‹ Traité pratique des maladies du larynx, du pharynx et de la trachéeChapitre 107 sur 146 · PARALYSIE DE L’UN DES ADDUCTEURS LATÉRAUX · texte numérisé non relu

PARALYSIE DE L’UN DES ADDUCTEURS LATÉRAUX

Définition. — On donne ce nom à l’inaetion de l’addueteur d’un côté et par suite à l’immobilité de la eorde correspondante sur l'un des côtés du larynx au moment de la phonation, dont le résultat est de donner à là voix un timbre enroué et aigre.

Étiologie. — Cette affection peut être le résultat d’une intoxication chronique' (plomb arsenic) causée par le froid ou un effort musculaire. Je l’ai vu survenir à la suite de la petite vérole et de la syphilis.

Symptômes. — Cet accident peut être reconnu à l’aide du laryngoscope. Pendant la phonation, la corde vocale affectée reste sur le côté du larynx de sorte qu’elle est à peine visible, tandis que celle du côté sain est normalement attirée vers la ligne médiane (adduction) (1). La membrane muqueuse qui recouvre la corde affectée peut être saine, mais elle est souvent congestionnée. Il existe de l’aphonie ou de la dysphonie, lé plus souvent sans aucun symptôme constitutionnel.

Lorsque la paralysiedes adducteurs d’un côté est complète, ou même bien marquée, la toux, l’éternument et le rire, toujours altérés dans leurs caractères, sont aphones; du reste on trouve souvent comme premier symptôme une modification de la toux ou de l’éternument habituels. L’affection est assez souvent accompagnée d’une légère dysphagie.

Anatomie pathologique. — Pour ce qui a trait à l’anatomie, je ferai remarquer que dans le seul cas, (il datait de sept ans) de cette maladie où j’ai pu faire l’examen nécroscopique, il existait une. atrophie considérable de l’adducteur (crico-aryténoïdien latéral) du côté affecté. L’aryténoïdien propre ne semblait pas avoir souffert.

(l)Non seulement la corde vocale paralysée reste sur le côté du larynx, mais elle décrit une courbe à concavité en dedans pendant les efforts de phonation, le centre de la corde se rapprochant toujours moins de la ligne médiane que des extrémités ( Note des Traducteurs ).

640 PARALYSIE DE l’üN DES ADDUCTEURS LATÉRAUX

Diagnostic. — La source d’erreur la plus commune dansces sortes de cas, se trouve dans le gonflement de la bande ventriculaire qui cache plus ou moins la vraie corde du môme côté. Il arrive alors qu’en examinant le larynx on voit une des cordes vocales se rapprocher de la ligne médiane par un mouvement d’adduction normal, tandis que l’autre est invisible. L’observateur pourra facilement, avec un peu d’expérience du laryngoscope, reconnaître la vraie nature de la maladie.

Les symptômes de paralysie sont quelquefois produits par la destruction ou l’altération de l’une des articulations crico-aryténoïdiennes, résultant de leur ossification ou de leur dégénérescence morbide. Dans ces cas, il existe généralement quelque chose d’anormal comme, par exemple, une hypertrophie ou un gonflement de la base du cartilage aryténoïde.

Pronostic. — L’affection n’étant pas dangereuse par ellemême et ayant le plus souvent une origine locale, ne doit pas éveiller de craintes bien sérieuses. Seuls les cas qui sont le résultat d’une intoxication chronique, d’une inflammation catarrhale ou syphilitique, nécessitent un traitement.

Traitement. — Quelques malades guérissent spontanément par l’usage d’inhalations chaudes ; lorsque la maladie est due à une intoxication chronique, l’application locale de l’électricité sur les muscles laryngiens, suffit bien souvent dans les cas récents pour guérir le malade. On pratiquera l’électricité au moyen de l’électrode double qui sera placé à cheval sur le repli ary-épiglottique vis-à-vis des cartilages de Wrisberg.

Lorsque l’aphonie dure depuis de longues années, le traitement n’aura pas grande utilité. Car cette affection ne ressemble pas à la paralysie bilatérale dans laquelle l’action réflexe des muscles n’étant pas altérée, le tissu musculaire est conservé dans son intégrité.

OBSERVATIONS DE PARALYSIE DE l’üN DES ADDUCTEURS LATÉRAUX

I.~M G., chirurgien bien connu exerçant à Bloomsburry, me consulta en 1864, pour une aphonie qui datait de plusieurs années, et quiétait survenue quelques années auparavant pendant une attaque de paralysie diphthéritique. L’aphonie était due a la paralysie de l’adducteur de la corde vocale droite. Le galvanisme et le faradisme

ne donnèrent aucun résultat, et l'adducteur resta déllnitivement paralysé. L’action de l’abducteur était parfaite.

IL — La fille d’un praticien d’Anerley me fut amenée en 1865, elle était atteinte de paralysie de l’adducteur de la corde vocale gauche. La cause de cette affection et le résultat du traitement furent les mêmes que dans l’observation précédente.

III. — Charles E., âgé de quarante-neuf ans, se présenta à l’hôpital des maladies de la gorge le 3 février 1867. Il était aphone et avait la respiration difficile. L’examen laryngoscopique permit de constater l’existence d’une paralysie de l’adducteur de la corde vocale gauche, que l’on ne pouvait apercevoir qu’en plaçant le miroir laryngien obliquement.

La température du malade s’élevait à 103° et son pouls était à 138, en examinant la poitrine on trouva une pleurésie étendue du poumon droit.

Il mourut dix jours après et à l’examen nécroscopique on trouva la moitié inférieure du poumon droit hépatisée, tandis que la cavité pleurale contenait environ 64 grammes [2 onces) de liquide purulent. Les nerfs récurrents et pneumogastriques furent soigneusement disséqués, et plusieurs fragments examinés au microscope furent trouvés sains. Le muscle crico-aryténoïdien gauche et les fibres du thyro-aryténo'idien étaient considérablement atrophiés, il ne restait presque rien du tissu musculaire du premier. Les autres muscles étaient sains des deux côtés. Il existait sur la paroi postérieure du pharynx plusieurs cicatrices profondes probablement syphilitiques, mais on ne voyait dans le larynx, ni cicatrice, ni rétrécissement. La femme de ce malade nous dit que depuis sept ans son mari ne pouvait pas parler à haute voix, et qu’à l’époque où il avait perdu la voix il souffrait d’une ulcération de la gorge qui l’empêchait d’avaler.

La cause de l’atrophie musculaire était probablement due à une gomme.

IY. — M. S., âgé de vingt-trois ans, me consulte en mars 1874, pour un enrouement qui durait depuis un mois. L’examen laryngoscopique laissait voir une congestion considérable de la membrane muqueusè du larynx, et une paralysie de l’adducteur de la corde vocale droite. La congestion disparut au bout de quinze jours par l’emploi d’inhalations sédatives, mais la corde vocale droite restait absolument immobile pendant la phonation. L’action des adducteurs était normale : six semaines plus tard, grâce à l’usage constant du faradisme, les adducteurs reprirent leur activité et la voix reparut.

V. — Dans un autre exemple, observé à l’hôpital, en décembre 1875, il s’agissait d’un malade, peintre de profession, âgé de trentecinq ans.

L’adducteur de la corde vocale droite était complètement paralysé

par suite de l’intoxication plombique. La maladie durait depuis cinq mois, et la guérison fut obtenue en deux mois par les applications intra-laryngiennes d’électricité, l’administration du quinquina et de l’iodure de potassium à l’intérieur.

PARALYSIE DE L’ADDUCTEUR CENTRAL (muscle inter-aryténoïdien)

Ce muscle est fréquemment atteint en même temps que les adducteurs latéraux et quelquefois même il est le seul affecté. Son action est souvent affaiblie à la suite du catarrhe, mais quelquefois l’hystérie est la cause de la paralysie.

La perte de la voix est le principal symptôme de cette affection.

A l’examen laryngoscopique on voit les cordes vocales se rapprocher d’une manière normale dans les trois quarts antérieurs de la glotte et le quart postérieur, ou portion cartilagineuse de cet orifice, rester ouvert, laissant subsister entre les cordes un espace triangulaire.

Le pronostie est favorable dans les cas récents, mais dans une observation que nous rapportons plus loin, la malade qui a été suivie pendant douze années, se trouve aujourd’hui dans le même état où elle était la première fois lorsque je la vis

Lorsque l’élément catarrhal prédomine, le traitement devra consister en inhalations stimulantes et en applications astringentes ; mais dans les cas plus anciens il sera nécessaire de recourir au faradisme que l’on appliquera sur les replis inter-aryténoïdiens (1).

E. H. Une vieille fille de trente-sept ans, vint me consulter à l’hôpital de la gorge au mois d’août 1867. La malade m’était adressée

(1) On peut en somme considérer la paralysie isolée du muscle ary-Rryténoïdien comme relativement très rare (voir un article sur ce sujet par A. Ducau, In Revue mensuelle de Laryngol, etc., mai 1881, n° 10), l’hystérie et la laryngite catarrhale, nous semblent jouer le rôle principal dans la production de la maladie (Noie des Traducteurs).

PARAI, ysie des adducteurs des CORDES VOCALES 643

par le Dr Hall de Brighton, qui l’avait traitée quelques aimées auparavant pour une affection utérine. Elle était très faible, mais elle n’avait aucune affection organique.

Fig. 111

A l’examen laryngoscopique, on voyait les cordes vocales se rapprocher convenablement pendant la phonation dans les trois quarts antérieurs de la glotte, mais elles restaient largement séparées dans le quart postérieur laissant entre elles à ce niveau une ouverture triangulaire.

On employa tour à tour, mais sans succès, une médication générale tonique , anti-spasmodique et l’électrisation directe intra-laryngée.

Les chocs électriques les plus violents ne purent amener le moindre son.

La malade fut chloroformisée, mais lorsqu’elle reprit connaissance on ne put lui faire émettre aucun son. Je l’ai suivie pendant 12 ans mais il n’a jamais été possible de lui rendre la voix.

(muscles crico-thyroïdiens)

Cette affection peut être uni ou bilatérale, mais les deux formes sont rares. Elle se développe le plus souvent à la suite d’un courant d’air, d’un coup de froid sur le cou, mais elle se montre aussi après un usage violent et immodéré, en plein air, de l’organe de la voix. Dans ces cas la voix est quelquefois simplement un peu rauque, mais elle est le plus souvent éteinte (1), Quelquefois en plaçant le doigt sur les muscles

(1) Lorsque la paralysie est incomplète la phonation est quelquefois possible, mais elle est toujours extrêmement difâcile, et dans quelques cas le

crico-thyroïdiens et en disant au malade d’émettre un son, on peut sentir le manque de contraction du muscle. L’image laryngoscopique a été décrite à la page 595.

Le pronostic est favorable et le repos peut à lui seul effectuer la cure. L’électrisation externe est cependant indiquée et dans plusieurs cas les vésicants, ou même une simple compresse mouillée autour du cou, favoriseront le retour de la fonction abolie.

Page 1