérique (voir figure 107), tandis que la corde saine est entraînée par le mouvement d’adduction qui peut même la ramener au delà de la ligne médiane, un des cartilages corniculés venant souvent croiser son congénère. L’inaction de la corde vocale paralysée est ainsi compensée du côté sain (voir fig. 108). D’après Rappeler (1) en forçant là voix dans une note haute, la corde vocale saine peut être ramenée de façon à reposer sur la corde paralysée.
En parlant de la paralysie bilatérale, nous avons fait remarquer que dans la période du début et pendant toute la durée de la maladie, l’abducteur est plus souvent atteint que les adducteurs des cordes vocales (2), cette observation s’applique également à l'affection unilatérale. Aussi le bruit de cornage (stridor) est-il plus souvent un symptôme de cette maladie que ne le sont l’aphonie et la dysphonie.
La voix du malade peut être complètement perdue, mais elle est plus souvent rauque et bitonale, et, à la moindre fatigue, lorsque le malade fait un effort, il a de la tendance à prendre la voix de fausset. Cette particularité est due aux vibrations inégales des cordes vocales et à la manière anormale avec laquelle elles se rapprochent.
Anatomie pathologique. — Les observations que nous avons faites sous ce titre en traitant les affections bilatérales peuvent s’appliquer ici.
Pronostic. — La terminaison de tous les cas de ce genre
(1) Loc. cil.
(2) Voir observations 1 et 2 que j’ai publiées dans le Med. Times and Gaz., vol. I, p. 356, 1869.
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dépend naturellement de la cause qui produit la paralysie, mais le danger qui résulte de l’état de l’organe vocal, varie suivant que la paralysie est complète et affecte tout le tronc nerveux ou bien qu’elle est partielle et atteint seulement les fibres abductrices. Dans ce dernier cas il peut exister une dyspnée grave (1).
Traitement. — Il est inutile de traiter les symptômes laryngés, et sauf lesj, cas où les abducteurs sont seuls affectés et dans lesquels la trachéotomie peut alors devenir nécessaire, on devra s’attacher à combattre autant que possible la cause de cette affection. Les accidents de ce genre sont si fréquents et on en trouve de si nombreuses observations dans les journaux de médecine que je ne crois pas nécessaire d’en rapporter de nouvelles. Je n’en citerai qu’un seul cas, dont l’étiologie est un peu obscure et surtout parce qu’il démontre bien le chevauchement que peuvent subir les cartilages corniculés pendant la phonation.
OBSERVATION d’üNE PARALYSIE DU NERF RÉCURRENT GAUCHE, DE CAUSE INCONNUE
Sarah F., âgée de quarante et un an, est admise à l’hôpital de Londres le 2 avril 1867, elle souffre de dysphonie ; l’enrouement
Fig. 107. — Inspiration Fig. 108. — Essai de phonation
On voit (fig. 108} le cartilage aryténoïde passer au-devant du gauche, e la corde vocale droite dépasser la ligne médiane pour compenser l’inaction de la corde gauche (2).
(1) Ibid.
(2) J’ai eu l’occasion devoir récemment un malade chez lequel la cause de la paralysie de la corde gauche est toute aussi obscure que dans le cas rap-
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aurait depuis son enfance, il était survenu à la suite de la rougeole. Il n’existait ni anévrysme, ni tumeur thoracique, ni hypertrophie
^ A l’examenlaryngoscopique on voyait la corde vocale gauche fixe et immobile dans la position cadavérique aussi bien pendant la phonation que pendant la respiration paisible. (Pour de plus amples détails voir mon mémoire : Hoarseness and Loss of Voice , p. 41 ).