LARYNGITE ŒDÉMATEUSE, OU ŒDÈME AIGU DE LA GLOTTE
Latin Eq. — Œdema acuta laryngis vel glottidis. Laryngitis phlegmonosa.
Anglais Eq. — Œdematous laryngitis.
Allemand Eq. — Phlegmonôse, Kehlkopfentzündung. Oedem der Glottis. Glottisôdem.
Italien Eq. — Laringitide edematosa. Edemaacuto délia laringe.
Définition. — Ondésigne sousee nom l'infiltration aiguë du tissu aréolaire du larynx, par un liquide séreux, séro-purulent , ou purulent; caractérisée, dans les cas graves , par l'orthopnée, la respiration striduleuse, la dysphonie ou l'aphonie.
Historique. — Les descriptions des auteurs anciens, entièrement fondées sur les symptômes observés pendant la vie, et exprimées en termes généralement vagues et souvent confus, ne semblent pas désigner d’une manière bien nette cette maladie. Les observations d’Hippocrate (1), d’Arétée (2) et de Gelse (3), sont tout aussi bien applicables à la diphthérie laryngée, tandis que celles de Cœlius Aurélianus (4) et d’Œtius (5), ont surtout trait à la forme plastique de l’inflammation. Morgagni (6), en 1765, ale premier donné une description exacte des lésions trouvées à l’examen -nécroscopique, et, plus tard, Boerhaave (7) et Van Swieten (8) décrivirent avec précision le caractère œdémateux de l’inflammation. Ces derniers médecins ne distinguaient pas bien nettement la pharyngite de la laryngite. Peu à peu les auteurs se familiarisèrent avec cette affection et en 1801, Bichat (9) la décrivit avec beaucoup de détails ; mais il en parle « comme d’une forme particulière de gonflement séreux, qui ne se rencontrerait dans aucun autre organe », et il est bien évident qu’il ne comprenait pas bien les relations patho-
(1) Prædicl., 1. III.
(2) L. I, cap. vi.
(3) L. IV, cap. iv.
(4) L. III, cap. il.
(5) «BiëXa Iavpixa. » L. V, cap. xxi.
(6) De Sed. et Caus. Morb.
(7) Aphorismi de Cognoscendis, etc., 801 et 802.
(8) Comment, in Boerhaave.
(9) Anatomie descriptive, t. II, p. 399.
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logiques de cette affection. En 1815 les divers phénomènes de l’œdème de la glotte furent savamment décrits par Bayle (1) dont les écrits devinrent le point de départ de la littérature médicale sur ce sujet. De nombreux travaux d’une importance plus ou moins grande virent le jour avant 1852, mais c’est à Sestier (2) que revient l’honneur de les avoir réunis et d'avoir basé sur eux son traité modèle qui contient un nombre considérable de statistiques bien nettes.
Étiologie. — L’origine de cette affection a été, de la part de Sestier, l’objet de recherches si minutieuses, qu’il est impossible de traiter ce sujet sans faire des emprunts considérables à son travail, qui s’appuie sur 245 cas, sans compter les cas de brûlures de la gorge. On ne doit pas oublier cependant qu’il y a dans ces statistiques certaines causes d’erreur; il ne nous est pas permis de les accepter comme guide infaillible dans les recherches étiologiques de cette affection. En effet, l’œdème chronique n’est pas nettement séparé de l’œdème aigu et beaucoup de cas, dans lesquels on a trouvé un dépôt offrant une certainedensité,ontété considérés comme des cas d’œdème. Ces statistiques seront cependant toujours d’une grande valeur.
L’influence de l’âge et du sexe sont manifestes. L’affection est rare avant dix-huit ans, mais elle est fréquente depuis cet âge jusqu’à cinquante ans, son maximum de fréquence est entre dix-huit et trente-cinq ans. Sur deux cents quinze cas, Sestier a trouvé cinq enfants au-dessous de cinq ans, dont un enfant nouveau-né, et douze cas entre cinq et quinze ans, Pour ce qui a trait au sexe, le même auteur a noté sur 187 adultes, 131 hommes et 56 femmes.
La laryngite œdémateuse aiguë, peut être primitive ou secondaire, c’est-à-dire qu’elle peut atteindre une personne bien portante, ou des sujets souffrant déjà d’une autre maladie. Sur 190 cas, Sestier en a trouvé 36 primitifs et 122 secondaires.
L’affection est nommée typique, lors qu’elle a son origine dans le larynx, contiguë, lorsqu’elle s’étend du pharynx aux autres parties, et consécutive, lorsqu’elle se montre à la suite d’une affection des cartilages, ou des autres tissus du larynx.
La laryngite œdémateuse typique est extrêmement rare.
(1) Dict. des Se. médic., t. XVIII, p. 505.
(2) Traité de l’angine laryngée oedémateuse. Paris, 1852.
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Les statistiques de Sestier démontrent, et nous l’avons également fait voir dans le précédent article, que la laryngite catarrhale est généralement une affection bénigne de la membrane muqueuse, dans laquelle le tissu muqueux aréolaire n’est que très peu intéressé. D’après Sestier, l’inflammation simple s’est trouvée être la cause de l’œdème dans un peu plus de 6 pour cent de tous ces cas. Je crois que dans tous les exemples de ce que l’on est convenu d’appeler « l’inflammation simple » l’affection est due à l’empoisonnement du sang. J’ai rencontré cette affection chez les médecins des hôpitaux, chez les étudiants en médecine, chez les infirmières et dans les cas où les drainages des cabinets laissaient à désirer. Je dois encore ajouter que dans tous les cas soignés par moi, les malades ont eu toutes les facilités de contracter la septicémie. Les statistiques de Sestier sur cette forme d’œdème mettent bien en relief ce fait, que l’inflammation aiguë, est une maladie très rare chez les enfants. Ainsi sur 245 cas on en trouve seulement deux, dans lesquels la maladie est survenue chez les enfants d’une façon primitive. Dans les quinze exemples de simple inflammation œdémateuse survenue chez les adultes, il y avait quatorze hommes et seulement une femme.
Laryngite œdémateuse par propagation. — Quoique cette forme soit rare, elle est cependant la forme la plus commune de cette affection. La propagation se fait très souvent par le pharynx et on l’a rencontrée plus de vingt fois pour cent dans les cas rapportés par Sestier. Sur cinquante-six exemples de cette maladie ayant débutés par une simple inflammation, elle s’est montrée 31 fois chez des personnes convalescentes ou souffrant d’une autre affection. Dans les statistiques de Sestier, il n’y avait pas un seul enfant dans le nombre des malades qui étaient bien portants avant d’être atteints, mais il y en avait deux entre quatre et six ans parmi ceux qui souffraient auparavant de quelqu’autre maladie. Le plus grand nombre des cas s’est montré entre vingt et cinquante ans, et l’affection était deux fois plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.
L’inflammation du pharynx était le plus souvent modérée et légère, mais l’œdème du larynx survenait généralement au mo-
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ment où l’inflammation de la gorge était à son maximum (1). U est très probable que beaucoup de cas d’œdème par propagation sont de nature érysipélateuse , quoiqu’il soit fort difficile de déterminer si la maladie est une véritable phlegmasie ou un exemple d’œdème collatéral- Sestier, sur ses 245 cas, n’a trouvé que trois cas d’œdème aigu survenus à la suite de l’inflammation diphthéritique- L’œdème par propagation commence rarement dans la trachée avant de gagner le larynx, Sestier (2) n’a trouvé que deux cas de ce genre et encore sontils très douteux. Il survient quelquefois à la suite d’anévrysme de l’aorte ou des vaisseaux du cou, et dans ces cas, il semblerait être dû à une inflammation chronique des tissus cervicaux et non à l’obstacle apporté à la circulation.
Œdème laryngé eonséeutif. — Il survient presque toujours à la suite d’une affection des cartilages, ou du périchondre, mais on peut aussi le rencontrer à la suite d’une ulcération étendue ou profondément située.
L’œdème aigu se montre assez fréquemment comme phénomène secondaire. Les affections aiguës dans lesquelles on peut le voir survenir sont : la petite vérole et la fièvre typhoïde, mais on peut le rencontrer dans la fièvre scarlatine, et Bœkel (3) en a publié un cas survenu pendant un ecthyma. Il peut se montrer pendant le cours de l’inflammation tuberculeuse ou syphilitique du larynx, quoique l’œdème chronique , soit une des suites bien plus fréquentes de cet état pathologique. On peut le voir encore exceptionnellement, dans l’hydropisie qui suit la scarlatine et quelquefois dans la maladie de Bright. Le Dp Fauvel (4) a même fait remarquer que l’œdème aigu du larynx, pouvait être le premier symptôme de l’affection rénale. Celte forme d’œdème secondaire, a été également signalée par Gibb (5) et par d’autres auteurs. Elle doit cependant être très rare dans la maladie de Bright, car j’ai examiné à l’hôpital de Londres, il y a quelques années, environ 200 cas de cette maladie, sans enren-
(1) Op. cit. pp. 70 et 71.
(2) lbid.,p. 99.
(3) Annales des maladies de l’oreille et du larynx , vol. I, p, 387.
(4) Aphonie albuminurique. Rouen, 1863.
(5) Op. cit.
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contrer un seul accompagné d’œdème du larynx. Il se montre rarement aussi dans l’anasarque généralisé, etSestier (1) pense, d’après la rareté de cette complication dans des cas cependant fréquents par eux-mêmes, qu’il est toujours nécessaire, pour qu’elle se produise « que le pharynx et le larynx, ou les tissus voisins, soient enflammés. » Le même argument peut s’appliquer à la maladie de Bright.
Symptômes. — Le symptôme principal de l’œdème laryngé est la gêne croissante de la respiration. Le malade ressent d’abord dans la gorge la sensation d’un corps étranger, puis bientôt survient de la difficulté pour respirer, difficulté qui va presque jusqu’à la suffocation. En même temps la déglutition devient plus ou moins difficile suivant le degré de gonflement de l’épiglotte, la voix est de plus en plus faible ; son timbre s’altère jusqu'à ce qu’elle soit presque éteinte. Ordinairement il n’y a pas, à proprement parler, de toux ni d’expectoration, mais le malade fait de continuels efforts pour désobstruer sa gorge et il arrive quelquefois à cracher un peu de mucus écumeux. Pour l’observateur, les symptômes de la maladie, une fois celle-ci bien établie, sont saisissants et douloureux. Les efforts du malade pour avoir sa respiration sont bien manifestes ; et à mesure que le mal fait des progrès les phénomènes d’orthopnée 'deviennent plus terribles. L’inspiration s’accompagne d’un bruit de sifflement, qui est un signe caractéristique du rétrécissement de la glotte. La dyspnée est constante, quoique plus ou moins accusée, et il survient de temps à autre des paroxysmes qui peuvent devenir mortels. Durant ces accès, le malade s’assied sur son lit, la bouche ouverte et faisant des efforts pour respirer. Les yeux sortent de sa tête et tout son corps est agité par un mouvement convulsif. Bientôt commence la cyanose générale, la face devient bleuâtre, et si la nature ou l’art ne viennent pas immédiatement au secours du malade, il peut mourir rapidement asphyxié.
L’examen physique local se fait soit au moyen du doigt, soit avec l’aide du laryngoscope, mais c’est seulement ce dernier procédé qui donne des résultats satisfaisants. Si l’on passe le
(1) Op. cit., p. 123.
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doigt dans la gorge, il faut le faire avec beaucoup de douceur ; car on pourrait autrement déterminer un excès de suffocation très dangereux (1).
On peut sentir l’épiglotte très gonflée et les replis ary-épigloltiques peuvent avoir atteint un état de tuméfaction tel, qu’ils donnent au doigt la sensation qu’on éprouve en touchant les amygdales (2).
S’il est possible de se servir du laryngoscope, l’aspect est tout à fait caractéristique. La couleur de la membrane muqueuse est ordinairement rouge vif. L’épiglotte offre l’apparence d’un corps, ou d’un bord enroulé, ou bien elle perd tout à fait son contour normal et présente deux gonflements ronds et rouges pressés l’un contre l’autre. Elle est quelquefois simplement élevée et tendue. Cet état de l’épiglotte explique la douleur et la difficulté qui Raccompagnent l’acte de la déglutition. Dans bien des cas le gonflement de l’épiglotte cache la vue de l’entrée du larynx. Parfois, cependant, les replis aryépiglottiques se montrent distinctement comme deux plis transparents situés presque au-dessus de l’entrée du larynx, et qui souvent se touchent sur la ligne médiane à chaque effort d’inspiration (3) 11 est rare que les cordes vocales soient
(1) Trousseau: Clinique médic t. III, art. « Œdème de la glotte. »
(2) Krishaber : Dict., des Se. médic., vol. II, p. 618.
(3) Nous donnons ci-après l’image du larynx d’un de nos malades (fig. 65) atteint d’œdème aigu primitif des replis ary-épiglottiques, dont nous avons
(Fig. 65)
1,2. Replis ary-épiglottiques œdématiés. 5. Ban de ventriculaire.