SYNONYME : ANGINE MALIGNE
Latin. Eq. — Cynanche maligna. Angina putris.
Anglais. Eq. — Putrid sore throat.
Allemand. Eq. — Angina maligna oder gangrænosa.
Italien. — Angina maligna.
Définition. — C’est une gangrène primitive de la membrane muqueuse du pharynx, qui constitue par elle-même une véritable affection , et se produit en dehors de la diphthérie-, de la scarlatine ou de toute autre maladie.
Historique.— Comme Peter (1) le fait justement observer, Thistoire de cette affection peut se diviser en trois périodes.
1° La période ancienne, pendant laquelle les descriptions vagues d'Hypocrate et d’Arrêtée, avaient fait prévaloir la croyance que cette maladie se rencontrait fréquemment, alors que tous les exemples qu’on en citait n’étaient que des cas de diphthérie ;
2° La période de Bretonneau, postérieure à 1821, pendant laquelle les recherches de cet observateur, prouvèrent que ces exemples de prétendue gangrène étaient de véritables cas de diphthérie, et qu’il était très rare, et pour mieux dire impossible, de rencontrer dans celte maladie une vraie lésion gangréneuse. Après celte découverte, la majorité des médecins crut pouvoir affirmer la non-existence de la gangrène primitive de la gorge ;
3° Enfin la période contemporaine, ou les observations de Gubler (2 et de Trousseau (3) firent admettre d’une manière certaine, l’existence de la maladie , mais prouvèrent aussi son extrême rareté.
Étiologie. — L’angine’ gangréneuse semble toujours être le
résultat d’une altération du sang. Quelquefois elle commence par une inflammation qui mène rapidement à la gangrène, ou dans d’autres cas elle est même gangréneuse d’emblée. J’ai rencontré plusieurs exemples de la forme inflammatoire ; et une
(1) Dictionnaire des sciences médicales. Paris, 1866, vol. IV, p. 700.
(2) Archives générales de médecine , 1857 , vol. IX, p. 513.
(3) Clinique médicale de V Hôtel-Dieu. Paris, 1865, p. 324.
angine gangréneuse
seule fois la gangrène a été le symptôme initial. Trousseau fait du reste observer (tom. I, 1877, p. 420), qu’elle a pour caractère fondamental, la mortification de la membrane muqueuse pharyngée, mortification gagnant parfois les joues, les lèvres, arrivant d’emblée, et tout à fait comparable à la gangrène de la bouche.
Symptômes. — Dans quelques cas les phénomènes sthéniques accompagnés d’une fièvre intense, et d’une inflammation locale, annoncent le début de la maladie ; mais la plupart du temps, les symptômes adynamiques existent dès ledébut. Il n’y a souvent pas de période prémonitoire, et le premier symptôme qui donne l’éveil au malade, est un mal de gorge k marche rapide. La gangrène survient avec une grande rapidité, au point qu’en deux on trois jours une portion delà muqueuse pharyngée peut être complètement sphacélée. Le gonflement considérable des glandes cervicales, n’existe pas toujours. Dès que le processus morbide est complètement développé, il s’accompagne dans tous les cas, d’une grande prostration des forces vitales, l’état de collapsus, semblable à celui que l’on rencontre dans le choléra, indique l’intensité de l’altération du liquide sanguin. On constate aussi une diminution notable de la température, le pouls devient faible, lent, et dans un des cas cités par Gubler, les contractions du coeur tombèrent à 15 par minute. L’extrême faiblesse de la circulation est indiquée par la pâleur, la froideur, la décoloration bleuâtre de la peau marquée surtout au niveau des extrémités.
L’expression de la face est altérée et crispée. Le malade meurt généralement par syncope, en conservant son intelligence jusqu’au dernier moment. Quelquefois, le malade tombe dans le coma, et l’on constate les symptômes de lésions profondes du thorax et des viscères abdominaux. Si les poumons sont atteints, on voit apparaître quelques hémoptysies abondantes; si au contraire, le processus gangréneux envahit le canal alimentaire il se déclare une diarrhée abondante et fétide que rien ne peut arrêter. On rencontre chez quelques malades une tendance aux hémorragies des poumons, des intestins, du nez, de la bouche, et môme de la peau qui se couvre de pétéchies et finalement se sphacèle sur les points ecchymosés.
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Trousseau a vu se produire de la diplopie, et la phlébite de toutes les veines superficielles, vers lafmde latroisième semaine, enfin l’œdème de la glotte peut venir compliquer cet état, et j’ai même observé trois cas de ce genre, pour lesquel la trachéotomie ne fut qu’un palliatif temporaire.
L’odeur de l’haleine est si fétide, pendant tous le cours de la maladie, que le médecin, s’il a déjà eu occasion d’observer un cas de ce genre, peut faire le diagnostic en entrant dans la chambre du malade. — Néanmoins lorsque la gangrène ne présente que peu d’étendue, ce symptôme peut faire défaut.
Si l’on examine le pharynx au début de la maladie, rien dans l’aspect général de cet organe, ne fait prévoir l’approche <i’une affection aussi grave, seule, la mauvaise odeur de l’haleine est déjà sensible. Dès que la gangrène a commencé, la partie postérieure du pharynx, les piliers et les amygdales, semblent couverts de points décolorés, quelquefois presque noirs, légèrement élevés au-dessus des surfaces environnantes, formant des escharres qui finissent par se détacher des tissus sous-jacents au moment où les parties mortifiées se détachent, elles laissent après elles des ulcérations variables en surface et en profondeur. Dans les cas plus graves la maladie envahit progressivement la bouche, l’œsophage, les organes qui servent au passage de l’air , et se termine par la mort du malade. Gubler (1) et Trousseau (2) en ont cité des observations frappantes, et Rilliet et Barthez (3) ont également signalé des exemples de cette affection chez des enfants au-dessous de cinq ans. Quelques-uns de ces cas, survenus à la suite de la scarlatine, ou de la rougeole ne rentrent pas dans le cadre de l’affection qui nous occupe, d’autres au contraire, étaient bien réellement des exemples de gangrène primitiye de la gorge.
Anatomie pathologique. — Comme la plupart des cas d’angine gangréneuses se terminent fatalement, on a eu encore assez souvent l’occasion d’étudier les lésions produites par cette
(1) Loc. cit.
(2) Loc. cit.
(3) Archives générales de médecine , N. S., 12. 1841, p. 446 et suiv.
Pour les autres cas, voyez Musset : Union méd., 1800, 2nd séries, t. VII,
p. 436 ; et Bouchut : Gazette des Hôpitaux , 1858, p. 170.
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maladie. Si la gangrène est circonscrite, on trouve sur la membrane muqueuse du pharynx, et fréquemment aussi sur l’épiglotte et la partie supérieure du larynx des plaques rondes ou ovales mesurant de t à 12 millimètres de diamètre. Après la mort leur surface déprimée varie en couleur depuis le gris sombre jusqu’au noir absolu. Les bords sont taillés à pic, d’un jaune sale, et les tissus mortifiés exhalent une odeur de gangrène. La destruction est généralement confinée à la membrane muqueuse et au tissu sous-muqueux. Les libres musculaires sont mises à nu, mais leur substance est ordinairement intacte et simplement un peu ramolie. Quand l’escharre est tombée, on a souvent remarqué que l’ulcère consécutif était recouvert d’une légère fausse membrane. Dans les cas plus graves les plaques sphacelées peuvent se rencontrer dans le larynx, la trachée, les poumons, l’œsophage et tout le long du canal alimentaire.
Diagnostic. — L’odeur gangréneuse est suffisamment caractéristique pour permettre à celui qui l’a une fois sentie, de reconnaître de suite la présence du processus destructeur. La diphthérie est la seule affection que l’on pourra confondre avec l’angine gangréneuse ; mais la ressemblance n’est pas assez complète pour induire en erreur un médecin expérimenté. Les plaques gris-noirâtre du pharynx, peuvent se rencontrer dans les deux affections; mais, dans la diphthérie, ces plaques sont d’abord blanchâtres, et deviennent graduellement plus sombres ; tandis que dans la vraie gangrène, elles présentent la couleur typique dès que l’eschare commence à se former. Dans la diphthérie, les glandes sous-maxillaires et cervicales sont souvent très tuméfiées au début de la maladie, tandis que dans l’angine maligne, elles sont bien souvent épargnées, ou très légèrement hypertrophiées. La fétidité de l’haleine n’est pas très perceptible au début de la diphthérie, mais elle devient de plus en plus manifeste à mesure que l’affection se développe. Dans l’angine gangréneuse, l’odeur caractéristique de la gangrène se montre dès le début de la maladie, et fréquemment môme avant que l'examen puisse faire découvrir une lésion considérable dans le pharynx.
Pronostic. — Comme l’angine maligne n’est qu’une manifestation locale d’une profonde altération du sang, le pronostic
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est nécessairement très grave. A peine peut-on citer quelques exemples de guérison ; dans bien des cas, le malade a été emporté en quelques jours. Trousseau (1) cite cependant une observation où l’issue de la maladie fut favorable ; et l’exemple rapporté par Musset, se termina également par la guérison. J’ai, pour ma part, rencontré deux cas qui guérirent, et trois autres, dont j’ai déjà parlé, qui se terminèrent par la mort (2).
Traitement. — il devra être énergique. Trousseau et Gubler avaient recours aux applications d’acide chlorydrique fort, afin de détruire les tissus malades ; mais si Ton se souvient que l’affection est sous la dépendance d’une cause générale, on comptera peu sur le traitement local. Les pulvérisations, les gargarismes sédatifs et antiseptiques, sont les remèdes locaux les plus appropriés. Dans cet ordre d’idées, le borax, la myrrhe, le bromure de potassium et le permanganate de potasse peuvent être employés (3). Toutefois l’indication la plus importante est de gagner du temps, et de soutenir les forces vitales, jusqu’à ce que les phénomènes d’empoisonnement général se soient dissipés. Dans ce but on donnera la quinine, le quinquina toutes les trois ou quatre heures, et beaucoup de stimulants. Dans le cas de guérison cité par Musset, le perchlorure de fer fut donné à la dose de trente grains (environ l gramme) dans les vingt-quatre heures (4). Quels que soient les médieamments auquels on donnera la préférence, le régime devra être reconstituant et nutritif au premier chef ; on donnera toutes les heures ou toutes les deux heures dubeafteek concentré, des œufs battus avec de l’eau-de-vie, etc. Des lavements nutritifs analogues à ceux que nous recommanderons plus loin à l’article : Rétrécissement de l’œsophage, s’il existe de la gêne à la déglutition.
(1) Loc. cit.
(2) Loc. cit.
(3) Les pulvérisations phéniquéesau l/1000donneront également des résultats satisfaisants ( Noie des Traducteurs).
(4) Le grain anglais vaut 0,06 centigrammes.
ANGINE HERPÉTIQUE
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