TUMEURS OSSEUSES
Après avoir passé en revue les principales tumeurs de la trachée, nous pensons qu’il est nécessaire de faire quelques remarques sur les modifications de structure que subissent quelquefois les cartilages trachéaux. Rose (1) a insisté sur la fréquence de l’atrophie et de la dégénérescence graisseuse des cartilages comprimés par le corps ! thyroïde hypertrophié. La crétification peut, après un certain âge, être considérée comme un effet physiologique et normal. Quelquefois même on constate une véritable ossification des cartilages ou des espaces qui les séparent.
Le docteur Wilks (2) a présenté, il y a quelques années, à la Société Pathologique, une pièce venant d’un sujet phthisique, dans laquelle il existait, au-dessous de la muqueuse delà paroi antérieure de la trachée, ' une grande quantité de lamelles osseuses, situées entre les anneaux de la trachée et n’ayant aucune connection avec les cartilages. L’examen microscopique prouva que leur structure était vraiment osseuse. On trouva encore un dépôt analogue, moins étendu toutefois, sous la muqueuse bronchique.
Le docteur Chiari (3) a présenté un spécimen d’ostéome de la trachée à la Société Médicale Royale et Impériale de Vienne, le 24 mai 1878. Le néoplasme était formé d’une lamelle osseuse mesurant 4 cent, de long et 3 de large et 3 ou 4 millimètres d’épaisseur. On trouva également de petits dépôts osseux dans les grosses bronches. Le malade succomba à une tuberculose aiguë.
Enfin le docteur Solis Cohen (4) a trouvé dans la trachée d’un malade mort phthisique un grand nombre de petits enchondromes pressés les uns contre les autres, et situés au-dessous de la muqueuse recouvrant la partie antérieure des anneaux de la trachée.
(1) Des Kropflod., etc. Berlin, 1878.
(2) Trans., 1857, vol. VII.
(3) London Med. Rec., juillet 15, 1878.
(4) Diseases o/' the Throat, 2° édit., p. 511.
VÉGÉTATIONS CONSÉCUTIVES A LA TRACHÉOTOMIE
VÉGÉTATIONS CONSÉCUTIVES A LA TRACHÉOTOMIE
La plupart des chirurgiens qui ont eu l’occasion d’observer des cas récents de trachéotomie, ont dû remarquer la tendance qu’ont les lèvres de la plaie à devenir le siège de végétations. Ce bourgeonnement exagéré se produit surtout lorsqu’on laisse baigner la plaie dans les sécrétions ou dans l’humidité. Si Ton vient à enlever de temps à autre la canule trachéale, ces végétations peuvent être attirées sur les lèvres de la plaie, et la dyspnée devient parfois très grave si Ton ne replace pas promptement la canule.
Ces végétations disparaissent rapidement si on les touche avec le crayon de nitrate d’argent et si l’on a soin de tenir la plaie bien sèche. On a cependant signalé quelques cas dans lesquels il s’est formé des tumeurs sur la muqueuse de la trachée, après la cieairisation de la plaie. Le premier cas de ce genre a été rapporté par le docteur Gigon (1), et depuis, Krishaber (2), Bouchut (3) et d’autres encore en ont fait connaître de nouveaux exemples.
Le docteur Petel (4) a dernièrement rassemblé et analysé tous les faits connus jusqu’à ce jour : ils sont au nombre de dix y compris celui qu’il a lui-même observé. Voici ses principales conclusions :
« Les végétations naissent toujours de la membrane muqueuse et recouvrent la surface trachéale de la cicatrice ; on les observe le plus souvent chez les enfants du sexe masculin, quinze jours à un mois après la cicatrisation de la plaie, mais jamais au-delà de deux mois. Comme on pouvait le prévoir les végétations sont surtout à redouter lorsqu’il s’est fait un bourgeonnement autour de la canule trachéale. »
Les symptômes sont : la gêne respiratoire qui peut se mon-
(1) Union Médicale, 10 mai, 1862.
(2) Bullel. de la Soc. de Chir., 1874, p. 108.
(3) Gaz. des Hopit., 24 mars 1874.
(4) Des Polypes delà trachée. Paris, 1879.
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trer sous la forme d’une dyspnée progressive ou d’accès de suffocation.
Le traitement consiste surtout à ouvrir la cicatrice, à enlever la tumeur avec des pinces coupantes et à cautériser le point d’implantation. Parfois le polype est difficile à trouver, et si l’on introduit la canule, elle pourrait le comprimer et le cacher à la vue. Aussi est-il nécessaire de faire un examen très soigneux, si la tumeur ne se présente pas d’elle-même.
Anatomie pathologique. — D’après Ranvier (1), ces végétations ressemblent à celles qui se développent autour des sétons et des tubes à drainage ; mais cet auteur pense qu’un polype papillaire recouvert d’une couche épithéliale peut, sous l’influence d’une laryngite traumatique, prendre le caractère des bourgeons charnus.
A vrai dire, quelques-uns des observateurs qui ont rapporté des exemples de cette affection, pensent que ces soit-disant « polypes, survenant après la trachéotomie, étaient dans tous les cas de véritables polypes trachéaux qui existaient avant la première opération, et avaient déterminé cette dernière, soit directement, soit indirectement par l’inflammation simultanée de la muqueuse du larynx et de la trachée. » En effet, bien que dans la plupart des cas l’opération ait été pratiquée comme s’il s’agissait du croup, on ne doit pas oublier qu’autrefois on confondait constamment cette affection avec les tumeurs du larynx, et cette erreur du diagnostic devait se produire encore plus naturellement lorsque les néoplasmes étaient situés dans la trachée.
Néanmoins, la théorie du bourgeonnement consécutif à la trachéotomie me semble la plus rationnelle, nous en trouvons la preuve évidente dans ce fait, que l’excroissance occupe toujours le point ou s’est faite la cicatrisation.
(1) Bullet. de la Soc. de Chirurg., p. 108, 1874.
TUMEURS MALIGNES DE LA TRACHÉE
TUMEURS MALIGNES DE LA TRACHÉE (1) (cancer de la trachée)
Latin Eq. — Carcinoma tracheæ.
Anglais Eq. — Malignant tumours of the trachea (cancer of the trachea).
Allemand Eq. — Krebs der trachea.
Italien Eq. — Cancro delta trachea.
Définition. — Nous comprenons sous ce titre les cancers rimitifs de la trachée , occasionnant une dyspnée qui, si elle n’est pas améliorée par le traitement chirurgical, détermine une apnée mortelle.
Cette affection est tellement rare, qu’il est inutile d’entrer dans des détails aussi longs que pour les autres maladies de la gorge.
Le cancer a ordinairement son point de départ dans une prédisposition primitive et anormale des tissus, mais l’influence d’une irritation locale semble nécessaire pour en déterminer l’éclosion. On peut expliquer l’immunité relative et importante de la trachée par ce fait qu’elle est à l’abri des excès fonctionnels et des lésions accidentelles.
Le symptôme principal de cette affection est la sténose trachéale, mais on ne peut établir un diagnostic exact qu’avec l’aide du laryngoscope.
Pour ce qui est de l’anatomie pathologique, dans les deux cas uniques que j’ai eu l’occasion de rencontrer, il s’agissait la première fois d’un cancer mou et la seconde d’un épithelioma.
Dans le cas rapporté par Langhans (2), le seul publié jusqu’à ce jour, le malade était un homme de 40 ans qui souffrait depuis un an, des symptômes de sténose bronchique, surtout à droite, et qui mourut de suffocation. L’examen nécroscopique révéla la présence d’une dégénérescence carcinomateuse de la
(1) Nous comprenons sous ce titre les carcinômes et les sarcomes.
(2) Virchow’s : Archiv., LUI, p. 470.
TUMEURS MALIGNES DE LA TRACHÉE
muqueuse de la trachée au-dessus de la bifurcation, et des bronches au-dessous de ce point. L’examen microscopique démontra que la tumeur était un carcinôme mou, ayant pris naissance dans les glandes de la muqueuse. Les autres organes étaient sains.
Le pronostic, il est inutile de le dire, est très grave, le malade ne pouvant guère vivre au-delà de un ou deux ans.
Traitement. — On pourra prescrire des inhalations calmantes et sédatives, et lorsque la tumeur occupe la partie supérieure de la trachée on peut pratiquer la trachéotomie avec quelque avantage. Peut-être tentera-t-on plus lard l’extirpation de la trachée pour enlever lék excroissances pathologiques.