‹ Traité pratique des maladies du larynx, du pharynx et de la trachéeChapitre 39 sur 146 · FIÈVRE SCARLATINE · texte numérisé non relu

FIÈVRE SCARLATINE

La muqueuse du pharynx est généralement atteinte dans la scarlatine et parfois l’énanthême du pharynx semble être la seule

(1) Comme le pharynx et le larynx sont souvent atteints en môme temps pendant l’affection énanlhèmateuse, j’ai pensé qu’il serait mieux de traiter toutes ces manifestations locales dans le même chapitre.

expression locale delamaladie.Bien que l’éruption cutanée survienne souvent le second jour, c’est-à-dire le jour qui suit les frissons, les envies de vomir, la céphalalgie, dans la plupart des cas le mal de gorge est le premier symptôme dont on se plaigne. Dans la scarlatine simple , on peutconstaterpeuoupoint de rougeur, et il existe aussi une légère douleur, ou un peu de sécheresse qui cesse un ou deux jours après le début de la maladie (1).

Dans l'angine scarlatineuse , la douleur très prononcée de la gorge est un signe caractéristique de la maladie. A l’examen du pharynx, toute (2) lamuqueuseparaîtrouge foncé ou quelquefois même violacée, et àmesure que la fièvre se développe, la tuméfaction de tous les tissus apparaît. Les amygdales, les glandes parotides et sous-maxillaires sont atteintes parle processus morbide, et, dans quelques cas, tout le cou devient le siège d’üne violente inflammation phlegmoneuse se terminant sur un ou plusieurs points par des abcès. A cette période de la maladie, c’est-à-dire 3 ou 4 jours après le début, la muqueuse du pharynx se recouvre généralement d’un exsudât pultacé blanchâtre (3). L’épithélium sous-jacent, souvent détruit en partie, donne naissance à de petites érosions superficielles, mais les ulcérations profondes sont rares. Dans quelques cas, la résolution de la maladie commence à cette période, le gonflement diminue et les tissus reprennent leur aspect normal. Dans les cas graves, la suppuration envahit le tissu cellulaire des glandes du cou ; il

(1) Cette première forme n’est généralement que le premier stade de la maladie « angine érythémateuse » mais ne reste point localisée au pharynx, car l’intérieur des joues, les bords et la pointe de la langue sont aussi d’un rouge vif assez intense, rougeur passagère qui peut passer inaperçue.. (Note des Traducteurs).

(2) La gorge n’est pas nécessairement atteinte en totalité et M. Lasègue (Traité des angines) p. 16) dit avoir vu la rougeur limitée à un seul côté, ou simplement au centre du voile du palais ; parfois elle ne fait que prédominer en certains points (luette, piliers, amygdales.) — (Note des Traducteurs.)

(3) Cette sécrétion de matière blanchâtre, qui se détacheordinairement avec facilité, est le résultat d’une éruption milliaire dont on ne peut pas toujours constater l’existence et qui ressemble à une série de petits points blancs, très confluents et plus petits que les vésicules d’herpès. Cette éruption se fait du 3° au 4e jour de l’angine (Lasègue : loo. cit. p. 17) et disparaît avant l’éruption cutanée (Note des Traducteurs).

se forme de larges abcès qui se font habituellement jour vers l’extérieur près del’angle des joues, ou môme plus bas près de la clavicule. Une fois tous les symptômes spéciaux de la fièvre disparus, ces cas ont souvent une terminaison mortelle, suite de l’épuisement que détermine une suppuration abondante et de longue durée. Pendant l’évolution de cette forme delà fièvre scarlatine, la maladie -peut s’étendre au larynx, lorsque la voix est altérée; et si l’épiglotte est très enflammée, la déglutition devient difficile et les liquides reviennent par le nez. Il peuf aussi exister un certain degré de dyspnée, mais, comme l’a déjà fait remarquer Trousseau (1), « la scarlatine n’aime pas le larynx », et l’œdème de la glotte est une des rares terminaisons de la maladie.

Dans la scarlatine maligne, le phénomène carastéristique est la diphthérie secondaire (2). Les lésions pharyngiennes sont plus tardives dans leur apparition et le malade semble tout d’abord atteint d’une forme bénigne de l’affection. N euf jours environ après la disparition de la fièvre, la maladie attaque le pharynx et en quelques heures le gonflement envahit les glandes qui occupent l’angle des joues.

Les amygdales, la gorge se recouvrent d’un exsudât diphtéritique, une sécrétion fétide et sanieuse s’écoule des narines etl’haleine répand une mauvaise odeur. Parfois le processus morbide s’étend au larynx, et on a remarqué que ce fait se rencontrait plus fréquemment dans certaines épidémies que dans d’autres.

Gupp (3) a décrit une épidémie dans le duché de Wurtemberg où les symptômes du croup se sont montrés, dans le plus grand nombre des cas, du troisième au quatrième jour de la maladie et quelquefois la mort est arrivée avant l’apparition de l’exanthème. De même que dans la diphthérie primitive, on trouve fréquemment sous les fausses membranes une ulcération de la muqueuse. Le musée de l’hôpital St-Thomas en contient un bel exemple (n° 36, série) W. Le larynx pris sur un jeune homme mort de la scarlatine est recouvert d’une mince couche

. (1) Clin, méd., de V Hôtel-Dieu. Paris, 186b, vol. I, p. 105.

(2) Fuchs : Historische Untersuchungen über Angina Maligna und ihr Verhdltniss su Scharlachfieber und Croup. Würzburg, 1828,

(3) Rliül© : Op. cit. p. 343.

d’exsudat pseudo-membraneux, et le cartilage aryténoïde droit est entièrement mis à nu par une ulcération. La grangrène atteint aussi quelquefois le pharynx, le larynx et l’œsophage, le pouls devient petit, la peau est blanche et froide, le malade tombe dans le collapsus et meurt dans le coma (1). D’autres fois l’ulcération ouvre de gros vaisseaux et la mort vient par hémorragie.

Parmi les complications rares de la forme maligne de la scarlatine nous signalerons les bubons scarlatineux . Ils occupent principalement les glandes du cou, qui s’enflamment du dizième au vingtième jour de la maladie et forment en cinq ou six jours un vaste foyer purulent. Le tissu cellulaire voisin peut également sesphacéler; Graves (2) et Trousseau (3) ont même signalé des cas où les muscles du cou furent mis à nu, et où l’on voyait au fond de la plaie les battements de la carotide.

Diagnostic. —Le diagnostic de l’angine scarlatineuse est surtout basé sur l’existence de l’éruption cutanée pendant la maladie. La soudaineté de l’attaque, l’intensité de la lièvre, la teinte violacée du pharynx et la coincidence d’une épidémie de fièvre scarlatine sont des éléments qui aident le diagnostic; mais lorsque l’éruption caractéristique fait défaut, il peut exister une certaine incertitude sur la nature de la maladie. Parfois le développement ultérieur d’une hydropisie ou de l’albuminurie vient lever les derniers doutes.

Pronostic. — L’affection locale suffit bien souvent pour occasionner la mort, et, comme dans la fièvre scarlatine, les manifestations du côté de la gorge indiquent le degré de l’intoxication générale, elles fournissent un signe précieux pour établir le pronostic de la maladie. Dans la scarlatine simple la manifestation locale est sans danger, dans l’angine scarlatineuse il meurt un quart des personnes atteintes; tandis que dans la forme diphthéritique la moitié succombent (4).

Traitement. — Le traitement local de l’angine scarlatineuse

(1) Graves: Clinic.lect.onthe Practiceof Med. Lect. XXII, Dublin, 1848.

(2) Loc. cit. p. 34b.

(3) Loc. cit. p. 107.

(4) Sanné: loc. cit. p. 179,

n’est pas d’une grande importance. Trousseau (1) recommandait les applications locales d’acide chlorhydrique dans la gorge lorsqu’elle présentait un aspect pultacé ou gangréneux ; on a également administré cet acide dilué à l’intérieur, pensant qu’il jouissait d’une action spécifique pour combattre l’empoisonnement général de l’organisme. Dans les formes graves de la maladie, les toniques et les analeptiques doivent être adoptés ; tandis que les gargarismes émollients, les inhalations calmantes chaudes, les cataplasmes chauds sont les seuls remèdes locaux que l’on puisse employer avec avantage.

Le traitement de l’inflammation pseudo-membraneuse sera le même que celui de la diphthérie primitive, et consistera à donner le perchlorure de fer à l’intérieur et à l’appliquer localement, à conseiller un régime très nourrissant et l’emploi des stimulants alcooliques très dilués, des solutions et des pulvérisations antiseptiques. Enfin le praticien n’oubliera pas que la trachéotomie peut devenir nécessaire.

Page 1