‹ Traité pratique des maladies du larynx, du pharynx et de la trachéeChapitre 110 sur 146 · ATROPHIE DES CORDES VOCALES · texte numérisé non relu

ATROPHIE DES CORDES VOCALES

L’atropbie des cordes vocales est extrêmement rare et je ne crois même pas que l’examen nécroscopique en ait encore démontré l’existence. J’ai cependant publié quatre cas (2) dans lesquels il m’a semblé que l’atrophie existait pendant la vie. La rareté de l’affection est probablement due à la densité extrême du tissu des cordes vocales et à la lenteur avec laquelle les altérations de nutrition surviennent à l’état normal.

Lorsqu’il existe de l’amaigrissement, les cordes peuvent paraître simplement raccourcies ou bien elles peuvent être tellement altérées qu’elles échappent à l’examen, alors même qu’aucun obstacle n’empêche la vue d’arriver jusqu’à elles.

En dehors de mes observations personnelles, Ziemssen (3) a cité un exemple de cette affection, mais il fait remarquer qu’il a eu à traiter un malade chez lequel la compression du nert récurrent existait depuis dix-sept ans, sans causer aucune atrophie de la corde vocale correspondante.

ANKYLOSE DES ARTICULATIONS ARYTÉNOID1ENNES (4)

Étiologie. — Malgré la situation très exposée de l’articulation crico-aryténoïdienne, l’ankylose de cette dernière doit être rare car l’immobilité des cordes vocales ne se rencontre pas

(1) Koch : loc. cit.

(2) Hoarseness and Loss of Voice, etc., p. 71.

(3) Cyclopædia, vol. VII, p. 955.

(4) Cét article aurait mieux trouvé sa place après la « Périchondrite » mais comme il a été omis accidentellement à la place qui lui était assignée, j’ai pensé qu’il serait bon de parler ici des affections des articulations souvent confondues avec les maladies musculaires.

PARALYSIES DIVERSES

fréquemment, et lorsqu’elle existe elle est souvent due soit aux affections nervo-musculaires, soit à une tuméfaction générale des parties molles qui empêchent mécaniquement les mouvements des cordes. Il est cependant hors de doute qu’elle se rencontre quelquefois. Ce sujet n’a du reste pas encore été traité avec détails, bien qu’il ait été incidemment abordé par Turck (1), Sidlo (2), Ziemssen (3), Mandl (4), Schrotter (5), Koch (6), Burow jun. (7), Semon (8), et moi (9).

L’ankylose de l’articulation crico-aryténoïdienne peut survenir à la suite de la périchondrite ou de la chondrite, affections qui apparaissent soit primitivement, soit secondairement par l’extension de la maladie des parties molles sus-jacentes.

Il est probable qu’elle peut aussi être occsionnée par une synovite primitive rhumatismale, d’origine goutteuse ou simplement catarrhale. Dans quelques cas, elle peut être la consé-, quence d’un repos forcé, dû à la paralysie antérieure des muscles, aux altérations des tissus voisins empêchant le jeu des articulations pendant une longue période et amenant ainsi une , ankylosé permanente.

La périchondrite généralement due à la fièvre typhoïde ou à la syphilis est sans aucun doute la cause la plus commune de cette affection ; car d’après le D‘ Semon, sur une série de dix cas, la maladie a été cinq fois la conséquence d’une inflammation du péricbondre recouvrant les cartilages cricoïde ou aryténoïdes.

(1) Klinik der krankheilen des Kelhkopfs, etc., Wien, 1866, p. 214.

(2) Ziemssen’s Cyctopædia, vol. VII, p. 968.

(3) Cyclopædia, vol. III, p. 821. English edit,

(4) Gazette des Hôpitaux, nos 20, 63, 1862.

(5) « Beitrag zur Behandlung der Larynxstenosen. » Wien, 1876; el « Jahresberichte der Klinik fiir Laryngoscopie. » Wien, 1871-1875.

(6) Annales des maladies de l’oreille, etc., 1877, n° 6, p. 335 ; et 1878, novembre 2, p. 13.

(7) Larygoscopischer Atlas. Stuttgart, par Enke, 1877, p. 66.

(8) Trans. Clinical Soc., vol. XI, 1878, p. 149; et Med. Record, janv. 1879, n° 84, p. 21. — Mon collègue, le D1 2 3 4 5 6 7 8 9' Semon, qui prépare en ce moment une étude complote sur l’ankylose des articulations aryténoïdiennes, m’a gracieusement autorisé à parcourir son manuscrit.

(9) Hoarseness,Loss of Voice, and Stridulous Breathing, London, 1868, p. 6 et p. 18,

PARALYSIES DIVERSES

Symptômes. — Les symptômes varient suivant que l’affection est uni ou bilatérale, suivant le degré de mobilité de l’articulation et la position qu’occupe l’aryténoïde sur le cartilage cricoïde. Ainsi lorsque l’aryténoïde est fixé sur la partie externe du cartilage, la corde vocale est portée sur le côté d’une façon permanente et la dysphonie est également constante; tandis que si le cartilage aryténoïde est fixé près du centre du cartilage, la corde vocale est placée à demeure près de la ligne médiane, et la dyspnée est persistante.

Diagnostic. — Le diagnostic de cette affection n’est pas facile, car la paralysie de l’un des adducteurs ou des abducteurs peut simuler l’ankylose. On peut cependant soupçonner l’existence de cette dernière maladie lorsque l’immobilité de l’une et peut-être deux cordes vocales est accompagnée de quelque irrégularité dans la forme des cartilages, ou dans la partie supérieure du cartilage cricoïde. On devra également la rechercher chez les malades convalescents de la fièvre typhoïde qui ont de l’altération de la voix ou de la gêne respiratoire.

Traitement. — Je ne connais pas de traitement qui puisse donner de bons résultats, mais si les cartilages aryténoïdes sont fixés dans la position centrale, on pratiquera la dilatation forcée d’après la méthode opératoire décrite dans notre dernier article et après que la trachéotomie aura été faite. Dans les cas de périchondrites survenant à la suite de la fièvre typhoïde et de la syphilis, lorsqu’il existera une destruction considérable de l’articulation et que l’on craindra l’ankylose, on devra, autant que possible, instituer un traitement prophylactique.

SPASME DE LA GLOTTE

SPASME DE LA GLOTTE (1

(Synonymes : Pseudo-Croup. Croup nerveux)

Latin Eq. — Spasmus glottidis. Laryngismus stridulus. Astlima Millari. A. Koppii. A. intermittens infantum. Angina spastica. Clangor infantum.

Anglais Eq. — Spasm of the glottis. Spasm of the Adductors of the Vocal Cords. Spasmodic Croup. Cérébral Croup. Millar’sAsthma. Child-Crowing. Allemand Eq. - Krampf der Glottis. iStimmritzenkrampf. Italien Eq. — Spasmo de la glottide.

Définition. — On donne ces différents noms à une convulsion survenant chez les enfants mal nourris [le plus souvent rachitiques ) caractérisée par l'action spasmodique des muscles adducteurs des cordés vocales, et dans les cas graves , par le spasme du diaphragme et des muscles intercostaux. Les symptômes les plus marqués de la maladie consistent dans une succession d’inspirations bruyantes et courtes qui deviennent graduellement plus prolongées et se terminent ordinairement par des cris ou des pleurs, mais quelques fois aussi par l’arrêt de la respiration et la mort.

Historique. — L’origine de cette affection remonte aux temps les plus reculés, les conditions qui lui donnent naissance ayant toujours existé.

Nous la trouvons décrite dans les premiers écrits médicaux sous le nom d’ « asthme des enfants » et Hippocrate (2) qui en fait mention sous ce même nom, dit qu’elle se montre aussitôt après l’apparition de la première dent. Deux ou trois cents ans plus tard, Galien (3) soutint avec plus de précision, mais moins de justesse, que l’âge où l’on rencontrait le plus souvent cette affection était le plus souvent entre l’époque où l’enfant met sa première dent et

(1) Il est important de rappeler ici que le spasme de la glotte n’est pas une maladie par ellei-môme, mais seulement le symptôme ou l’expression locale d'une autre affection.

(2) Aphorism., sect. 3, apli. 26.

(3) Obs., lib. I, p. 184.

SPASME DE LA GLOTTE

celle où il atteint sa douzième ou treizième année. Aretée, Paul d’Ægine et Gélius Aurélianus font vaguement allusion à la maladie, et il faut arriver à la fin du xvii° siècle pour en trouver une description à peu près exacte. Cependant, dans l’année 1697, Etmuller (1) donna un aperçu des « convulsions suffocantes des enfants » qu’il croyait pouvoir survenir par le spasme des abaisseurs et la paralysie des releveurs de la glotte (2). Dans l’année 1761, le Dr James Simpson (3) publia un court essai qui peut être considéré comme le point de départ des idées modernes sur cette maladie ; et quelques années plus tard John Millar (4) faisait paraître un ouvrage important dans lequel il donnait aux observations de Simpson, très peu connues auparavant, une place importante. Millar semble avoir observé des exemples de laryngite catarrhale et peut-être des cas de diphthérie laryngée, mais il avait sans nul doute rencontré également des cas de spasmes vrais. Dans « ses premier et second degrés » de laryngisme il n’établit pas de distinction entre ces trois affections, aussi n’est-il pas étonnant que ses idées, en ce qui concerne Pétiologie et le traitement de la maladie, soient un peu confuses. En 1789, Underwood (5) en donna une description assez nette et Wichman (6), du Hanovre, semble avoir traité ce sujet assez consciencieusement en 1795. Cette affection a été ensuite décrite avec beaucoup de détails par Burns (7), Hamilton (8), Clarke (9) et d’autres auteurs qui ont publié des écrits sur les maladies des femmes et des enfants.

L’étude de la maladie fut ensuite délaissée pendant un certain temps, et on ne commença à faire de nouvelles recherches sur ce sujet qu’après la publication de l’ouvrage célèbre de Kopp (10), qui en fait remonter la cause à l’hypertrophie du thymus. Le traité de Kopp fut le point de départ de nombreux articles écrits en Allemagne, et bientôt après d’un ouvrage classique publié sur ce sujet dans notre pays par le docteur Ley (il). Ce traité contient une admirable description de l’anatomie pathologique des nerfs telle qu’elle était connue à cette époque, mais la valeur clinique du travail est sensiblement diminuée par les vues particulières de l’auteur sur l’é-

(1) Op. om., 1697, vol. II, p. 273 et suiv.

(2) Ibid., p. 263.

(3) « Dissertatio Inaug. de Asthmate Infanlum Spasmodico. » Edin., 1761.

(4) « Observations on the asthma and the Whooping Cough ». 1769.

(5) Diseases of Children, 2e édition.

(6) Ce travail est cité par Steffen et Flesch, mais la meilleure description qui en ait été donnée se trouve dans l’ouvrage de Hugh Leys. Je n’ai pas pu me procurer une copie de l’original de cet article.

(7) « Principles of the Midwifery », 1809.

(8) « Diseases of Infants and Children », 7e édition, 1813.

(9) « Commentaries on Important Diseases of Children. » 1815,

(10) « Denkwürdigkeiten in der àrztlichen Praxis ». Frankfort, 1830.

(11) «Essay on Laryngismus Stridulus». London, 1836. J’ai beaucoup puisé dans ce livre pour tout ce qui concerne l’historique de cette affection.

SPASME DE LA GLOTTE

tiologie de la maladie. Le docteur Ley pensait en effet que le spasme de la glotte était toujours la conséquence d’une paralysie des abducteurs, résultant elle-même de la compression des nerfs pneumogastriques par les ganglions strumeux, bronchiques ou cervicaux.

En 1841, le docteur Marshall Hall (1), dans un ouvrage qui révolutionna les idées précédemment en vogue sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, attribua d'une façon absolue le laryngisme à une action réflexe. En 1843, Elsiisser (2) publia un livre dans lequel il faisait remonter les causes de l’affection au ramollissement des os occipitaux et à la compression correspondante subie par le cerveau au moment où l’enfant reposait sur le dos. Quoique la fausseté de cette théorie ait été reconnue depuis, cet ouvrage a cependant le mérite incontestable d’avoir appelé l'attention sur la coïncidence fréquente de l'état rachitique et du faux croup.

En 1847, Hérard (3) publia un remarquable essai (le premier traité important qui ait été écrit sur ce sujet par l’école française). Deux ans plus tard paraissait l’ouvrage intéressant de James Reid (4), et en 1858 le docteur Friedleben (5) faisait rejeter pour toujours la théorie thymique en démontrant que, même dans le cas d'hypertrophie considérable, le thymus ne comprime jamais les nerfs récurrents, ni la trachée (6). En 1867, le professeur Henoch (71 publia une leçon importante sur ce sujet, et l’année suivante Loschner (8), décrivit avec beaucoup de talent les conditions immédiates susceptibles de déterminer les accès de spasme de la glotte, sujet qui a été traité dernièrement d’une manière très complète par Steffen (9) et Flech (10).

Dans ce court résumé historique il a été impossible de rendre justice à tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, mais nous ne saurions passer sous silence les noms de Lorent, Salathé, Meigs, Lederer, Hauner, West, Fleischmann et de Gerhardt.

Étiologie. — Le spasme de la glotte est relativement rare, on ne l’a observé que 297 fois sur 112,657 enfants malades, à l’hô-

(1) The nervous System., 1841.

(2) Der weiche Hinterkopf. Stuttgard, 1843.

(3) « Du spasme de la glotte. » Thêsede Paris , 1847.

(4) « On Infantile Laryngismus ». London, 1849.

(b) « Die Physiologie der Thymusdrüse in Gesundheit undKrankheit»,etc. Frankfort, 1858.

(6) Malgré lè caractère concluant de l’ouvrage du D1 2 3 4 * 6 7 8 9 10' Friedleben, cette erreur a encore été soutenue par le D1' Abelin (Meddelanden frün Pediastrika Kliniken a AUmünna. Barnhusdt i Stockholm for, Ar., 1868).

(7) Berlin. Klin. Woschenehrift , 1867. n° 19.

(8) a Aus dera F.-J. Kinderspitale in Prag. » Prag, 1868, p. 144.

(9) Ziemssen's Cyclop.. vol. VII.

(10) Gerhardt's Hmdbuch, etc. 3ter, Bd. 2te Halfte.

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pital de « Great Ormond Street ». Les causes de l’affection sont encore obscures et les vues étiologiques qui s’y rattachent ont subi de temps à autre des variations considérables, on peut cependant étudier son développement sous le double rapport des causes prédisposantes et excitantes.

Aux premières se rattachent, l’âge, le sexe, les conditions sociales, les saisons de l’année, l’organisation physique et l’hérédité.

Parmi les secondes nous devons signaler tout ce qui excite l’enfant ou irrite directement le larynx.

Causes prédisposantes. — Age. — L’âge est évidemment la cause prédisposante la plus importante. Le système nerveux, au moment où surviennent les changements dus au développement rapide des enfants, n’offre pas seulement une tendance particulière à subir les atteintes des différents pro-, cessus morbides; mais l’étroitesse de la glotte et la mollesse des tissus laryngiens favorisent encore, chez les jeunes sujets, la prédisposition aux symptômes graves qui apparaissent à cet âge sous l’influence des causes les plus légères. Flesch (1) pense que l’affection est très rare après le vingt et unième mois , et Steffen (2) fait observer que la grande majorité des cas survient entre l’âge de quatre mois et la fin de la seconde année.

Voici les données que j’ai pu recueillir sur l’âge des malades dans mes 31 observations : Le spasme de la glotte est survenu une fois aussitôt après lanaissance; une fois à 4 mois, et à 5 mois six fois ; à 6 mois cinq fois ; à 7 mois sept fois; à 9 mois trois fois; à 10 mois une fois; à 11 mois deux fois; ù 15 mois trois fois ; à 17 mois une fois ; et à 23 mois une fois. Le D1 2 3 4 Gee (3} a trouvé sur 48 cas, un à 6 mois, dix-neuf de 6 à 12 mois, seize de 12 à 18 mois, et douze de 18 mois à trois ans. Dans 31 cas sur 37 observés par le docteur West (4) l’affection s’est montrée entre six mois et deux ans.

(1) Loc. cit.

(2) Loc cit.

(3) S. Barthol. Hosp. Reports, vol. III, p. 104.

(4) Diseases of Infancy and Childhood, 6e édition, p. 190.

SPASME DE LA GLOTTE

Les tableaux suivants tirés des rapports du « Registrar general », indiquant le nombre des morts pendant les vingt années comprises entre 1857 etl876, nous fournissent des preuves encore plus concluantes sur l’importance de l’âge comme cause prédisposante.

ANALYSE DES RAPPORTS DU « REGISTRAR CENERAL •> SUR LA MORTALITÉ DCE AU SPASME DE LA GLOTTE

Enfants au-dessous de 10 ans :

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