ET DES DIVERS APPAREILS LARŸNGOSCQPIQÜES
Historique. — On ne trouve aucune trace de laryngoscope avant le 18e siècle, mais, en 1743, M. Levret, accoucheur français distingué, fut conduit par son esprit inventif à imaginer un grand nombre d’instruments de chirurgie. Il cherchait surtout un moyen pour appliquer des ligatures sur les tumeurs polypoïdes de la gorge, des fosses nasales, des oreilles et des autres parties du corps (1).
Il est inutile de décrire ici les instruments variés et ingénieux qu’il avait inventés en faisant ses recherches, il suffira de faire remarquer qu’il se servait d’un spéculum différant beaucoup des nombreux spécula oris alors en usage. Ce spéculum était formé d’une
(1) Mercure de France, 1743, p. 2434.
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plaque de métal polie, qui « réfléchissait les rayons lumineux dans la direction de la tumeur » et qui recevait en même temps l’image de la lésion sur sa surface réfléchissante.
Vers l’année 1804, le D1 2' Bozzini, de Francfort-sur-le-Mein, fit en Allemagne beaucoup de bruit avec son invention pour éclairer les divers canaux du corps, il avait fait connaître ses idées quelques années auparavant, mais il ne publia guère son travail sur ce sujet que vers l’année 1807 (1).
Fig. 18. — Spéculum laryngien de Bozzini (daprès Hufeland).
Dans le dessin, dont celui-ci est la copie, les miroirs sont dirigés en haut comme ils le seraient pour pratiquer la rhinoscopie.
L’appareil de Bozzini se composait de deux parties essentielles : l° une espèce de lanterne; 2° une série de tubes métalliques creux (spécula), destinés à être introduits dans les divers canaux du corps, La lanterne, en forme de calice, était en fer blanc, et au centre se trouvait une petite bougie. Sur les côtés de l’appareil se trouvaient dèux trous arrondis, l’un plus large que l’autre et placés vis-à-vis. Au plus petit était fixé un oculaire, au plus grand un spéculum. La flamme de la bougie se trouvait juste au-dessous du niveau de ces deux ouvertures. L’orifice du spéculum (tube de fer blanc ou d’argent poli) avait toujours les mêmes dimensions, mais le diamètre du tube variait suivant le conduit dans lequel on devait l’introduire.
L’appareil mesurait environ 22 cent. 1/2 (13 pouces) de haut, 5 centimètres (2 pouces) d’avant en arrière, et 6 cent. 1/2 (un peu plus de trois pouces) de largeur. En employant la lumière réfléchie, Bozzini divisa le spéculum à l’aide d’une cloison verticale, de sorte qu’il y eut par le fait deux tubes et deux miroirs. L’un de ces miroirs faisait l’office de réflecteur, l’autre était destiné à recevoir l’image.
En 1825, Cagniard de Latour (2), successeur de Savard à l’Académie des Sciences de France et comme lui infatigable expérimentateur sur la physiologie de la voix, essaya, mais en vain, d’examiner le larynx pendant la vie.
(1) « Der Lichtleiter oder Beschreibung einer einfaclien Vorrichlung, und ihrer Anwéndung zur Erleuchtung innerer Hôhlen und Z-wischenraume dos lebenden animalischeu Kôrpers. » Von Philipp Bozzini, Der Med'iz. und Chirurg. Doctor Weimar, 1807.
(2) Physiologie de la voix, par Édouard Fournié. Paris, 1855, p. 352.
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En 1827 (1) le Dr Senn de Genève, avait fait un petit miroir destiné à être placé à la partie postérieure du pharynx, pour essayer de voir la partie supérieure du larynx (la glotte), mais il abandonna cet instrument à cause de sa petite dimension.
Dans l’année 1829, le D1- Benjamin Guy Babinglon (2), montra à la société Huntérienne de Londres, un instrument ayant beaucoup d’analogie avec le laryngoscope d’aujourd’hui. 11 employait deux miroirs, le plus petit destiné à recevoir l’image du larynx, le plus grand pour concentrer les rayons lumineux sur le premier. Le sujet étant placé le dos au soleil, l’opérateur tenait le miroir éclairant (3) (un miroir à main ordinaire) de la main gauche, et introduisait le miroir laryngien (en verre étamé) de la main droite.
En 1832, le D1' Bennati de Paris (4), se servait d’un instrument fabriqué par un de ses malades nommé Selligue. Il était formé de deux tubes spéculum, dont l’un servait à porter la lumière jusqu’à la glotte, et l’autre transmettait à l’œil de l’observateur, l’image de la glotte réfléchie par le miroir, ce dernier était placé à l’extrémité gutturale de l’instrument.
Baumès (5), montra en 1838 à la Société de Médecine de Lyon, un miroir de la dimension d’une pièce de deux francs, qu’il décrivait comme vraiment très utile pour examiner les fosses nasales postérieures et le larynx.
Liston (6), en 1840 traitant de l’œdème du larynx dit : L’existence de cette tuméfaction peut être souvent reconnue par un examen attentif fait avec les doigta, et l’on peut même, dans certains cas, voir les parties à l’aide d’un spéculum, analogue à celui dont se servent les dentistes, fixé sur une longue tige, et introduit dans la gorge la face réfléchissante en bas, après l’avoir trempé dans l’eau chaude.
En 1844, le Dr Warden d’Edimbourg (7), eut l’idée d’employer un prisme de flint glass (cristal anglais) pour voir le larynx.
Dans la même année, M. Avery, de Londres (8), inventa un laryngoscope, en principe, à peu près semblable à celui qui est mainte-
(4) Journ. des Progrès des Sciences. 1829, p. 231, note.
(2) London Medic. Gaz. London, 1829, vol. III, p. 555.
(3) On trouvera l'image de ces instruments dans mon travail sur le laryngoscope , 3e édit., p. 12 de la traduct., par Nicolas Duranly. Paris, 1867.
(4) Recherches sur le mécanisme de la voix humaine , p. 37, note.
(5) Comptes rendus des travaux de la Soc. de Mèd. de Lyon , 1836-38, p. 62.
(6) Pratical Surgery, 1840, 3® édit., p. 417.
(7) Royal Scotlish Societ., of Arts. « Description "With illustrations ofa Totally Reflecting Prism for illuminating the open Gavities of the Body, etc., etc. » May, 1844 ; Voyez également : London Medic. Gaz., vol. XXIV, p. 256.
(8) Med. Cire., juin 1862, vol. XX, et Introduction of the Art of Laryngoscopy, par le Dr Yearsley. London, 1862. L’instrument est représentép. 20 de la traduction de mon Traité du laryngoscope (loc. cit.).
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nant en usage. Le réflecteur fixé à un coussinet frontal, était maintenu à l’aide de deux ressorts passant sur la tête de l’opérateur et s’étendant jusqu’au niveau de la protubérance occipitale, ou se trouvait un contre-coussinet. L’appareil d’ Avery présentait deux défauts : le miroir laryngien (au lieu d’être fixé à une tige mince) était placé à l’extrémité d’un spéculum, et au lieu d’employer un réflecteur pour recevoir les rayons lumineux d’une lampe placée sur une table ou ailleurs, Avery se servait d’un large miroir circulaire pour augmenter le pouvoir kimineux d’une bougie tenue près de la bouche du sujet.
Dans les laryngoscopes de Bozzini et d’ Avery, la lampe et le réflecteur sont réunis, tandis que dans les instruments de nos jours ils sont séparés. Les miroirs laryngiens de ces deux auteurs étaient placés à l’extrémité d’un spéculum : Gzermak s’est borné à modifier le miroir des dentistes. L’invention d’ Avery n’a été mentionnée qu’après la vulgarisation du laryngoscope moderne.
En 1854, Manuel Garcia (1) eut l’idée d’employer des miroirs pour étudier l’intérieur du larynx pendant le chant. Il y avait souvent pensé auparavant, mais, croyant son idée impraticable, il n’avait point essayé de la mettre à exécution. Les efforts de Manuel Garcia qui ne se doutait pas qu’on avait déjà fait avant lui les mêmes tentatives, furent couronnés de succès, et l’année suivante il présenta à la Société Royale de Londres, un mémoire intitulé : Observations physiologiques sur la voix humaine. Ce mémoire contenait une admirable explication de l’action des cordes vocales pendant l’inspiration et la vocalisation, avec quelques remarques importantes sur la production du son dans le larynx (2) et des réflexions précieuses sur la formation des notes de poitrine et de fausset. Toutes les recherches de M. Garcia furent faites sur lui-même, et il conçut le premier l’idée de l’examen autoscopique.
Sa méthode consistait à introduire à la partie supérieure du pharynx, un petit miroir fixé à une longue tige convenablement recourbée. 11 plaçait la personne à examiner vis-à-vis du soleil, de manière à ce que les rayons lumineux tombant sur le petit miroir, fussent réfléchis vers le larynx. Mais il ajoutait en note : « Si l’observateur expérimente sur lui-même, il devra Recevoir les rayons solaires sur un miroir et les diriger sur celui qui est placé près de la luette. » La communication de Garcia, à la Société Royale, quoique destinée à ouvrir une ère nouvelle à la physiologie et à la pathologie du larynx, v n’eut pas alors beaucoup de retentisssement. Reçu avec une froideur sinon avec incrédulité en Angleterre, ce mémoire passa aux
(1) « Notice sur l’invention du Laryngoscope, » par Paulin Richard. Paris, 1861 ; — Voyez lalettre du Dr Garcia au D'- Larrey, datée du 4mai 1860 (p. 12, dans la brochure de Richard).
(2) Proc.. Royal, Society of London , vol. VII, n° 13, 1855. Philosopli. Magazine and Journ. of Science ., vol. X, p. 218 ; and Gaz. hebd. de méd. et chir,, nov. 16, 1855, n° 46.
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mains du Dr Turck de Vienne et produisit bientôt une véritable révolution dans l’étude et le traitement des affections du larynx.
Pendant les mois d’été de l’année 1857, le professeur Turck (1) de Vienne, expérimenta le miroir laryngien dans lés salles de l’hôpital général.
Au mois de novembre de la même année, le professeur Czermack (2) de Pesth, commença ses expériences avec le miroir laryngien de Turck, et en peu de temps il surmonta toutes les difficultés. Il remplaça la lumière solaire trop inconstante, par l’éclairage artificiel, et se servit du large miroir de Ruette pour concentrer les rayons lumineux. Il fit également des miroirs de différentes grandeur. Ce fut donc Garcia qui réinventa le miroir laryngien, etCzermack qui créa l’art de la laryngoscopie.
Les citations que l’on trouvera dans presque toutes les parties de cet ouvrage, citations des praticiens de l’Europe et de l’Amérique, prouvent suffisamment le développement considérable, qu’a pris en peu de temps cette nouvelle partie de l’art médical.
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Le laryngoscope se compose essentiellement d’un miroir laryngien, mais dans la pratique, on peut dire qu’il comprend
Fig. 19. — Miroir laryngien
A. Diagramme monlrant les dimensions exactes de la surface réfléchissante des miroirs nos 1, 2, 3. — B. Miroir et manche (demi-grandeur), vus de proül.
(1) Zeitschrift des Ges. der Aerzte zu Wien, april 26, 1858.
(2) Wien. Medizine. Wochenschrifftmars, 1858 ; and Physiol. unlers. mit. Garcia’s Kehlkopfspiegel. mit. III, Tasehn. Sitzber. der K. K. Akademie Wiss in Wien. vom. 29 april bd. XXIX, p.557. (Publié ensuite séparément).
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deux parties : la première est un petit miroir fixé à une longue tige, destiné à être introduit au fond de la gorge ; la deuxième est un appareil ou une disposition qui permet d’envoyer sur le petit miroir un faisceau lumineux intense (lumière solaire ou artificielle).
Miroir laryngien. — Le miroir laryngien est en acier poli ou en verre étamé. Bien qu’en théorie les miroirs d’acier donnent une image plus parfaite, ils se ternissent et se rouillent si facilement à la moindre humidité, se détériorent si aisément au contact accidentel des solutions médicamenteuses, et de plus ils sont si vite rayés en les nettoyant, qu’ils ne conviennent guère pour la pratique. Le miroir en verre est généralement garni d’argent allemand. Quoique le métal favorise le refroidissement du miroir, et par conséquent la condensation delà vapeur d’eau à sa surface, il est cependant plus facile de fixer le manche de l’instrument à un cadre métallique, qu’à aucune autre substance d’un pouvoir conducteur moindre. L’épaisseur des. miroirs ne devra pas dépasser un millimètre (1/20 de pouce ).
La surface réfléchissante du miroir laryngien peut varier en diamètre de 12 à 30 millimètres (d’un 1/2 pouce à un pouce 1/4). Il est convenable d’avoir 3 miroirs de grandeurs différentes. Le plus grand est dessiné n° 1, le moyen n° 2, le petit n° 3.
Dans le courant de la pratique, le miroir n°2 est le plus convenable, il peut être carré, rond ou ovale. Les miroirs ronds provoquent moins d’irritation, sauf toutefois dans les cas d’hypertrophie des amygdales, où il sera préférable d’employer les miroirs ovales. La tige du miroir sera en argent allemand, et mesurera environ 10 centimètres (quatre pouces) de longueur et 2 millim. 1/2 (1/10 de pouce) de diamètre. Pour rendre l’instrument plus portatif, la tige du miroir glisse quelquefois dans un manche creux en bois, et se fixe à l’aide d’une vis, comme dans l’image ci-dessus (fig. 19); mais la vis peut se desserrer, et si l’on veut avoir une tige mobile, il faudra la visser dans le manche (l’extrémité de la tige étant munie d’un pas devis). Il est peut-être préférable d’avoir une tige immobile fixée au manche, on est ainsi assuré d’avoir un miroir solide (1).
(Q Les miroirs carrés à angles arrondis, généralement employés en France,
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Disposition de l’éclairage. — Pour projeter la lumière sur le miroir laryngien et par conséquent dans ie larynx, il est préférable d’employer un miroir circulaire d’environ 8 centim. 1/2 (trois pouces et demi) de diamètre, percé d’un trou au centre (1). Quand on fera usage de la lumière artificielle ou d’une clarté diffuse, on employera un miroir légèrement concave qui aura une distance focale de 0,35 centimètres (14 pouces). Mais si l’on se sert de la lumière solaire, la surface du miroir devra être plane.
Le miroir peut être ou fixé à la tête de l’opérateur, ou uni à une tige horizontale, qui est elle-même adaptée à une lampe (Tobold) (2). La première manière de faire est plus avantageuse, et le miroir peut être placé, soit vis-à-vis de chaque œil (Czermack) (3), soit au-devant du nez et de la bouche (Bruns) (4), soit au-devant du front (Fournié (5), Johnson (6), etc.). De toutes ces positions, la première est préférable en théorie, la dernière plus commode dans la pratique. La méthode qui consiste à regarder par le trou du réflecteur, a le grand avantage de garantir d’une manière parfaite, les yeux de l’observateur contre l’éclat de la lumière. En effet, les rayons lumineux arrivant obliquement sur le miroir, ne peuvent atteindre la pupille placée immédiatement en arrière de ce dernier, et l’autre œil se
ont l’avantage d’offrir une surface réfléchissante plus étendue que celle des miroirs ronds ou ovales ; et s’ils provoquent une certaine irritation, ce n’est qu’entre les mains des praticiens peu habitués à les manier, obligés de projeter la lumière d’un côté et de l'autre avant de trouver l’image laryngienne. Quand à la fixation du miroir, la tige mobile a au moins l’avantage de ne point multiplier les manches, de pouvoir, lorsque l’étamage du miroir a disparu le remplacer très facilement, et de plus, le miroir n’ayant à supporter qu’une pression très faible, est toujours assez solidement fixé au manche qui le supporte, tant qu’il n’y a pas de ballottement (Note des Traducteurs).
(1) Le réflecteur doit non seulement ne pas être étamé au centre, mais troué. Autrement l’épaisseur du verre créerait une petite inégalité entre le foyer des deux yeux. Les laryngoscopes construits d’après mes indications, sont vendus chez MM. Mayer et Metzer, 71, Great-Portland-Street, London.
(3) Laryngoscopie, etc. Berlin, 1874, p. 19.
(3) Loc. cit.
(4) Die Laryngoscopie. Tubingen, 1873.
(5) Loc. cit.
(61 Lectures on the Lartjngoscope , 1864.
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trouve dans l’ombre projetée par le réflecteur. C’est seulement dans la première position que l’observateur peut diriger le rayon visuel par le trou du réflecteur : si on employait une des autres méthodes il ne serait plus nécessaire d’avoir un réflecteur perforé. Le réflecteur est fixé à la tête de l’opérateur, soit par une monture de lunette (Semeleder) (1) ou par un bandeau frontal d’après la méthode de Kramer, employée d’abord par Bruns (2). La monture de lunette dont la moitié supérieure des
Fig. 20 . — Réflecteur fixé a une monture de lunette dont la